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Page créée le : vendredi 5 juillet 2013, terminée le : dimanche 7 juillet à 12:38, en partie réécrit le : jeudi 23 août 2018, 9:43, 19:04 ; modifiée le : mardi 18 sept. 2018, 16:00
Mots clefs : Histoire du massage en Égypte ; le massage en Égypte ; prêtre-médecin ; masseur ; pédicure ; manucure ; réflexologie
Noms propres : CFDRM de Paris ; Nathalie Lienhard ; Richard-Alain Jean ; Thierry Benderitter ; Alain Cabello-Mosnier ; Hippocrate ; Émile Littré ; Ankhmahor ; Charles Mathien ; Victor Loret ; Galien ; Côs ; Niankhknoum ; Khnoumhotep ; Téti ; Cnide ; Grèce ; Temru ; Ptahshepses ; Jeshfi ; Esculape ; Asclépiade ; Égypte ; Moba ; Togo ; Bamana ; Dogon ; Mali ; Daza ; Niger ; Estradère ; Alpinus ; Claude-Étienne Savary ; Jean Capart ; Philippe Aries ; Edgar Morin ; Ounas ; Horus ; Osiris ;
Dossier associé : Les superviseurs des manucures du palais
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Ne plus lire, en cours de réécriture et de précisions

(Image distribuée par ©CFDRM et libre de droit non commerciaux)

 

L'intrigante histoire du papyrus du web...
OU
Sur la trace des massages dans le tombeau d’Ankhmahor en Égypte il y a 4300 ans.

Par Alain Cabello-Mosnier.
P/O le
CFDRM
Libre de droits non commerciaux.

 

Rédigé à Paris le : vendredi 5 juillet 2013 et réactualisé en 2018

 

  1.  ... en cours

 L'imposture du couple Ed et Ellen Case

L'origine moderne du pseudo-papyrus

Le début d'une enquête

Si vous ne disposez pas du temps nécessaire à la lecture de ce papier vous disposez du En résumé qui vous donnera une synthèse de l'ensemble.

Pour le CFDRM de Paris, je me suis penché sur cet étrange papyrus anonyme et colorié que je voyais circuler sur le web depuis de nombreux mois comme témoignage quasi irréfragable de l'existence par l'image d'un art consommé du massage en Égypte et qui, à lui seul, semblait exiger que l'on s'en satisfasse.
Aucune des exigences basiques de l'archive n'étaient présentes. Pas de date, pas de lieu, pas de numéro de lot, pas de nom, aucune indication particulière sinon que le document présentait un aspect étrangement lisse et des couleurs irréprochables au vue de son ancienneté supposée. Cet emparement de pied et de main semblait se suffire à lui-même mais convenait-il à la rigueur intellectuelle qui ne se satisfaisait que de faits ?

Donc la première des questions devait être, est-ce une création ressente ? Et si oui, il aurait été impératif de l'indiquer plutôt que de le laisser passer pour un original sincère et d'induire les gens en erreur.

Le 3 Juin 2013, j'ai décidé de mener ma propre petite enquête pour les besoins du CFDRM de Paris et commençais par me rapprocher du Département d'égyptologie de la Sorbonne et prenais contact avec Ingénieur de recherches à l'Université Paris-Sorbonne Paris IV, où elle était également Responsable de la Bibliothèque du Centre de recherches égyptologiques de la Sorbonne (CRES ). La réponse ne s'est pas faite attendre, par retour de mail j'apprenais que la pièce était fausse, qu'il s'agissait d'un montage moderne à destination du web, en sommes, rien de plus qu'une agréable illustration. Chaque mot nécessaire pour l'écrire n'était qu'un long et interminable service à la française au détriment de mon propre désarroi, assiette de déceptions, soupe d'outrage, jusqu'à ce qu'arrive la précision...

Il n'était pourtant que peu probable que cette création soit sortie ex nihilo de l'esprit d'un créatif égyptophile mais plutôt le calque amélioré d'un mastabas Information ouverte dans une nouvelle page que Photoshop aurait favorablement enjolivé, colorisé comme purent l'être des films du cinéma muet. Les proportions étaient justes, les hiéroglyphes cohérents.

Elle ne disposait pas davantage d'éléments lui permettant de localiser la tombe d'origine ni même de dater la période correspondante à cette désormais pièce d'archives, mais son avis plus qu'autorisé m'était précieux. Je pouvait plus raisonnablement me fier en son assertion de chercheuse au sein d'une des plus prestigieuses institution universitaire que des allégations disparates où chacun y voyez ce qu'il voulait y voire et, si elle fermait des portes, elle m'en n'ouvrait d'autres, à moi de me résoudre à y entrer et j'étais loin de m'imaginer que cela m'entraînerait aussi loin.

 

L'étude, cette ascèse de silence dans une communauté de mémoires.

Tout chercheur reste un amoureux inconditionnel de la source et plus encore, de sa communication et sur cette image elle manquait cruellement. Si tout travail d'identification vise à établir une origine alors ce n'est pas pour dissimuler celles dont-on dispose afin de s'en approprier la paternité. Être à l'origine d'une découverte vaut mille fois plus que l'énergie que l'on peut gaspiller à le faire savoir. La généalogie de la source rétablira toujours les filiations et ce, d'autant plus facilement que nous sommes de frais contemporains transverbérer par la data.
Donner sa source c'est faciliter le travail des suivants et être d'autant plus légitime à demander d'être cité qu'on le fait soi-même, mais voler le travail de quelqu'un, c'est remettre en doute l'honnêteté de toute la production intellectuelle d'un homme. Si tu es capable de faire cela, alors que vaut l'âme de tes textes à venir ?
Une source que l'on précise pas a pour jambes la supputation de la culture de l'homme qui la cite et qu'il ruine en se l'appropriant. La nature de nos écrits ne suffit-elle pas à élaborer cette culture déduite de ce que l'on emprunte aux autres ? Faire des associations, des rapprochements, colliger ses propres connaissances au service d'un sujet, voilà qui est assez, pas besoin de plagier.

En tant que masseur je veux un savoir tout nu et offert à mes doigts tournant les Hommes comme des pages de peaux.

De la même manière, véhiculer quelque chose sans dire d'où cela vient illustre sinon d'un manque flagrant d'intérêt pour le sujet traité, en tout cas d'une absence manifeste d'empathie pour la communauté de chercheurs dont on se réclame obérant durablement le sérieux des connaissances que l'on participent pourtant tous à créer malgré nous. Ne pas vérifier la véracité d'une source c'est asséner sans preuves et se contenter d'illustrer pour l'effet.

Mes désillusions momentanées étaient souvent pondérées par l'afflux ultérieur de questions qui surgissaient, mais lorsque l'on voue sa vie entière à rechercher des traces tangibles de massage dans les décombres d'époques aussi reculées, on rêve secrètement de la pièce rare, de l'information inconnue de tous non pas pour la garder mais pour l'offrir à sa profession comme un cadeau d'espoir. La vérité ne vaut-elle pas mieux lorsqu'elle s'étaye à la lumière fascinante de l'étude ? L'étude, cette ascèse de silence dans une communauté de mémoires. L'ambition de rendre le savoir accessible à tous n'est-elle pas préférable à la supposition de quelque chose qui n'est pas ? Et puis, les énigmes sont tout autant la garantie de l'emploi des chercheurs que des rêveurs...

 

Notre fichu papyrus était certes, récent, mais d'inspiration ancienne et bien des questions restaient en suspens comme, qui était l'auteur de ce montage, de quand datait sa création puisque lui aussi devenait une pièce d'archives à part entière ? S'il n'était pas le fruit de l'imagination d'un amoureux de l'Égypte alors à quel support avait-il emprunté son inspiration ? Existait-il d'ailleurs d'autres papyrus, authentiques ceux-là, des tombes, des lieux de vie, des ostraka même peut-être qui pourraient s'ouvrir sur de réelles scènes de massage écrites, dessinées et/ou sculptées ?
Si la reproduction de celui-ci reposait sur un original, comme le supputait
alors quel en était le numéro de lot, sa date, sa localisation, quels murs avaient servit de vénérable base au pantographe de notre artiste regrettablement oublieux, les hiéroglyphes qui y étaient reportés mentionnaient-ils le nom de quelqu'un, une pratique ? Pas de réponse, allait-il falloir que je me coiffe d'un hypothétique chapeau de masso-égyptologue puis partir sous le soleil à la recherche des pyramides contenant l'histoire d'une pratique que j'interrogeais depuis des années maintenant ? Heureusement, l'avenir me permit de rester dans mon bureau.

 

Les mécanismes de cette recherche

Le mercredi 3 juillet 2013, je publiais à la fois les résultats que j'avais obtenu sur la page Facebook du CFDRM (Observatoire des massages Information ouverte dans une nouvelle page), ma volonté de poursuivre sur ma lancée et un appel à me suggérer des pistes. C'est alors qu'un de mes récents contacts me conseilla d'entrer en relation avec Richard-Alain Jean, médecin militaire à la retraite, égyptologue polyglotte et auteur d'ouvrages sur la place de la médecine et particulièrement de l'obstétrique dans l'Égypte ancienne.
Pour tout dire, autant solliciter une institution telle que la Sorbonne me semblait naturelle mais l'idée de "déranger" un inconnu me mettait gênait passablement. Il avait probablement d'autre choses à faire que de faire des recherches sur l'origine possible d'un faux sur demande d'un
masseur de relaxation. Je me raisonne, me dis que je dispose tout-de-même d'un établissement à Paris, que je suis à l'origine de ce CFDRM de Paris qui présentait déjà une masse de travail non négligeable et décidais de le contacter.

Mon message était bref, je lui demandais s'il n'aurait pas quelques informations, sinon sur cette archive _je n'allais tout-de-même pas le mettre en situation de devoir travailler sur mon image_, tout au moins sur la place plus générale du massage en Égypte.

Sur ce réseau social, j'avais publié les premiers résultats de mes recherches et là, il m'apprend tout de go qu'en fait, non seulement il parle à quelques reprises de massage dans son ouvrage La mère, l'enfant et le lait en Égypte ancienne, par Richard-Alain JEAN et Anne-Marie Loyrette, Éd. L'harmattan 2010 TDM Fiche technique ce qui pourrait en effet intéresser notre "Centre" mais que la photo, objet de mon article, avait de sérieuses concordances avec le bas-relief qu'il publiait justement à la page 26, d'un autre de ses ouvrage intitulé À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, par Richard-Alain Jean, Ed. Cybele, Paris, 2012 TDM Fiche technique, figure 28 a et b, (Divers soins, mastaba Information ouverte dans une nouvelle page d’Ankhmahor Information ouverte dans une nouvelle page, porte de la salle 1 à la salle 6 (côté est), Saqqarah, VIe dyn. (Capart (1877-1947) , Charles Mathien 1907 Ouvrage en ligne sur un autre site. pdf). Et en effet, cela matchait exactement à notre mystérieuse planche égyptienne...

Ainsi donc, en guise de papyrus fragile et friable, ce montage de papier n'était que le mauvais miroir d'une pierre provenant du tombeau (ou mastaba Information ouverte dans une nouvelle page) d’un dénommé Ankhmahor Information ouverte dans une nouvelle page (Ânkh-ma-hor), un des tjaty du pharaon Téti qui régnait de -2323 à -2291 avant J.-C. VIe dynastie , qui se découvrait dans l'entre-porte de la salle 6 (côté Est).
Comme me l'avait affirmé Madame n'était pas la copie moderne d'un ancien rouleau fait de patientes superpositions de tiges de papyrus mais bien un bas-relief sculpté dans la pierr. Il provenait d'une chambre mortuaire égyptienne dont je vous restitue, pour la première fois dans l'histoire du massage, une origine associée à une étude rigoureuse et vous verrez que nous ne serons pas au bout de nos surprises.
Notre grossier papyrus de provenance douteuse, qui perdait à la première déception tout intérêt de recherche, n'était autre que le calque d'un mur sculpté pour la mort elle-même.

Leçon numéro un en recherche, pas de jugement de valeur, une source doit être suivie jusqu'au bout quelqu'en soit la perplexité générale. L'intuition est une bonne énergie, l'archive un excellent matériau.

J'ai écris ce tout premier article sur la place du massage dans l'Égypte ancienne en 2013 comme je l'ai dis mais ma culture nilotique  s'étant sensiblement étoffée par la suite et alors que je dus me relire cinq ans plus tard, je ne pouvait que trouver ce travail perfectible. Je ré-intervins donc en cette fin août 2018 au regard des informations supplémentaires que j'ai pu avoir depuis, améliorant chaque jour le département d'égyptologie que je construisais pour le CFDRM de Paris.

Pour se faire, j'ai procédé à la lecture de nombreux textes dont La mère, l'enfant et le lait en Égypte ancienne, par Richard-Alain JEAN et Anne-Marie Loyrette, Éd. L'harmattan 2010 TDM Fiche technique et À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, Ed. Cybele, Paris, 2012 TDM Fiche technique mais aussi à celle du tome 1 des textes de Une rue de tombeaux a Saqqarah, par Jean Capart , Ed. Vromant & Cie. 1907 TDM Fiche techniqueet à la consultation minutieuse du tome 2 TDM Fiche techniqueréservé aux planches.

Mais qui était Ankhmahor ?

Je découvrais comme vous sans doute l'existence de ce personnage m'ouvrant ainsi de nouveaux champs de recherches mais toujours conditionné à la présence ou à la mention, même dégradée, d'un massage dont la généalogie pouvait se contenter de ses composantes les plus infimes, huiles, onguents etc. Ne s'intéresser qu'au massage clairement identifié aurait équivalut à être de ces égyptologues, je l'espère inexistants, qui n'acceptent de travailler que sur des tombes intègres négligeant tesselles et décombres. Chacune des entrées aussi altérée soit-elle, prise individuellement ou ensemble, pouvait être la piste vers quelque chose de plus substantielle. Vous n'imaginez même pas à quoi ressemble mon bureau au CFDRM...

 

Ankhmahor ou Ankh-ma-Hor dont le « bon nom » selon la formule consacrée est Sesi, nous dit Jean Capart, était un notable, un dignitaire d'Égypte suffisamment important et proche du pharaon d'alors pour avoir l'autorisation et l'argent nécessaire à la construction d'un mastaba Information ouverte dans une nouvelle page de sept pièces dans la nécropole la plus en vue, Saqqarah .

Bien sûr le roi d'alors ne s'appelait pas d'Alors mais Téti et dirigea l'Égypte depuis sa capitale, Memphis , aux alentours de -2323 / -2321 à -2291 avant J.-C. Il sera aussi le fondateur de la VIe dynastie en succédant à son beau-père, le roi Ounas, qui sera lui le dernier pharaon de la Vème dynastie -2500 à -2300 av. J.-C." et si je vous dis cela, c'est juste parce que sous l'immense complexe funéraire du beau-père nous avons découvert un autre tombeau contenant, comme celui-ci, des scènes de massages ou de pédicure décrites dans les Superviseurs des manucures du palais royal, par Alain Cabello-Mosnier, le 5 juillet 2013.

L'homme était donc un tjaty , une sorte de vizir en fait mais qu'il serait anachronique pour l'époque de nommer ainsi, ce qui ne m'empêchera d'ailleurs pas de rappeler ici pour notre profession ce clin d'oeil que nous retrouvons dans le dictionnaire de langue arabe Lisân al-'arab , puisque le mot wazîr, qui donnera vizir, dispose de la même racine que le verbe arabe wazara/yaziru qui signifie « porter ce qui alourdit son dos », ce qui pourrait accessoirement nécessiter un massage...

Ankhmahor était un des tjaty au service du roi mais il est aussi parfois présenté comme son possible médecin ce qui vaut d'ailleurs à sa sépulture le qualificatif de "tombeau des médecins" en particulier au regard des scènes de circoncisions, d’embaumements, de pharmacologie et peut-être aussi de "massage et/ou de pédicure" qui figurent de part et d’autres du passage reliant la première chambre à la salle VI dite des piliers, à droite en rentrant.

Ses titres étaient nombreux et parmi ceux-là sa tombe le dit être "le premier après le roi" puisque en effet il se positionnait comme le premier magistrat après le pharaon, dans l'Égypte antique. On retrouve la formule dans d'autres sépultures comme dans celle de Nefer-seshem-Ptah qui était superintendant des scribes et des prêtres de la pyramide de Téti, juste à côté de la sienne, comme nous le rappelle J. Capart p. 63 Ouvrage en ligne sur un autre site. 1907 TDM Fiche technique, tome 1.

Où se situe sa tombe ?

En effet, il s'agissait bien d'une tombe qui, comme toutes celles de cette période se dressait dans les sables millénaire de Saqqarah qui fut un des hauts lieux de l'inhumation égyptienne notamment en raison de sa localisation en périphérie de la Capitale de l'Égypte, Memphis . Il s'agissait d'un plateau près des villages d'Abousir et de Saqqarah à environ 30 km au sud du Caire et qui s'étalait sur environ 20 km du nord au sud.

Le site de Saqqarah sera exploitée de tout temps, de la I dynastie (période thinite) il y a 3000 ans av. J.C jusqu'aux sépultures de la Basse Époque 332 ans av. J.C. Mais si il propose des tombes de toutes les époques il reste célèbre pour ces pyramides à degrés et mastabas de l'Ancien Empire.

Ici nous sommes en présence d'un mastaba de très belle facture avec sept pièces en enfilades couvertes de peintures murales, de statues de pieds en cape de notre vizir et de bas-reliefs.

Hypogées, mastabas et pyramides, une chronologie cémétériale

Rappelons rapidement, ça se sera fait, que les sépultures au début de l'histoire de l'Égypte furent d'abord primitives et souterraines, on les appelle alors des hypogées , hypogeios (« souterrain »).


Pour se distinguer de ces enterrements toujours épouvantablement regrettables quand il s'agit de soi, les pharaons initièrent alors le principe de mastaba tout-de-même plus visible dans le désert puisqu'il était façonné en extérieur. De loin il ressemblait à un petit siège misTabat qui en arabe signifie (« banc de pierre ») un peu comme si les fondations de l'hypogées devaient servir, chronologiquement, de base à cette évolution. Ce privilège architectural et particulièrement distinctif fut d'abord réservé sous la 1ère et seconde dynastie aux pharaons puis finit par être accordé à tire honorifique à un cercle de quelques personnes influentes qui s'élargira à de plus en plus de monde.

Les pyramides quant à elles commencèrent à allonger leur ombre sur le désert dès la IIIe dynastie (vers -2700 à -2600), comme si les mastabas devenus par trop communs, trouvaient là une façon ingénieuse de se faire remarquer et d'indiquer la puissance et la majesté de celui ou de celle qu'elle recouvrait.

Elle devinrent une sorte de juxtaposition de mastaba de plus en plus petits qui venaient s'ajouter par étages successifs, formant ainsi la pyramide à degrés.

Il n'est pas intéressant de retenir cette chronologie architecturale par un procédé mnémotechnique comme celui-ci faisant des hypogées les fondations originelles des pyramides à venir. Les mastabas qui s'interposent se présentent comme une évolution logique venant s'ajouter à cet ancêtre d'abord par un premier étage de plein pieds jusqu'à ce que d'autres viennent s'augmenter en escalier pour se terminer par le pyramidion.

 

Que doit-on dire, Roi, Pharaon ou Monsieur ?

En écrivant ce papier je me suis interrogé sur la pertinence d'utiliser le terme de roi en remplacement de celui de pharaon et de les intervertir ainsi à volonté pour ne pas être trop redondant, même si dans les livres d'égyptologie ils étaient employés, je voulais savoir où est-ce qu'ils se situaient chronologiquement et étymologiquement. Si cette réflexion m'avait ainsi traversé l'esprit, je subodore qu'elle ne se sera pas arrêté au mien et se sera imposée à d'autres parmi nous évitant en cela la frustration de l'ignorance et aux moins exigeants, la satisfaction de se voir répondre à quelque chose à laquelle ils n'avaient pas nécessairement pensé. Après tout, n'est-ce pas à cela que sert ce genre de publications ?
Les deux écritures sont en fait à la fois postérieures à ces règnes et toutes les deux justes. Roi vient du latin
rex qui signifie (« roi, chef »), via son accusatif regem, du verbe regere (« diriger ») dont on retrouve les traces vers 880 s'après le CNRTL .
Pharaon quant-à-lui remonterait au alentour de 1170 de notre ère, soit postérieure à celui de roi.
La classification de Faulkner traduit le mot pharaon par la juxtaposition hiéroglyphique suivante : et propose pour sa translittération . Le signea pour code Gardiner O1 correspondant à PR, il signifie "maison, bâtiment, lieu" et celui d'en dessous O29, est qualifié de "Piquet de tente posé horizontalement" ce qui donne en égyptien ancien : per-aâ « grande maison » ) dont la formule sert à désigner les rois de l'Égypte antique. Et, ne vous avisez pas à trouver cela par trop imagé, nos étymologies grecques ou latines sont toutes aussi bellement fleuries que celles de cette branche égyptienne plus vieille encore.

Mais, je sens que votre cerveau s'échauffe, alors, allons nous mettre au frai dans la tombe qui nous attend.

Sur la trace des massages dans le tombeau d’Ankhmahor en Égypte il y a 4300 ans.

Nous allons procéder par ordre et commencer par décrire le plan de la sépulture de Sesi (Ankhmahor) plutôt que d'aller, semblable à des touristes blasés devant les fresques qui nous intéresse et repartir aussi vite que nous sommes venus. C'est le tombeau d'un homme véritable au sein duquel nous devons nous comporter en homme véritable.

Le tracé ci-dessous fut dessiné par Victor Loret , égyptologue français et la salle qui nous intéresse est la longue pièce numéro VI. à droite. Par contre c'est Jean Capart , le père de l'égyptologie belge qui nous le restitue dès les pages 27 Ouvrage en ligne sur un autre site. pour la partie écrite du tome 1er et 35 Ouvrage en ligne sur un autre site. pdf de son deuxième tome TDM Fiche techniquecontenant les planches. Quant à moi, je serai votre agent immobilier chargé de vous faire la visite et grâce à ce livre, nous avons désormais toute l'éternité pour en connaître le moindre recoins. Je tiens à préciser que ce ne sera qu'une présentation sommaire puisque chaque entre-porte, au regard de l'épaisseur des blocs de pierres permettait l'expression de nombreuses scènes de la vie quotidiennes que je ne décrirai pas.

  1. Salle I - (très dégradée, une faible partie des sculptures subsistes), scènes de chasse à l'hippopotame mais aussi agricoles
  2. Tout de suite sur la gauche vous avez le passage muré de la Chapelle de Jeshfi, (le fils d'Ankh-Ma-Hor) sans réel intérêt.
  3. Salle II en face - des scènes de marché avec des personnages assis devant leur étal dans l'entre-porte, le mur Sud est consacré aux métiers (très dégradé). Plus loin, on fait l'inventaire des bijoux d'Ankh-ma-Hor, des ouvrier battent l'or nécessaire aux funérailles.
  4. Salle III - Ankh-ma-Hor recevant des offrandes, debout tenant son bâton et son casse-tête avec peau de panthère et chaussé les sandales. Il est entouré de son frère Temru qualifié de « vénérable royal », un de ses fils Jeshfi, des porteurs d'offrandes parmi lesquels le scribe de la bibliothèque religieuse du roi, Mesi. On y retrouve cette étonnante formule "tout ce qu'on fait pour les dieux, on le fait pour le mort." Capart décrit p. 43 Ouvrage en ligne sur un autre site. du tome 1er la planche représentant le mur Sud de la salle III qu'il nous présente sur la planche XLIX correspondant au tome 2 Ouvrage en ligne sur un autre site. et où il écrit "Le modelé de la figure principale est spécialement soigné dans ce tableau et fait vivement regretter la perte de la partie supérieure du corps. Un fragment (planche L), donnant seulement les genoux et une partie de la jambe, montrera tous les efforts de l'artiste pour traduire exactement la musculature et faire sentir le squelette sous la chair."
  5. Salle IV - antichambre des appartements du mort avec une stèle en forme de porte. Quand Ankh-ma-Hor sortait par ce passage symbolique il retrouvait dans sa tombe tout ce dont il avait besoin et sur une sorte de banquette de pierre qui faisait office d'autel (aujourd'hui disparu) il venait y chercher les provisions provenant de ses châteaux, des aliments préparés par les prêtres du double, et enfin, renouveler ses vêtements et son mobilier autant de fois qu'il le souhaitait. Bas-relief de boucherie, de dépeçage, les bouchers discutent entre-eux et nous en avons la retranscription gravée dans la tombe « Tiens fort camarade, que je mette cette jambe sur l'autel ; vite. » et un autre solide gaillard s'écrit « Qui est un solide gars ? Moi. » p. 46 Ouvrage en ligne sur un autre site.. On vit donc que même là l'humour est autorisé et que le mort compte bien profité de toutes ces scènes du quotidien qu'il avait connu et apprécié de son vivant. Même le menu des repas du mort sont mentionnés.
    Et enfin, Capart précise ceci qui ne saurait échapper à notre sujet, "Au registre inférieur, trois personnages sont désignés par des inscriptions. L'un d'entre eux (le septième en commençant par la droite) est qualifié de « manicure » et s'appelle Ptahshepses."
  6. Salle V - contenait la stèle avec le gros des processions d'offrandes au mort qui faisait face à ses serviteurs
  7. Salle VI - p. 50 Ouvrage en ligne sur un autre site. nous avons dans le passage de l'entrée constitué par l'épaisseur du mur deux tableaux distincts à l'Ouest, un paire d'individus autour d'une circoncisions et une deuxième paire de circoncision masso-compatible puis au-dessus, un second tableaux de quatre paires masso-pédico-manipulation. En face, côté Est, quatre binomes superposées de massage ou pédicure)

(Image distribuée par ©CFDRM et libre de droit non commerciaux)

Nous voici devant la lourde porte du tombeau d’Ankhmahor.
_ Entrons-y, aidez-moi un peu pour l'ouvrir.

Le mastaba dans lequel nous pénétrons possède sept pièces ce qui le fait plus ressembler à un appartement avec vue imprenable sur la mort qu'à une tombe et, comme vous pouvez le voir, les murs de la première chambre ont assez souffert, seule une petite partie des représentations funéraires sont encore présentes.

Comme pour tout appartement de ce standing il fallait bien une chapelle qui plus est dédiée, en guise d'insigne honneur, à Jeshfi (1), le fils d'Ankh-Ma-Hor. En réalité elle n'est pas exactement dans le tombeau du père mais contre, et avec une ouverture murée. Elle est de très belle envergure, quasiment vide et sans intérêt sinon qu'en prévision, comme l'ensemble des représentations du fils, au cas où il serait enterré avec son père et le reste de sa famille. Si au contraire sa carrière, son influence, son argent lui permettait de s'en faire construire un autre, alors les effigies sculptées dans le tombeau paternel seraient effacées, martelées, de manière qu'elles n'apparaissent pas dans deux lieux mortuaires différents. C'est le cas ici, le nom ou le visage de son fils furent effacés.
Les murs du reste de la dernière demeure du père sont couverts de louanges, de statues du père, de pleureuses, de processionnaires, de quelques amis mais aussi de victuailles, de vêtements, d'objets divers pour la toilette, des ustensiles de médecine, de danseuses pour se divertir, de manucures, de massages peut-être et enfin, d'une chambre à coucher dans laquelle la couche est remplacée par le sarcophage. Dans ces ères de dépossession de soit il y avait deux types de portes, les vraies portes pour que les vivants y accéder mais aussi des fausses pour le mort lui-même. On pourrait être tenté de les prendre pour une parade possible contre les pillages mais en réalité c'est par elles qu'était sensée passer l'âme du défunt pour venir se nourrir et se réjouir des scènes peintes ou sculpter qui s'ouvraient comme autant de fenêtres donnant sur la vie quotidienne. L'égyptien d'alors considérait que l'on retrouvait dans la mort ce qu'on avait eu dans la vie et particulièrement ce qu'on avait aimé, sexe compris à l'instar d'Osiris, le principal dieu des morts égyptien qui avait, après son décès, engendré Horus rappelle J. Capart.

Revenons dans l'entrée, et là, à l'opposé du passage muré menant à la chapelle du fils que nous avons vu au début, nous voyons celui qui, au Nord, va nous faire entrer dans la salle VI du tombeau d'Ankh-Ma-Hor. Elle correspond à la planche LXVII (Est) du tome, 2 p.133 Ouvrage en ligne sur un autre site. mais décrite dans le tome 1 p. 52 Ouvrage en ligne sur un autre site., seulement nous n'avons pas besoin d'entrer dans cette grande pièce, tout se trouve sur les parois du conduit qui nous y mène. C'est là que se trouvait le fameux tableau de massage que nous avons tant recherché et qui servit de modèle à notre gravure contemporaine de papyrus. Capart qualifie ces reliefs d'uniques pour un tombeau de l'Ancien Empire nous montrant des scènes extraordinaires. Celle côté Ouest, la LXVI présente une circoncision et la LXVII côté Est, en face, une scène de pédicure/massage.

(1) L'entrée privative de cette chapelle réservée au fils fut murée comme nous le montre le mur Sud de la salle I sur le plan. Elle est aménagée entre le tombeau de Nefer-seshem-Ra et celui d'Ankh-ma-Hor. Pour le sourire, le second nom de Jeshfi est Tutu.

 

D'abord une circoncision

Commençons d'abord par la circoncision qui ne semble pas au premier abord être le sujet qui nous occupe ici et pourtant, cette scène toujours aussi déplorable pour moi, quelqu'en soit l'époque, contient bien des éléments de massages diffus qui, même s'ils sont parcellaires ne doivent pas pour autant être négligés.
Au regard du contexte historique cela n'aurait pas beaucoup de sens de condamner des pratiques aussi reculées au risque de faire un jugement de valeur mais comme cette pratique abjecte perdure, en tant que vivant actif dans la strate de vie dans laquelle je me situe, je n'ai pas d'autres choix que de m'élever inlassablement contre ces archaïsmes révoltants et sexistes dès que j'en vois un.

L'on connaît mon opposition farouche à cette pratique réductrice qui n'est rien d'autre qu'une mutilation sexuelle et génitale attentatoire et dégradante, sexuelle tout d'abord parce qu'elle atteint la sensibilité du garçon jusque dans ses sensations et dans la psychologie de sa sexualité, la-lui modifie de fait, et génitale enfin parce qu'elle atteint l'intégrité-même de l'organe qu'elle mutile généreusement. Cela ne serait rien si l'individu était majeur mais là, non, on s'en prend à des enfants parfois quelques heures après leur naissance comme des primitifs assoiffés par ce cannibalisme pédophilo-pénien. Ce qui est d'autant plus insoutenable c'est que nous nous indignons de l'excision qui n'est pas dans notre culture juste parce qu'elle blesse indignement les filles alors que nous osons encore la justifier et la pratiquer chez le garçon mineur. Le pire, et cela constitue un des principaux moteurs de mon néo-masculinisme, c'est que l'on ose hiérarchiser l'esprit de la mutilation en la subordonnant à ce qu'elle pourrait nous laisser de plaisir supposé puisque pour les femmes, ce plaisir est plus ou moins supprimé selon ce qu'on laisse de clitoris. Voilà où nous en sommes en 2018, mesurer nos balafres de mutilés pour savoir qui de l'homme ou de femme serait le plus atteint. Donc, au lieu de nous satisfaire de l'inanité de ces pratiques que plus rien ne justifie aujourd'hui, pas même un phimosis (rétrécissement pathologique du prépuce entravant le décalottage du gland) puisque les chirurgies réparatrices sont largement en situation de reconstruire les tissus rétrécis autour du gland masculin, _ne reforme-t-on pas des hymens_ et ne grandirions-nous pas notre humanité à interdire jusqu'à la majorité ce droit parental abusif leur permettant de scarifier le sexe à peine né de leur enfant ?

     Fig. 3. Planche LXVI de Capart/Mathien, 1907 (Image distribuée par ©CFDRM et libre de droit non commerciaux)

Sur cette planche LXVI de Capart/Mathien, 1907 tome, 2 p.131 Ouvrage en ligne sur un autre site. et comme l'indique son texte tome 1 p. 51 Ouvrage en ligne sur un autre site., un jeune garçon est fermement tenu, les deux mains maintenues devant ses yeux pour l'empêcher de voir et subir sans trop de terreur sa posthectomie. J. Capart ajoute "L'opérateur, qui est qualifié de prêtre du double, a soin de dire : « Tiens-le pour qu'il ne s'évanouisse pas (?) »" ce à quoi l'aide répond : « Fais à ton gré. ». Alors Capart met ce point d'interrogation devant cette association qui semble demander comment tenir quelqu'un peut empêcher son évanouïssement ? Je suppose que la réponse se trouve dans l'immobilisation couplée avec la nécessité d'occulter le regard afin que la vue du sang, toujours très abondant sur cette zone lésée, ne fasse pas perdre connaissance . Au-delà du côté révoltant de la scène dès lors que l'on en convoque les éléments objectifs, les égyptologues se sont légitimement interrogés sur la nature nauséenne de l'objet ovoïde que l'intervenant tient entre ses doigts, est-ce un couteau sacerdotal servant à la section de l'enveloppe prépuciale ou de son extrémité, ou bien encore, comme le propose stoïquement Capart, ne s'agirait-il pas du prépuce de l'enfant lui-même, la trace de sa petite charpie humaine ? Toutes les momies étudiées n'étaient systématiquement circoncises et celles qui en subissaient la pratique avaient entre 8 et 10 ans ou étaient des adolescents sur le point de se marier.

Se satisfait-on à observer l'ablation ou la mutilation des fresques que nous étudions ou nous désolons-nous de leur perte ? Alors pourquoi justifier celle des prépuces de ces nouveau-né ou adolescents pillés à jamais de leur intégrité corporelle ?

 

Circoncision et possible massage du pénis en post-opératoire ?

Fig. 4 (droits sur l'image inconnue)

Si je m'applique à vous infliger ces descriptions ce n'est que pour amener la scène de droite qui pourrait consister en une sorte de masso-suivit post-opératoire raisonnablement envisageable.

Ci-dessus une photographie plus nette correspondant à la planche de la scène de circoncision.

Le jeune homme qui est, soit le même plus tard soit un autre, se tient résolument debout, devant celui qui est probablement chargé des soins nécessaires à la cicatrisation, il est nu, le sexe offert à ses manipulations et il se tient, la main posée sur la tête de l'auxiliaire comme si la douleur se donnait la possibilité de le repousser. Puis, page 52 "Celui-ci manie un instrument dont le rôle n'est pas bien déterminé et dit au jeune homme : « C'est pour te faire du bien. »" [fort de café après avoir fait autant de mal (mon jugement de valeur n'a rien à faire dans une étude historique mais vous le rappeler rend mon erreur pardonnable)]. Un des éléments que l'on peut puiser dans la culture égyptienne pour expliquer cette pratique c'est que Râ, le dieu du soleil dans la mythologie égyptienne, créateur de l'univers, était circoncis ce qui amène un parallèle assez inévitable entre l'astre solaire prépuciale de cette période et, l'alliance prépuciale de la brit milah, terme hébreu pour "alliance" chez les juifs qui adoptèrent ce même procédé mutilatoire initié par Abraham (Jésus l'était).

Mais alors que fait ce prêtre du double à ce jeune homme ? Capart répond en écrivant : "ce qu'il fait est probablement indiqué dans le texte qui se trouve au-dessus de l'opéré et que nous voudrions traduire « racler ou oindre, ce qui est parfait. (1) » [et il termine en écrivant] Le termeest fréquemment employé avec ce sens dans les textes médicaux."

Juste après cette dernière proposition traductive au demeurant juste, cette note (1) de bas de page nous renvoie à ce qui nous complique légèrement les choses avec ce passage de "Macalister loc. cit., p. 443 : « Blood must be shed in the opération, and the inner layer must be torn with the thumbnail ; this supplemental opération is called pèrî'ah, and is said to hâve been introduced by Joshua. »", que nous pourrions traduire par "Le sang doit être versé durant l'opération et la couche interne (de la peau) doit être découpée avec (un ustensile ou l'ongle du pouce); cette phase supplémentaire s'appelle pèrî'ah et il est dit, que ce fut introduit par Jésus."

Alors, procédons par ordre. Sur la première description il y avait cette interrogation au sujet de la forme ovée supposée être le prépuce matérialisé de l'enfant et là, au sujet du prêtre du double l'égyptologue précise : "Celui-ci manie un instrument dont le rôle n'est pas bien déterminé...". En un mot on ne sait pas vraiment ce que c'est.

En archéologie il n'est pas nécessaire d'avoir une scène intègre pour savoir ce qu'elle représente ou en déduire ses composantes puisque par recoupement, en convoquant d'autres figurations similaires de périodes proches et plus complètes, en disposants de textes, d'outils, on peut extrapoler. Les pétroglyphes de circoncision en Égypte ne sont pas très nombreux, je peux citer ici celui du mur intérieur nord du temple de Khonspekhrod dans le district de Mout, temple de Karnak , Louxor. Dix-huitième dynastie, Amenhotep III, vers 1360 avant JC.

Capart dit qu'il manie un instrument indéterminé, seulement, si nous l'associons à ce « C'est pour te faire du bien. » gravé dans la pierre, nous pouvons en déduire soit qu'il ne s'agirait que d'une utilisation moins invasive de couteau dont la fonction ne porterait que sur l'exérèse du méat prépucial, soit nous serions en présence d'une fiole contenant une huile, d'une préparation, peut-être même d'un manche muni d'un enrobé quelconque que l'on viendrait appliquer par friction sur la cicatrice déjà constituée pour lui donner une élasticité la plus proche possible de celle d'une peau saine. Nous y reviendrons au chapitre suivant.

C'est là qu'intervient cet extrait trouble-fête de Stewart Macalister , un archéologue irlandais professeur d’anatomie à Cambridge en 1883 qui aura un vif intérêt pour l'archéologie biblique ce qui peut en effet expliquer son intérêt pour la circoncision et son incrustation dans ce papier de 1907. Ce renvoie à Macalister suppose qu'il pourrait s'agir d'une sorte de pèrî'ah juive, c'est-à-dire de redécoupe d'un prépuce préalablement étêté. En effet, la circoncision telle qu'elle était pratiquée jusqu'au IIe siècle ap. J.C. se limitait à la seule plastie de la partie supplétive qui prolonge le prépuce, la milah. Les athlètes juifs avaient alors pris l'habitude de se reconstituer progressivement le méat par des étirements de peau afin de se confondre avec les grecs. Des extrémistes juifs firent pression pour imposer cette seconde opération consistant au retrait de la totalité de l'anneau. Cette milah primitive associée à la pèrî'ah complétive est devenue la brit milah, brit signifiant "alliance" en hébreu. Pourtant, même s'il devait y avoir association entre cette circoncision médiane sémite et celle de cette période de l'Égypte, je ne vois pas en quoi cela changerait quelque chose en terme de bénignité. La section du prépuce où que ce situe le périmètre entamé devait constituer une douleur et des saignements identiques.
La phrase traduite disait « C'est pour te faire du bien. » donc on ne fait pas du bien en coupant moins, on fait du bien en hydratant la cicatrice à l'origine de ce qui, au contraire, avait fait terriblement mal et hydrater c'est masser.

 

Racler ou oindre

Que signifie "ce qu'il fait est probablement indiqué dans le texte" ? En tout cas pas qu'il ne le traduit que partiellement. Jean Capart est un égyptologue reconnu et sur ce registre nous n'avons aucun manquement de texte qui pu lui compliquer la traduction. De plus le département d'égyptologie du CFDRM dispose à présent de suffisamment de recule et de hiéroglyphes répertoriés avec l'aimable concours de Richard-Alain JEAN pour comprendre ceux-là. Un "registre" est un segment disposant d'un séparateur, c'est un ensemble de contenus faisant sens.

Oindre en hiéroglyphe, fig. 5

A gauche (image distribuée par ©CFDRM et libre de droit non commerciaux), je vous isole la valeur paléographique du mot oindre en égyptien issue de notre photographie ; Capart lui nous restitue aussi mais dans son format plus usuel p. 52 Ouvrage en ligne sur un autre site. pdf du tome 1 TDM Fiche techniquemais toujours avec la même ventilation verticale que je vous décortique :

  1. le verrou, chaque symbole correspond à une association de forme qui à permis aux égyptologues de les mémoriser plus aisément. Gardiner , à l'origine d'une classification qui fera date, lui donnera la référence O34, O correspond au bâti, et 34 c'est sa position dans la liste. Bien sûr cette liste ne pouvait être exhaustive et définitive donc, d'autres sont venues naturellement s'intercaler comme par exemple le code précédant. O33 sera bien répertorié par le maître mais ultérieurement enrichi d'un nouveau signe placé entre les deux originaux auquel on ajoutera autant de lettres qu'il y aura de nouveaux signes distinctifs, ainsi, O33A sera donc considéré comme "Hors liste Gardiner", c'est-à-dire ajouté par d'autres. Pour information, puisque le corps humain jouxte le massage, la lettre qui lui sera affiliée sera la D quelque soit l'organe ou la parie.
    Le hiéroglyphe ne pouvait pas toujours être dessiné, l'écriture égyptienne avait prévue une forme cursive plus rapide qui prenait alors le relais, pour la restituer on lui accordera ce que l'on appelle une translittération, à savoir la transformation d'un signe en lettre lisible, ici, Z/S ayant pour valeur phonétique s.
  2. la perche du Nil (Tilapia nilotica) K1 vient immédiatement en-dessous de ce mot (K désigne tous les poissons et leurs parties), sa translittération est in désignant le poisson boulti, valeur phonétique inin.
  3. le filet d'eau, N35, en dernier dispose de la translittération n/nt.

Alors bien sûr nous ne savons pas pourquoi cet assemblage de signes fut employé pour former le mot oindre, nous ne pouvons y aller de nos interprétations que par association. Est-ce que le verrou pourrait symboliquement enfermer, contenir ensemble à la fois l'élément liquide de l'eau vue comme liant et la force motrice de la perche mucilagineuse dont les ondoiements agiraient comme les doigts du masseur ? Ou est-ce que c'est la peau glutineuse de l'animal qui formerait le lien/liant avec celle de l'homme ? Le Nil est central dans l'histoire de l'Égypte et si la carpe, vous l'avez vue, se trouve en première position dans la liste de Gardiner, c'est probablement parce qu'elle entre dans nombres de préparations culinaires, médicamenteuses, scripturales, s'insinue jusque dans les granites et les calcaires des édifices et c'est parce qu'elle est omniprésente qu'elle est à la même place que le crocodile qui lui, caracolera au sommet de celle érigée pour les reptiles.

Donc il semblerait qu'après le premier geste chirurgical invasif de la première scène, nous soyons en présence sur la deuxième d'un suivit médical dont le protocole 'impliquerait' un massage circulaire post incision visant à hydrater, nettoyer peut-être, la cicatrice pour lui conserver son élasticité.

Quoi qu'il en soit, racler, gratter ou masser sont des constituants du massage et là nous ne les convoquons pas à la petite semaine mais bien parce que le hiéroglyphe en présence nous y invite en nous adossant à un ouvrage d'égyptologie reconnue et autant dire que ce masso-détail ne fut jamais étudié sous ce genre éclairage. Il ne s'agit pas de découvrir les sources d'une technique de soit disant massage égyptien comme la mode nous le suggère aujourd'hui en prenant d'ailleurs pour fragile exemple ce tombeau d'Ankhmahor mais bien d'en extraire la moindre particule. Racler, gratter ou masser sont des marqueurs, les actants d'un massage basal.
La partie restituée par Jean Capart sur cette suite de formules dit « C'est pour te faire du bien. » ce qui nous permet d'en déduire que l'opération relevait sans doute davantage, sinon d'un massage constitué et doctrinaire, en tous cas d'un massage dénotatif par onction huileuse pouvant certes en passer par un raclage mais qui ne saurait s'en tenir là. Si une huile, une préparation vient en complément au premier soin, alors la manipulation de la verge, du gland masculin ne pouvaient être que massés.

La dernière incise que j'aimerais faire est au sujet des prêtre du double qui sont en fait une sorte de congrégation sacerdotale dévolue aux offrandes du défunt. Ainsi, selon son importance sociale, ces prêtres viendront renouveler sa nourriture, ses vêtements mais aussi son mobilier soit à des dates fixes correspondant souvent à des fêtes religieuses, soit tous les jours afin que le mort ne manque de rien dans l'au-delà. Pourtant ces prestations ne sont pas que post-mortem mais peut avoir à s'occuper de jeunes gens des huit à dix ans ou bien encore sur des adolescents sur le point de se marier. Parmi ces fonctions nous l'avons vu "L'opérateur, qui est qualifié de prêtre du double, a soin de dire : « Tiens-le pour qu'il ne s'évanouisse pas (?) »" ce à quoi l'aide répond : « Fais à ton gré. »"

 

Suppositive d'une massostatique

Ce chapitre va s'employer à présent à lister les séquences qui nous concerne. Elles sont au nombre de quatre fois deux présentant à chaque fois un binome, soit huit personnages en séquence. Nonobstant, puisque la nature exacte de leur activité reste certainement discutable et discutée je persisterai à parler de masso-comatibilité afin de ne pas m'accaparer comme beaucoup ces scènes sous prétexte qu'elles serve mon projet. De plus, quoi qu'ils fassent, le massage ne peut qu'être que convoqué, sinon par une technique bien repérée et descriptible, elle s'impose par l'utilisation quasi obligée pratique constatable et mobilisant le toucher.

 

Scène masso-compatible n°1
Fermons là cette parenthèse prépuciale puisqu'elle au moins peut encore disposer du plaisir de se mouvoir et contentons-nous de lever un tout petit peu les yeux dans cette entrée au prépuce de pierre blonde qui, parce qu'il subsiste, nous permet encore aujourd'hui de lire son litho-tégument.

Nous venons en effet d'aborder la partie basse de notre premier panneau Ouest et à présent nous allons nous concentrer sur celle qui est au-dessus, telle que je vous là reproduis en socle de ce paragraphe, fig. 6. En effet, nous sommes tellement impatient de nous retourner pour scruter les deux scènes que nous avons dans le dos et qui nous concernent probablement plus que nous serions tenter de la snober comme nous l'aurions fait avec celle de la circoncision dont l'étude de texte et du visuel nous a révélée une intéressante masso-entrée. Alors il faut bien reconnaître qu'elle est particulièrement dégradée et que la qualité des plaques photographiques ne nous aident pas. A ce titre, Capart nous demande d'ailleurs une bienveillance que nous lui accordons avec plaisir et reconnaissance lorsqu'il nous rappelle les conditions particulièrement compliquées qui furent les siennes pour fixer ces clichés en 1906, accompagné de son élève et ami, le docteur Charles Mathien.

Mais c'est pourtant bien en suivant le texte que nous lisons cette précision de Capart : « Au registre supérieur, nous n'avons plus qu'une partie des représentations. M. Max Mûller propose d'y reconnaître des opérations chirurgicales. Cette conclusion ne s'impose nullement, comme on en jugera d'après notre photographie. Nous y verrions plutôt des scènes de massage (3). » Nous sommes dans une publication de 1907 rédigée par le père de l'égyptologie belge et ce n'est certes pas ici que nous nous attendrions à lire ce genre de propos engageant le massage.
La note de bas de page n° (3) ajoute ceci : "Voir, par exemple, au tombeau de Ptah-hetep : Gripfith, The Tomb of Ptah-helep, planche XXXV." Il faudrait que je retrouve cette référence parce qu'elle semble bien nous orienter vers un nouveau masso-contenu.

Fig. 6 (Image distribuée par ©CFDRM et libre de droit non commerciaux)

Alors bien sûr il n'est pas aisé de la trouver du premier coup sinon ce bras qui se saisi d'un autre et qui, au regard de la planche suivante la correspondance se tient tout-à-fait. Autant dire que sur cette description il n'y a plus grand monde pour se précipiter dessus et la brandir comme la preuve ultime du massage dans l'Égypte ancienne, les suivantes ont eu plus de succès même si la source fut réduite à un artefact. N'est-il pas tout aussi fragile que regrettable de voir l'ensemble de la profession des gens du massage comme il existe des gens du voyage se satisfaire de cette seule et mince source au détriment de toutes les autres ? Car enfin, vous ne pensez tout-de-même pas que c'est la seule qui ait survécu ?...
Je vous donne pour l'heure les éléments factuels dont je dispose, ce n'est qu'ensuite que je vous les superposerai avec notre fameux papyrus de circonstance.

 

Ce que Jean Capart appelle l'entre-porte n'est autre que l'épaisseur du mur qui permet le passage d'une pièce à une et c'est dans ce passage que nous avons cet infernal face-à-face entre circoncision malheureuse et massage réjouissant qui nous rend tous fébriles et scrupuleusement attentifs. A l'Ouest, l'enfer, émondeur de prépuces d'une main ravisseuse, à l'Est, le paradis de la main qui rassure avec cette planche LXVII ci-dessus, tome 2 TDM Fiche technique p.133 Ouvrage en ligne sur un autre site. pdf et décrite dans le tome 1 TDM Fiche techniquep. 52 Ouvrage en ligne sur un autre site..

À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, par Richard-Alain JEAN Éd. Cybele, Paris, 2012 TDM Fiche techniquenous vient en aide en nous en proposant une version visuellement plus confortable page 26, fig. 27 que je publie ici avec l'autorisation de l'auteur.

Fig. 7 (Image distribuée par ©CFDRM et libre de droit non commerciaux)

 

Cette planche est intéressante parce que la plupart que nous avons eu à exploiter pouvaient toujours prêter à confusion en questionnant la nature de l'empoignade de cette main ou de ce pied, massage ou une pédicure ? Alors que là, l'homme le plus à gauche se penche et travaille résolument le genoux ou la cuisse de celui qui lui fait face, très probablement Ankhmahor assis, puisque c'est sa tombe. La main, voire, les deux bras d'ailleurs de ce probable masseur, semblent tendre tout entier vers ce service au prince. Le petit détail absolument ravissant c'est que, contrairement aux autres figures, cet homme n'est pas assis par terre mais sur un petit siège glissé sous ses fesses comme un intermédiaire tellurique qui pourrait bien rejoindre la liste du mobilier nécessaire ou rencontré en massage formant le set du masseur.

 

Scène masso-compatible n°2
A droite du même tableau nous avons ces deux personnages qui ressemblent plus à des Shadoks qu'à des Êtres ayant vécu il y a environ 4300 ans. Ils sont assis l'un est derrière l'autre, le premier donnant sévèrement l'impression d'être en position pour lui masser le dos. Là encore ce ne sont que des suppositions mais au regard du contexte et du binome précédant, je pense que l'allégation soit si présomptif que cela.

Précédemment nous avons vu que Ankhmahor était assis sur un siège bas alors que là, c'est le masseur ou l'officiant est assis sur un tabouret un peu plus élevé. Il est difficile d'en dire davantage tant le couple est martelé ou piqué, pourtant, les sculptures ne sont pas nécessairement dégradées par le temps ou lors des pillages dont les malfaiteurs, soucieux de ne pas être reconnus dans l'au-delà, mutilaient les visages des occupants histoire de soulager leur consciences et d'éviter la vengeance des morts. Les raisons sont nombreuses, la pierre devient soudainement très dure et peu propice à la taille, les tombes n'étaient parfois juste jamais terminées ou bâclées ou encore, le mort mourait trop tôt, ou l'argent venait à manquer, ou la disgrâce, quand ce n'était pas l'artiste engagé qui s'avérait peu consciencieux et savait que personne ne viendrait voir ce bout de fresque etc. Dans cet ouvrage Une rue de tombeaux a Saqqarah, Capart liste les incohérences, les profils mal exécutés, les formules stoppées nettes par manque de place, parfois même des éléments symboliques forts, liés au culte, sont inversés comme, dès l'entrée du tombeau d'Ankhmahor sensée être particulièrement soignée qui présente le défunt avec la jambe droite en avant alors qu'en Égypte, elle est considérée étant du côté du pays des morts et que c'est la gauche est de bon augure qui devrait être rectrice.

 

Scène masso-compatible n°3

A présent, il ne nous reste plus qu'à nous retourner, je dirai enfin, sur ce que nous cherchions depuis le départ, à savoir, l'origine génésiaque de notre croquis virtuel, toujours immortaliser ici par de l'ouvrage de Capart et probablement né de lui d'ailleurs. En réalité, et j'aménage mes effets de surprises, dès qu'on entre dans ce qui passe pour être une sépulture d'excellente facture, immédiatement à gauche, notre oeil rencontre, subjugué, ces figurations que le massage disputera encore durant des siècles à la pédicure et la pédicure au massage. Nous nous retrouvons pourtant bien ensemble dans cet art de la toilette égyptienne magnifiquement rehaussaient par nos deux pratiques, vectrices de bien-être.

Fig. 8 (Image distribuée par ©CFDRM et libre de droit non commerciaux)

Avant de vous décrire les différentes positions des corps ventilés sur les murs de cette tombe et comparées à celles reportées sur notre papyrus de circonstance, lisons ce qu'en dit Jean Capart pages 52/53 pour avoir une bonne vue d'ensemble : «...au registre inférieur, à droite, un homme est assis sur le sol, les bras croisés ; il tend en avant un de ses pieds et le livre aux mains d'un pédicure, qui lui arrange les ongles. « Ne me fais pas de mal, » dit-il. L'autre répond : « Je ferai comme tu désires, prince. » A côté, symétriquement, un manicure soigne les mains du maître. Un petit registre intermédiaire est occupé par une série de trois coffrets, destinés évidemment aux ingrédients nécessaires à la toilette. Par-dessus, au milieu, le maître est assis sur le sol ; il livre ses deux mains à des aides, qui semblent les lui masser. Les légendes ont disparu à peu près entièrement ; il reste, au-dessus de la tête du maître : « vous dépêchez-vous par ma vie » et la réponse que l'on peut deviner : « agréablement, mon cher ». Il n'est évidemment pas nécessaire d'interpréter les scènes sculptées dans cette entre-porte autrement que toutes les autres qui sont représentées sur les murs des diverses salles. Elles sont destinées à remplacer pour le trépassé les services réels qu'il avait eu au cours de sa vie afin que son âme puisse revenir du royaume des mort y puiser à volonté et retrouver, sur la terre, les serviteurs qui avaient été attachés à sa noble personne.

Nous voyons bien que Capart semble assez catégorique sur cette conjonction naturelle de soins connexes avec une pédicure sur la gauche, une manicure sur la droite et en haut, semblable à une coiffe royale, "[...]il (Ankhmahor) livre ses deux mains à des aides, qui semblent les lui masser.". Seulement cette phrase ne livre qu'une banale entrée sur le massage dans l'Égypte ancienne, déjà parce qu'une trace, aussi infime soit-elle de massage en provenance de ces contrées ne saurait être banale, ne serait-ce qu'au regard de son histoire, mais l'inférence conséquentielle qui se déroule sous nos yeux c'est aussi que, si cela s'avérait juste, nous ne serions pas moins qu'en présence d'un massage à quatre mains dans l'Égypte ancienne et très probablement même, le plus daté qui soit.

Donc voici la vue d'ensemble en provenance du tombeau d’Ankhmahor Information ouverte dans une nouvelle page, vizir du pharaon Téti (-2323 à -2291 avant J.-C.) de la VIe dynastie à Saqqarah captée ici par Capart et Mathien qu'ils publièrent en 1907, dans le tome 2 TDM Fiche technique p.133 Ouvrage en ligne sur un autre site. pdf planche n° LXVII décrite dans le tome 1 TDM Fiche techniquep. 52 Ouvrage en ligne sur un autre site..

Fig. 9 : visuel natif et sa reproduction graphique déconstruite pour la placer dans le bon sens suivie en fig. 9.1 de celle connue. (Image distribuée par ©CFDRM et libre de droit non commerciaux)

Fig. 9.1 : ci-dessous même montage intègre inversé par l'artiste. (Image distribuée par ©CFDRM et libre de droit non commerciaux)

Je vous superpose donc ci-dessus, pour la première fois, trois visuels distincts, le natif (bas-relief de pierre originel photographié par Capart), le montage numérique remis dans le bon sens et fragmenté pour le placer au mieux sous son modèle princeps et, en Fig. 9.1 le même document numérique intègre que nous connaissons. Cette remise en perspective de la source remontant vers son montage moderne constitue une image libre de droit que propose ©CFDRM de Paris afin que puisse circuler une information vérifiée et sourcée.

Ci-dessous une autre composition avec la version numérique non inversée qui, là aussi, peut circuler sur le web ou sur vos sites.

Fig. 10 (Image distribuée par ©CFDRM et libre de droit non commerciaux)

 

Que nous disent ces défunts-client et masseurs de leur pratique ?

Soyons clair, si notre papyrus vient bien de ce mastaba, rien ne nous prouve factuellement que nous avons vraiment devant les yeux un massage ou même un soin des ongles avec cette séquence mortuaire... Le seul hiéroglyphe tangible c'est celui que nous avons décrit plus haut et qui s'articulait autour d'un soin postopératoire, pourtant, si l'on cumule les éléments visuels des bas-reliefs, les publications dont on dispose avec celles de Capart et de JEAN, si l'on rassemble ces faisceaux, si on les éclaire à la lampe à huile doucement romantique de nos professions, alors la place du massage est ici incontestable.

Richard-Alain JEAN nous rappelle que pour les anciens, ces scènes représentaient une "perspective de vie dans l'au-delà" et là où nous, nous ne voyons qu'un "monument de mort", pour eux, c'était davantage perçu comme un "monument de survie". Ils représentaient ce qu'ils avaient besoin d'avoir au-près d'eux, la médecine en faisait partie et la toilette aussi jusque dans ses frictions utiles.
Le massage en tant que pratique n'est pas à remettre en doute, il faut juste en isoler les traces. Il est impossible qu'une civilisation aussi évoluée ne se soit pas faite massée et n'en ait pas identifiée les plaisirs, R-A JEAN, Éd. Cybele, Paris, 2012 TDM Fiche technique écrit, page 25, « D'autres gestes généraux comme le massage sont suggérés dans les textes et représentés sur des monuments. ».

 

Dans le cas présent, faute de textes qui nous le spécifient, nous en sommes réduit à déduire les scènes possibles de massage sur un panneau tout-de-même relativement explicite. La question n'est donc pas de savoir si l'Égypte connaissaient l'art du massage car à cela on peut que répondre par l'affirmative, mais là où ça se complique c'est lorsqu'on tente de savoir quelle en était l'étendue, dynastie par dynastie, et dans le cas présent, quelle en était la pratique sous cette 6eme dynastie à laquelle nous comme confrontés ? Là nous avons une début de réponse mais il est bien sûr absolument impossible de tout définir à l'aune d'une exactitude moderne. Pour vous donner une idée de la difficulté d'accès à ces périodes, ici nous sommes sous le règne de Téti vers -2323 à -2291 avant J.-C., soit 2000 ans avant Hippocrate (né vers -460-377), pourtant, Émile Littré aura besoin de 22 ans pour mettre de l'ordre dans l'effroyable chaos de bribes de textes qu'il nous restait des Oeuvres d'Hippocrate, même Galien, 600 ans plus tard, aura du mal à s'y retrouver et le dialecte ionien Information ouverte dans une nouvelle page dans lequel le Maître de Côs écrivait lui semblait déjà abscons. Voir aussi l'observation de Thierry Benderitter écrit sur son site (2) à la question numéro 1.

La difficulté de trouver des preuves matérielles de massage dans l'Égypte ancienne est la même que pour le Moyen-âge français, en l'absence de texte les spécifiant, de mobilier particulier à sa pratique il est difficile à prouver matériellement. Peut-on imaginer qu'en mille ans aucun noble français ne c'est jamais laissé enduire d'huile ? Qu'aucun valet n'a assouvit les plaisirs de son maître allongé et paresseux sous des doigts qui n'attendaient plus que le passage prochain ? La pédicure ou la manucure dans ses acceptions larges porte en germe la gestuelle et les nécessités du massage ne serait-ce qu'au regard de l'obligation d'assouplir des cors, de repousser la cuticule qui recouvre l'ongle. Le soin primaire découlant pourtant de la beauté peut-il être laissé comme cela à peine l'ongle taillé ? Comment le plaisir que l'on ressent à se faire laver les cheveux et que l'on voudrait qu'il ne cesse jamais pourrait échapper aux soins des mains et des pieds chez un peuple aussi raffiné et des gens aussi riche ? Vous êtes un prince égyptien avec une kyrielle d'esclaves et de serviteurs et jamais il ne vous passerait à l'esprit de faire prolonger votre oisiveté, votre fatigue par le massage ?

Représentation hiéroglyphique possible du mot manucure

Concernant notre papyrus, aucun élément hormis le visuel dont nous disposons ne vient étayer la présence effective d'un massage, même si Capart l'évoque en 1907 ça reste une mention historique mais cela ne saurait suffire, c'est juste une possibilité forte, une hypothèse, mais comme toujours, on en est réduit à travailler par rapprochement. A cette époque ils connaissaient la manucure, un symbole pourrait même lui être associé, (je parle au conditionnel et après de nombreux échanges avec R.-A. Jean) le signe hiéroglyphique ci-contre, représentant la partie antérieure d'une patte avec des griffes serait en mesure de correspondre à la désignation de personnes s'occupant des ongles et donc des manucures mais encore une fois, tout cela reste ouvert et très discuté.

En égyptien, un même signe peut prendre divers significations et évoluer en fonction des autres signes auxquels il est associé. Par exemple, cette "griffe" est aussi qualifiée de "mèche de cheveux" et utilisé dans des formules qui n'ont rien à voir avec le massage ou même la manucure. Nous sommes là en présence d'une langue bien plus morte que le latin.

Fig. 4 hiéroglyphe de manucure
Hiéroglyphe désignant la manucure avec l'oeil = jret et la griffe 'nwt. Il provient du mastaba de Niankhknoum et de Khnoumhotep Fiche technique

Petit aperçu de grammaire égyptienne

Jrw-'nwt, en égyptien avec l'oeil et la griffe, donnerait (manucure). En gros et pour faire vite, l'oeil = jret (à lire iret) sert à écrire le verbe jrj (lire iri) = "faire, agir" qui peut donner jriw (lire iriou) "celui qui fait", et désigner ici le préposé aux ongles ('nwt), donc une personne qui "fait les ongles", bon c'est un peu raccourci mais c'est en gros l'étymologie de l'expression "manucure" en égyptien.

De plus, selon Richard-Alain Jean, les égyptiens intervenaient sur les muscles par le biais de manipulations bien sûr mais aussi de pommades, d'onctions ce qui impliquait un massage, muscle en égyptien se dit mtw (lire métou) = muscle. Donc, soins musculaires et onctions sont le cocktail de base de l'apprenti masseur ; manucure, soins des mains passent par le plaisir, le bien-être par le massage.

En même temps, sur ce panneau, nous avons bien un homme officiant sur le pieds et les mains d'Ankhmahor Information ouverte dans une nouvelle page, que fait-il avec ?

Peut-on envisager qu'un simple soin soit gravé sur les murs d'une tombe ? Oui, nous l'avons vu, les égyptiens voulaient retrouver dans la mort leurs joies passées et les gestes salvateurs mais peut-on envisager une manucure et ce, sans que le raffinement de l'acte aboutisse à un massage ? Les égyptiens passent pour être un peuple assez sensuel, leur vie, leur art, leur panthéon religieux en témoignent et ont fasciné le monde, le massage est également un raffinement extrême, si une scène de manucure à pu arriver jusque dans l'intimité d'une sépulture alors pourquoi l'art bien plus complet du massage avec tout ce qu'il entend de soins, de relaxation mais aussi de plaisirs plus sensuel, voire, sexuel, resterai-il à sa porte ?

Le massage n'est-il pas justement un de ces arts que l'on souhaiterait emmener avec soi dans l'au-delà pour que cela se poursuive ? Alors pourquoi ne dispose-t-on pas de maître langoureusement allongé sur sa couche et se faisant masser comme nous l'entendons ? Les traces de massages remontant à l'Égypte ancienne que nous retrouvons et relayons sur ce site ne se limitent pas à ce seul tombeau mais aucune n'est complète ou n'abouti à la représentation que nous comprenons aujourd'hui. Le dernier argument que je convoquerai c'est qu'au vue de la permanence de la pousse des ongles et de leur entretient il était probablement plus pertinent d'emporter une aide symbolique dans la mort pour continuer à ce le faire faire. Ça n'allait pas être Ankhmahor en personne, un des vizirs personnel du pharaon Téti , pafois même présenté comme son médecin qui allait se couper les ongles des pieds et des mains tout seul. Et puis, rien n'empêche ces auxiliaires du corps de prolonger leur mission au-delà des phanères et masser, malaxer le corps alangui de ce prince. Néanmoins, ce qui est perturbant c'est qu'il n'y a aucun ustensile en lien avec le soin des ongles même si, nous explique Capart, les scènes sculptées pouvaient être réhaussées de peintures comme nos cathédrales au moyen-âge étaient peintes.

 

Fig. 28, droite.

Nous commencerons par disséquer la partie la plus visible du bas-relief : Fig. 28, détail de droite.

Dans l'hypothèse qu'il s'agisse d'un massage.
Le personnage qui passe sa main sous son pli axillaire est Ankhmahor,  c'est sa tombe et il n'y a pas de raison que l'on y fasse représenter quelqu'un d'autre. A l'extrême droite du bas-relief il se retrouve à gauche de notre montage contemporain et dans l'angle gauche de la sculpture, à bien y regarder, on voit bien le pied, croiser dans la pierre, la main du second, c'est très beau. Le papyrus est un faux mais il met bien sur champs les perspective rendues imprécises sur la pierre.
On dirait que le massé veut toucher le dos du masseur mais si l'un masse, cela place l'autre dans une position hiérarchique qui anéantie probablement toute possibilité que l'autre lui rende la pareille. Capart évoque plus probablement un homme aux bras croisés maladroitement restitué par l'artiste.
A mon sens, il s'agit d'avantage d'un soin rituel au vu de la formulation convenue des corps en représentation et non une scène de la vie quotidienne et oisive d'un dignitaire égyptien. Cette sépulture ressemble à un livre de
médecine de pierre enfermant son patient à jamais dans la minéralité de ses pages tout en nous révélant les soins qui lui étaient prodigués.
La couleur des
corps intrigue également, serait-ce un esclave noir qui opère ou est-ce un prêtre-médecin comme nous en retrouvons mention chez Émile Littré, dans ses Oeuvres complètes d'Hippocrate 1839-1861 1ère Ed. Fiche technique en 10 volumes, tome 1, chapitre 1 page 5 lorsqu'il cite en Grèce ces collèges des prêtres-médecins qui desservaient les temples d'Esculape, et que l'on désignait sous le nom d'Asclépiades. « La médecine égyptienne était exercée par des prêtres ; elle appartenait à une certaine fraction de la classe sacerdotale. Il en fut de même dans l'organisation primitive de la Grèce, qui reçut de ses premiers instituteurs, les Égyptiens, un établissement social longtemps (p.43) marqué du sceau de sa première origine ; et là, comme sur les bords du Nil, les prêtres se chargèrent du soin de la santé des hommes. ». Ici, le dialogue ou l'articulation entre ces deux civilisations qui ont tellement échangé l'une avec l'autre au point qu'elle finissent par se confondre, est notable et très intéressant à observer. Ptolémée I, Sôter , roi d'Égypte fut un Grec et Ptolémée II sera le premier à porter le titre de pharaon d'Égypte. Les deux médecines sont tout autant imbriquées et l'ancienneté de l'égyptienne irrigue les écoles grecques de Cos et avant elle, celle de Cnide. Hippocrate parle de massage et l'Égypte le pratique aussi comme en témoigne ce somptueux témoignage qui apporte une lumière particulière sur l'importance qu'elle lui accordait dans un protocole de soins au point de le graver dans la roche, dans la tombe d’Ankhmahor Information ouverte dans une nouvelle page, un des vizir du pharaon Téti (-2323 à -2291 avant J.-C.) de la VIe dynastie à Saqqarah .

 

Étude de la partie la plus abîmée du bas-relief : Fig. 28, détail de gauche.

Sur ce montage nous avons un ré-arrangement plus profond par l'image contemporaine de cette porte traduite sur un papyrus moderne. L'image a été inversée comme la précédente mais ensuite nous avons comme une confusion avec les personnages restitués. Regardez les genoux levés en vis-à-vis, le personnage clair est Ankhmahor avec son masseur (peint en foncé) présente un tibia rigoureusement droit, il tient la main de sur laquelle il intervient. Si nous passons à l'arrêt sur image que nous avons fait d'après le livre de Capart, c'est l'inverse qui se passe. Le massé est celui dont la jambe est droite et l'on voit bien la main du masseur qui a quasiment disparu chevaucher celle du maître.

Regardez comme la main couvre jusqu'au poignet celle d'Ankhmahor, provenant du fin fond de l'antiquité, prenez le temps de scruter les détails des doigts desquels se détache même le pouce. Ils se rejoignent dans le grain quasi tégumentaire de la pierre travaillée par un de nos ancêtres, lui-même sculpteur-masseur, dont les ciseaux étaient le prolongement de ses doigts massant ce bloc jusqu'à se qu'il en fasse ressortir un prêtre-médecin ou un médecin-masseur de pierre, contemplé, décrit, 4300 ans plus tard, en juillet 2013, à 16:27 par un masseur-chercheur qui à son tour plongera dans la mort, moi, Alain Cabello-Mosnier.

Que pratique ce masseur sur son illustre client (maître bien sûr) ? Lui oint-il les mains selon un rite bien précis, le soigne-t-il ? Pratique-t-il une manucure ? Se double-t-elle d'un massage ? En tout cas, cela s'y apparente bien.

L'autre panneau est plus abscons, le personnage assis semble avoir deux masses, une située sur son sexe, l'autre à ses genoux. Il apparaît pour la première fois dans Une rue de tombeaux a Saqqarah par Charles Mathien 1907 Ouvrage en ligne sur un autre site.pdf, TDM Fiche techniquetome 1 et TDM Fiche techniquetome 2 (planches) planche LXVII (67). Il me plait d'y voir un oreiller. Guillaume J. H. J. B. Le Gentil de la Galaisière, dans son Voyage dans les Mers de l'Inde, Ed. Imprimerie Royale EO de 1779 - 1781 sera un des rares auteurs du 18eme siècle à écrire sur le massage et il poursuivra dans le tome 1er Fiche technique, page 130 ses masso-commentaires par un quasi petit traité des oreillers en Inde, alors, peut-être qu'ici... L'homme semble ici lever les deux bras mais malheureusement il nous manque la suite de la vue, il nous faudrait vraiment des plans larges et quelque chose de bien plus précis.
A gauche, même perte du deuxième personnage mais le premier est très lisible, son bras coudé tient se qui parait être le bras de son vis-à-vis, peut-être pour une manipulation, un massage ?
Jean Capart nous restitue p. 52 Ouvrage en ligne sur un autre site. pdf du tome 1 TDM Fiche techniquenous est d'une grande aide puisqu'il décrit cette scène « Les légendes ont disparu à peu près entièrement ; il reste, au-dessus de la tête du maître : « vous dépêchez-vous par ma vie » et la réponse que l'on peut deviner : « agréablement, mon cher ». »

 

 

La nature du texte hiéroglyphique

Au-dessus des quatre personnages de la Fig. 28 à la Ligne claire façon Tintin nous avons ce qui rend l'Égypte si mystérieuse avec ces hiéroglyphes façon runes magiques.

La traduction qu'en fait J. Capart serait ce passage où Ankhmahor dit Ne me fais pas mal”, ce à quoi le praticien répondrait : « Je ferai comme tu désires, prince. ». Une autre traduction dont est plus que contestable proposait “Je ferais en sorte que tu me remercies” seulement j'ai trouvé cette traduction sur un blog que je qualifierais péjorativement de secondaire citant comme source un vague Institut de Papyrus au CAIRE, étrange nom pour une institution égyptienne qui, si elle avait existé, aurait été opportunément mise en avant. De plus, un Institut de Papyrus supposerait qu'il existe un original autre que cette tombe et nous avons bien vu que c'était faut.

Comme avec le couple Case, l'officine qui revient le plus souvent avec cette appellation est celle d'un certain Dr Ragab, en fait, au vu de la nature-même des sites auxquels il est associé et de la teneur de ces productions, on peut en déduire qu'il s'agit probablement moins d'un Docteur que d'un marchand proposant d'honorables faux sur fibre de bananiers plutôt que ces pièces bien plus rares que certains érudits persistent encore à retranscrire sur de vraies feuilles de papyrus.
Ce qui me stupéfie le plus c'est qu'il ne semble pas exister de base de donnée contenant la traduction de chacune de ces pièces et disponible du web.

Personnellement je m'en tiendrai à la version de notre égyptologue belge Jean Capart. Richard-Alain Jean, égyptologue français celui-là trouve la retranscription assez plausible d'autant plus qu'elle se rapprocherait assez du “Avant tout ne pas nuire (primum non nocere Information ouverte dans une nouvelle page)“ d'Hippocrate.

Là encore, la nature du texte pourrait tout-à-fait correspondre avec un massage dont la dureté peut parfois amener la personne manipulée à demander plus de clémence, de douceur. Nous connaissons tous cette fameuse formule incantatoire qui demande à ne pas se faire "déplacer" quelque chose...

 

Les trois coffrets.

A dire vrai, dans cet article que je vous propose il y a deux masso-entrées distinctes, celle inhérente au tombeau isolé ici à Ankhmahor Information ouverte dans une nouvelle page (Ânkh-ma-hor), qui n'est que la partie émergée d'un ensemble plus vaste de fouilles archéologiques intéressant le massage (objet, mobilier, sépulture, etc), et une deuxième issue du travail de Jean Capart (1877-1947) 1907 TDM Fiche techniqueavec ce présent ouvrage qui constitue un élément extrait de tout un corpus d'ouvrages qui forment désormais un nouveau champs de recherche jamais réellement exploité avec l'étude de la masso-littérature égyptologique disponible.

Souvenez-vous de la planche LXVII dont nous avons étudié les deux scènes de massage, tome 2 Fiche technique p.133 Ouvrage en ligne sur un autre site. pdf, Capart écrivait dans les notes du tome 1 Fiche techniquep. 52/53 Ouvrage en ligne sur un autre site. « Un petit registre intermédiaire est occupé par une série de trois coffrets, destinés évidemment aux ingrédients nécessaires à la toilette. ».

Alors je reconnais que ce que l'on prendrait spontanément pour une frise de séparation de deux scènes distinctes ne nous laissait pas avec la délicieuse et excitante certitude qu'il put s'agir de coffres remplis d'objets et qui plus est, destinés à la toilette. Qu'ils soient présent dans une tombe, restitués par une photographie et mentionnés dans un texte dédié dans lequel on nous décrit précisément une probable pédicure/manicure et/ou massage, ne nous aurait jamais permis de rêver de mieux. Seulement bien sûr, le sarcophage à toute réponse contient nécessairement une succession d'autres s'ouvrants sur des questions jusque à la momie qui la pose... Donc celle qui suit c'est donc, maintenant que ces boîtes sont identifiées, qu'est-ce qu'elles pourraient contenir en terme de masso-éléments ? L'un deux ne pourrait-il pas être un Saint-Jean des massages ? un set pour masseurs ou de masseuses ou autrement dit, que contiennent ces coffrets qui puisse être associé à notre profession ? Car, si massage il y a, point de massage sans petit oreiller, sans huile, sans petit tabouret comme celui qui est d'ailleurs représenté dans le tableau le plus dégradé au-dessus de la circoncision. Même s'il est impossible de répondre à cette question, ce mobilier a existé dans l'ameublement égyptien et a nécessairement contenu ce que nous recherchons mais il ne n'était pas envisageable de passer d'une scène de manipulations des pieds et mains à l'autre en enjambant ces trois nécessaires dévolus à l'hygiène, au confort et à l'esthétique.

 

Voilà, c'est un début, un travail sûrement tragiquement incomplet mais il s'ajoute à d'autres déjà existants, bien peu et à d'autres à venir, nombreux. Nous manquons toujours cruellement de sources, de sites archéologiques mais ce que nous avons, aussi infime soit-il est toujours mieux que ce que nous avons irrémédiablement perdu.

 

Une aparté masso-thanato-morbide
(UNE APARTÉ MASSO-THANATO-MORBIDE)

 

Je ferai ici comme à mon habitude une aparté thanato-morbide associant le massage à son versant négatif impliquant la pulsion de mort selon le principe que sa plasticité lui permet en effet d'être convoqué même sur des scènes qu'on ne lui prêterait pas spontanément. Par exemple ici nous avons à la planche LXXI (71) du tome 2 Fiche techniquep.141 Ouvrage en ligne sur un autre site. du le pdf en ligne, une scène de mise au tombeau que nous décrit d'ailleurs Capart dans son tome 1er. Pour les besoins du sujet je l'ai circonscrite à la manipulation du corps d'Ankhmahor par ses proches en retirant les pleureuses. Et là nous voyons bien que la façon dont le corps du défunt est manipulé, si nous isolions la gestuelle loin de son environnement mortuaire, nous n'aurions guère de mal pour en subvertir les tourments collectifs et prétendre à un massage à quatre mains.
Pourtant, sommes-nous si loin du massage que nous voudrions bien le croire dès lors que le toucher peut être vu comme une sémiotique corporelle dont les variations vont transmettre un contenu lisible et compréhensible, fait de mouvements, de pressions, d'intentions ? Comme je l'ai déjà présenté à de nombreuses reprises au cours de mes travaux, le toucher est un proto-massage, il en est le caractère, le signe nécessaire à toute écriture. A son tour, il se subordonnera au contact et enfin, au mouvement.

Pour les besoins d'une nomenclature claire et adaptée j'ai appelé cette inversion de sens "massage thanato-morbide". Ainsi, caresser le corps définitivement inanimé d'un mort ne serait pas digne d'être qualifié de massage ? Je rassemble ici le puzzle de ce qui sera le grand projet de ma passion pour le massage en association avec la mort. C'est cette planche, alors que je parcourait le second tome de Capart que son infra lien m'est apparu et c'est en constituant ce genres d'articles avec ses sources que je serai en mesure de créer mon corpus.

Regardez comment les mains des vivants enserrent le bras du trépassé si proche d'un massage !

 

 

EN RÉSUMÉ

Le papyrus qui circule sur le web présenté comme une scène avérée de massage est un montage. Il ne relève ni d'un original ni de la reproduction d'un papyrus original mais la transposition de soins dévolus au confort post mortem d'Ankhmahor, 'vizir' du pharaon Téti (ca -2323 à -2291 avant J.-C.) de la VIe dynastie .
Au regard des éléments en présence, il n'est pas possible, dans un sens comme dans un autre de savoir s'il s'agit de manucure/pédicure ou de
massage.
Ci-contre pédicure ambulant dans une rue de Bamako.

Jean Capart , auteur de Une rue de tombeaux a Saqqarah par Charles Mathien 1907 Ouvrage en ligne sur un autre site.pdf, TDM Fiche techniquetome 1 et de ses planches TDM Fiche techniquetome 2 est à l'origine de l'ouvrage le plus ancien que nous ayons étudié qui en décrit les planches tout en parlant clairement de massage. P. 52 Ouvrage en ligne sur un autre site. pdf du tome 1 il traduit de l'égyptien le mot oindre ou râcler et nous retrouvons dans le tome 2 Fiche technique .
En quelques chiffres :

  1. p.131 Ouvrage en ligne sur un autre site. la planche LXVI avec une première fresque mettant en situation quatre personnages sculptés dans le mur Ouest de l'entre-porte qui mène à la salle VI.
  2. p.133 Ouvrage en ligne sur un autre site., planche LXVII, une deuxième fresque supérieure décrite p. 52/53 du tome 1 avec toujours quatre personnages malgré les manques de matière où nous voyons bien que les deux en présence font fasse à deux autres ayant disparu
  3. même page, scène inférieure avec quatre hommes

Au total cette tombe compte donc douze restitutions de corps masculins pouvant potentiellement constituer un massage indépendamment du fait qu'il s'agisse de la répétition des mêmes personnages dont le principal, Ankhmahor illustré dans six scènes toutes rassemblées dans la même salle n° VI.

Le couple Case n'est, en 1979 le découvreur de rien du tout. Les traces de massage étant déjà difficilement distinguables d'une pédicure qu'il serait plus que oiseux d'ajouter une école de pratique telle que la réflexologie elle-même historiquement diaphane et scientifiquement contestable.

Il est impossible de distinguer le massage d'une pédicure mais au-delà de ce que dit Capart qui commente ce bas-relief comme tous les autres et pour lequel nos arts ne sont pas l'objet de ses recherches première rend ce travail orchestré par la dynamique CFDRM/Cabello unique. De fait, ces actions de quasi pied-à-coulisse que je fais en passant de l'égyptologie au massage que je connais sur le bout des doigts et objet de toutes mes lectures depuis des années amènent un éclairage nécessairement nouveau et valable. Il ne s'agit pas d'une simple excursion dorée le temps d'un article en terre nilotique mais bien d'une démarche beaucoup plus large et profonde qui vient s'adosser à un département d'égyptologie tout entier dévolu au massage.

 

Les questions en suspends

Il me reste quelques interrogations que je vous livre pelle-mêle :

  1. Certes il nous faudrait de plus grandes photos de ces portes sculptées, la représentation de la pièce dans l'espace ? Thierry Benderitter nous donne sur son site une intéressante indication de l'état global de ces tombes et de leur référencement général qu'on croit méticuleux, systématique et réuni dans une immense base de donnée : « Toutes les personnes qui s'intéressent aux tombes de l'Égypte ancienne savent que, à quelques exceptions près, elles sont inaccessibles de nos jours. Les remarquables volumes de Bertha Porter et Rosalind Moss ("le Porter & Moss") qui leur sont consacrés font référence, mais ils ne comportent aucune photographie.
    Une très faible proportion des tombes recensées dans le P & M ont été publiées avec une iconographie en couleur. Il existe bien quelques ouvrages accessibles au grand public consacrés aux tombes les plus célèbres, mais, en dehors de ceux-ci, les rares livres et revues sur le sujet sont souvent difficiles à trouver et chers.
    Ajoutons - et c'est un élément important dans notre réflexion - que bon nombre de tombes n'ont aucune chance d'être publiées en librairie, parce qu'elles sont trop endommagées, ou ne comportent pas de scènes spectaculaires. Pourtant certaines sont des merveilles pour l'amateur éclairé. » Lire
    http://www.osirisnet.net/why.htm
  1. Ankhmahor Information ouverte dans une nouvelle page, était-il un des vizirs du pharaon Téti alors que le terme ne semblait pas exister à cette époque ou un tjaty et si tel est le cas, alors pourquoi la fig. 27 mentionne "mastaba du médecin Ankhmahor" ?
  2. Ce vizir se faisait-il masser dans son quotidien alors qu'il était pratiqué, en avait le temps, les moyens ? Peut-on imaginer au vu du raffinement de cette cour qu'il ne fut que médical ou préventif ? Et le Pharaon qui régnait alors, se livrait-il aux mains expertes de masseurs ou de masseuses ? Et ces hommes, ces femmes, étaient-ils des prêtres, des prêtresses, des esclaves ? Téti fut-il massé ?
  3. Concernant le concepteur de ce papyrus contemporain, l'a-t-il peint pour avoir une représentation plus juste de ce que pouvait être la vie à cette époque ? S'inspire-il des travaux d'un(e) égyptologue ou est-il la production mercantile des ateliers d'un marchand ? Quel est le nom de celui qui l'a dessiné ?
  4. Quel sont les noms personnes ayant travaillé sur ces tombes et plus précisément sur les gravure présentent sur les pierres qui nous concernent ? Ces sites sont-ils sous scellés ou sont-ils encore étudiés ?
  5. Quels sont les ouvrages qui les citent ?

Ajout du mardi 25 août 2015, 22:57
Je retrouve ce soir cette autre version photo-montage versus féminine inspirée de la tombe d’Ankhmahor à
Saqqarah , porte de la salle 1 à la salle 6 (côté est) dont on peut observer la similarité des postures et des hiéroglyphes. (Sources Information ouverte dans une nouvelle page 2013)

 

Remerciements :
Tous cela représente pas mal de travail alors que je l'ai mené concomitamment avec mes travaux de masso-référencement de l'intégrale des Oeuvres complètes d'Hippocrate, par Émile Littré, 1839-1861 1ère Ed. Fiche technique en 10 volumes (petit clin d'oeil aux futurs chercheurs en massage pour leur dire qu'à ce jour, j'en suis au tome 1er, chapitre XII, page 295) mais rien de cela ne serait possible sans l'indispensable collaboration de chacun dans son domaine pour éclairer l'autre. Aujourd'hui, les arts, les sciences s'entremêlent, plus rien n'est cloisonné et même si des gens comme moi peuvent encore travailler dans la discrétion de leurs bibliothèques, c'est toujours en allant chercher ce que les autres ont écrit. Le CFDRM de Paris et moi-même faisons du mieux que nous pouvons pour nous rendre le plus possible accessible à ceux et de celles cherchant de la masso-information. A mon tour, je souhaite remercier :
Ingénieur de recherches à l'Université Paris - Sorbonne Paris IV, mais également Responsable de la Bibliothèque du Centre de recherches égyptologiques de la Sorbonne (CRES ) pour ses premières indications sur lesquelles se-sont fondés mes premières recherches.

Richard-Alain JEAN qui s'est vraiment très gentiment rendu disponible et je renvoie vers son ouvrage À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, Ed. Cybele, Paris, 2012 TDM Fiche technique, je forme des voeux pour cette publication rejoigne les rayons de la bibliothèque du CFDRM au vu de l'intérêt qu'il a constitué pour l'élaboration de ce travail.

 

Sources

(1) L'intrigante histoire du papyrus du web... par Alain Cabello-Mosnier, 5 juillet 2013/2018.

Située à l’est du mastaba de Mérérouka dans le grand ensemble de Saqqarah, la tombe d’Ankhmahor a été découverte et déblayée par Victor Loret en 1899, en même temps que celle du vizir Néferséchemrê et celle de Néferséchemptah, toutes trois datant de la VIe dynastie. La tombe d’Ankhmahor fut également baptisée « tombeau des médecins » en raison des scènes qui figurent de part et d’autre du passage reliant la première chambre à la salle à piliers.

À propos des instruments médico -chirurgicaux égyptiens, par Richard-Alain JEAN Ed. Cybele, Paris, 2012 TDM Fiche technique
La mère, l'enfant et le lait en Egypte ancienne par Richard-Alain JEAN et Anne-Marie Loyrette, Éd. L'harmattan 2010 TDM Fiche technique 

Sources CFDRM sur les traces de massages en Égypte
Une rue de tombeaux a Saqqarah, par Jean Capart Ed. Vromant & Cie 1907 TDM Fiche techniquetome 1 et TDM Fiche techniquetome 2 (planches)
Dictionnaire des Noms propres http://www.cfdrm.fr/Noms_propres_Lettre_E.htm#Egypte
Estradère, Du massage de 1863 TDM Fiche technique page 11, « D'après Alpinus, les Égyptiens se servaient aussi du massage. » voir aussi p. 46/47.
Alpinus De Medicina Egyptiorum 1591 TDM Fiche technique pages 11, 25, 27 et 47
Claude-Étienne Savary, Lettres sur l’Égypte de 1785 en 3 volumes TDM Fiche technique
Soles reflexologie Information ouverte dans une nouvelle page (ang.) et stlbienetre.com Information ouverte dans une nouvelle page (fra.).

La Rumeur d'Orléans, par Edgar Morin Information ouverte dans une nouvelle page Ed. du Seuil, 1969 Fiche technique
–  
Essais sur l'histoire de la mort en Occident du Moyen Age à nos jours, par Philippe Aries Ed. Seuil points histoire H31 - 1977 Fiche technique

Sites & blog

Profil facebook de :
Richard-Alain JEAN https://www.facebook.com/medecine.egyptienne
Alain Cabello-Mosnier
https://www.facebook.com/alain.cabellomasseur
CFDRM de Paris : Observatoire des massages https://www.facebook.com/CFDRM
Sites web :
(2) Thierry Benderitter : http://www.osirisnet.net/mastabas/niankhkhnoum_khnoumhotep/niankhkhnum_khnumhotep_05.htm
http://www.cfdrm.fr 
CFDRM de Paris : http://www.cfdrm.fr/
Cabello Alain http://www.cfdrm.fr/CV_Cabello_Alain.htm

Blog pratique secondaire : http://www.lythos.fr

Alain Cabello-Mosnier
vendredi 5 juillet 2013

Code de la Propriété Intellectuelle. articles L 122. 4
Code de la Propriété Intellectuelle. articles L 335.2 - L 335.1

Jean Capart nous restitue p. 52 Ouvrage en ligne sur un autre site. pdf du tome 1 TDM Fiche technique le mot oindre ou râcler. Il nous dit "Le termeest fréquemment employé avec ce sens dans les textes médicaux."

(Sur la nature et propriété des planches Revenu en Egypte pendant l'hiver 1905-1906, accompagné cette fois par mon élève et ami, le docteur Charles Mathien, de Liège, j'eus l'occasion de faire de nombreuses visites à Saqqarah et aux tombeaux Loret. Les 3 et 5 janvier 1906, nous y avons pris dix-huit grandes plaques photographiques (18 x 24

 

La distribution des hiéroglyphes sur notre papyrus posent problème

c'est livré par la suite à une distribution aléatoire des hiéroglyphes aussi bien dans l'ordre très personnel que dans la l'absence de sens.