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Restitution
de texte
: Alain Cabello Jeudi 15 juillet
2010. Je vous restitue
l'intégralité de ce premier volume provenant du remarquable
site de Remacle, enrichi de la numérotation des
pages rendue particulièrement récurrente par la présence
de la version grecque du texte que je ne communique pas, de la mise
en place de liens hypertexts permettant de se déplacer aisément
et des entrées utiles vers les différents dictionnaires
du CFDRM de Paris.
Je tenterai également
de faciliter l'identification rapide des pages intéressant
l'histoire du massage. (Attention, des substitutions
de lettres dues à l'utilisation des logiciels de traitement
de textes s'y sont glissées.)
Ce 1er volume se compose de
6 livres : Livre 1 ; Livre
2 ; Livre 3 ; Livre 4 ; Livre 5 et
enfin le Livre 6
qui est celui qui traite de la friction.

L'explication
de planche est à la
fin du 6ème livre, page 570. Voir.
Tome 1 :
Livre 1 bas du livre
Page 1
Oribase.
Collection médicale.
A JULIEN.
____
LIVRE PREMIER.
[DES ALIMENTS.]
1 Empereur Julien, j'ai achevé,
suivant votre désir, pendant notre séjour
dans les Gaules occidentales, l'abrégé
que Votre Divinité m'avait commandé et
que j'ai tiré uniquement des écrits de
Galien. 2. Après avoir loué cette
collection, vous me commandâtes un second travail,
celui de rechercher et de rassembler ce qu'il y a de
Page 2 plus important dans
les meilleurs médecins et tout ce qui contribue
à atteindre le but de la médecine; je
me décidai volontiers à faire ce travail
autant que j'en étais capable, persuadé
qu'une pareille collection serait très utile,
puisque les lecteurs pourraient y trouver rapidement
ce qui, dans chaque cas, convient aux malades. 3. Jugeant
qu'il est superflu et même tout à fait
absurde de répéter plusieurs fois la même
chose, en puisant chez les auteurs qui ont le mieux
écrit, et chez ceux qui n'ont pas composé
leurs ouvrages avec le même soin, je prendrai
uniquement dans les meilleurs écrivains, n'omettant
rien des matériaux qui m'étaient fournis
autrefois par Galien seul, coordonnant mon ouvrage d'après
la considération que cet auteur l'emporte sur
tous ceux qui ont traité le même sujet,
parce qu'il se sert des méthodes et des définitions
les plus exactes, attendu qu'il suit les principes et
les opinions hippocratiques. J'adopterai ici l'ordre
suivant : je rassemblerai d'abord ce qui concerne la
matière de l'hygiène et de la thérapeutique,
ensuite ce qui a
Page 3 été
dit sur la nature et la structure de l'homme, puis ce
qui regarde la conservation de la santé et le
rétablissement des forces chez les malades, après
cela ce qui tient à la doctrine du diagnostic
et du pronostic; enfin je traiterai de la guérison
des maladies et des symptômes, en un mot de ce
qui est contre nature; je commencerai par les propriétés
des aliments.
1. DES BONNES ET DES MAUVAISES
QUALITÉS DES CÉRÉALES. (Tiré
de Galien.)
1 Non seulement quand on arrive
en pays étranger et qu'on est obligé de
manger quelque chose d'inaccoutumé, mais aussi
dans son propre pays, il convient de s'assurer préalablement
de la nature des aliments, soit en les humectant simplement
avec de l'eau, sans recourir à la coction, soit
en les faisant en même temps bouillir ou torréfier;
car tous les grains qui se gonflent, perdent rapidement
la dureté et la sécheresse qu'ils avaient
auparavant, et deviennent plus mous et plus humides,
sont les meilleurs; ceux, au contraire, qui conservent
leur volume et leur dureté primitifs, ne valent
pas autant ; car ils sont difficiles à digérer,
essentiellement terreux; par conséquent ils ont
de la peine à se transformer en sang. 2. On éprouvera
de la même manière les amandes, les noix,
les noisettes et les châtaignes ; est-il nécessaire
de parler aussi de l'orge mondée ? Mais les enfants
eux-mêmes le savent : celle qui se gonfle rapidement
est la meilleure, et celle qui pendant longtemps garde
un petit volume est mauvaise. 3. Certaines céréales
ne se gonflent pas du tout quand on les fait bouillir;
elles sont appelées dures par quelques anciens
Grecs. 4. Toutes celles qui, sous un petit volume, ont
le plus de substance, pourvu que cette substance soit
épaisse et visqueuse, contiennent les meilleurs
sucs et nourrissent le mieux; mais elles ne traversent
pas facilement les intestins; celles, au contraire,
qui ont une substance spongieuse, molle, et qui contiennent
beaucoup de parties analogues au son, passent plus facilement,
mais nourrissent moins; il est clair que, parmi ces
dernières, toutes celles qui ont une odeur désagréable
et quelque mauvais goût, renferment toutes de
mauvaises humeurs et sont difficiles à digérer.
5. Vous reconnaîtrez que les céréales
ont beaucoup de substance sous un petit volume, à
leur poids quand on les pèse à la balance,
et à la quantité de farine qu'elles fournissent;
car les grains qui ont une substance compacte donnent
beaucoup de farine sous un petit volume. 6. Ainsi les
froments dont la substance est dense et compacte (ce
qu'on reconnaît à la difficulté
de les broyer avec les dents) donnent plus de nourriture
sous un petit volume; ils sont de couleur jaune; ceux,
au contraire, qui sont facilement écrasés
par les dents, et qui, après être écrasés,
offrent une apparence rare et spongieuse, fournissent
peu d'aliment sous un grand volume. 7. Les orges les
plus belles sont blanches après être mondées
; elles ont de la densité et du poids autant
que l'orge peut en avoir; les orges exactement remplies
et dont l'écorce est tendue sont meilleures que
celles qui sont maigres et ridées. 8. Cette remarque
ne s'applique pas seulement aux orges, mais tous les
grains bien remplis et dont l'écorce est tendue
sont les meilleurs, le moins qu'ils n'aient par hasard
un volume excédant de beaucoup leur volume naturel,
et qu'ils ne soient en même temps trop mous et
trop spongieux; ces grains, sachez-le, contiennent une
humeur excrémentitielle ; ils sont inférieurs
aux précédents ; par conséquent
il ne faut pas s'en servir [immédiatement] après
les avoir récoltés ; mais on les déposera
dans des endroits secs et on les abandonnera longtemps
à eux-mêmes, afin qu'une partie de l'humeur
excrémentielle se perde par l'évaporation,
et une autre par la coction, jusqu'à ce qu'étant
séchés, ils se resserrent dans une juste
mesure. 9. Les grains qu'on conserve très longtemps
finissent par se détériorer; ils sont
arrivés à cet état lorsqu'ils laissent
échapper une espèce de poussière
fine quand on les divise. 10. L'ivraie croît en
abondance avec le froment; dans l'orge on en trouve
peu, mais beaucoup d'égilope ; dans les lentilles,
il se forme par la transformation de la plante elle-même
de la pisaille et des sécurigères, qui
sont de petites graines dures, rondes et impropres à
l'alimentation; de même dans l'ers on trouve le
gaillet et l'orobanche. 11. Les graines que je viens
d'énumérer sont tout à fait mauvaises;
quant à la plante qu'on appelle mélampyre,
il est vrai qu'elle prend aussi naissance par la transformation
du froment, mais elle n'est pas à beaucoup près
aussi mauvaise que l'ivraie. 12. De semblables métamorphoses
se font également pour les autres grains; aussi
ne faut-il pas négliger de purifier tous ceux
qu'on destine à servir d'aliment; car, il faut
le reconnaître, si nous ne sentons pas le dommage
qu'elles nous causent chaque jour, parce qu'il est peu
marqué, ce dommage , s'additionnant pendant un
long espace de temps, finira par devenir sensible.13.
Sachez que les céréales propres à
être emmagasinées sont celles qui se dessèchent
avant de pourrir. 14. On appellerait avec raison petit
froment le petit épeautre, car ce dernier ressemble
au froment par sa couleur, sa densité et son
degré de chaleur. 15. Il y a plusieurs autres
céréales semblables qui ne sont pas tout
à fait de la même espèce que celles
que nous venons d'énumérer; quelques-unes
tiennent le milieu entre l'orge et le petit épeautre
ou entre le froment et le petit épeautre; d'autres
se rapprochent beaucoup du grand épeautre, de
l'orge, du petit épeautre ou du froment; il y
en a d'autres encore qui ressemblent au grand millet
ou au petit millet; les uns portent des noms simples,
comme la graine qu'on appelle en Italie sitanium, les
autres des noms composés, comme celle qu'on nomme
en Cappadoce orge nue et celle qui, en Bithynie, a reçu
le nom d'épeautre-froment.
2. DU FROMENT.
(Tiré du 1er livre d'Athénée.
)
1. Parmi les céréales,
celles qui ont les propriétés nutritives
les plus prononcées sont les froments ; ils différent
entre eux en ce qu'ils réchauffent ou humectent
plus ou moins suivant les espèces, le soi qui
les produit, la constitution des saisons et de l'air,
enfin suivant la durée d'emmagasinage. 2. On
distingue les froments, selon les espèces, en
sitaniques et farineux, et en sémidalites; les
sitaniques sont légers, d'une consistance spongieuse
et blancs; car ils sont bien élaborés,
et la substance terreuse qu'ils contiennent est suffisamment
distribuée et dissoute par leur propre coction;
aussi donnent-ils une nourriture toute préparée,
qui se digère bien, et qui, en général,
se transforme aisément; de plus cette nourriture
s'assimile facilement et s'échappe promptement
par la perspiration, mais elle est moins abondante et
de moindre qualité que celle fournie par les
sémidalites, et elle est plus favorable au développement
de la santé qu'à celui de la force. 3.
Le froment sémidalite est plus lourd que le sitanique;
il est compact, jaune, transparent et difficile à
digérer; mais il distribue une matière
nutritive abondante qui se perd difficilement par la
perspiration; en général, il est plus
favorable au développement de la force qu'à
celui de la santé. 4. Considérés
d'après les lieux où on les récolte,
les froments produits par des terrains secs et maigres
diffèrent de ceux qui poussent dans les terrains
fertiles et gras; car les premiers, formés d'une
matière moins abondante, plus légère
et plus ténue, sont, il est vrai, facilement
élaborés et transformés, mais ils
donnent moins d'aliment; à cette espèce
appartiennent les froments produits par les terrains
qu'on appelle brûlés ; car le froment,
étant semé sur un sol où l'on a
incendié des bois, devient blanc, spongieux et
sitanique, à cause du peu de substance grasse
et d'aliment que contiennent les cendres. 5. Les froments
qui poussent dans les terrains fertiles et gras, y trouvant
une nourriture abondante et ferme, sont compactes ,
pesants et très nutritifs; les plaines bien exposées
aux vents et au soleil produisent aussi des froments
de bonne qualité et beaucoup plus nutritifs.
6. Eu égard aux localités, les froments
semés dans un pays très froid et exposé
à la neige diffèrent de ceux qui poussent
dans un pays chaud; car ceux que produisent les pays
froids sont plus élaborés et composés
de particules ténues; tels sont les sitaniques
: comme, chez eux, la force [assimilatrice] se concentre,
et qu'ils reçoivent une nourriture peu abondante,
que cette nourriture leur arrive peu à peu et
qu'elle subit une coction prolongée, peut-être
la substance terreuse qu'ils renferment est plus élaborée
et plus divisée; voilà pourquoi ces froments
sont légers et se résolvent en farine
fine. 7. Nous avons ouï dire aussi que les froments
d'été sont également légers,
et que ceux produits par les pays exposés à
la neige leur ressemblent. 8. Les froments semés
dans les pays chauds reçoivent une nourriture
abondante et compacte, mais moins divisée et
moins élaborée. 9. Les froments qui croissent
dans les marais sont peu nourrissants et légers;
ils font un sang mauvais et réchauffent moins
le corps. 10 Les sols humides produisent également
des froments peu nourrissants et faibles; il paraît
que, par une transformation complète du genre,
ils se changent en ivraie par suite de la surabondance
d'eau. 11. Les froments récoltés dans
des terrains ombragés et pleins d'arbres fournissent
plus d'excréments que de substance utile. 12.
Les froments diffèrent entre eux eu égard
à la constitution des saisons et à celle
de l'atmosphère; eu égard aux saisons,
soit que leur succession se fasse d'une manière
tempérée et égale, tant sous le
rapport du froid et de la chaleur que sous celui des
pluies et de la sécheresse, car alors le froment
est bien nourri et d'un volume convenable; soit, au
contraire, que les changements de saisons se fassent
intempestivement, d'une manière démesurée
et inégale; dans ce cas, en effet, le froment
devient maigre et peu nourri; eu égard à
l'atmosphère, les froments ne se ressemblent
pas si l'air est serein, bien éclairé
par le soleil, et bien rafraîchi par les vents
dans le temps convenable, ou si, au contraire, il est
nébuleux, mal réchauffé par le
soleil, et si, de plus, il tombe souvent de petites
pluies lorsque la saison est déjà chaude
et que le grain est presque arrivé à sa
maturité; car alors il périt par la rouille.
13. De même, vers le temps où les épis
se remplissent, s'il souffle des vents lourds, secs
et chauds, et que les vents appelés brûlants
soufflent avec force et longtemps, ces vents brûlent
et dessèchent les épis, d'où il
résulte que le froment est peu nourri. 14. D'après
la durée de l'emmagasinage, le froment nouveau
diffère du vieux et de celui qui tient le milieu
entre les deux; car le froment nouveau fournit beaucoup
de suc crémeux par la coction, est flatulent
et nutritif; le vieux, au contraire, fournit moins de
cette espèce de suc; il est sec et peu nourrissant;
mais celui qui tient le milieu, eu égard à
la durée de l'emmagasinage, le tient également
sous les autres rapports.
3. DE L'USAGE DES VIANDES D'APRES
LES SAISONS.
1 Le cochon est très mauvais
après le printemps jusqu'au coucher automnal
des Pléiades; depuis cette époque jusqu'au
printemps il est très bon. 2. La chèvre
est mauvaise en hiver; au printemps elle commence à
devenir meilleure jusqu'au coucher d'Arcture. 3. Le
mouton est également très mauvais en hiver;
il s'engraisse après l'équinoxe jusqu'au
solstice d'été; quant au boeuf, il s'engraisse
lorsque l'herbe monte en graine, vers la fin du printemps,
et pendant tout l'été. 4. Parmi les oiseaux,
les meilleurs en hiver sont ceux qui viennent [dans
nos pays] pendant cette saison, par exemple le merle,
la grive et le ramier; le coq de bruyère est
bon en automne ; il en est de même de la tête
noire, de la rubiette et du bruant ; c'est aussi dans
ce temps que les cailles ont le plus de graisse. 5.
Les poules ne se portent pas trop bien en hiver, surtout
quand le vent est au sud; la tourterelle est bonne en
automne. 6. Parmi les poissons, quelques-uns doivent
être préférés pendant le
frai, comme la salicoque, la langouste, et les mollusques,
par exemple le calmar et la seiche; d'autres quand ils
commencent à couver leurs oeufs, comme les muges
; mais quand ils ont une grande quantité d'oeufs
ils sont maigres et peu nutritifs, et plus encore après
le frai. 7. C'est après le coucher d'Arcture
que le thon est le plus gras; en été il
est moins bon.
4. DU FROMENT BOUILLI.
(Tiré de Galien.)
1. Le froment bouilli est un
mets lourd et difficile à digérer; mais,
si on le digère lorsqu'il est ainsi préparé,
il a une grande puissance, il nourrit fortement et donne
une force considérable à ceux qui le mangent.
5. DE L'ALICA.
1. L'alica, qui est une espèce
de froment, est très nourrissant et contient
des humeurs visqueuses, soit qu'on le mange après
l'avoir fait bouillir dans de l'eau seule, avec du vin
miellé, du vin d'un goût sucré ou
du vin astringent (car chacun de ces liquides doit être
employé suivant les circonstances), soit qu'on
y mêle, en remuant, de l'huile et du sel; quelquefois
on y ajoute aussi du vinaigre, et les médecins
disent que l'alica ainsi assaisonné est de l'alica
préparé à la ptisane. 2. Le pain
fait d'alica est également très nourrissant,
mais il ne passe pas aussi facilement qu'un autre.
6. DE L'AMIDON.
1. L'amidon se fait avec du froment;
il a la vertu d'effacer les aspérités,
car il n'a ni astringence, ni âcreté appréciables.
2. Il est semblable par ses qualités aux pains
lavés, mais il donne moins de nourriture, et
il ne développe pas de chaleur.
7. DES GÂTEAUX FAITS AVEC
LA FARINE.
1. Les fritures se font uniquement
avec l'huile; on verse l'huile dans une poêle
placée sur un feu qui ne fume pas; quand cette
huile est chaude, on verse dedans la farine de froment
délayée dans beaucoup d'eau; par la cuisson
dans l'huile, cette farine se prend et s'épaissit
promptement comme du fromage nouveau; alors les cuisiniers
retournent le gâteau de façon que la partie
supérieure devienne inférieure et touche
à la poêle, et que la partie inférieure,
qui est suffisamment cuite, soit ramenée à
la surface de l'huile ; quand la partie inférieure
est prise, ils retournent de nouveau deux ou trois fois
le gâteau jusqu'à ce qu'il leur semble
cuit également de tous les côtés.
2. Il est évident que ce mets contient des humeurs
épaisses, qu'il resserre le ventre, et qu'il
engendre des humeurs crues; voilà pourquoi on
y ajoute quelquefois tantôt du miel, tantôt
du sel marin ; ces fritures constitueraient déjà
une espèce de gâteau au même titre
que ces autres gâteaux improvisés que font
les gens de la campagne ou les pauvres de la ville.
3. Certes les fritures sans ferment qu'on cuit dans
un four entouré de feu, dont on les ôte
ensuite pour les jeter immédiatement dans du
miel chaud afin de les en imbiber complètement,
sont également une espèce de gâteau;
il en est de même de toutes les fritures qu'on
prépare au moyen d'itria, avec du miel; il y
a deux espèces d'itria, les meilleures sont appelées
rhymmata, les plus mauvaises lagana. 4. Par conséquent,
tous les mets qu'on compose avec ces itria, ou avec
de la farine sémidalite, contiennent des humeurs
épaisses, passent difficilement, obstruent les
conduits de l'aliment qui sont dans le foie, augmentent
le volume de la rate, lorsqu'elle est affaiblie, enfin
engendrent des calculs dans les reins ; mais ils sont
très nourrissants si on les digère bien,
et s'ils se transforment exactement en sang. 5. Ceux
qu'on prépare avec du miel ont des propriétés
mixtes, puisque le miel lui-même contient des
humeurs ténues et atténue tout ce qu'il
touche ; en conséquence, les gâteaux qui
ont absorbé une plus grande quantité de
miel pendant leur préparation, et qui ont été
cuits pendant plus longtemps, passent naturellement
plus vite, engendrent des humeurs qui participent au
ténu et à l'épais, et sont plus
favorables au foie, aux reins et à la rate, que
les gâteaux préparés sans miel,
pourvu toutefois que ces organes soient sains; si, au
contraire, ils commencent à s'obstruer, ou s'ils
sont affectés soit d'inflammation, soit de squirrhe,
les gâteaux avec du miel ne sont pas moins nuisibles
que les autres, quelquefois même ils le sont plus
encore, surtout ceux dont la farine est très
visqueuse; mais les mets ainsi préparés
ne causent aucun dommage à la poitrine et au
poumon. 6. Comme il y a dans mon pays beaucoup de gens
qui font bouillir de la farine de froment avec du lait,
il est bon de savoir que ce mets est du genre de ceux
qui se collent aux voies alimentaires. 7. Tous les mets
de ce genre, bien qu'ils contiennent de bonnes humeurs
et qu'ils soient nourrissants, sont nuisibles à
ceux qui en usent constamment, parce qu'ils causent
des obstructions au foie, et qu'ils engendrent des calculs
dans les reins.
8. DU PAIN DE FROMENT.
1. Le pain le plus favorable
à la santé d'un homme qui n'est pas jeune
et qui ne se fatigue pas est celui qui contient beaucoup
de ferment, et aussi beaucoup de sel, qui a été
longtemps trituré et manipulé, et qu'on
a cuit dans un four chauffé de tous côtés
à une chaleur modérée. 2. Le goût
vous servira à juger de l'excès du ferment
ou du sel; car il est mauvais que le goût soit
désagréablement affecté par la
trop grande proportion de ces ingrédients. 3.
Ceux qui ont imaginé de préparer le pain
lavé ont inventé un mets peu nourrissant,
mais qui prévient, autant qu'il est possible,
les dangers de l'obstruction; en effet, ce pain n'a
rien d'épais, ni de visqueux; il est plutôt
aérien que terreux; on reconnaît sa légèreté
par le poids, et parce qu'il ne va pas au fond de l'eau,
mais qu'il surnage comme du liège. 4. Les meilleurs
pains sont ceux qu'on cuit dans un four chauffé
de tous côtés; viennent ensuite les pains
cuits dans un four chauffé par le bas seulement,
pourvu qu'ils soient préparés de la même
manière que les premiers; car ils leur sont inférieurs,
parce qu'ils ne sont pas également cuits à
l'intérieur. 5. Les pains cuits sur le gril ou
dans les cendres chaudes sont tous mauvais, parce qu'ils
sont inégalement cuits; en effet, leur extérieur
est rôti outre mesure, tandis que l'intérieur
est cru. 6. Après le pain de froment, le meilleur
est celui de grand épeautre, si cet épeautre
est de bonne qualité; après ces derniers
le pain de petit épeautre occupe le second rang.
9. DU PAIN.
(Tiré du XXXe livre d'Athénée.)
1. Les pains légers sont
peu propres à être réduits en crème
et peu nourrissants, parce que la cuisson attaque et
évapore davantage la partie nutritive; c'est
aussi pour cela que les mets appelés itria et
lagana sont peu propres à être réduits
en crème. 2. Par la même raison, parmi
les pains propres à être réduits
en crème, ceux qui sont fortement cuits nourrissent
moins que les autres; il en est de même du pain
cuit deux fois; car, après l'avoir légèrement
cuit, on le réduit de nouveau en farine par la
trituration; ensuite il subit une seconde manipulation
et une seconde cuisson; pénétré
d'abord par la chaleur et rendu un peu diffluent, ce
pain le devient beaucoup plus encore, et se dissout
beaucoup plus par la seconde manipulation; une grande
partie de sa substance se consume ensuite par la seconde
cuisson; ce qui en reste devient léger, spongieux,
ténu, et se distribue facilement dans le corps.
3. Il est clair que le pain chaud et frais est plus
nourrissant que celui qui est froid et rassis, car sa
chaleur favorise la digestion.
10. DE L'ORGE.
(Tiré de Galien.)
1 Le froment échauffe
évidemment; l'orge, au contraire, a quelque chose
de refroidissant de quelque manière qu'on la
prépare, soit qu'on en fabrique des pains, soit
qu'on la fasse bouillir après l'avoir mondée,
soit qu'on en prépare de l'alphiton; elle engendre
aussi une humeur détersive. 2. Le pain d'orge,
parce qu'il ne contient rien de glutineux, est plus
friable, non seulement que le pain de froment, mais
que celui de grand épeautre, et surtout que celui
de petit épeautre; il est clair, par conséquent,
qu'il donne peu de nourriture au corps.
11. DE L'ORGE.
(Tiré du XXXe livre d'Athénée.)
1. L'orge nue et sans écorce
fournit beaucoup de suc crémeux et de principe
nutritif; elle se rapproche plus du froment que les
autres espèces. 2. Après elle vient l'orge
à deux rangées de grains, qui contient
moins de matières impures que les orges rougeâtres
à une seule rangée.
12. DE L'ALPHITON ET DE LA MAZA.
(Tiré de Galien.)
1. Ces mets fournissent une nourriture
peu abondante, insuffisante pour ceux qui prennent de
l'exercice, suffisante pour ceux qui n'en font pas.
2. Sous le rapport des propriétés nutritives,
la maza diffère autant du pain d'orge que ce
dernier diffère du pain de froment; elle se digère
moins facilement que le pain d'orge et remplit davantage
le ventre de flatuosités; si elle séjourne
longtemps dans les intestins, elle y cause du trouble.
3. Si elle a été fortement triturée
et mélangée, elle passe plus facilement;
si on y ajoute du miel, cela fait qu'elle excite plus
vite encore le ventre à rejeter les excréments.
13. DU PETIT ET DU GRAND ÉPEAUTRE.
1 Le pain fait de grand épeautre
est le meilleur après celui de froment, du moins
si le grand épeautre est de bonne qualité;
après lui les pains de petit épeautre
tiennent le second rang; mais, si le grand épeautre
est de mauvaise qualité, les pains de petit épeautre
ne sont nullement inférieurs aux premiers. 2.
Si le petit épeautre est très bon, le
pain qu'on fait avec lui, pourvu qu'il soit chaud, vaut
beaucoup mieux que celui de grand épeautre; rassis
il devient tellement inférieur au pain de grand
épeautre, que, si on le mange après un
ou deux jours, ou, à plus forte raison, après
plusieurs jours de cuisson, on croit avoir de la terre
glaise dans l'estomac ; quand il est encore chaud, il
est recherché même par les habitants des
villes, qui le mangent avec un certain fromage du pays
appelé fromage au lait aigre. 3. Ce pain, dis-je,
lorsqu'il est chaud, n'est pas seulement recherché
par les paysans, mais aussi par les habitants des villes.
4. Celui qui a déjà trois ou quatre jours,
est, même pour les paysans, plus désagréable
à manger, plus difficile à digérer,
et traverse plus lentement le ventre, inconvénient
dont le pain chaud est exempt; dans ce cas, il nourrit
suffisamment, en sorte qu'il n'est pas de beaucoup inférieur
au pain de ménage fait avec du froment. 5. Le
grain du petit épeautre est revêtu d'une
pellicule comme le grand épeautre et l'orge;
ce n'est qu'après l'avoir mondé qu'on
en fait du pain ou qu'on s'en sert à tout autre
usage; après l'avoir fait bouillir dans l'eau,
on le mange aussi avec la sauce appelée par les
paysans apothermon, en y ajoutant du vin doux cuit;
quelquefois aussi on le mange avec du sel. 6. Le grand
épeautre de qualité supérieure,
s'il est bien mondé, fournit ce qu'on appelle
le tragos, dont beaucoup de gens font usage lorsqu'il
a été bouilli avec de l'eau; ils jettent
ensuite l'eau et versent dessus du vin nouveau cuit,
du vin d'un goût sucré ou du vin miellé;
on y ajoute aussi des pignons macérés
clans l'eau jusqu'à ce qu'ils se soient gonflés
considérablement.
14. DE L'AVOINE.
1. L'avoine sert à la
nourriture du bétail et non à celle de
l'homme, à moins qu'on ne soit forcé par
la famine à en faire du pain; mais, lorsqu'il
n'y a pas de famine, on la mange après l'avoir
fait bouillir dans de l'eau, avec du vin d'un goût
sucré, du vin nouveau cuit ou du vin miellé,
de la même manière que le petit épeautre.
2. Ainsi que ce dernier, l'avoine est pourvue d'une
chaleur assez considérable, quoiqu'elle ne soit
pas dure comme le petit épeautre; aussi donne-t-elle
moins de nourriture; du reste, le pain d'avoine est
désagréable; mais il ne resserre ni ne
relâche le ventre.
15. DU PETIT MILLET ET DU GRAND
MILLET, QU'ON APPELLE AUSSI MELINE.
1. Quelquefois on fait aussi
du pain avec ces graines, quand il y a disette des céréales
dont nous venons de parler; mais ce pain est peu nourrissant
et froid; il est friable et cassant; aussi n'est-il
pas étonnant qu'il dessèche le ventre
relâché. 2. Dans la campagne, on fait bouillir
la farine de millet, et on y mêle ensuite, pour
la manger, de la graisse de porc ou de l'huile. 3. Le
petit millet est, sous tous les rapports, meilleur que
le grand, car il est plus agréable au goût,
moins difficile à digérer, il resserre
moins le ventre et il nourrit davantage. 4. Les paysans
mangent aussi quelquefois la farine de millet après
l'avoir fait bouillir avec du lait, de la même
manière que la farine de froment ; évidemment
ce mets est d'autant meilleur à manger, que le
lait est supérieur à ces grains, aussi
bien sous le rapport de la grande bonté des sucs
que sous tous les autres.
16. DU RIZ.
1. On emploie cette céréale
pour resserrer le ventre, mais elle est plus difficile
à digérer que l'alica et nourrit moins.
17. DES LENTILLES.
1. Leur écorce est astringente,
mais ce qu'on appelle leur chair contient des humeurs
épaisses; elle est terreuse et possède
des propriétés un peu âpres, propriétés
dont l'écorce jouit au suprême degré;
mais le suc que les lentilles contiennent est le contraire
de l'astringent; voilà pourquoi on peut préparer
avec elles une boisson qui relâche le ventre,
si on les fait bouillir dans de l'eau, et qu'on donne
cette eau à boire, en l'assaisonnant avec du
sel ou du garon et en y ajoutant de l'huile. 2. Bouillies
deux fois, comme nous l'avons déjà dit,
les lentilles ont des propriétés opposées
à celles de la décoction, car elles arrêtent
les flux de ventre et donnent du ton à l'orifice
de l'estomac, aux intestins et à tout le ventre.
3. Les lentilles privées d'écorce perdent
l'astringence prononcée qu'elles avaient et deviennent
alors plus nourrissantes, puisqu'elles contiennent des
humeurs épaisses et qu'elles passent lentement;
mais elles ne tarissent pas les fluxions vers les intestins,
comme les lentilles non écorcées; c'est,
en outre, un mets qui contient de mauvaises humeurs
et qui engendre l'humeur atrabilaire. 4. Les lentilles
obscurcissent aussi la vue quand l'oeil est en bon état,
en le desséchant outre mesure; mais elles sont
utiles quand l'oeil est dans l'état contraire.
18. DES FÈVES.
1. On prépare la purée
de fèves soit seule, soit avec de l'orge mondée
; ce dernier mets donne un certain embonpoint, mais
la chair n'est pas ferme comme celle que donne le porc;
elle est plutôt un peu molle; la purée
est flatulente, de quelque manière qu'on la prépare.
2. Les fèves n'ont pas une substance compacte
et pesante, mais spongieuse et légère,
et elles ont quelque chose de détersif de même
que l'orge mondée. 3. Quoique la purée
de fèves soit déjà un mets flatulent,
les fèves bouillies et mangées entières
donnent encore plus de vents. 4. Torréfiées,
elles cessent d'être flatulentes, mais elles deviennent
plus difficiles à digérer, ont de la peine
à passer, et distribuent comme aliment une humeur
épaisse. 5. Si on les mange vertes, avant qu'elles
soient mûres et séchées, elles produisent
le même effet que tous les autres fruits qu'on
mange avant la maturité, c'est-à-dire
qu'elles donnent au corps un aliment assez humide.
19. DES POIS GRECS.
1. Les pois grecs ressemblent
un peu aux fèves, quant à leur substance
considérée en général, et
on les mange de la même manière; mais ils
en diffèrent sous ces deux rapports : d'abord
ils ne sont pas flatulents comme les fèves, et
ensuite ils n'ont pas de propriété détersive;
aussi traversent-ils plus difficilement le ventre que
les fèves.
20. DES POIS CHICHES.
1. Les pois chiches ne sont ni
moins flatulents ni moins nourrissants que les fèves,
mais ils excitent les désirs vénériens
en même temps qu'ils engendrent du sperme. 2.
Ils possèdent une vertu détersive plus
forte que les fèves; elle est si prononcée,
qu'une certaine espèce broie manifestement les
calculs qui se forment dans les reins ; ce sont les
pois chiches noirs et petits; on les appelle béliers;
ce qu'il y a de mieux dans ce cas, c'est d'en boire
seulement la décoction après les avoir
fait bouillir dans de l'eau. 3. Les pois chiches verts
contiennent une humeur excrémentielle comme toutes
les autres graines vertes; de même les pois chiches
torréfiés cessent d'être flatulents,
mais ils deviennent moins digestibles et plus resserrants;
ils fournissent moins d'aliment au corps.
21. DES LUPINS.
1. Le lupin est d'une substance
dure et terreuse; il engendre donc nécessairement
une humeur épaisse ; si cette humeur n'est pas
bien élaborée dans les veines, il y aura
accumulation de l'humeur appelée proprement crue.
2. Adouci par l'ébullition, le lupin devient
mangeable comme les substances sans qualité sensible,
et cette ressemblance fait qu'il n'active ni ne retient
les évacuations alvines.
22. DU FENUGREC, QU'ON APPELLE
AUSSI CORNE DE BOEUF.
1. Il relâche le ventre,
si on le mange au commencement du repas avec du garon;
on le mange également avec du vinaigre et du
garon; ou avec du vin, du garon et de l'huile; quelques-uns
le mangent aussi avec du pain; alors il ne cause pas
de mal de tête, comme celui qu'on prend avec du
garon. 2. On mange aussi le fenugrec avant qu'il n'ait
fructifié, avec du vinaigre et du garon; d'autres
versent dessus de l'huile et le mangent avec du pain;
pris de cette manière, il cause de la céphalalgie.
3. La décoction de fenugrec bue avec du miel
peut faire évacuer toutes les humeurs nuisibles
qui se trouvent dans les intestins; comme le fenugrec
jouit aussi d'une vertu détersive, il provoque
les déjections intestinales.
23. DES PHASÈLES ET DES
GESSES À FLEUR JAUNÂTRE.
1. On mange également
ces légumes comme le fenugrec, avant les autres
mets, pour relâcher le ventre; dans ce cas, on
les fait macérer dans de l'eau jusqu'à
ce qu'ils poussent des racines , après quoi on
les trempe dans du garon ; ils ont une humeur plus nourrissante
que celle du fenugrec, pourvu qu'ils ne soient pas distribués
dans le corps avant d'être convenablement digérés.
2. Ces légumes tiennent en quelque sorte le milieu
entre les aliments qui renferment une bonne humeur et
ceux qui en contiennent une mauvaise, entre ceux qui
se digèrent facilement et ceux qui se digèrent
difficilement, entre ceux qui passent vite et ceux qui
passent lentement, entre les flatulents et ceux qui
ne le sont pas, entre ceux qui nourrissent peu et ceux
qui nourrissent beaucoup, car ils n'ont aucune propriété
active.
24. DES GESSES.
1. On mange les gesses comme
la purée de lentilles à l'orge mondée.
2. Elles contiennent une humeur qui a les mêmes
propriétés, mais qui est d'une consistance
plus épaisse que celle des gesses à fleurs
jaunâtres et des phasèles : c'est pour
cela même que les gesses ordinaires sont en quelque
sorte plus nourrissantes que ces dernières.
25. DES GESSES CHICHES.
1. Les gesses chiches sont semblables
aux gesses ordinaires; aussi les emploie-t-on exactement
de la même façon ; elles ont les mêmes
propriétés, à cette exception près
que les gesses chiches sont plus dures et plus difficiles
à cuire, et par conséquent plus difficiles
à digérer que les gesses ordinaires. 2.
Dans mon pays, on trouve dans les céréales
une graine sauvage, dure et ronde, plus petite que l'ers,
et qu'on appelle raxow avec un x (arachos), [pour la
distinguer des gesses chiches désignées
sous le nom d'rakow avec un k (aracos) ; ] on jette
l'arachos après l'avoir trié de même
que la securigère.
26. DES HARICOTS OU PHASÉOLES.
1. Les haricots sont appelés
par quelques-uns gousses, par d'autres phaséoles.
2. Ils relâchent plus le ventre que les pois grecs,
mais ils sont moins flatulents ; ils sont nourrissants.
27. DE L'ERS.
1. Dans les grandes famines,
on mange quelquefois de l'ers par nécessité;
l'ers blanc est moins nauséabond que celui qui
tient du jaune ou du jaune pâle. 2. Si on le fait
bouillir deux fois et qu'on le fasse tremper plusieurs
fois dans l'eau, il perd ce qu'il a de désagréable,
mais il dépose en même temps ses propriétés
détersives et incisives; aussi ne reste-t-il
plus que la partie terreuse de sa substance, qui constitue
alors un aliment desséchant sans amertume appréciable.
28. DU SÉSAME ET DE L'ÉRYSIMON.
1. La graine de sésame
est grasse, aussi devient-elle bientôt huileuse
lorsqu'on la conserve : c'est pourquoi elle rassasie
vite ceux qui la mangent, retourne l'orifice de l'estomac,
se digère lentement et donne un aliment gras
au corps; comme elle contient une humeur épaisse,
elle ne passe pas rapidement non plus. 2. Sous le rapport
de la substance, l'érysimon est en quelque sorte
de la même espèce que le sésame,
mais il est plus désagréable à
manger, donne moins d'aliment au corps, et il est plus
mauvais sous tous les rapports ; tous deux sont d'un
tempérament chaud et donnent par conséquent
de la soif.
29. DE LA GRAINE DE PAVOT.
1. La graine du pavot cultivé
est bonne comme assaisonnement, si on en saupoudre le
pain; mais la graine blanchâtre est meilleure
que la noirâtre; elle jouit d'une propriété
refroidissante : c'est pourquoi elle fait dormir; et
même, si on en prend trop, elle fait tomber dans
la cataphora, et elle se digère difficilement;
elle arrête encore l'expectoration des matières
que la toux fait ordinairement rejeter de la poitrine
et du poumon. 2. De plus elle convient à ceux
qui ont une descente d'humeurs ténues de la tête,
mais elle donne au corps un aliment peu abondant.
30. DE LA GRAINE DE LIN.
1. La graine de lin est mauvaise
pour l'orifice de l'estomac et difficile à digérer;
elle donne peu d'aliment au corps, n'a rien qui relâche
le ventre, mais elle possède une légère
vertu diurétique, surtout si elle est torréfiée.
31. DE L'ORMIN.
1. On l'emploie après
l'avoir torréfié, réduit en farine
par la trituration et mélangé avec du
miel ; mais il contient peu de matière nutritive.
32. DU CHANVRE.
1. La graine de chanvre est difficile
à digérer et mauvaise pour l'orifice de
l'estomac ; elle cause de la céphalalgie, contient
de mauvaises humeurs, mais elle échauffe fortement.
33. DE LA GRAINE DU GATILIER.
1. La graine du gatilier passe
pour réprimer les désirs vénériens;
elle donne peu de nourriture au corps; celle qu'elle
donne dessèche, refroidit et est presque complètement
exempte de flatuosités; pour toutes ces causes,
la graine du gatilier convient à ceux qui veulent
vivre chastement.
34. DU JARSEAU ET DE LA VESCE.
1. Ces graines ressemblent, par
leur forme, aux lentilles; on en mange en cas de famine,
et surtout dans le printemps, quand elles sont encore
vertes, comme les pois chiches et les fèves.
2. Elles ne sont pas seulement désagréables
au goût, mais encore difficiles à digérer;
elles resserrent le ventre, contiennent de mauvaises
humeurs, et engendrent l'humeur atrabilaire.
35. DE LA COURGE.
1. La courge bien bouillie n'a
aucune qualité appréciable au goût;
elle admet naturellement plusieurs modes de préparations,
parce qu'elle tient le milieu entre les extrêmes;
ainsi, considérée en elle-même,
la courge donne au corps une nourriture humide et froide,
par conséquent peu abondante; elle traverse facilement
le ventre, parce que sa substance est glissante; elle
ne se digère pas trop mal, lorsqu'elle ne se
corrompt pas dans l'estomac avant [la digestion]. 2.
Torréfiée ou frite dans la poêle,
elle perd une grande partie de son humidité propre;
mais ce qui reste de sa substance n'acquiert aucune
propriété active; il en est de même,
si on la prépare avec la sauce simple ; on se
trouve très bien de l'accommoder avec l'origan,
à cause de sa qualité aqueuse. 3. Quelques
personnes conservent la courge pour l'hiver, après
en avoir ôté les graines, et fait sécher
ce qu'on peut appeler sa chair; mais, ainsi préparée,
elle ressemble plutôt à tout autre chose
qu'à de la courge; car elle n'a plus de suc et
devient sèche comme de vieux souliers.
36. DES PASTÈQUES.
1. Par nature les pastèques
sont un peu froides et pourvues d'une humidité
abondante, mais elles ont quelque chose de détersif;
voilà pourquoi elles poussent aux urines et passent
plus facilement par le bas que les courges et les melons.
2. Leurs graines sont plus détersives encore
que ce qu'on peut appeler leur chair, mais elles engendrent
des humeurs nuisibles dans le corps, surtout si elles
ne sont pas bien digérées; dans ce cas,
elles causent habituellement le choléra; car
la pastèque peut produire le vomissement, même
avant qu'elle ne se soit corrompue [dans l'estomac],
et, si on en mange abondamment, elle excitera à
coup sûr des vomissements, à moins qu'on
ne prenne après elle quelque mets qui contienne
de bonnes humeurs.
37. DES MELONS.
1. Les melons sont moins humides
que les pastèques, ils ont moins de mauvaises
humeurs, poussent moins aux urines, passent moins facilement
par le bas, et n'ont pas, comme elles, la faculté
d'exciter le vomissement. 2. Quoiqu'ils soient de beaucoup
inférieurs aux fruits d'arrière-saison
favorables à l'orifice de l'estomac, ils ne sont
pas aussi nuisibles à cette partie que les pastèques.
38. DES CONCOMBRES.
1. Ils ont quelque chose de diurétique
aussi bien que les pastèques, mais moins qu'eux.
2. Pour ceux qui les digèrent bien, les concombres
engendrent, quand on en mange beaucoup à la fois
et longtemps de suite, une humeur froide et démesurément
épaisse, laquelle ne saurait subir facilement,
pendant la coction qui se fait dans les veines, la transformation
en sang de bonne qualité.
39. DES FIGUES.
1. Les figues possèdent
les propriétés communes non seulement
à tous les fruits de l'arrière-saison,
mais à tous ceux qu'on appelle fruits d'été;
elles ne sauraient échapper non plus à
l'inconvénient d'engendrer des humeurs de mauvaise
nature, quoiqu'elles participent moins à cette
propriété que tous les autres fruits d'été.
2. Elles ont l'avantage de traverser rapidement les
intestins et de parcourir facilement tout le corps,
car elles ont une faculté détersive assez
notable. 3. Tous les fruits d'arrière-saison
donnent peu d'aliment au corps, mais les figues ont
cet inconvénient moins que tous les autres; cependant
les figues, comme les fèves, ne produisent pas
une chair compacte et ferme, mais tant soit peu spongieuse;
il est vrai qu'elles remplissent aussi le ventre de
flatuosités, mais la rapidité de leur
passage fait que ces flatuosités ne persistent
pas longtemps. 4. Les figues parfaitement mûres
causent à peine quelque dommage; il en est de
même pour les figues sèches qui ont beaucoup
d'avantages, quoiqu'elles aient quelque inconvénient
pour ceux qui en usent abondamment, car elles forment
un sang qui n'est pas tout à fait de bonne qualité
; voilà pourquoi elles entraînent à
leur suite une multitude de poux. 5. Elles jouissent
d'une faculté atténuante et incisive qui
excite le ventre à évacuer les excréments,
et qui purge les reins; elles sont nuisibles au foie
et à la rate, quand ces organes sont enflammés;
il en est de même des figues fraîches, non
qu'elles possèdent une faculté particulière,
mais parce qu'elles rentrent dans la règle commune
à tous les aliments et à toutes les boissons
d'un goût sucré; mais, quand les organes
susdits sont affectés d'obstruction ou de squirrhe,
les figues sèches prises toutes seules ne leur
font ni bien ni mal; elles leur font, au contraire,
un bien notable, si on les mêle aux médicaments
incisifs et détersifs. 6. Ceux qui mangent les
figues fraîches ou sèches avec des aliments
incrassants se font un mal considérable.
40. DES FIGUES.
(Tiré de Rufus.)
1. Les figues sont meilleures
que les autres fruits d'arrière-saison, cependant
elles ont aussi quelque inconvénient. 2. Les
figues sèches peuvent nourrir suffisamment le
corps; aussi les anciens les donnaient-ils à
manger aux athlètes. 3. Pythagore fut le premier
qui changea cette alimentation, en faisant manger de
la viande à Eurymène de Samos; c'est ainsi
que ce régime a été modifié.
41. DU RAISIN.
(Tiré de Galien).
1. Les figues et les raisins
sont, pour ainsi dire, à la tête des fruits
d'arrière-saison; car ils nourrissent plus que
tous les fruits d'été et ne sont guère
capables d'engendrer des humeurs viciées, surtout
quand ils sont bien mûrs; seulement la chair qu'ils
forment n'est pas ferme et dense, mais spongieuse et
humide; voilà pourquoi l'embonpoint qu'ils produisent
disparaît rapidement. 2. Les raisins nourrissent
moins que les figues; leur plus grand avantage c'est
de passer vite; pour cette raison ils font beaucoup
de mal, si par hasard ils sont retenus, inconvénient
que n'ont pas les figues mûres; car, lors même
qu'il n'en passe pas beaucoup et qu'elles sont bien
digérées dans l'estomac, elles fournissent
au corps un aliment irréprochable. 3. Les raisins
ne possèdent ni l'un ni l'autre de ces avantages,
car, ils ne se digèrent pas facilement, s'ils
sont retenus; et, pendant la distribution qui se fait
dans le foie et dans les veines, ils engendrent une
humeur crue qui ne se change pas facilement en sang.
4. Le raisin passe plus vite encore, si on avale les
grains sans pépins, car les pépins sont
astringents, se digèrent mal et ne s'assimilent
pas. 5. Parmi les raisins mis en réserve, celui
qu'on conserve dans le marc de raisins renforce l'estomac
affaibli et excite à manger ceux qui n'ont point
d'appétit ; mais il ne passe pas et porte à
la tête, si on en mange beaucoup; celui qu'on
conserve dans du vin nouveau cause encore plus facilement
de la céphalalgie que le premier; celui qu'on
conserve par la suspension ne porte pas à la
tète, et ne resserre ni ne relâche le ventre;
il est plus facile à digérer que les autres
raisins mis en réserve. 6. Les raisins sucrés
contiennent une humeur un peu chaude; aussi causent-ils
de la soif; les raisins âpres et acides ont un
suc froid; les raisins vineux tiennent le milieu entre
le chaud et le froid; les raisins sucrés relâchent
le ventre, surtout quand ils sont aqueux; les raisins
acides et âpres ne sont pas seulement mauvais
sous ce rapport [c'est-à-dire parce qu'ils resserrent
le ventre], mais aussi sous celui de la coction qui
se fait dans l'estomac. 7. La manière la plus
exempte d'inconvénients de manger les raisins,
c'est de les choisir quand ils sont naturellement charnus
et qu'ils sont très mûrs, et d'en user
modérément, soit qu'il aient acquis cette
maturité sur le cep, soit que la suspension leur
ait donné ce qui leur manquait sous ce rapport;
la seconde manière est de prendre des raisins
aqueux sans qualité acide ou âpre, qu'on
peut manger en grande quantité pour relâcher
le ventre. Quelques-uns boivent aussi du vin nouveau
dans le même but, surtout celui qui a un goût
très sucré, car il relâche très
fortement le ventre; celui, au contraire, qu'on tire
des raisins âpres ou acides est le plus mauvais
sous tous les rapports. La liqueur provenant de la macération
du marc de raisins est t diurétique et porte
à la tête.
42. DES RAISINS SECS.
1. Les raisins secs âpres
sont d'un tempérament plutôt froid; de
même, les raisins secs sucrés sont plutôt
chauds. 2. Ceux qui sont âpres renforcent l'orifice
de l'estomac et resserrent le ventre : il est clair
que les raisins fortement âpres ont ces mêmes
propriétés à un degré plus
fort. 3. Les raisins secs sucrés procurent une
constitution en quelque sorte moyenne, car ils n'affaiblissent
pas l'orifice de l'estomac et ne relâchent pas
non plus le ventre d'une manière appréciable;
ils sont toujours doués d'une faculté
tempérante et modérément détersive,
en sorte que, par ces deux qualités, ils émoussent
les pincements légers à l'orifice de l'estomac;
mais quant aux pincements plus forts, il est clair qu'ils
ont besoin de remèdes plus efficaces. 4. Parmi
les raisins secs, les meilleurs sont ceux qui sont un
peu gras et ont la partie qu'on peut appeler écorce,
mince. 5. Quelques personnes, et elles ont raison, ôtent
les pépins des grands raisins secs et sucrés,
par exemple des scybélitiques, avant de les manger;
cette espèce de raisins secs a aussi la peau
épaisse et dure, si on les conserve longtemps,
et il faut les macérer dans l'eau avant de les
manger; les pépins s'enlèvent aussi plus
facilement par ce procédé. 6. Il y a d'autres
raisins secs qui ont les propriétés contraires
de ceux dont nous venons de parler, puisqu'ils sont
âpres et petits et n'ont pas du tout de pépins.
7. L'aliment que les raisins secs distribuent au corps
est, sous le rapport de la qualité, semblable
à celui que lui donneraient les raisins frais
eux-mêmes; mais, pour la quantité, celui
qu'on tire des raisins secs, gras et doux, est plus
abondant que l'aliment fourni par les raisins âpres
et qui ne sont pas gras. 8. Les raisins secs sont aussi
meilleurs pour l'orifice de l'estomac que les figues
sèches.
43. DES SYCAMINS, QU'ON APPELLE
AUSSI MÛRES.
1. Si les mûres arrivent
dans un estomac pur, et si on les prend avant les autres
mets; elles passent très rapidement et frayent
la route aux autres aliments; si, au contraire, on les
prend après d'autres mets ou si elles trouvent
une humeur viciée dans l'estomac, elles se corrompent
très rapidement, et leur corruption est d'une
espèce toute particulière et inexprimable,
de même que celle des courges; car, bien que ce
soient les fruits d'été les plus innocents
, toutes deux ont, si elles ne passent pas vite, une
corruption de mauvaise nature de même que les
pastèques; toutefois, ces dernières ne
font pas non plus grand mal quand elles passent vite.
2. Le temps opportun pour manger les mûres ainsi
que les pastèques, c'est quand le corps de l'estomac
est sec et chaud, car alors le foie a nécessairement
les mêmes qualités. 3. Les mûres
sont aussi douées d'une légère
astringence; elles humectent toujours, mais ne refroidissent
pas dans toutes les circonstances, à moins qu'on
ne les prenne froides; elles donnent très peu
d'aliment au corps, ainsi que les pastèques.
44. DES FRUITS DE LA RONCE.
1. Les mourons sont plus astringents
que les mûres, et, si on en mange souvent, ils
donnent de la céphalalgie; chez quelques individus
l'orifice de l'estomac en est aussi affecté;
voilà pourquoi il faut bien laver ce fruit avant
de se hasarder à le manger, précaution
qu'il ne faut pas du tout négliger non plus pour
les mûres; les mourons ne relâchent pas
le ventre, ils le resserrent plutôt.
45. DU FRUIT DE L'ÉGLANTIER.
1. Le fruit de l'églantier
est un peu plus astringent que celui de la ronce; aussi
resserre-t-il plus fortement le ventre, mais il donne
peu de nourriture au corps.
46. DES BAIES DE GENÉVRIER.
1. Les baies de genévrier
sont légèrement sucrées et encore
plus légèrement astringentes, mais elles
sont aromatiques, et il est clair qu'elles échauffent
à cause de l'âcreté dont elles sont
douées. 2. Elles donnent peu de nourriture au
corps, et, si on en mange beaucoup, elles causent des
pincements à l'orifice de l'estomac, échauffent
la tête et y causent de la douleur; elles poussent
modérément aux urines.
48. DES PÊCHES.
1. Le suc de ces fruits et ce
qu'on peut appeler leur chair se cor rompent facilement
et sont tout à fait mauvais; par conséquent
il ne faut pas en manger après les autres mets,
comme quelques-uns ont la coutume de le faire, car elles
se corrompent en surnageant [dans l'estomac], et corrompent
en même temps les autres aliments.
48. DES ABRICOTS ET DES ABRICOTINS.
1. Ces fruits appartiennent aussi
au genre des pêches, mais ils en diffèrent
un peu en ce qu'ils sont meilleurs, car ils ne se corrompent
ni ne s'aigrissent comme elles dans l'estomac; ils paraissent
en général plus agréables au goût;
c'est pourquoi ils sont aussi plus favorables à
l'orifice de l'estomac. 2. Nous avons déjà
dit auparavant que ces fruits nourrissent peu. 3. Les
abricotins sont meilleurs que les abricots.
49. DES POMMES.
1. Les pommes astringentes ont
une humeur froide et terreuse, tandis que les pommes
aigres en ont une froide mais ténue; les pommes
sucrées ont un tempérament moyen qui se
rapproche du chaud; de même les pommes tout à
fait fades, et pour ainsi dire aqueuses, se rapprochent
plutôt du froid. 2. Les pommes astringentes retiennent
évidemment les évacuations alvines ; les
pommes aigres, si elles trouvent une humeur épaisse
dans le ventre, la divisent et la font descendre; de
cette manière elles rendent les excréments
humides, mais, si elles trouvent le ventre pur, elles
le resserrent plutôt; les pommes sucrées
sont mieux absorbées. 3. Quant aux pommes fades,
qui ne sont pas agréables au goût, qui
ne donnent pas de force au ventre et ne le resserrent
pas non plus, on a raison de les estimer peu, et on
les jette aux cochons. 4. Celles qu'on met de côté
après les avoir laissées bien mûrir
sur l'arbre deviennent, souvent très utiles dans
les maladies , soit qu'on les enduise de pâte
pour les cuire modérément dans les cendres
chaudes, soit qu'on les fasse bien bouillir dans la
vapeur d'eau chaude. 5. Il faut les donner immédiatement
après le repas, quelquefois avec du pain pour
renforcer le ventre et l'orifice de l'estomac à
ceux qui manquent d'appétit, qui digèrent
lentement, qui sont sujets aux vomissements, à
la diarrhée et à la dysenterie. 6. Les
pommes fortement âpres se prêtent bien à
cet usage, car elles gardent une astringence modérée,
si on les prépare comme je viens de le dire,
tandis que les pommes faiblement âpres perdent
toute leur astringence par cette préparation
et de-viennent semblables par là aux pommes naturellement
aqueuses.
50. DES COINGS ET DES POIRES
À COING.
1. Ces fruits ont cela de particulier,
si on les compare aux autres pommes, qu'ils sont doués
d'une astringence plus forte et que leur gelée
peut se conserver, si on veut la mettre en réserve
après l'avoir fait bouillir avec du miel, tandis
que la gelée des autres pommes s'aigrit si on
la conserve, parce qu'elle contient beaucoup d'humeur
froide. 2. La gelée des poires à coing
se conserve mieux; et même elle dure plusieurs
années; dans ce cas, elle présente à
l'ouverture du vase une croûte épaisse,
comme il s'en forme souvent aussi une sur le miel et
sur quelques autres substances; il ne faut pas toucher
à cette croûte, si on veut que la gelée
mise en réserve se conserve longtemps sans subir
de changement. 3. La gelée de coings ronds est
moins agréable et plus fortement astringente,
en sorte qu'elle peut aussi quelquefois être utile
pour renforcer le ventre affaibli â un degré
très-prononcé.
51. DES POIRES ET DES GRENADES.
1. Si l'on applique aux poires
et aux grenades tout ce que j'ai dit des pommes, on
n'aura plus besoin d'un nouveau chapitre particulier
sur ce sujet. 2. Les grenades donnent très peu
de nourriture au corps, tandis que les poires, et surtout
les grandes, qu'on appelle chez nous menates, ont quelque
chose de nutritif.
52. DES NÈFLES ET DES
SORBES.
1. Ces fruits sont tous deux
astringents, mais les nèfles le sont beaucoup
plus que les sorbes; voilà pourquoi les nèfles
constituent un mets très utile quand le ventre
est relâché ; mais les sorbes sont plus
agréables à manger. 2. Il est clair qu'il
faut user de tons ces fruits en petite quantité,
et non en abondance, comme des figues et des raisins.
53. DES DATTES.
1. Certaines dattes sont sèches
et astringentes, comme les dattes d'Égypte; certaines
autres sont molles, humides et sucrées, comme
celles qu'on appelle caryotes (dattes-noix); les meilleures
de cette dernière espèce croissent à
Jéricho clans la partie de la Syrie ap2 pelée
Palestine. 2. Entre ces deux espèces toutes les
autres tiennent le milieu, et sont plus ou moins humides
ou sèches, sucrées ou astringentes; quand
les extrêmes seront trouvés, il vous sera
très facile de déterminer toutes les espèces
intermédiaires; nous avons, en effet, montré
que les humeurs sucrées sont nourrissantes, et
que les humeurs âpres sont favorables à
l'orifice de l'estomac et resserrent le ventre. 3. Toutes
les dattes sont difficiles à digérer et
causent de la céphalalgie, si on en mange beaucoup;
quelques-unes déterminent en outre une sensation
de pincement à l'orifice de l'estomac. 4. L'humeur
qu'elles distribuent dans le corps est toujours épaisse,
et, de plus, elle présente quelque chose de visqueux,
si les dattes sont grasses; lorsqu'il y a quelque principe
sucré mêlé à cette humeur,
elle obstrue en peu de temps le foie; quand cet organe
est enflammé et affecté de squirrhe, il
éprouve un grand dommage, si on mange de cette
espèce de dattes; après le foie c'est
la rate qui est atteinte et obstruée.
54. DES OLIVES.
1. Ces fruits donnent très
peu de nourriture au corps, surtout ceux qui ont mûri
sur l'arbre ; tandis que ces derniers contiennent une
humeur grasse, les olives appelées halmades ou
colymbades renferment une humeur astringente; voilà
pourquoi elles renforcent aussi l'orifice de l'estomac
et excitent l'appétit. 2. Parmi ces dernières,
les plus propres à cet effet sont celles qu'on
conserve dans du vinaigre.
55. DES NOIX ET DES NOISETTES.
1. Les noix aussi bien que les
noisettes ne donnent pas beaucoup de nourriture au corps,
cependant la noisette en contient davantage; toutes
les deux sont douées d'une faculté modérément
astringente, qui fait place avec le temps à une
propriété huileuse. 2. La noix verte n'a
pas de qualité astringente ni huileuse bien appréciable,
mais elle est en quelque sorte fade et aqueuse. 3. La
noix se digère plus facilement que la noisette;
elle est plus favorable à l'orifice de l'estomac,
surtout si on la mange avec des figues sèches.
4. La noix fraîche est évidemment plus
propre à relâcher le ventre que ne l'est
la noix sèche ; cependant, si on trempe une noix
sèche dans l'eau et qu'on la pèle, elle
devient semblable à la noix verte quant aux propriétés.
56. DES AMANDES.
1. Dans ces fruits c'est la faculté
atténuante et détersive qui domine; quelques-unes
possèdent à un tel degré la propriété
de diviser les humeurs épaisses et visqueuses,
qu'on ne saurait les manger à cause de leur amertume.
2. Les amandes sont aussi douées d'une propriété
huileuse et grasse comme les noix; elles donnent peu
de nourriture au corps.
57. DES PISTACHES.
1. Ces fruits nourrissent très
peu, mais ils sont propres à renforcer le foie,
car ils sont doués de propriétés:
légèrement amères et astringentes.
58. DES PRUNES.
1. Les prunes donnent très
peu de nourriture au corps, mais elles conviennent quand
on se propose d'humecter et de refroidir modérément
le ventre; elles sont également utiles après
être séchées. 2. Les meilleures
sont celles qui croissent à Damas.
59. DES JUJUBES.
1. Ces fruits sont mangés
par les femmes ou par les enfants en jouant, mais ils
sont peu nourrissants et difficiles à digérer;
ils ne sont pas non plus favorables à l'orifice
de l'estomac. 2. Il est clair qu'ils donnent très
peu de nourriture au corps.
60. DES CAROUBES.
1. Les caroubes contiennent un
mauvais suc; elles sont bilieuses, difficiles à
digérer et ne passent même pas rapidement.
61. DES CÂPRES.
1. Les câpres ont des propriétés
pénétrantes, et, pour cette raison, elles
donnent très peu de nourriture au corps. 2. Salées
et trempées dans l'eau assez longtemps pour qu'elles
perdent toutes les propriétés qu'elles
tenaient du sel, les câpres donnent peu de nourriture,
il est vrai, mais enlèvent le phlegme contenu
dans le ventre et résolvent l'obstruction des
viscères, quand on les mange avant les autres
mets avec du vinaigre miellé, ou de l'huile et
du vinaigre.
62. DES SYCOMORES.
1. On trouve cette plante à
Alexandrie; elle porte un fruit semblable à la
figue ; ce fruit n'a aucune âcreté, il
est, au contraire, doué d'un goût légèrement
sucré; il est, en quelque sorte, un peu refroidissant
et humide.
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63. DU FRUIT DE LA PERSÉE.
1. La persée se rencontre
également à Alexandrie, et on raconte
que son fruit est si pernicieux en Perse qu'il tue ceux
qui en usent, mais qu'il est devenu bon à manger
après avoir été transporté
en Égypte, où on le mange comme les poires
et les pommes.
64. DU CITRON.
1. Ce fruit est composé
de trois parties : la partie acide qui est au milieu,
la partie qui entoure celle-là et qu'on peut
appeler sa chair, enfin l'enveloppe qui le recouvre
à l'extérieur. 2. Cette dernière
partie est parfumée et aromatique, mais elle
est difficile à digérer; cependant elle
favorise la digestion, si on en use comme médicament,
Page 73
et, prise en petite quantité,
elle renforce l'orifice de l'estomac. 3. On emploie
la partie aigre et impropre à l'alimentation
pour la jeter dans le vinaigre afin de le rendre plus
aigre encore. 4. La partie moyenne qui donne de la nourriture
au corps est difficile à digérer.
65. DES PLANTES SAUVAGES.
1. Outre qu'elles donnent peu
de nourriture au corps, ces plantes contiennent toutes
de mauvaises humeurs, et quelques-unes d'entre elles
nuisent à l'orifice de l'estomac; il faut en
excepter les plantes épineuses, au moment où
elles sortent de terre.
Fin
du livre 1er
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Tome 1 :
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Page 74
1. DE LA LAITUE.
[Tiré de Galien].
1. Toutes les herbes potagères produisant
du sang en petite quantité et composé
d'humeurs mauvaises, la laitue n'en produit pas beaucoup
non plus; mais celui qu'elle donne n'est pas entièrement
formé d'humeurs mauvaises; ainsi elle contient
une humeur humide et froide, mais elle ne produit pas
d'humeurs mauvaises, comme je viens de le dire.
2. DES ENDIVES.
1. Les endives ont des propriétés
semblables à celles de la laitue; mais elles
lui sont inférieures, tant sous les rapports
du goût, que sous celui des autres qualités
dont nous avons parlé à propos de la laitue.
3. DE LA MAUVE.
1. La mauve a quelque chose de visqueux, qualité
dont la laitue est privée; il est évident
qu'elle ne saurait être rangée parmi les
mets refroidissants. 2. Ce légume traverse facilement
le ventre, surtout si on en mange abondamment avec de
l'huile et du garon; il jouit d'une propriété
digestible moyenne.
4. DE LA BETTE.
1. II existe certainement dans la bette un
suc détersif, qui excite aussi les excrétions
alvines et cause quelquefois des pincements à
l'orifice de l'estomac; aussi est-ce un mets nuisible
pour cette partie, si on en mange beaucoup. 2. Elle fournit peu de nourriture ainsi que
les antres herbes potagères, mais elle convient
dans les obstructions du foie, surtout si on la prend
avec de la moutarde ou du vinaigre; elle est bonne aussi
pour ceux qui ont la rate légèrement enflée.
5. DU CHOU.
1. Le jus du chou a quelque chose de purgatif;
mais sa substance elle-même, parce qu'elle dessèche,
resserre plutôt le ventre qu'elle ne l'excite
aux déjections. 2. Or
le chou dessèche de la même manière
que les lentilles cuites : c'est pourquoi il obscurcit
la vue, à moins que tout l'oeil ne soit par hasard
plus humide que dans l'état naturel. 3. Cependant le chou n'est pas un mets qui
possède une humeur de bonne qualité comme
la laitue; mais il fournit un jus mauvais et d'odeur
désagréable.
6. DE LA BLITE ET DE L'ARROCHE.
1. La blite et l'arroche sont, parmi les herbes
potagères, les plus aqueuses et les plus dépourvues,
pour ainsi dire, de toute qualité. 2. Il a déjà été
dit que de semblables herbes ont une certaine tendance
à passer facilement, surtout si elles joignent
à l'humidité quelque chose qui facilite
leur glissement; cependant cette tendance vers le bas
n'est pas bien forte, parce qu'elles ne sont douées
d'aucune propriété âcre et nitreuse.
3. Il est évident qu'elles
donnent très peu de nourriture au corps.
7. DU POURPIER.
1. Comme aliment, le pourpier nourrit peu et
la nourriture qu'il donne est humide, froide et visqueuse;
comme médicament, il guérit l'agacement
des dents, parce qu'il est visqueux sans être
mordant.
8. DE LA PATIENCE.
1. La patience est semblable à la bette
cultivée, tant sous le rapport du goût
que sous celui des propriétés; mais, comme
la bette est plus agréable que la patience, en
général on mange plutôt la première.
9. DE LA PATIENCE SAUVAGE.
1. Personne ne mangera la patience ordinaire
crue pas plus que la bette; mais, à la campagne,
on mange crue la patience sauvage; elle est beaucoup
moins nourrissante encore que la patience ordinaire.
10. DE LA MORELLE.
1. Parmi les herbes qu'on mange, je n'en connais
aucune qui soit douée d'une astringence aussi
forte que la morelle; ce n'est donc pas à tort
que nous l'employons rarement comme aliment, mais habituellement
comme médicament; car elle agit efficacement
quand on a besoin d'un refroidissement qui resserre.
11. DES PLANTES ÉPINEUSES.
1. Beaucoup de paysans mangent les plantes
épineuses quand elles viennent de sortir de terre.
2. Ainsi que toutes les herbes,
elles sont très peu nourrissantes, et la nourriture
qu'elles fournissent est ténue et aqueuse; les
plantes épineuses sont donc modérément
favorables à l'orifice de l'estomac. 3. Du nombre de ces plantes sont: la cardousse,
le carthame laineux, l'épine blanche, le chardon
à foulon, le carthame, l'astragale, l'atragis
et l'artichaut, qu'on estime plus qu'il ne le mérite.
4. Ce dernier aliment fournit
des humeurs mauvaises, surtout quand il a déjà
commencé à se durcir; car alors il contient
une assez grande quantité d'humeur bilieuse,
et toute sa substance est plus ou moins ligneuse, de
sorte qu'elle engendre des humeurs atrabilaires; mais
le jus que contient l'artichaut fournit une humeur ténue
de la nature de la bile amère ; il est donc préférable
de l'adoucir par la coction avant de le manger.
12. DU MACERON, DE LA BERLE,
DU SMYRNIUM ET DU CÉLERI.
1. Toutes ces plantes sont diurétiques;
celle qu'on mange le plus habituellement est le céleri,
parce qu'il est plus agréable et plus favorable
à l'orifice de l'estomac que les autres. 2. Le smyrnium est beaucoup plus âcre
et plus chaud que le céleri, le maceron et la
berle. 3. Les autres plantes [c'est-à-dire
le smyrnium et le céleri] se mangent aussi bien
crues que cuites; mais on ne mange le maceron et la
berle que cuits, car ces légumes se montrent
désagréables quand ils sont crus. 4. Quelques-uns mangent aussi le céleri
et le smyrnium en les mêlant aux feuilles de laitue;
car la laitue, étant une herbe assez fade et
qui contient en outre une humeur froide, devient à
la fois plus agréable et plus profitable quand
on y ajoute quelque chose d'âcre.
13. DE LA ROQUETTE.
1. Ce légume échauffe manifestement,
aussi n'est-il pas facile de le manger seul sans le
mêler aux feuilles de laitue. 2.
On admet encore qu'il engendre du sperme et qu'il excite
les désirs vénériens. 3. Il cause aussi de la céphalalgie,
surtout si on le mange tout seul.
14. DE L'ORTIE.
1. L'ortie a les propriétés des
substances dont les molécules sont ténues;
aussi n'est-ce pas sans cause que personne ne l'emploie
comme aliment, tandis qu'elle est utile comme mets accessoire
et comme médicament, puisqu'elle relâche
le ventre.
15. DU GINGIDIUM ET DE L'AIGUILLETTE.
1. Le gingidium est semblable à l'aiguillette
et il est éminemment favorable à l'orifice
de l'estomac, qu'on le mange cru ou cuit; mais il ne
supporte pas une cuisson prolongée et il est
doué d'une astringence et d'une amertume assez
manifeste.
16. DU BASILIC.
1. Le basilic renferme de très mauvaises
humeurs; aussi, renchérissant sur la vérité,
on raconte que, si, après l'avoir broyé,
on le jette dans un pot nouveau, il engendre très
rapidement en peu de jours des scorpions; il est encore
nuisible à l'orifice de l'estomac.
17. DES TIGES COMESTIBLES.
1. La tige du chou dessèche moins fortement
que le chou lui-même, tandis que, pour les autres
herbes potagères, la tige dessèche plus
fortement que les feuilles. 2.
Il existe un autre genre de tiges comestibles, lesquelles
appartiennent à des plantes frutescentes, comme
le houx frelon, le fragon racémeux et le buisson
ardent; il y en a encore d'autres différentes
de ces dernières, dont une espèce est
appelée asperge royale, une autre, asperge des
marais; de même la tige de couleuvrée en
constitue une autre espèce. 3.
Toutes sont favorables à l'orifice de l'estomac,
poussent aux urines et contiennent peu de matière
nutritive.
18. DU NAVET ou BUNIAS.
1. Je serais étonné que le navet
nourrît moins qu'aucune des plantes du même
genre; mais il distribue dans le corps une humeur plus
épaisse qu'il ne faut; si donc on en mange en
grande quantité, il y aura accumulation d'humeur
crue. 2. Bouilli deux fois, il devient
très bon; si on le prend moins cuit, il devient
difficile à digérer, flatulent et nuisible
à l'orifice de l'estomac; quelquefois aussi il
cause des pincements dans cette partie.
19. DU GOUET.
1. On mange la racine du gouet comme le navet;
mais, dans quelques pays, elle devient plus âcre
[que de coutume], de manière à se rapprocher
de la racine de serpentaire; dans ce cas, il faut la
faire bouillir deux fois avant de la manger; à
Cyrène, au contraire, elle est très peu
médicamenteuse et très peu âcre,
de telle sorte qu'elle est même préférable
au navet. 2. Il est évident que cette
dernière espèce convient mieux quand il
s'agit de nourrir, tandis que l'espèce âcre
est meilleure pour expulser les crachats de la poitrine
et du poumon. 3. On mange la racine du gouet
bouillie, avec de la moutarde ou du vinaigre, en l'assaisonnant
d'huile et de garon. 4. Il
est clair que la nourriture qu'elle distribue au corps
est assez épaisse, comme celle que fournit le
navet.
20. DE LA SERPENTAIRE.
1. Après avoir fait bouillir deux ou
trois fois la racine de serpentaire, afin qu'elle perde
ce qu'elle a de médicamenteux, nous la donnons
quelquefois à manger, quand nous avons besoin
d'un agent qui provoque fortement l'expulsion des crachats
de la poitrine et du poumon.
21. DE L'ASPHODÈLE.
1. Quand on prépare cette racine, comme
les lupins, elle perd la plus grande partie de son amertume
; je sais toutefois que, dans des cas de famine, on
est à peine parvenu à la rendre mangeable
par des coctions et des macérations réitérées
dans l'eau douce. 2. Ses
propriétés sont désobstruantes
et incisives, comme celles de la serpentaire.
22. DU VACCET.
1. On mange les racines du vaccet, et quelquefois
aussi, au printemps, ses tiges; elles ont des propriétés
amères et âpres qui leur donnent la faculté
d'exciter l'appétit quand l'orifice de l'estomac
est affaibli. 2. Les racines ne sont pas contraires
à ceux qui veulent expulser quelques crachats
de la poitrine ou du poumon, bien que leur substance
soit plus ou moins épaisse et visqueuse; mais
cette épaisseur est contrebalancée par
leur amertume, qui exerce naturellement une action incisive
sur les humeurs visqueuses et épaisses: dans
ce cas, il est préférable de les manger
dans du vinaigre, avec de l'huile et du garon; car elles
deviennent ainsi plus agréables, moins flatulentes,
plus nutritives et plus faciles à digérer.
3. Quelques personnes qui avaient
mangé beaucoup d'oignons de vaccet s'aperçurent
clairement qu'elles avaient plus de sperme [qu'auparavant]
et qu'elles devenaient plus disposées à
l'acte générateur.
23. DE LA CAROTTE, DU DAUCUS
ET DU CARVI.
1. On mange également les racines de
ces plantes; elles sont, il est vrai, moins nutritives
que les navets et les gouets de Cyrène, mais
elles échauffent manifesteraient et trahissent
quelque chose d'aromatique. 2.
Comme les autres racines, elles sont difficiles à
digérer; mais elles poussent aux urines, et,
si on en use avec excès, elles engendrent des
humeurs assez mauvaises; cependant le carvi donne de
meilleures humeurs que la carotte. 3.
Quelques-uns appellent daucus la carotte sauvage, laquelle
pousse plus fortement aux urines [que l'autre], a un
goût plus médicamenteux et nécessite
une coction prolongée, si on veut la manger.
24. DES TRUFFES.
1. Les truffes n'ont aucune qualité
appréciable; on les emploie donc comme excipient
d'assaisonnements, ainsi que les autres mets qu'on appelle
mets sans qualité et d'une saveur aqueuse. 2. Toutes ces substances ont cela de commun
qu'elles distribuent dans le corps une nourriture qui
n'échauffe point, mais qui est légèrement
froide; quant à l'épaisseur, cette nourriture
est conforme à celle du mets qu'on a pris ; la
nourriture que fournit la truffe est plutôt épaisse,
tandis que celle des autres mets est plutôt humide
et subtile dans la même proportion que les mets
eux-mêmes.
25. DES CHAMPIGNONS.
1. Parmi les champignons, les bolets, quand
ils sont bien cuits dans l'eau, se rapprochent des mets
sans qualité apparente. 2.
La nourriture qu'ils fournissent est pituiteuse et froide,
et, si on en mange abondamment, elle produit des humeurs
mauvaises. 3. Ce sont là les champignons
les plus innocents, les amanites occupent le second
rang; quant aux autres, il est plus prudent de ne pas
y toucher du tout; car beaucoup de gens en sont morts.
26. DU RADIS.
1. Le radis a des vertus atténuantes;
en même temps, il échauffe manifestement;
car les qualités âcres y prédominent.
27. DES OIGNONS, DES POIREAUX,
DE L'AIL ET DU POIREAU DE VIGNES.
1. Ces plantes ont une propriété
très âcre, et, conformément à
cette propriété, elles échauffent
le corps, atténuent les humeurs épaisses
qu'il contient et divisent les humeurs visqueuses. 2. Bouillies deux ou trois fois, elles perdent
leur âcreté; mais elles n'en continuent
pas moins d'atténuer et donnent très peu
de nourriture au corps, tandis que, avant la cuisson,
elles n'en donnaient pas du tout. 3.
Les poireaux de vigne diffèrent autant des poireaux
ordinaires que, parmi les autres plantes du même
genre, les plantes sauvages diffèrent des espèces
cultivées. 4. Il
faut éviter de manger habituellement des substances
âcres, quelles qu'elles soient, surtout quand
la personne qui en use est plutôt bilieuse qu'autrement;
car de semblables aliments conviennent uniquement à
ceux qui ont une accumulation d'humeur pituiteuse ou
d'humeur crue, épaisse et visqueuse.
28. DE LA NOURRITURE TIRÉE
DES ANIMAUX.
1. Toutes les parties des animaux ne possèdent
pas les mêmes propriétés; mais leur
chair, quand elle est bien digérée, engendre
un sang excellent, surtout celle des animaux doués
d'humeurs de bonne nature, des cochons, par exemple,
tandis que les parties nerveuses produisent plutôt
du sang pituiteux. 2. La
viande de porc est, parmi tous les mets, ce qu'il y
a de plus nutritif. 3. Le
boeuf, il est vrai, donne aussi une nourriture assez
abondante et qui ne se perd pas aisément par
la perspiration ; mais il produit du sang plus épais
qu'il ne convient; et quelqu'un qui a, par nature, un
tempérament atrabilaire, sera pris de quelque
maladie dépendant de la bile noire, s'il en mange
beaucoup. 4. Autant le boeuf surpasse le
porc par l'épaisseur de toute sa substance, autant
le porc l'emporte sur le boeuf par la viscosité
de sa chair; mais le porc est d'une digestion beaucoup
plus facile. 5. Le veau est d'une plus facile
digestion que le boeuf; il en est de même des
jeunes boucs comparés aux chèvres; car,
bien qu'elle soit d'un tempérament moins sec
que le boeuf, la chèvre, si on la compare au
porc, en diffère très notablement. 6.
Les petits porcs nous fournissent une nourriture d'autant
plus imprégnée d'humeurs excrémentitielles,
qu'ils ont plus d'humidité que les grands porcs;
il s'ensuit naturellement qu'ils sont également
moins nourrissants. 7. Les
agneaux ont aussi la chair pituiteuse et très
humide; mais celle du mouton est également plus
ou moins imprégnée d'humeurs excrémentitielles
et mauvaises; celle de la chèvre contient aussi
de mauvaises humeurs, et de plus elle est âcre.
8. La chair de bouc est la plus
mauvaise, tant sous le rapport de la bonté des
humeurs, que sous celui de la facilité de la
digestion; après elle vient la chair de bélier
et ensuite celle de taureau. 9.
Chez tous ces animaux, la chair des individus châtrés
est préférable; mais celle des animaux
âgés est ce qu'il y a de plus mauvais,
tant sous le rapport de la facilité de la digestion,
que sous celui de la bonté des humeurs et de
l'abondance de la nourriture; de sorte que, chez les
cochons eux-mêmes, bien que ces animaux aient
un tempérament humide, la chair des individus
âgés est fibreuse, sèche et, par
suite, difficile à digérer. 10 La viande de lièvre produit également
du sang plus ou moins épais; mais, pour la bonté
des humeurs, elle est préférable à
celle du boeuf et du mouton. 11.
La viande de cerf n'est ni moins imprégnée
de mauvaises humeurs, ni moins dure, ni moins difficile
à digérer. 12.
La chair des ânes sauvages, du moins celle des
individus de bonne complexion et jeunes, se rapproche
de celle des cerfs; quelques personnes mangent aussi
la chair des ânes domestiques, quand ils sont
devenus vieux, ce qui constitue un mets fortement imprégné
d'humeurs mauvaises, difficile à digérer,
nuisible à l'orifice de l'estomac, et, en outre,
désagréable ainsi que la chair des chevaux
et des chameaux; ceux qui mangent de ces viandes ressemblent
eux-mêmes aux ânes, tant par le corps que
par l'âme. 13. Quelques-uns mangent également
la chair des ours, et, ce qui est encore pis, celle
des lions et des léopards. 14.
Quant aux chiens, est-il nécessaire de dire que,
chez quelques peuples, on mange les sujets jeunes et
gras, surtout quand ils sont châtrés, et
qu'il en est de même pour les panthères?
15. Dans mon pays, les chasseurs
mangent également en automne la chair de renard.
16. Il faut savoir que les animaux,
qui ont besoin de paître l'herbe haute, comme
les boeufs , deviennent maigres et s'imprègnent
d'humeurs mauvaises en hiver et au commencement du printemps,
tandis qu'ils se montrent évidemment plus gras
et imprégnés d'humeurs meilleures dans
une saison plus avancée, quand l'herbe devient
grande, épaisse et monte en graine; ceux, au
contraire, qui peuvent se nourrir d'herbe courte, comme
les moutons, sont meilleurs au commencement et au milieu
du printemps; les chèvres, enfin, sont préférables
au commencement et au milieu de l'été,
quand les jeunes pousses des arbrisseaux sont le plus
abondantes, car c'est là leur nourriture habituelle.
29. DES ESCARGOTS.
1. Les escargots ont la chair
dure et, par conséquent, difficile à digérer;
mais, si on la digère, elle nourrit fortement.
2. Ils ont, ainsi que les testacés, un suc qui
relâche le ventre : aussi, se sert-on du bouillon
qu'on obtient en les assaisonnant avec de l'huile, du
garon et du vin, pour faciliter l'évacuation
de ce qui est contenu dans les intestins. 3. Si, au contraire, on veut seulement employer
la chair de cet animal comme un mets nourrissant, on
la fera bouillir d'abord avec de l'eau, on la mettra
ensuite dans de l'autre eau, dans laquelle on la fera
de nouveau bouillir; après cela, on l'assaisonnera
et on la fera bouillir pour la troisième fois,
jusqu'à ce qu'elle devienne complètement
tremblante ; ainsi préparée, elle resserrera
le ventre, mais elle fournira une nourriture abondante
au corps.
30. DES EXTRÉMITÉS
DES QUADRUPÈDES.
1. Les pieds des petits porcs sont un mets
très convenable, quand on les jette dans de l'orge
mondée en ébullition. 2.
Toutes les extrémités du corps ont très
peu de graisse et très peu de substance charnue,
tandis que le genre nerveux et cutané y prédomine;
cependant ces nerfs et cette peau ne sont pas identiques
avec les substances analogues qui se trouvent dans le
reste du corps, car la peau et les nerfs sont plus exercés
dans les extrémités [qu'ailleurs]. 3. Il résulte de cette prédominance
de peau et de nerfs que les extrémités
sont plus visqueuses [que les autres parties]; car tout
nerf et toute peau se transforment en une substance
visqueuse par la coction; il est donc naturel qu'elles
donnent moins de nourriture au corps tandis qu'elles
traversent plus aisément les intestins à
cause de leur viscosité. 4.
Les pieds de cochon sont meilleurs que le museau, et
celui-ci est préférable aux oreilles;
car ces dernières sont uniquement composées
de peau et de cartilage; or le cartilage est complètement
indigestible chez les animaux adultes, tandis que, chez
ceux qui sont encore dans la période de croissance,
il se digère, pourvu qu'on le broie bien dans
la bouche, et donne peu de nourriture au corps. 5. Appliquez ce qu'on vient de dire, dans la
même proportion, aux autres animaux; car, autant
leur chair le cède à celle des cochons,
sous le rapport de la bonté de la nourriture,
autant, chez eux, les extrémités sont
inférieures à celles des cochons.
31. DE LA LANGUE DES QUADRUPÈDES.
1. Cette partie a une substance particulière
plus spongieuse et plus exsangue que la chair car la
chair proprement dite est formée par les muscles,
surtout par leur partie moyenne.
32. DES GLANDES.
1. Les glandes, par leur nature, s'éloignent
autant de la langue que celle-ci s'éloigne des
chairs. 2. C'est une propriété
commune à toutes les glandes d'être agréables
et de se morceler quand elles sont préparées
pour le repas ; mais celles des mamelles offrent en
outre, quand elles contiennent du lait, quelque chose
de la douceur de ce liquide; et c'est précisément
pour cela que ces glandes, lorsqu'elles sont pleines
de lait, surtout celles des truies, constituent un mets
très recherché des gourmets. 3. La nourriture que donnent les glandes, quand
elles sont bien digérées, se rapproche
de celle que fournissent les chairs; mais, quand elles
sont moins complètement assimilées, elles
produisent des humeurs crues ou pituiteuses. 4. Quoique les testicules appartiennent au
genre des glandes, ils ne contiennent pas des humeurs
aussi bonnes que les glandes des mamelles; ils ont,
au contraire, une certaine odeur repoussante, car ils
trahissent la nature du sperme qu'ils fabriquent, comme
les reins trahissent celle de l'urine; ils sont aussi
beaucoup plus difficiles à digérer [que
les autres glandes], du moins les testicules des animaux
qui marchent; car ceux des coqs engraissés sont
agréables et donnent une bonne nourriture au
corps.
33. DES REINS.
1. Les reins sont évidemment imprégnés
de mauvaises humeurs et difficiles à digérer.
34. DES TESTICULES.
1. Les testicules de tous les quadrupèdes
sont difficiles à digérer et imprégnés
d'humeurs mauvaises; mais, quand ils sont bien digérés,
ils nourrissent bien; il n'y a que les testicules des
coqs qui soient agréables et excellents sous
tous les rapports, surtout ceux des coqs engraissés.
35. DE LA CERVELLE.
1. Toute cervelle est un mets plus ou moins
pituiteux, imprégné d'humeurs mauvaises,
passant lentement, difficile à digérer
et assez fortement nuisible à l'orifice de l'estomac.
2. Induits en erreur par sa mollesse,
quelques-uns la donnent aux malades, bien qu'à
ses autres qualités elle ajoute celle d'exciter
du dégoût. 3. Comme
elle contient des humeurs épaisses et excrémentitielles,
elle devient meilleure quand on l'assaisonne avec des
ingrédients incisifs et échauffants; cependant,
quand elle est bien digérée, elle donne
au corps une nourriture abondante.
36. DE LA MOELLE DES OS.
1. La moelle des os est plus douce, plus agréable
et plus grasse que la cervelle; si donc on les goûte
comparativement, on croira même que la cervelle
a quelque chose d'âpre. 2.
Ainsi que la cervelle, la moelle est un aliment qui
excite le dégoût, quand on en mange beaucoup;
cependant, si elle est bien digérée, elle
donne également une nourriture suffisante.
37. DE LA MOELLE ÉPINIÈRE.
1. La moelle épinière contient
très peu de graisse; aussi échappe-t-elle
à l'inconvénient de causer du dégoût,
et, si elle est bien digérée, elle donne
une nourriture assez abondante au corps.
38. DE LA GRAISSE MOLLE ET
DE LA GRAISSE COMPACTE.
1. Ces deux substances sont peu
nourrissantes; elles servent plutôt d'assaisonnement
[naturel] pour les viandes qui nous nourrissent.
39. DES VISCÈRES DES
QUADRUPÈDES.
1. Le foie de tous les animaux contient des
humeurs épaisses, se digère difficilement
et passe lentement. 2. Le
meilleur foie, non seulement quant au goût, mais
aussi sous les autres rapports, est celui qu'on appelle
sycoton; il a reçu ce nom, parce qu'il doit ses
qualités distinctives à cette circonstance
qu'on donne beaucoup de figues sèches à
l'animal destiné à être tué.
3. On applique surtout ce procédé
aux porcs, parce que les viscères de cet animal
sont beaucoup plus agréables que ceux des autres
animaux. 4. Parmi les autres viscères,
la rate n'est pas même agréable au goût;
car elle offre une âpreté fortement prononcée,
et on a raison de la regarder comme imprégnée
d'humeurs mauvaises, puisqu'elle produit du sang atrabilaire.
5. Le poumon, étant moins
dense que les deux viscères susdits, est d'autant
plus facile à digérer; il est de beaucoup
inférieur au foie, quant à la faculté
nutritive, et la nourriture qu'il donne au corps est
plus pituiteuse. 6 Le coeur est une chair fibreuse
et dure, quant à sa substance; aussi se digère-t-il
difficilement et passe-t-il lentement; mais, si le cœur
est bien digéré, il donne au corps une
nourriture assez abondante et non imprégnée
d'humeurs mauvaises.
40. DE L'ESTOMAC, DE LA MATRICE
ET DES INTESTINS DES QUADRUPÈDES.
1. Ces parties sont plus dures que les chairs
; il s'ensuit que, même pas du sang proprement
dit, mais quelque chose de plus froid et de plus cru
; elle a besoin d'un temps plus prolongé pour
se transformer en bon sang, après avoir été
bien assimilée.
41. DE LA DIFFÉRENCE
ENTRE LES ANIMAUX SAUVAGES ET LES ANIMAUX DOMESTIQUES.
1. Le tempérament des animaux domestiques
est plus humide que celui des animaux sauvages; [la
chair] des animaux sauvages est plus ou moins dure et
contient ou très peu, ou point du tout de graisse;
aussi elle résiste à la putréfaction
pendant un plus grand nombre de jours que celle des
animaux à l'état domestique, ou qui ont
mené une vie paresseuse. 2.
Il est clair que la nourriture tirée des animaux
sauvages est à peu près destituée
de matières excrémentitielles, tandis
que celle fournie par les animaux domestiques et paresseux
en est imprégnée.
42. DE LA NOURRITURE TIRÉE
DES OISEAUX.
1. Les oiseaux sont tous peu nourrissants,
si on les compare aux quadrupèdes et surtout
aux cochons; mais la chair des oiseaux est plus facile
à digérer, surtout celle de la perdrix,
du coq de bruyère, du pigeon et du coq. 2. La chair des grives, des merles et des petits
oiseaux, parmi lesquels il faut ranger les moineaux
domestiques, est plus dure que celle des oiseaux que
nous venons d'énumérer; la chair de la
tourterelle, du ramier et du canard, est encore plus
dure que celle de ces derniers. 3.
La chair de faisan est semblable à celle des
poules, tant sous le rapport de la digestion, que sous
celui de la nutrition; mais elle lui est supérieure,
par le plaisir qu'elle donne quand on la mange. 4. La chair de paon est plus dure, plus difficile
à digérer et plus fibreuse que celles
dont nous avons déjà parlé. 5. En général, il faut savoir
que, chez tous les oiseaux, aussi bien que chez les
quadrupèdes, la chair des animaux qui sont encore
en croissance est beaucoup meilleure que celle des individus
sur le déclin de l'âge, que celle des animaux
tout à fait jeunes est également mauvaise,
mais d'une manière opposée à celle
des animaux âgés; car la chair des animaux
âgés est dure, nerveuse, par cela même
difficile à digérer, et donne peu de nourriture
au corps, tandis que celle des individus tout à
fait jeunes est muqueuse et humide, et, pour cette raison,
imprégnée de matières excrémentitielles;
mais elle traverse plus facilement les intestins.
43. DES OIES ET DES AUTRUCHES.
1. La chair de ces animaux est imprégnée
de matières excrémentitielles, et elle
est beaucoup plus difficile à digérer
que celle des oiseaux dont nous venons de parler; mais
leurs ailes ne sont pas plus mauvaises que celles des
autres; en effet, chez plusieurs oiseaux, et surtout
chez ceux qui sont petits et ont la chair dure, la substance
des ailes est fibreuse et dure; chez quelques-uns même,
toute la chair possède ces qualités, par
exemple celle des grues; car on mange aussi ces oiseaux,
après les avoir conservés pendant quelques
jours. 2. Les oiseaux appelés
outardes tiennent, en quelque sorte, par leur chair,
le milieu entre les grues et les oies.
44. DES VISCÈRES DES
OISEAUX.
1. Les estomacs des oiseaux sont mangeables
et nutritifs, et ceux de quelques-uns, par exemple des
oies, sont agréables; en second lieu viennent
ceux des poules engraissées. 2.
De même que, chez les cochons, le foie sycoton
est rendu d'avance agréable, pendant la vie,
par l'usage alimentaire des figues sèches, de
même on obtient ce résultat chez les oies,
en humectant de petit lait leurs aliments, de manière
à rendre leur foie, non seulement très
agréable, mais aussi très nutritif, à
l'imprégner d'excellentes humeurs et à
lui faire traverser assez facilement les intestins ;
il se comporte alors de la même manière,
par rapport à la digestion stomacale. 3. Les ailes des oies sont également
aptes à être bien digérées
et à nourrir; mais celles des poules le sont
encore plus, cependant celles des animaux vieux et maigres
sont les plus mauvaises et celles des individus jeunes
et bien nourris les meilleures. 4.
Les testicules des coqs sont également excellents,
surtout ceux des coqs engraissés et encore plus
ceux des individus pour lesquels on a mêlé
les aliments avec du petit lait; car ceux-là
contiennent de bons sucs, sont nutritifs et se digèrent
très facilement. 5. Quelques-uns
louent à tort l'estomac de l'autruche comme un
médicament digestif; d'autres louent encore beaucoup
plus celui du labbe ; mais ces organes ne se digèrent
pas facilement eux-mêmes et ils ne constituent
pas non plus un médicament propre à faciliter
la digestion des autres aliments.
45. DES OEUFS.
1. Ceux des poules et des faisans sont les
meilleurs, ceux des oies et des autruches sont moins
bons. 2. Les oeufs frais sont également
meilleurs que les vieux, et ceux qui sont peu cuits
sont préférables à ceux qui le
sont beaucoup. 3. Les meilleurs donc, pour nourrir
le corps, sont les oeufs à demi-durs ; les oeufs
mous nourrissent moins, mais ils descendent plus facilement;
les oeufs durs sont difficiles à digérer,
traversent lentement les intestins et distribuent dans
le corps une nourriture épaisse. 4. Les oeufs cuits sous la cendre chaude passent
encore plus lentement que ces derniers et contiennent
des humeurs encore plus épaisses. 5. Ceux qu'on laisse épaissir dans une
poêle, et qu'on appelle, pour cela même,
oeufs à la poêle, donnent une nourriture
très mauvaise sous tous les rapports. 6. Ceux qu'on appelle pochés sont meilleurs
que les oeufs durs et les oeufs cuits sous la cendre;
on les prépare en les humectant avec de l'huile,
du garon et un peu de vin, ensuite on met le vase [qui
les contient] dans un pot renfermant de l'eau chaude,
on ferme exactement ce pot avec un couvercle et on met
du feu dessous, jusqu'à ce qu'ils soient parvenus
à une consistance moyenne, car ceux qui se sont
trop épaissis deviennent semblables aux oeufs
durs et aux oeufs cuits sous la cendre. 7. Il faut tâcher de saisir la même
consistance moyenne pour les oeufs qu'on verse d'en
haut sur un plat et ne pas leur permettre de s'épaissir
complètement, mais ôter le plat du feu
pendant qu'ils sont encore en gelée.
46. DU MUGE.
1. La chair des muges qui vivent dans l'eau
bourbeuse et sale est imprégnée de matières
excrémentitielles et très muqueuse; mais
celle des muges vivant dans la mer pure est excellente;
ceux qui vivent dans les lacs, et surtout dans les petits
lacs, sont mauvais, et ils le sont encore davantage,
quand l'eau est stagnante et n'a pas d'écoulement.
2. Parmi les muges qui naissent
dans les rivières, ceux des rivières à
courant fort et rapide sont les meilleurs ; mais ceux
des rivières qui forment des lacs ne sont pas
bons. 3. Le goût pourra vous servir
aussi à reconnaître la meilleure espèce
de muge, car la chair de cette espèce est plus
ou moins piquante et agréable et n'a pas de graisse,
tandis que les muges gras et d'un goût peu prononcé
sont moins bons à manger, se digèrent
moins bien, nuisent à l'orifice de l'estomac
et contiennent de mauvaises humeurs; voilà pourquoi
on les assaisonne aussi avec de l'origan.
47. DU BAR.
1. Le bar est un poisson de haute mer; or l'aliment
que nous donne ce poisson, ainsi que celui fourni par
les autres poissons, se prête plutôt à
engendrer un sang d'une consistance assez tenue que
celui que nous devons aux quadrupèdes ; il ne
nourrit donc pas très fortement et se dissipe
rapidement par la perspiration.
48. DU ROUGET.
1. Le rouget est aussi un poisson de haute
mer; mais il a une chair plus dure peut-être que
celle de tous les poissons de même nature, et
elle est sans cohésion; si donc on la digère
bien, elle nourrit plus que celle des autres poissons.
2. Les rougets deviennent excellents,
d'abord par leur séjour dans la mer pure, ainsi
que tous les autres poissons, et au moins autant par
leur nourriture. 3. Ceux donc qui mangent de petites
crabes ont l'odeur et le goût mauvais, se digèrent
difficilement et contiennent des humeurs mauvaises ;
on les reconnaîtra avant de les manger, en leur
ouvrant le ventre, et pendant qu'on les mange, dès
le premier abord, par leur odeur et leur goût.
49. DES POISSONS ROCHEUX.
1. On regarde le scare comme le meilleur de
ces poissons, sous le rapport du goût; viennent
ensuite les tourdes et les merles, et après eux
les girelles, les boulereaux et les perches. 2. La nourriture qu'ils fournissent est non
seulement facile à digérer, mais aussi
très favorable à la santé du corps
de l'homme, parce qu'ils produisent du sang de consistance
moyenne.
50. DES LOCHES DE MER.
1. La loche est un poisson des côtes,
du nombre de ceux qui restent toujours petits; celle
qui habite les côtes sablonneuses ou les falaises
rocheuses est excellente, sous le rapport du goût,
de la digestion, et aussi bien pour la bonté
que pour la facile distribution des humeurs; mais celle
qu'on prend à l'embouchure des rivières
ou dans l'eau de mer stagnante n'est ni facile à
digérer, ni imprégnée d'humeurs
de bonne qualité. 2. Si
l'eau est en outre bourbeuse, ou si c'est une rivière
qui entraîne les immondices d'une ville, la loche
qui s'y tient sera très mauvaise; il en est de
même de tous les autres poissons qui habitent
de pareilles eaux. 3. La
chair des loches, bien qu'elle soit plus dure que celle
des poissons rocheux, est plus molle que celle des rougets;
aussi le corps de ceux qui en usent reçoit une
nourriture nui est en raison de ses propriétés.
51. DES POISSONS À
CHAIR MOLLE, À PROPOS DE QUOI ON TROUVE AUSSI
LA PRÉPARATION DE LA SAUCE BLANCHE.
1 Si les motelles prennent une bonne nourriture
et vivent dans la mer pure, elles ont une chair tout
aussi bonne que les poissons rocheux; si, au contraire,
elles prennent de mauvais aliments et vivent dans quelque
eau mélangée, elles ne perdent pas, il
est vrai, la mollesse de leur chair, mais elles prennent
de la graisse, ce qui fait qu'elles ne restent plus
aussi agréables [qu'auparavant] et qu'elles distribuent
dans le corps une nourriture plus chargée de
matières excrémentitielles. 2. Ainsi que je viens de le dire, il faut se
rappeler, comme une règle commune à tous
les poissons, qu'ils deviennent très mauvais
à l'embouchure des rivières qui servent
de déversoir aux latrines, aux bains, aux cuisines
et à la lessive des vêtements ou du linge.
3. On trouvera aussi très
mauvaise la chair d'une murène qui vit dans de
l'eau semblable. 4. La sole est plus molle, plus
agréable à et meilleure, sous tous les
rapports, que le flet. 5. Les
lézards marins tiennent en quelque sorte le milieu
entre les poissons à chair molle et ceux à
chair dure. 6. Le meilleur assaisonnement
de tous ces poissons, pour en faciliter la digestion,
est la sauce blanche, qui se prépare de la manière
suivante : après avoir jeté sur le poisson
de l'eau en abondance, on y verse de l'huile en quantité
suffisante avec un peu d'aneth et de poireau; ensuite
on cuit les poissons à demi et on ajoute du sel
ce qu'il en faut pour que la sauce n'ait pas un goût
trop salé; cet assaisonnement est bon aussi pour
les gens maladifs. 7. La
nourriture retirée de tous les poissons susdits
convient à ceux qui ne prennent point d'exercice,
qui mènent une vie oisive, aux gens faibles et
maladifs; mais ceux qui prennent de l'exercice ont besoin
d'aliments plus nutritifs. 8.
Il a été souvent répété
que les aliments mous et sans cohésion sont les
meilleurs pour la santé, parce que, entre tous,
ils contiennent les humeurs les meilleures; or il n'y
a pas de moyen plus sûr pour arriver à
la santé que la bonté des humeurs.
52. DES POISSONS A CHAIR DURE.
1. Tout le monde s'aperçoit facilement,
en mangeant les vives et les grondins, qu'ils ont la
chair dure. 2. Les gades ont également
la chair dure, excepté celui que les Romains
appellent galaxias et qui est un poisson très
estimé et tendre, quoiqu'il appartienne au genre
des gades. 3. Les scorpènes, les maquereaux
bâtards, les orphes et les rougets appartiennent
aussi aux poissons à chair dure. 4. Les poissons à chair dure constituent
un mets dont il est plus difficile de triompher que
des poissons à chair molle, cela est évident;
en effet, la digestion qui a lieu dans l'estomac, la
sanguification qui se fait dans le foie et dans les
veines, et l'assimilation qui s'opère clans chacune
des parties, pendant la nutrition, sont faciles pour
les substances molles, et difficiles pour les substances
dures. 5. L'humeur produite par les poissons
à chair dure est épaisse, tandis que celle
qu'on doit aux poissons à chair molle est plutôt
ténue.
53. DES TESTACÉS.
1. On appelle testacés les buccins,
les pourpres, les huîtres, les cames et tous les
autres animaux semblables, parce que leur tégument
extérieur ressemble à une tuile. 2. Tous ces animaux ont cela de commun que
leur chair contient un liquide salé qui relâche
le ventre; ce qu'il y a de propre à chaque espèce
consiste dans les divers degrés de cette propriété,
tant sous le rapport de la qualité que sous celui
de la quantité ; ainsi, de tous les testacés,
les huîtres ont la chair la plus molle, tandis
que les petites cames, les pourpres, les buccins, et
les autres animaux semblables, ont la chair dure; il
est donc naturel que les premiers relâchent davantage
le ventre en donnant moins de nourriture au corps, tandis
que les testacés à chair dure sont plus
difficiles à digérer, mais nourrissent
davantage. 3. Comme la chair des testacés
à chair dure est difficile à digérer,
et qu'aussi elle se corrompt difficilement, nous jugeons
souvent à propos de les donner à ceux
dont les aliments se corrompent dans l'estomac à
cause des humeurs mauvaises, que ces humeurs affluent
vers l'estomac, en venant du foie, ou qu'elles soient
contenues dans les tuniques de l'estomac même.
4. Les testacés produisent,
en grande quantité, l'humeur appelée crue,
mais ceux qui ont plutôt la chair molle engendrent
en outre du flegme. 5. De
même donc que la chair de ces animaux, quand elle
a déposé son liquide salé, a non
seulement la propriété de se corrompre
difficilement, mais aussi celle de resserrer le ventre;
de même on relâchera fortement le ventre,
si on boit le liquide qu'elles ont déposé;
mais, dans ce dernier cas, le corps n'en retirera aucune
nourriture.
54. DES CRUSTACÉS.
1. Les homards, les pouparts, les crabes, les
langoustes, les salicoques et tous les autres animaux
qui sont couverts d'une coquille mince, mais semblable,
pour la dureté, à celle des testacés,
contiennent une quantité assez notable de liquide
salé, quoiqu'ils en contiennent moins que les
testacés. 2. Tous les crustacés ont
la chair dure, et, par cela même, ils sont difficiles
à digérer, mais ils sont nourrissants,
dans le cas où on les a fait bouillir préalablement
dans de l'eau potable. 3. Leur
chair resserre le ventre comme celle des huîtres,
quand elle a déposé, par une coction préalable,
son liquide salé dans l'eau, comme je viens de
le dire. 4. Enfin, leur chair se corrompt
difficilement, comme celle des testacés à
chair dure.
55. DES MOLLUSQUES.
1. On appelle mollusques les animaux qui n'ont
point d'écailles et dont la peau n'est ni rugueuse,
ni semblable à une tuile, mais molle comme celle
de l'homme : cette classe est formée par les
poulpes, les seiches et tous les autres animaux qui
leur ressemblent. 2. Ces
animaux sont, il est vrai, mous au toucher, mais leur
chair est dure, ils se digèrent difficilement
et contiennent dans leur intérieur du liquide
salé en petite quantité; cependant, si
on les digère, ils donnent une nourriture assez
abondante au corps: ils produisent donc aussi l'humeur
crue en grande quantité.
56. DES SÉLACIENS.
1. La peau de ces animaux est rugueuse et luisante
pendant la nuit : voilà pourquoi quelques-uns
font dériver leur nom des mots grecs selas «lueur»
et echein «avoir.» 2.
Parmi eux, la torpille et la pastenague ont la chair
molle et en même temps agréable, relâchant
modérément le ventre, se digérant
assez facilement et nourrissant modérément
comme tous les autres animaux à chair molle.
3. C'est une propriété
commune à presque tous ces animaux, que les parties
voisines de la queue sont plus charnues que celles du
milieu; ceci s'applique surtout aux torpilles; car les
parties moyennes de ces animaux semblent contenir une
espèce de cartilage tremblotant. 4. Les raies, les raies lisses, les anges et
tous les animaux semblables sont plus durs, plus difficiles
à digérer, et donnent plus de nourriture
au corps que la torpille et la pastenague.
57. DES GRANDS ANIMAUX MARINS.
1. Les phoques, les baleines, les dauphins,
les marteaux, les grands thons, de plus, les chiens,
de mer, et tous les autres animaux semblables, appartiennent
à cette classe; ils ont la chair dure et imprégnée
d'humeurs mauvaises et de matières excrémentitielles;
voilà pourquoi on s'en sert après les
avoir salés.
58. DES ALIMENTS FOURNIS PAR
LES ANIMAUX AQUATIQUES.
[Tiré de Xénocrate].
1. On a approprié la classe des animaux
nageurs, comme un jouet alimentaire, aux jouissances
de la bonne chère; mais elle est aussi d'une
grande utilité pour le régime de santé.
2. Les poissons diffèrent
selon leur composition élémentaire; car
les uns ont la chair dure et les autres l'ont molle;
aux poissons à chair dure appartiennent les pagels,
les dentés, les soles et les poissons larges,
comme les flets et les barbues; aux poissons à
chair molle, les tourdes, les merles, les boulereaux
et les espèces semblables, dont la chair se dissipe
facilement par la perspiration; les motelles, les merlans
(?) et les corbs tiennent le milieu entre ces deux groupes.
3. On distingue encore les poissons
en poissons rocheux et en poissons de haute mer; les
derniers sont plus nourrissants; mais ceux qu'on trouve
près des bords du rivage, ou de l'embouchure
des canaux, sont imprégnés d'humeurs mauvaises
et désagréables au goût. 4. Les mers elles-mêmes sont aussi une
cause de différence, puisque les poissons de
la mer Adriatique ont des qualités moyennes,
tandis que ceux de la mer Tyrrhénienne ont un
goût exquis. 5. Au
printemps, la plupart des poissons sont aussi meilleurs
que dans les autres saisons, à cause du frai,
par exemple, les rougets; mais les pagels et les dentés
sont meilleurs pendant l'été; en automne,
il faut rejeter les merlus noirs, comme étant
imprégnés d'humeurs mauvaises, tandis
que, dans cette saison, les muges et les bars sont plus6
délicats qu'en tout autre temps. 6. Quant à la taille, les poissons petits
et jeunes se corrompent facilement, mais ceux d'une
grandeur démesurée sont imprégnés
d'humeurs mauvaises, durs et nuisibles à l'orifice
de l'estomac; ceux de taille moyenne possèdent,
pour ainsi dire, une faculté moyenne de se distribuer
dans le corps. 7. Les poissons diffèrent
aussi eu égard à leurs parties; la queue,
qui est leur organe de mouvement, est bien exercée,
bien nourrissante et délicate; leur ventre, qui
est graisseux, surnage dans l'estomac, et active les
excrétions; la chair de leur dos est dure; la
tête de tous les poissons, étant salée
et graisseuse, nourrit mal et se distribue difficilement
dans le corps; mais celle du myre, du pagel et surtout
du rouget, est très facilement rejetée
par les excrétions. 8.
Quant à la préparation, les poissons grillés
sont plus nourrissants que les autres, mais ils passent
difficilement; les poissons bouillis, au contraire,
sont peu nourrissants, mais passent très facilement.
9. Les poissons de mer sont agréables
au goût, favorables à l'orifice de l'estomac,
et se distribuent très facilement dans le corps;
ils produisent une chair molle et pétrie d'humidité;
ils donnent une belle couleur, parce qu'ils produisent
du sang et qu'ils relâchent le ventre; tandis
que les poissons de rivières et de lacs nuisent
à l'orifice de l'estomac, produisent des éléments
grossiers, et sont difficilement rejetés par
les excrétions; quelques-uns ne sont pas inférieurs
aux poissons de mer, par exemple le bolty du Nil,, la
perche du Rhin et le bar du Tibre, lequel est pointillé.
10. L'Anion et un lac dans le pays
de Falerne produisent également un poisson de
la même espèce; car le séjour dans
ces eaux le rend succulent et agréable au goût.
11. Il faut préférer
à tous les autres poissons ceux qui n'ont point
de mauvaise odeur, qui [ne] sont [pas] très gras,
qui sont succulents et de taille moyenne. 12. Les poissons se divisent en poissons nageurs,
en poissons cartilagineux, en mollusques et en testacés,
dont les propriétés sont les suivantes.
13. Le nonnat est un poisson très-petit,
qui vit par bandes, et qu'on prépare dans le
plat. 14. Les squales-renards, les dorades,
les aloses (ces dernières se retirent de la haute
mer dans les rivières) et le silure ne sont ni
succulents, ni favorables à l'orifice de l'estomac;
ils se digèrent difficilement et nourrissent
peu. 15. L'acarne a le corps dur, se
corrompt difficilement, n'est ni favorable à
l'orifice de l'estomac, ni succulent. 16.
Les orphies, au museau cornu, sont nuisibles à
l'orifice de l'estomac, ne sont pas succulentes, nourrissent
mal et se corrompent facilement. 17.
Les bogues, les girelles, les maquereaux bâtards,
que quelques-uns appellent [en grec] lézards,
les serrans écriture et tous ceux qui sont propres
à être frits dans la poêle, sont
agréables au goût, mais non favorables
à l'orifice de l'estomac, se corrompent facilement,
surnagent dans l'estomac et nourrissent mal. 18. Le serran commun est agréable au
goût, resserre le ventre; il est d'une structure
compacte et nourrit bien; il excite aux plaisirs vénériens,
en provoquant des érections, si on boit du vin
dans lequel il a été étouffé.
19. Le thranis ou espadon est énorme;
on le coupe par morceaux ; il est d'un goût désagréable,
sans cohésion, difficile à assimiler,
nourrit fortement et a une mauvaise odeur; voilà
pourquoi on le mange avec de la moutarde, ou sur le
plat; le meilleur morceau est le bas-ventre. 20. Le thon et la thonine, le cogniol, le grand
thon, le thon d'une année et le maquereau ne
sont pas favorables à l'orifice de l'estomac,
ils sont imprégnés d'humeurs mauvaises,
engendrent des flatuosités, sont sans cohésion,
sont difficilement rejetés par les excrétions
et nourrissent bien; le plus tendre est le thon d'une
année, tandis que le cogniol a un goût
désagréable et n'est pas succulent; après
lui vient la thonine; mais le thon est difficile à
digérer. 21. Les dorées à
petite tête, les élacatènes, les
poissons volants, les uranoscopes, les chiens de mer,
les requins et les poissons qui leur ressemblent sont
imprégnés d'humeurs mauvaises, ont une
odeur désagréable, et produisent des matières
inutiles et filantes; mais ils sont recherchés
par les amateurs de bonne chère. 22. Les sarguets, les oblades, les sars sont
favorables à l'orifice de l'estomac, succulents,
se distribuent facilement dans le corps, nourrissent
bien et s'échappent facilement par les excrétions.
23. Les saupes de la haute mer
sont piquantes, agréables au goût, et se
corrompent difficilement; elles sont succulentes, passent
difficilement, nourrissent bien et s'échappent
facilement par les excrétions; celles des côtes,
au contraire, ont la chair dure, fournissent du jus
de mauvaise qualité et sont désagréables
au goût. 24. Les soles et les flets ont
la chair dure et se corrompent difficilement: ils sont
succulents et s'échappent aisément par
les excrétions. 25.
Le hibou marin, de même que le bar (car ces deux
poissons se ressemblent sous tous les rapports) possèdent
ces propriétés à un moindre degré,
mais ils sont préférables au spare. 26. L'esturgeon est favorable à l'orifice
de l'estomac, donne un jus sucré, nourrit bien
et s'échappe facilement par les excrétions.
27. Le merlus noir ou mazéas
est assez délicat; il est sans cohésion,
peu compacte, agréable au goût, mais il
se digère difficilement; il nourrit bien et s'échappe
aisément par les excrétions. 28. Le muge de la haute mer est excellent, d'un
goût agréable et piquant; il ne le cède
pas au bar et traverse facilement les intestins; quand
ce poisson a nagé dans des fleuves limpides et
purs, il perd sa dureté marine pour devenir délicat
par l'effet du mélange de l'eau douce; celui
qu'on trouve dans les lacs troubles et dont l'eau est
stagnante a une odeur assez mauvaise, et se distribue
très difficilement dans le corps, puisqu'il s'engraisse
par l'action de la vase, qui prive sa chair de tout
mouvement; quand il grandit, il durcit. 29. Quelques-uns appellent aussi le muge, poisson
flottant. 30. Le flétan macrolépidote
et la barbue sont des poissons larges; la barbue est
ferme et se corrompt difficilement; si elle est grande,
il faut la conserver pendant un jour avant de la faire
bouillir, parce qu'elle s'assimile difficilement et
qu'elle nourrit fortement; le flétan macrolépidote
donne un mauvais jus, n'est pas favorable à l'orifice
de l'estomac, se corrompt difficilement et s'échappe
aisément par les excrétions. 31. Les tourdes, les merles et les boulereaux
ont la chair molle, sont succulents, se dissipent facilement
par la perspiration, nourrissent mal et provoquent les
excrétions alvines. 32.
Le coraxus a la chair dure, surtout quand il est devenu
grand; il a une mauvaise odeur, se distribue difficilement
dans le corps, est agréable au goût; il
est loin de fournir de mauvais matériaux [pour
la nutrition]; les petits sont les plus agréables.
33. Le bar subit des changements,
car il devient d'autant plus dur qu'il grandit davantage;
le meilleur est celui de deux mois; il est favorable
à l'orifice de l'estomac, succulent, a la chair
délicate, donne un jus sucré, nourrit
bien, se distribue facilement dans le corps et s'échappe
facilement par les excrétions. 34.
Nous avons parlé jusqu'ici du bar de haute mer;
mais celui qu'on élève dans les viviers
a des propriétés contraires ; il en est
de même pour les autres poissons; car ceux qui
sont enfermés ont le goût désagréable.
35. Le bar de rivière, qui
s'engage dans des eaux très froides, en quittant
la mer, est agréable au goût et délicat;
mais celui qui se transporte dans des lacs bourbeux
et peu profonds prend un goût désagréable
en s'engraissant. 36.
La motelle n'est pas piquante, contient de bonnes humeurs,
se distribue difficilement dans le corps, traverse aisément
les intestins et nourrit bien. 37.
Les scorpènes ont la chair dure et contiennent
de mauvaises humeurs, aussi ont-elles besoin d'assaisonnements;
elles activent les excrétions. 38.
Le corb est agréable au goût, succulent,
se distribue facilement dans le corps, ne nourrit pas
très fortement et s'échappe aisément
par les excrétions. 39.
Le scare est agréable au goût, se dissipe
difficilement par la perspiration, se corrompt aisément
et relâche le ventre; mais celui qu'on a pris
récemment et qui n'a pas été enfermé
dans les réservoirs a beaucoup de viscères,
est agréable au goût, surnage dans l'estomac
et se corrompt facilement. 40.
Le denté, quoiqu'il ait la chair dure, ne manque
pas de délicatesse; il contient de bonnes humeurs,
se distribue facilement dans le corps, est doué
de propriétés nutritives moyennes et s'échappe
aisément par les excrétions. 41. Le rouget est le plus célèbre
des poissons; il est favorable à l'orifice de
l'estomac, imprégné de bonnes humeurs,
agréable au goût, formé de chair
lamelleuse; il se corrompt difficilement et est doué
de propriétés moyennes eu égard
aux excrétions. 42.
Le rouget de la haute mer diffère du rouget rocheux
par l'éclat de feu que jette sa couleur de cinabre
et d'or; de plus, il porte une barbe; les rougets des
côtes sont inférieurs aux précédents.
43. Le pagel a la chair dure, se
corrompt difficilement et ne s'échappe pas aisément
par les excrétions. 44.
La dorade a la chair blanche, solide, compacte, imprégnée
de bonnes humeurs, se distribue facilement dans le corps,
nourrit bien et s'échappe assez promptement par
les excrétions. 45.
Le congre n'est ni agréable au goût, ni
imprégné d'humeurs mauvaises; il se digère
assez bien, nourrit bien et est irréprohable,
sous le rapport des excrétions.
DES ORTIES.
46. Les orties ou acalèphes sont agréables
au goût, mais elles font beaucoup de mal à
l'orifice de l'estomac; les orties grillées conviennent
mieux que les orties bouillies; elles relâchent
le ventre. 47. Celles qui s'attachent aux
cailloux du rivage sont plus diurétiques, après
avoir été nettoyées, resserrées
et contractées en les saupoudrant d'une quantité
de sel si petite, qu'elles sont encore assez bonnes
à manger. 48. Coagulées en les faisant
rôtir à une broche ou à un petit
bâton sur des charbons de mauve ou de sarments,
de façon à ce qu'elles soient manifestement
renflées, assaisonnées avec du vin d'un
goût sucré, ou du vin miellé, pour
relever en quelque sorte leur goût, elles se digèrent
facilement et s'échappent aisément par
les excrétions. 49.
Celles qu'on fait bouillir dans du vin d'un goût
sucré et de l'huile, en les assaisonnant d'une
manière convenable, restent glissantes et filantes;
mais, parce qu'elles causent de la plénitude,
et se digèrent mal, elles relâchent davantage
le ventre.
DES TESTACÉS.
50. Les meilleurs glands sont ceux qu'on prend
dans l'été; les glands qui naissent dans
les endroits où il y a un mélange d'eau
douce sont bons à manger; ils sont aussi nourrissants
et sucrés; mais ceux qui vivent sur les rochers
le sont encore plus que les autres; car ils sont très
agréables, nourrissent bien, s'écrasent
facilement, sont très succulents, servent à
relâcher le ventre, sont favorables à l'orifice
de l'estomac, ont un bon goût, sont délicats
et poussent aux urines; le jus des glands, si on le
prend tel qu'il est, résiste à toute altération,
mais leur bottillon relâche le ventre. 51. Les glands qui ne vivent pas sur les rochers
sont âcres, ont un goût de drogues et poussent
plus fortement aux excrétions alvines qu'aux
urines. 52. Les glycymarides sont préférables
aux cames rugueuses, mais elles sont inférieures
aux pélorides; elles causent des tiraillements
à l'orifice de l'estomac; leur partie charnue
est dure, mais non dépourvue de propriétés
nutritives ; les glycymarides sont plus diurétiques
que les pélorides. 53.
Grillées ou bouillies les glycymarides deviennent
dures; mais, si on les fait bouillir et qu'on les assaisonne,
elles ont un goût agréable. 54. Il y a aussi diverses espèces de
pélorides et de cames; ainsi celles qui sont
rondes et de couleur variée, par exemple celles
qu'on trouve à Dicéarchie dans le lac
Lucrin et dans le port d'Alexandrie sont excellentes,
car elles ont un goût sucré et sont succulentes.
55. Celles qui vivent au-dessus
de Pharos, du Diocos et de la jetée qui joint
l'île [au continent] sont oblongues, âpres,
et ressemblent à des glands de chêne, puisqu'elles
portent un calice épineux comme les fruits du
chêne grec; ces dernières sont blanches,
dures et âcres. 56.
Les peignes les plus estimés sont ceux qui sont
grands, excavés et de couleur noirâtre;
leurs meilleures saisons sont le printemps et l'été;
car alors ils grandissent, surtout en même temps
que la lune. 57. Ceux de Mytilène surpassent
tous les autres par leur grandeur, leur nature et la
bonté de leur jus. 58.
Le golfe d'Ionie, du côté de l'Illyrie
et de Salone, ainsi que le Latium, en produisent de
semblables. 59. Il en est de même pour
Chios, pour un grand nombre des îles, et pour
Alexandrie. 60. Le Pont en produit aussi beaucoup;
mais ceux-là sont petits et ont de la peine à
grandir. 61. Les peignes noirs sont sucrés
et plus faciles à digérer que les huîtres;
quand on les mange avec du vinaigre et du silphium,
ils relâchent le ventre, parce qu'ils sont doués
d'un goût légèrement sucré,
qu'ils perdent quand on les flambe. 62.
De la même manière, les peignes gris relâchent
le ventre, qu'ils soient vieux [c'est-à-dire
salés] ou frais. 63.
Les peignes de couleur de buis poussent légèrement
aux urines, et ils ne se corrompent point facilement
comme les huîtres. 64.
Bouillis ils valent mieux pour relâcher le ventre
que grillés; mais, grillés, ils ont moins
de jus et s'échappent difficilement par les excrétions.
65. Il faut admettre que ces peignes
ont moins d'inconvénient quand on les fait griller
dans leurs coquilles ; alors, ils nourrissent mieux
et relâchent moins le ventre. 66.
Grillés, ces peignes prennent un meilleur goût,
si on les arrose de vin pur; ils sont alors agréables
à manger, faciles à digérer et
préférables à ceux qu'on cuit dans
leur coquille. 67. Salés, ils ne relâchent
pas le ventre et conservent leur goût sucré
naturel, malgré leur séjour dans l'eau
salée; mais ils poussent aux urines. 68. Les peignes blancs et larges ont un goût
assez sucré, mais ils sont durs. 69. Les peignes roux ont une mauvaise odeur
et poussent aux urines. 70.
Les peignes de couleur variée tiennent le milieu
[ entre les autres espèces], et ceux qui ont
la couleur du fard, si on les donne tels qu'ils sont,
sont difficiles à digérer, mais poussent
aux urines. 71. L'usage alimentaire des peignes
convient à ceux qui ont dans la vessie des ulcères
sordides et recouverts d'escarres, parce qu'ils les
nettoient. 72. Les buccins sont plus durs
que la pourpre; ils sont différents d'après
leur grandeur et d'après leurs parties; ils ont
trois ordres de propriétés, celles de
la coquille, celles du cou et celles du mécon
(c'est-à-dire du foie); cette dernière
partie est cassante et rappelle la chair de poisson;
elle resserre le ventre, surtout si elle est grillée;
bouillie, elle a plutôt des propriétés
contraires. 73. Le cou des buccins relâche
le ventre, mais il est difficile à digérer
et il faut le corriger avec de la moutarde, du vinaigre,
du silphium ou du poivre, quand on le mange. 74. Leur eau relâche le ventre, si on
la prend chaude; lorsqu'on la fait bouillir avec le
mécon, elle prend une couleur rougeâtre
et devient bourbeuse. 75.
Les buccins bouillis tout entiers resserrent plutôt
le ventre et excitent la soif. 76.
Quelques personnes les écrasent après
les avoir fait bouillir, et les assaisonnent de la même
manière que les orties ; alors ils prennent un
goût agréable. 77.
Quand [le croissant de] la lune est tourné vers
l'Orient, ils sont remplis, tandis qu'ils sont maigres
en été. 78.
Les grandes pourpres sont plus ou moins dures, et leurs
parties présentent des différences assez
notables; car leur cou est difficile à s'assimiler,
à passer par les selles et à se corrompre;
il est favorable à l'orifice de l'estomac, est
peu succulent, et on a de la peine à le diviser
par la mastication; leur fond ou mécon est mou,
s'assimile facilement, excite les excrétions
alvines, a un goût de poisson assez prononcé,
pousse aux urines, provoque les sueurs et fait couler
la salive; si on en prend beaucoup, il produit le choléra,
ainsi que des nausées, et fait surnager des humeurs
noires dans l'estomac. 79.
Les colulies ou coryphies sont de tous les animaux de
leur genre, c'est-à-dire des turbinés,
ceux dont l'usage alimentaire est le plus convenable,
qu'elles soient crues ou préparées, c'est-à-dire
bouillies ou grillées. 80.
Elles laissent échapper un jus d'un goût
agréable, favorable à l'orifice de l'estomac,
relâchant le ventre, d'une saveur sucrée
et poussant aux urines comme celui des limaçons
peu charnus. 81. Elles donnent aussi une bonne
odeur à la bouche, mais elles ne conviennent
pas à ceux qui veulent boire du vin. 82. Bouillies elles sont nourrissantes; mais
grillées elles sont dures; leur mécon
resserre plus ou moins le ventre, comme celui des buccins.
83. Les limaçons sont durs
et s'assimilent difficilement; il en existe diverses
espèces : une de forme allongée, dans
laquelle on souffle comme dans une trompette, et une
autre de forme ronde, qu'on emploie pour transvaser
l'huile. 84. Parmi ces limaçons,
ceux d'une, grandeur démesurée ne peuvent
pas se manger, à cause de leur mauvaise odeur,
de leur dureté, de la propriété
qu'ils ont de produire le choléra, de l'abondance
de leur chair et de leur ressemblance avec les grands
animaux marins; quant aux petits, ils séduisent
quelques personnes, assaisonnés avec de l'oxymel
ou des légumes verts, ou de la rue et du vinaigre
poivré. 85. Les limaçons de cinq
doigts qui ont le fond plus pointu que les autres et
qu'on appelle hélices ou porte-rayons sont moins
charnus que les autres; mais ils causent de la plénitude
et surnagent dans l'estomac; cependant, si on les humecte
préalablement avec du silphium et du vinaigre,
ils deviennent meilleurs à manger et conviennent
pour relâcher le ventre. 86.
Tous les limaçons marins ont le cou d'un goût
assez sucré; ils sont sans cohésion et
succulents, se corrompent difficilement et sont légers,
en comparaison des limaçons terrestres; car ils
agissent plus fortement sur les excrétions et
les amollissent davantage; ils ont une meilleure odeur
et leur fond est favorable à l'orifice de l'estomac.
87. Les limaçons se digèrent
difficilement et désobstruent, quand on les mange
avec du vinaigre et du silphium, ou avec de la moutarde,
ou enfin dans leur bouillon. 88.
Les bernicles sont petites; dans quelques cas, elles
sont assez grandes pour ne pas paraître très
différentes des huîtres; les plus grandes
se trouvent dans l'Inde, pays où toutes les autres
choses sont également grandes. 89.
Du reste, les bernicles sont dures et peu succulentes;
elles s'assimilent difficilement et ne passent pas aisément
par les excrétions; bouillies et assaisonnées
elles prennent un goût agréable. 90. Les grandes moules sont salées et
de mauvaise odeur; on les corrige avec du silphium,
de la rue et du vinaigre; elles relâchent le ventre,
sont diurétiques, n'ont pas le goût agréable,
se digèrent difficilement, causent des obstructions,
produisent du sang épais et de la pituite, surtout
les moules fraîches; aussi, faut-il triompher
de ces mauvaises qualités avec des assaisonnements
âcres, comme la moutarde, la roquette et le cresson.
91. Grillées, elles traversent
difficilement les intestins, causent beaucoup de soif
et sont lourdes; bouillies, écrasées et
assaisonnées, elles ont une odeur moins mauvaise
et produisent le même effet que les coquillages
turbinés. 92. Les petites moules sont plus
rondes que les grandes, mais elles sont plus petites
et rugueuses; elles ont une coquille mince, des chairs
plus molles, dont le goût est plus sucré;
elles excellent par leurs humeurs. 93.
Ces mêmes coquillages nourrissent moins que les
grandes moules, causent des picotements à la
bouche et à la gorge, rongent les organes de
la déglutition, rendent la voix rugueuse, ou
l'éteignent, quand on en mange beaucoup, et causent
de la toux sèche et de l'enrouement. 94. Les moules qu'on trouve dans le sable ou
dans les fragments de poteries, ainsi que celles qu'on
prend sur les rochers ou entre les. algues ne sont pas
bonnes, parce qu'elles sont âcres. 95. Les huîtres de haute mer sont rares
et sans valeur, parce que le soleil ne jette pas ses
regards sur elles; elles ont en outre une petite taille;
elles sont amères et ne sauraient être
mangées, parce qu'elles causent des picotements
à l'estomac; car l'huître aime à
habiter dans les eaux mélangées d'eau
douce qui font croître ses chairs, lesquelles
donnent alors un jus sucré; aussi les meilleures
se trouvent-elles en Égypte, à l'embouchure
du Nil. 96. A Éphèse, à
l'entrée du Caystre, on les met aussi dans des
réservoirs comme des semences, et elles y grandissent;
pendant le printemps elles se remplissent en grossissant
d'une humeur blanche et laiteuse; il en est de même
à Brindise, à Tarragone, à Narbonne,
à Dicéarchie dans le lac Lucrin, dans
les îles des Hirondelles, dans l'île de
Leucas, à Actium et dans les golfes de Libye.
97. Pour les pélorides ou
mélénides, comme pour les huîtres,
les meilleures se rencontrent dans les endroits marécageux
et dans la vase bourbeuse où il y a un mélange
d'eau douce; celles du fond de la mer sont, au contraire,
rares et d'un goût assez désagréable
; on peut les manger dans leur bouillon, pour relâcher
le ventre; elles se digèrent bien et agissent
modérément sur les évacuations
alvines. 98. Les jambonneaux convenables,
sous le rapport des localités, sont les jambonneaux
tendres et nourrissants qu'on prend dans les bas-fonds
et dans les endroits où il y a un mélange
d'eau douce et non remuée par les flots; ils
restent mous, parce qu'ils ne sont point battus par
les flots et que leurs gardiens, qui vivent en communauté
d'aliments avec eux, font, en leur faveur, une bonne
chasse dans les eaux tranquilles et se cachent surtout
dans les endroits rocheux et vaseux. 99.
Eu égard à la grandeur, les petits jambonneaux
sont plus tendres que les grands. 100.
Ceux qu'on prend dans le printemps et dans l'été
sont de beaucoup préférables à
ceux qu'on prend dans les autres saisons ; car, outre
qu'ils nourrissent bien, ils ont un goût sucré;
c'est, en effet, le moment où ils viennent de
naître. 101. Pour ce qui regarde la taille,
ceux qui ne sont pas trop grands sont les meilleurs;
ceux de grandeur moyenne ont la chair tendre, blanche
et sucrée. 102.
Leur cou est dur, difficile à digérer
et à dépecer, et ne se corrompt pas aisément;
mais leur corps se corrompt plus facilement que leur
cou. 103. On les l'ait bouillir avec
du vin d'un goût sucré, de l'huile, du
miel et aussi avec du vin; on les mange encore bouillis
dans de l'eau avec de la moutarde, après qu'ils
ont été détachés de leurs
parties testacées; grillés, ils sont plus
durs que bouillis, surtout ceux qu'on a arrosés
de vin; il vaut mieux les préparer avec du silphium
et du vinaigre, ou de la moutarde. 104.
La chair de ceux qu'on a fait macérer dans du
vin ou dans du vinaigre est plus tendre, mais elle produit
des flatuosités. 105.
Les strombes sont durs et s'assimilent difficilement,
surtout ceux qui sont plus grands que les haliotides;
cependant, ils sont avantageux, si on les prend avec
de la moutarde ou du silphium, après les avoir
écrasés dans du vinaigre. 106. Les solens, nominés aussi flûtes
ou roseaux, se distinguent en mâles (manches de
couteau) et femelles, lesquelles sont appelées
ongles (dails) ; ils présentent des différences
[eu égard au sexe]; en effet, les femelles sont
excellentes, poussent aux urines et humectent; on les
prépare après les avoir ouvertes. 107. Les solens pourvus de dents à la
partie antérieure [de la coquille], de grande
taille et munis de stries noires sur un fond de couleur
différente, sont les mâles et ils causent
un flux abondant d'urine. 108.
Ceux qu'on mange avec du sel et du vinaigre causent
le moins d'inconvénients; néanmoins, ils
sont mauvais et surnagent dans l'estomac; on prend les
solens préparés avec de l'huile et du
sel, pour exciter à boire, de la même manière
que les calmars. 109. Les solens très grands
et très épais sont très bons lorsqu'ils
sont rôtis; les individus très petits ont
un goût sucré; mais les femelles sont encore
plus sucrées et elles ont une couleur uniforme;
leur meilleure saison est l'été; à
l'état de salaison, les solens sont désagréables.
110. Les ascidies se forment dans
la vase et sur les côtes couvertes d'algues; on
les trouve parmi les algues, les mousses et les lichens
; elles ressemblent à une plante, à un
champignon de mer. 111.
Elles communiquent aux mains un état qui ne disparaît
que difficilement en les nettoyant. 112.
Ce sont surtout les ascidies coriaces qui sont difficiles
à digérer. 113.
Si on les donne avec de la rue, elles sont utiles à
ceux qui ont les reins et l'orifice de l'estomac malades,
qui sont affectés de ténesme ou de sciatique,
ainsi qu'à ceux qui souffrent du ventre supérieur.
114. On les coupe par morceaux,
on les lave et on les assaisonne avec du silphium, de
la rue, de l'eau salée et du vinaigre, ou avec
du vinaigre, du vin qui coule de soi-même du pressoir,
et de la menthe verte. 115.
Les meilleures se trouvent à Smyrne en Asie;
mais l'Égypte n'en produit pas du tout. 116. Les tellines ou doloires relâchent
le ventre; elles naissent dans les endroits sablonneux
et sur les côtes battues par les flots. 117. Les tellines des rivières, par exemple
celles de l'Égypte, sont plus grandes et plus
succulentes que les autres. 118.
Bouillies, elles sont douces, et le bouillon qu'on en
fait relâche le ventre. 119.
On les saupoudre de sel quand elles sont fermées,
et elles attirent l'humidité à travers
la coquille; on les lave avec de l'eau froide, et on
les mange avec de l'huile, du vinaigre et de la menthe,
ou de la rue. 120. Pour ceux qui veulent se relâcher
le ventre, on les prépare avec des légumes
verts assaisonnés simplement. 121.
La meilleure saison pour les manger est le printemps.
122. Parmi les cames, quelques-uns
appellent glycymarides, et d'autres conques, les espèces
rugueuses qui ont une forme allongée, mais moins
que celles d'Égypte, qui, de plus, ont à
leur ouverture des aspérités semblables
au calice des glands de chêne, et qui portent
des stries longitudinales formées par des éminences
d'une autre couleur que les autres parties. 123. Celles qui ont un goût de mer, ayant
la chair dure, sont données aux gens faibles.
124. L'eau qu'elles fournissent
avant d'être lavées est favorable à
l'orifice de l'estomac, et peut servir à relâcher
le ventre et à pousser aux urines. 125. A l'état de salaison, ces coquillages
peuvent affriander pendant qu'on les mange, surtout
si on les prend avec de la moutarde, ou du vinaigre
et de la rue. 126. Les cames lisses sont très
différentes des cames rugueuses; ce sont les
espèces qui ont une coquille large et transparente;
elles se digèrent facilement, nourrissent bien,
contiennent de bonnes humeurs, sont sucrées et
ne sont pas trop réfractaires pour l'orifice
de l'estomac. 127. On les mange aussi bien avec
du silphium ou de la moutarde, que cuites sur le plat
ou grillées; le bouillon qu'on obtient, en les
faisant cuire, relâche le ventre. 128. Les glycymarides sont plus agréables
que les cames lisses, mais elles sont inférieures
aux pétoncles. 129.
Les cames comme les pélorides présentent
des différences d'espèce d'après
les localités, les nuances de leur couleur et
leur forme; car celles du port d'Alexandrie sont les
meilleures, tandis que celles des environs du Diolcos,
de Pharos et de la jetée, sont rugueuses et allongées.
130. Les animaux qu'on appelle oreilles
(haliotides) naissent sur les rochers; ils sont durs,
difficiles à digérer, ont un goût
désagréable, sont nuisibles à l'orifice
de l'estomac et relâchent le ventre. 131. On les mange frits dans la poêle,
car on ne saurait les rendre agréables d'une
autre manière. 132.
Il y en a de grandes en Illyrie, dans le golfe d'Ionie;
on les mange avec du silphium, du vinaigre, de la rue.
DES POISSONS SALÉS
RESSEMBLANT AUX GRANDS ANIMAUX MARINS.
133. En général, les salaisons
sont agréables au goût, mais imprégnées
d'humeurs mauvaises; elles nuisent à l'orifice
de l'estomac, atténuent les humeurs et troublent
fortement le ventre. 134.
Parmi les salaisons, les unes sont composées
de viande dure, d'autres sont molles, et de la nature
d'un liquide coagulé, d'autres sont d'une consistance
moyenne ; celles-ci sont charnues, celles-là
graisseuses ; il y en a de vieilles, d'âge moyen,
de nouvelles; les vieilles ont des propriétés
prononcées et les nouvelles des propriétés
faibles; celles d'un âge moyen tiennent le milieu
entre les deux; les salaisons extrêmement grasses
surnagent dans l'estomac; celles qui le sont moins nourrissent
davantage; quant aux autres salaisons, celles dont la
chair est dure se corrompent difficilement, celles qui
sont plutôt molles se corrompent facilement. 135. Les cogniols ont un goût agréable
et relâchent le ventre ; les meilleurs sont ceux
d'Espagne. 136. Le petit thon naît chez
les Scythes [c'est-à-dire dans le Palus-Maeotis];
il est agréable au goût, se corrompt vite
et passe facilement par les excrétions. 137. Le cybion est le jeune thon qui, revenant
du Pont au Palus-Maeotis, après [les] quarante
jours, a le goût agréable et contient de
bonnes humeurs. 138. Ce qu'on appelle salaison d'été
est agréable, nourrit bien et n'excite pas de
soif. 139. Le tritomon cybion se corrompt
difficilement et il est plus ferme que le cybion, tandis
qu'il lui ressemble sous les autres rapports. 140. L'orcyn est un grand thon retournant vers
le lac en bonne santé; il est semblable au tritomon,
si ce n'est qu'il se corrompt encore plus difficilement;
voilà pourquoi on peut le laisser vieillir. 141. L'apolecton a moins de cohésion que
le tritomon, mais il lui est inférieur sous le
rapport du goût; il se distribue aisément
dans le corps et favorise la digestion. 142. Le sarde est le thon allongé de l'Océan;
il a un goût agréable et plus piquant que
le cybion; il excite l'appétit et coule facilement
par les voies excrétoires. 143.
Le maquereau est d'un goût agréable, se
corrompt difficilement et donne de la soif; les meilleurs
sont ceux de Parium. 144.
Les salaisons provenant des thons présentent
une grande différence entre elles ; car les unes
se distribuent aisément dans le corps, et d'autres
difficilement; ainsi leur cou constitue une salaison
incomplète; il est agréable au goût
et se corrompt difficilement, à cause de son
défaut de graisse; le meilleur est celui de Cumes.
145. La panse des thons peut se
manger quand elle est récemment salée,
car elle ne supporte pas une longue conservation; elle
est favorable à l'orifice de l'estomac, autant
qu'une salaison peut l'être, contient de bonnes
humeurs, se corrompt facilement et surnage dans l'estomac,
parce qu'elle est graisseuse. 146.
Les autres parties, qu'on appelle melandryes, à
cause de leur ressemblance avec les racines noires du
chêne, excitent l'appétit, si on y ajoute
de la moutarde, mais elles se corrompent plus difficilement
que la panse, à cause de leur défaut de
graisse. 147. On a l'habitude de réserver
exclusivement le nom de salaisons pour celles dont nous
venons de parler, quoique, dans les îles, on sale
un grand nombre de poissons, parmi lesquels il y en
a d'un prix élevé; quant aux rougets et
aux pagels, ils sont durs; les salaisons qu'on apporte
de la Sintie sont, il est vrai, faites avec de grands
poissons, mais elles ne peuvent pas être rangées
parmi les salaisons marines faites avec quelque recherche.
DES SALAISONS TIRÉES
DES POISSONS DE RIVIÈRES ET DE LACS.
148. Quant aux poissons de rivières et
de lacs susceptibles d'être salés, le Nil
produit, en fait de poissons analogues aux grands animaux
marins, les simes et les pagels; à cause de leur
excès de graisse, on mange ces salaisons bouillies,
avec de la moutarde; si on en prend trop, elles surnageai
dans l'estomac. 149. Comme exemple de salaisons
douées de propriétés moyennes,
on a les muges; salées, après leur avoir
fendu le dos avec un couteau, elles sont appelées
mendésiennes; celles qu'on laisse intactes, halycates;
et celles qu'on sale dans des pots de terre, borées;
on mange aussi les dernières crues, après
en avoir détaché et arraché la
peau. 150. Il y a aussi des salaisons
fourniespar les muges et appelées acropastes;
elles sont agréables, et on les mange grillées
comme les halycates et les mendésiennes. 151. De même, les bolty du Nil salés
sont appelés héminères; ces poissons,
qu'on mange aussi grillés, forment une espèce
de fruit de saison, parce qu'on ne les trouve pas toujours,
mais qu'ils viennent aux approches de l'hiver. 152. On sale encore quelques autres poissons
très petits qu'on mange crus; ces salaisons ne
sont pas bonnes, mais produisent une espèce spéciale
d'éructation nidoreuse ; on les mange avec des
herbes potagères âcres, et il faut bien
en parler, pour que notre traité soit complet;
on appelle les unes coracidies, les autres bondies,
celles-ci colidies, celles-là typhlinidies, d'autres,
enfin, abramidies; toutes ces salaisons peuvent être
nuisibles à l'orifice de l'estomac, se corrompent
difficilement et relâchent le ventre.
59. DU LAIT ET DU FROMAGE.
[Tiré de Galien].
1. Le lait de vache est le plus épais
et le plus gras ; celui du chameau est le plus liquide
et le moins gras; après lui vient le lait de
jument, et ensuite celui d'ânesse; le lait de
chèvre est de consistance moyenne; celui de brebis
est plus épais que ce dernier. 2.
Quant aux saisons de l'année, le lait le plus
liquide est celui qu'on trait après que les animaux
ont mis bas; il s'épaissit toujours de plus en
plus à mesure que la saison avance; au milieu
de l'été, il atteint la moyenne de sa
consistance naturelle; après cette époque,
il s'épaissit encore peu à peu, jusqu'à
ce qu'il se tarisse tout à fait; au printemps,
le lait est non seulement le plus aqueux, mais aussi
le plus abondant. 3. Le
lait est un mélange de substances contraires,
de petit lait et de fromage ; il contient, en outre,
une troisième substance, l'humeur grasse, plus
abondante, comme je viens de le dire, dans le lait de
vache [que dans tout autre]; voilà pourquoi ce
lait sert à fabriquer ce qu'on appelle beurre.
4. Le lait de brebis et celui
de chèvre contiennent également une certaine
proportion de substance grasse, mais en beaucoup moins
grande quantité; celui d'ânesse est le
moins abondamment pourvu de cette substance; aussi,
arrive-t-il rarement que ce lait se transforme en fromage
dans l'estomac, quand on le boit chaud aussitôt
qu'il est sorti du pis; lorsqu'on y ajoute du sel ou
du miel, il ne peut pas se coaguler et se transformer
en fromage dans l'estomac. 5.
Les pâturages des animaux influent aussi beaucoup
sur la bonté du lait; car nous voyons clairement
que les animaux qui paissent de la scammonée
ou quelque espèce de tithymalle donnent un lait
purgatif; le lait sera donc certainement âcre,
acide ou. âpre, après de mauvais pâturages,
parce qu'il acquiert toujours la nature de l'herbe;
par conséquent, la nourriture des animaux, dont
nous vouions employer le lait comme aliment contenant
les humeurs les plus excellentes, ne doit être
en aucune manière ni âcre, ni acide, ni
âpre. 6. Certes, il n'est pas moins
évident, lors même que je ne le dirais
pas, que l'animal doit être à la fleur
de l'âge et irréprochable, quant à
la complexion. 7. Le lait nuit beaucoup aux dents
et aux gencives, si on en prend habituellement; car
il produit dans les gencives un excès d'humidité
et il rend les dents susceptibles de se gâter
et de se ronger facilement; il faut donc, après
avoir pris du lait, se laver la bouche avec du vin coupé
d'eau; il est encore préférable d'y ajouter
aussi du miel. 8. On décompose le lait
en le chauffant, en le coagulant avec de la présure
ou de quelque autre manière que ce soit; car,
par l'opération appelée schisis, on produit
également le même effet sans présure
; elle consiste à verser de l'oxymel froid sur
le lait, après l'avoir fortement chauffé.
9. On décompose encore
le lait au moyen du vin miellé; quelquefois aussi
on le coagule sans rien y verser, en le plaçant
dans un vase contenant de l'eau très froide.
10. On coagule aussi sans présure
le lait qu'on trait immédiatement après
que les animaux ont mis bas, en le chauffant quelques
instants sur de la cendre chaude; on appelle pyriate
ou pyriephthe celui qu'on a ainsi préparé.
11. De tous les fromages, celui
qui est un peu mou est préférable à
celui qui est plutôt dur; celui qui est légèrement
rare et spongieux vaut mieux que celui qui est plutôt
dense et compact. 12.
Comme le fromage tout à fait glutineux et le
fromage qui se casse en morceaux, de façon à
paraître rugueux, sont tous deux mauvais, celui
qui tient le milieu entre eux leur est préférable.
13. Quant à la manière
de distinguer les fromages au goût, le meilleur
de tous est celui qui n'a aucune qualité prononcée,
mais chez lequel le goût sucré prédomine
un peu sur les autres qualités; celui dont la
saveur est assez agréable est meilleur que celui
dont le goût est désagréable, et
celui qui contient une quantité modérée
de sel vaut mieux que celui qui en contient beaucoup,
ou qui n'en contient pas du tout. 14.
Après avoir mangé le fromage, dont on
a apprécié les qualités comme il
vient d'être dit, on peut encore reconnaître
aux éructations lequel d'entre eux est le meilleur;
en effet, le fromage qui produit des éructations
qui disparaissent peu à peu est le meilleur;
mais celui qui engendre des éructations persistantes
n'est pas bon; car il est évident que ce dernier
se transforme et s'assimile difficilement.
60. DU LAIT AIGRE.
1. Le lait aigre nuit à ceux dont les
dents sont d'un tempérament froid, en produisant
ce qu'on appelle agacement. 2.
L'estomac, s'il est un peu froid, sera évidemment
fatigué aussi par le lait aigre et ne le digérera
pas bien non plus; mais, s'il est d'un tempérament
moyen, c'est à peine s'il le digère; cependant
il ne le laisse pas sans lui faire subir aucune espèce
de transformation ; si enfin l'estomac est plus chaud
qu'il ne convient, non seulement il n'éprouve
aucun inconvénient de l'usage du lait aigre,
mais il en retire même quelque profit. 3. Donc le lait aigre est d'un tempérament
froid et contient des humeurs épaisses.
61. DE LA MANIÈRE DE
BOIRE LE LAIT.
(Tiré de Rufus.)
[Se trouve dans le Ve livre du
Régime, au milieu.]
1. Celui qui veut boire du lait doit s'abstenir
des autres aliments et boissons, jusqu'à ce que
le lait soit digéré et qu'il ait passé
par le bas ; car, s'il s'y mêlait même une
parcelle d'une substance quelconque, non seulement ce
lait, mais aussi ce qu'on aurait pris par-dessus, se
corromprait de toute nécessité. 2. Le mieux donc est de le prendre le matin,
immédiatement après qu'il est trait, de
s'abstenir ensuite d'aliments et de diminuer alors les
exercices trop violents, parce qu'il s'aigrit nécessairement,
lorsqu'on fait des efforts; il est préférable
de se promener doucement et, par intervalles, de se
reposer sans dormir; car, c'est le moyen de le faire
passer par le bas aussi vite que possible; quand la
première portion a passé, il faut en prendre
une seconde, et, quand cette dernière a également
passé, encore une autre. 3.
Au commencement donc, le lait nous purge avec avantage;
en effet, les selles qu'il produit ne contiennent pas
beaucoup de matériaux empruntés au reste
du corps, mais elles se composent des matières
renfermées auparavant dans les intestins et de
ce qui, en même temps que ces matières
descendent, se détache des parties voisines;
mais, plus tard, le lait entre dans les veines, il nourrit
même très bien et ne passe plus par le
bas ; il resserre même le ventre. 4. Celui donc qui boit du lait, en vue d'obtenir
des évacuations alvines, ne fera pas mal d'en
prendre une quantité assez considérable;
mais celui qui en boit pour se nourrir doit s'arrêter
quand il a encore envie d'en prendre, parce que c'est
une oeuvre difficile d'en conserver une grande quantité,
et que le corps, quand il est évacué,
admet aussi les matières crues; car le vide est
très prompt à se remplir. 5. Il convient donc de se modérer après
les évacuations, de passer au régime habituel,
quand on a atteint le but en vue duquel on a commencé
à boire du lait (or c'est surtout dans les maladies
chroniques de la poitrine, accompagnées de toux,
ainsi que dans les expectorations de matières
purulentes, qu'un usage assez prolongé du lait
est utile), et de ne revenir au lait qu'après
une année. 6. Contre
les humeurs corrosives et contre les extravasations
d'humeurs, il faut boire le lait mêlé avec
du miel; car, de cette manière, il relâche
plus fortement le ventre, et il est plus avantageux;
on peut également y mêler du vin nouveau
cuit et du vin d'un goût sucré; il agit
également sur les évacuations alvines
quand on y mêle du sel, mais alors il est plus
désagréable à boire. 7. Contre les dysenteries, les flux bilieux
et, en général, contre toutes les affections
du jejunum, ainsi que contre les fontes du corps qui
se rassemblent dans le tube intestinal, il convient
de donner du lait bouilli. 8.
Il faut d'abord le faire bouillir peu et doucement,
de façon qu'une partie passe par les selles et
que l'autre soit retenue; plus tard, on le fera bouillir
de plus en plus, en évitant de le faire brûler,
d'en faire du fromage ou du petit lait. 9. La meilleure manière d'éviter
ces inconvénients est de le cuire doucement,
de le remuer constamment avec un rameau de férule
lisse et mince, et d'enlever, en raclant de tout côté,
avec une plume, les grumeaux qui se forment à
la surface, et d'ôter avec une éponge ce
qui pourrait s'attacher au pourtour de la casserole;
car c'est là souvent le point de départ
d'une corruption totale du lait. 10.
Faites donc bouillir le lait, comme je viens de le dire,
jusqu'à ce qu'il ait acquis une épaisseur
uniforme et qu'il soit plus sucré que le lait
cru.
62. DU MEILLEUR MIEL.
(Tiré de Galien.)
1. Le meilleur miel est celui qui est très
sucré et très piquant, de couleur jaune
pâle, de consistance ni épaisse, ni grumeleuse,
ni liquide, mais visqueuse, et formant un tout continu,
de façon que, si vous en enlevez une partie avec
le doigt et que vous le laissiez tomber, il coule vers
le bas comme de la glu, sans se rompre, ou sans se détacher
du doigt ; tel est le miel de l'Hymette et de Thasos,
et, en général, le miel de l'Attique;
après lui vient celui des îles Cyclades;
entre Pergame et Élée il se fait aussi
du miel excellent. 2. Il
paraît que les plantes sur les feuilles desquelles
le miel se rassemble contribuent en quelque chose à
ses bonnes ou mauvaises qualités : aussi acquiert-il
les meilleures qualités là où il
y a beaucoup de thym et de certaines autres herbes et
arbrisseaux d'un tempérament chaud et sec. 3. Pour sophistiquer le miel, quelques-uns
y ajoutent du thym; soupçonnez d'être falsifié
le miel qui a une odeur apparente, car le meilleur miel
attire, il est vrai, l'âcreté du thym,
mais il ne s'imprègne ni de son odeur, ni de
ce que son goût a d'exagéré. 4. Si on lèche du miel, on en retirera
peu de nourriture, mais on se relâchera plutôt
le ventre ; si on en prend davantage, il provoque ordinairement
des vomissements. 5. Bouilli
sans eau, il n'est plus vomitif, comme avant, et ne
pousse plus au dehors les matières contenues
dans les intestins; il est, au contraire, distribué
dans le corps et donne de la nourriture; mais il active
moins le cours des urines que le miel cuit avec de l'eau;
toutefois, même quand il nourrit, il ne fournit
pas un aliment bien abondant. 6.
Le miel convient aux vieillards et aux autres personnes
qui ont un tempérament froid; mais, chez les
individus d'un tempérament chaud, et à
la fleur de l'âge, il se transforme en bile. 7. Sachez-le : quand le miel ne se change pas
d'abord en bile, nous en recueillons peu de matériaux
nutritifs; en sorte que, si cela lui arrive, il ne saurait
nourrir en aucune façon.
63. DU MEILLEUR MIEL.
(Tiré de Rufus.)
[Ce chapitre se trouve vers la
fin du IIe livre du traité intitulé Du
régime, c'est-à-dire dans le livre des
Boissons.]
1. On loue le miel de l'Attique, et il jouit
de la plus grande renommée ; toutes les autres
espèces de miel ne semblent donc rien en comparaison
de lui; moi je ne loue pas tout le miel qui vient de
ce pays; je suis même d'avis qu'ailleurs il y
en a aussi qui est doué de qualités éminentes;
par exemple, le miel de Marathon est très mauvais,
non seulement quand on le compare à celui du
mont Hymette, car celui-là est le meilleur, mais
il en existe encore d'autres espèces auxquelles
il est inférieur. 2. Le
miel de Milet, d'Aphidne et de la Sicile est mauvais
aussi. 3. En dehors de l'Attique, le
miel est bon à Chios, à Syros, à
Cythnos, à Siphnos, dans plusieurs autres endroits
des îles Cyclades, en Sicile sur le mont Hyblée,
en Crète, et en Béotie près d'OEchalie.
64. DES METS QUI ONT DES QUALITÉS
MOYENNES.
(Tiré de Galien.)
1. On rencontre certaines substances ayant
des qualités moyennes entre chaque espèce
de différences que j'ai dit exister dans les
aliments; ainsi, entre les mets à chair dure
et ceux à chair molle, on en trouvera qui tiennent
le milieu, de sorte qu'ils ne sont ni durs, ni mous;
il en est de même pour les atténuants et
les incrassants, pour les échauffants et les
refroidissants, pour les désséchants et
les humectants. 2. Aux individus qui ont conservé
sans altération leur bon tempérament naturel
il convient d'user des substances qui ont une nature
semblable à la leur, tandis que ce n'est pas
l'usage alimentaire des semblables, mais celui des contraires,
qui est utile aux gens d'un tempérament mauvais,
qu'il soit primitif ou acquis après coup; car
les semblables conservent ce qui est naturellement irréprochable,
tandis que les contraires ramènent à leur
tempérament propre les parties mal tempérées.
65. DES ALIMENTS D'UNE CONSISTANCE
LIQUIDE OU SOLIDE.
1. Tous les aliments d'une consistance un peu
liquide donnent au corps une nourriture peu abondante,
qui s'évapore et s'échappe rapidement
par la perspiration, de sorte que, bientôt après,
on a de nouveau besoin d'une nouvelle nourriture; les
aliments durs et terreux, au contraire, fournissent
une nourriture persistante et abondante qui ne s'échappe
pas facilement par la perspiration; si, en outre, ces
aliments ont quelque chose de glutineux, ils produisent
tous ces effets d'une manière encore beaucoup
plus apparente. 2. Évidemment, il n'est
pas facile pour de semblables aliments de se digérer,
ni, à plus forte raison, de se changer en sang
ou de s'assimiler aux parties solides de l'économie;
s'il en est ainsi, ils ne peuvent pas non plus nourrir
rapidement; mais, quand ils ont été domptés
par l'estomac et élaborés, ils donnent
une nourriture abondante au corps.
66. DE QUELLE MANIÈRE
L'USAGE DES POMMES OU DES POIRES ASTRINGENTES RELÂCHE
LE VENTRE CHEZ QUELQUES PERSONNES.
1. Il arrive à certaines gens d'avoir
le ventre relâché, quand ils ont mangé
des pommes astringentes, lorsque, après avoir
pris d'abord du fenugrec, des radis, ou de la mauve,
avec de l'huile et du garon, ou, en général,
des choses qui ont la propriété de relâcher
le ventre, ils mangent ensuite une certaine quantité
de pommes, de poires, ou de grenades âpres ; le
ventre est même fortement relâché,
quand il est dans l'atonie, par l'usage des astringents
qui, dans ce cas, lui rendent de la force et l'excitent
à l'excrétion. 2.
Mais, si on suit la méthode opposée, c'est-à-dire
si on prend d'abord des mets âpres, et ensuite
des mets laxatifs, il est évident que ces mets
seront, au contraire, retenus dans les intestins; pour
la même raison, si quelque autre humeur retourne
l'estomac, comme la bile pâle le fait habituellement
chez certaines gens , lorsqu'elle est accumulée
en grande quantité, et si, dans cet état,
on goûte des mets astringents, on rejettera immédiatement
par le bas l'humeur qui incommodait. 3.
Certain jeune homme donc ayant pris un jour de la scammonée
pour se purger, et, après cinq heures écoulées
sans aucune évacuation, accusant de la gêne
à l'orifice de l'estomac, de la pression et de
la pesanteur à cet organe lui-même, devenant
pâle et éprouvant des angoisses à
la suite de ces accidents, je lui ordonnai de manger
un petit morceau de pomme, de grenade ou de poire astringente,
et il n'en eut pas plutôt avalé qu'il fut
délivré de ses incommodités par
une déjection alvine, abondante et subite. 4. Ceci démontre suffisamment que, chez
ceux qui ont l'orifice de l'estomac faible, le ventre
se relâche quand ils prennent par-dessus les premiers
alients quelque substance astringente.
67. DES PROPRIÉTÉS
DES ALIMENTS.
(Tiré de Mnésithée
d'Athènes.)
1. Toutes les semences sont douées d'une
propriété commune dont il est nécessaire
de parler : quand elles sont de l'année précédente,
elles valent mieux pour donner de l'embonpoint, ou du
moins se digèrent mieux; tandis que les graines
plus vieilles sont légères, il est vrai,
mais nourrissent moins; celles qui ont moins de six
mois fournissent une nourriture lourde, muqueuse et
difficile à assimiler. 2.
Presque tous les végétaux participent,
pour ainsi dire, à la propriété
suivante : tous ceux dont on mange surtout les racines
produisent une semence très peu comestible; mais,
par opposition, tous les végétaux dont
les semences nous fournissent de la nourriture ont des
racines incapables de servir à l'alimentation.
68. DES SOLIPÈDES.
1. Manger des solipèdes, c'est agir
tout à fait comme les esclaves ; toutefois, les
solipèdes qui fournissent la chair la meilleure
et la plus légère sont, d'après
l'avis des gens qui rôdent dans l'Asie, les ânes
sauvages, et, d'après ce que nous en savons ici,
les ânes les mieux nourris; vient ensuite la chair
du cheval; celle de la mule est la plus détestable;
la chair de tous les chevaux sauvages est très
mauvaise. 2. Partout, lorsqu'il s'agit des
solipèdes, la chair des individus à la
mamelle est la meilleure; le second rang appartient
à celle des animaux très jeunes. 3. Les jeunes chèvres et les agneaux
à la mamelle sont, parmi les animaux à
sabots fendus, ceux dont la chair est, après
celle des poissons, la plus propre à rétablir
un embonpoint perdu par suite de maladie, car elle est
facile à digérer, nourrissante, et elle
humecte le ventre. 4. Il faut surtout rechercher, parmi
ces animaux, ceux qui ont été le plus
longtemps, après leur naissance, nourris avec
un lait abondant, et qui n'ont pas brouté beaucoup
de plantes dans les pâturages; car les chairs
de ces animaux sont tendres, à cause de leur
âge, et faciles à digérer, à
cause du lait dont ils ont été nourris.
5. La chair des veaux et des petits
porcs à la mamelle ne le cède à
aucune autre, sous le rapport de la bonne odeur et du
plaisir qu'elle donne, quand on la mange; mais elle
ne convient en aucune façon aux malades ou aux
convalescents, car le veau est assez lourd, et la chair
des petits porcs est extrêmement humide et trouble
le ventre. 6. Parmi les animaux qui ont cessé
de prendre du lait pour nourriture et qui ne se livrent
pas encore à l'accouplement, les porcs qui sont
parvenus à cette période de leur vie fournissent
la meilleure chair : car ils n'ont pas les qualités
humectantes que donne le lait, mais leur graisse naturelle
et la tendreté qu'ils doivent à leur âge
en fait un mets qui tient le milieu entre les deux extrêmes.
7. Les autres animaux parvenus
à l'âge où ils peuvent être
rangés dans cette classe sont plus durs et plus
difficiles à digérer que ceux à
la mamelle ; mais ils fournissent une nourriture plus
sèche, quand leur chair est assimilée.
8. Les animaux entrés dans
la période suivante, qui font déjà
usage de l'accouplement et qui semblent être tout
à fait parvenus à la fleur de l'âge,
conviennent aux individus qui peuvent les digérer,
et qui sont habitués à la fatigue, ainsi
qu'à ceux qui recherchent la force que donne
la viande. 9. Les animaux âgés
fournissent nécessairement un mets assez mauvais,
parce que les progrès de l'âge les font
tomber dans une condition toujours de plus en plus mauvaise;
il ne faut donc pas les manger à dessein, et,
si on y est obligé quelquefois, il faut les prendre
plutôt bouillis.10 La
chair des petits chiens relâche le ventre, mais
elle n'a pas du tout la légèreté
que lui attribue le vulgaire, car elle est muqueuse
et glutineuse; toutefois, la meilleure est celle des
individus très jeunes. 11.
La chair des renards et des ours est muqueuse; mais,
à une certaine époque de l'automne, elle
devient plus grasse et se surpasse elle-même.
12. Les personnes qui ont mangé
de la chair d'animaux carnassiers, par exemple celle
des loups, des lions, et de toutes ces espèces
d'animaux-là, disent qu'elle est lourde, difficile
à digérer et qu'elle donne des coliques.
13. Les souris des arbres ont la
propriété de relâcher le ventre
et de nourrir peu; quant aux souris de maison, aux tortues
de montagne, aux lézards sauvages, aux loirs
et aux animaux semblables, on pourrait dire que ceux
qui les mangent ne son pas très-difficiles.
69. DES PROPRIÉTÉS
DES ALIMENTS.
(Tiré de Philotime.)
1. En général, les bouillies
n'ont pas besoin d'une élaboration très
forte dans l'estomac; car les parties solides ont été
mêlées aux liquides, elles se sont fondues,
elles ont été réchauffées,
le tout a été cuit ensemble et a subi
une grande altération de ses propres molécules.
2. Les enveloppes des graines
distribuent clans le corps une humeur très âpre
qui produit beaucoup de coliques et de flatuosités
; car on s'aperçoit, en les mettant dans la bouche,
qu'elles ont une propriété très
âpre, et, immédiatement après qu'on
les a mangées, on voit arriver les incommodités
dont il vient d'être question. 3.
Les viandes présentent les différences
suivantes d'après l'état des animaux eux-mêmes
: les animaux voisins de la jeunesse sont préférables
à ceux qui approchent de la vieillesse, ceux
qui sont plutôt charnus à ceux qui sont
plutôt maigres, ceux qui ont pris des aliments
bien élaborés à ceux qui ne sont
pas dans ce cas ; ceux qui sont un peu gras à
ceux qui sont plutôt maigres, et, chez ces derniers,
il vaut mieux prendre les parties charnues; ensuite,
les animaux châtrés sont préférables
à ceux qui ne le sont pas, et les femelles aux
mâles, si l'état des forces est le même.
4. Quant aux différentes
parties du corps des animaux, les jambes de derrière
sont plus dures et plus difficiles à assimiler
que celles de devant, les droites plus que les gauches,
et les pieds, surtout leur partie inférieure
[plus que les autres parties], le côté
intérieur des jambes plus que le côté
extérieur, et le dos plus que le ventre et la
poitrine; il existe la même relation entre les
parties intérieures et extérieures du
dos et des côtés. 5.
Les poireaux bouillis sont difficiles à assimiler;
car ils deviennent semblables à des courroies
et sont difficilement broyés dans la bouche;
mais ils ne nuisent point à l'élaboration
ultérieure de la nourriture; car nous ne voyons
pas qu'ils causent aucune indigestion. 6.
Les poireaux crus sont plus faciles à digérer,
parce qu'ils sont plus mous et qu'ils sont broyés
dans la bouche. 7. La courge bouillie avec du
jus de viande se digère très vite et parfaitement
bien; celle qu'on coupe par petits morceaux pour les
faire bouillir ensuite ensemble, ce qui est la manière
la plus usitée de les préparer, est plus
difficile à assimiler que la première.
8. De toutes les olives, les noires
sont les plus grasses, les plus difficiles à
assimiler et les plus susceptibles d'engendrer le choléra;
elles donnent lieu à des nausées persistantes,
et produisent des selles nombreuses et peu abondantes.
9. Celles qu'on appelle pyrallides
produisent du reste le même effet que les noires,
mais à un moindre degré, parce qu'elles
contiennent moins de graisse; cependant, ces deux espèces
distribuent dans le corps une humeur grasse, glutineuse
et de beaucoup d'âpreté ; par conséquent,
elles produiront l'humeur semblable à du jaune
d'oeuf. 10. Les olives conservées
dans du vinaigre sont, il est vrai, faciles à
assimiler, mais elles distribuent dans le corps une
humeur acide. 11. Les olives blanches sont moins
difficiles à assimiler que les précédentes,
parce qu'on les conserve dans de l'eau salée,
mais elles distribuent dans le corps des [humeurs douées
de] propriétés salées, amères
et très âpres, lesquelles engendrent à
leur tour l'humeur semblable au jaune d'oeuf. 12. Les olives écrasées s'assimilent,
à la vérité, mieux que les blanches,
mais elles distribuent dans le corps une humeur salée.
Fin
du livre 2
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Volume
: Livre 3 bas du livre
Page 186
LIVRE III.
1. DU RÉGIME ATTÉNUANT
ET DU RÉGIME INCRASSANT.
[Tiré de Galien.]
Le régime atténuant
désobstrue les canaux étroits, enlève
la partie visqueuse des humeurs qui s'y était
attachée, divise et atténue les humeurs
épaisses; mais, si on en fait un usage excessif,
il rendra le sang séreux, ou l'imprégnera
de bile amère ou, à la longue, de bile
noire ; car toutes les substances atténuantes
ont naturellement la propriété de réchauffer
fortement et de dessécher : c'est là
Page 187 ce qui donne lieu à la
formation des calculs tophacés dans les reins.
Il faut donc éviter de manger habituellement
des choses acres quelles qu'elles soient, surtout quand
celui qui les mange est naturellement un peu bilieux;
en effet, de semblables aliments ne conviennent qu'à
ceux chez qui il y a déjà accumulation
d'humeur piiuiteuse ou d'humeur crue, épaisse
et visqueuse. Les maladies chroniques exigent si impérieusement,
pour la plupart, l'usage du régime atténuant,
qu'elles guérissent souvent par cet unique moyen;
et, dans les cas où on peut atteindre son but
en se servant du régime seul, il vaut mieux se
passer des médicaments : ainsi j'ai observé
beaucoup de maladies des reins et un assez grand nombre
de cas de goutte avec formation de tophi aux articulations,
qui furent soit complètement guéries par
un semblable régime, soit notablement amendées.
J'ai connu également un nombre assez considérable
de gens qui étaient habituellement éprouvés
par la dyspnée, et qui retirèrent un tel
avantage de ce traitement, qu'ils furent complètement
guéris, ou que leur maladie ne les tourmentait
plus que légèrement et à de longs
intervalles. Le régime atténuant fond
aussi les grosses rates et le foie affecté de
squirrhe; il guérit les épilepsies qui
sont encore légères et à leur début,
et amende notablement celles qui sont déjà
chroniques et enracinées. Or les substances qui
irritent et piquent douloureusement l'odorat et le goût
sont acres et atténuantes ; toutes les substances
nitreuses et toutes les substances amères ont
aussi quelque chose d'incisif. Cependant ces substances
exercent aussi une action très différente
selon qu'on les mange avec de l'oxymel, du vinaigre,
du sel ou de l'huile; car leurs propriétés
se fortifient par le vinaigre et l'oxymel, tandis qu'elles
s'affaiblissent par l'huile. Presque tous les mets atténuants
sont peut-être plus dignes du nom de médicaments
que de celui d'aliments, tandis que les mets qui engendrent
des humeurs épaisses et visqueuses sont très
nourrissants et produisent du bon sang, quand ils sont
bien élaborés dans l'estomac et dans le
foie, mais ils produisent des obstructions au foie et
à la rate, et, s'il existe en outre un petit
commence-ment d'inflammation aux viscères, ils
l'augmentent considérablement; ils augmentent
aussi les pneumatoses, les affections squirrheuses,
et, cela est également évident, ils accélèrent
la formation des abcès. Or il y a certaines substances
qui ont uniquement la propriété de contenir
des humeurs épaisses, comme la lentille cuite,
d'autres qui sont [uniquement] visqueuses, comme la
mauve, d'autres enfin qui ont ces deux qualités
à la fois, comme les testacés, et les
animaux qu'on appelle mollusques. Il est clair que le
régime atténuant, eu égard à
la conservation de la santé, est plus exempt
de danger que le régime incrassant; mais il ne
saurait produire de l'embonpoint ou de la force, parce
qu'il ne donne pas beaucoup d'aliment. Quelquefois aussi
il est nécessaire de toucher aux mets qui nourrissent
fortement et produisent des humeurs épaisses,
mais il faut le faire avec mesure et aux époques
où l'on éprouve un besoin évident.
Les gens qui peuvent prendre beaucoup d'exercice et
dormir aussi longtemps qu'ils veulent, et qui ont choisi
un genre de vie étranger aux affaires publiques,
mangeraient sans inconvénient des mets visqueux
et qui contiennent des humeurs épaisses, surtout
s'ils ne s'aperçoivent jamais d'aucun sentiment
de pesanteur ou de tension à l'hypocondre, après
en avoir pris beaucoup. Ceux, au contraire, qui, soit
à cause de leur âge, soit à cause
du défaut d'habitude, ne peuvent prendre de l'exercice
avant le repas, doivent tous s'abstenir de semblables
mets. Les individus tout à fait sédentaires
ne doivent pas même s'approcher des mets qui contiennent
des humeurs épaisses, car le plus grand mal pour
la conservation de la santé est le repos du corps
, et le. plus grand bien, sous ce rapport, est un exercice
modéré. Le plus sûr par conséquent,
c'est de se garder des mets visqueux et imprégnés
d'humeurs épaisses, du moins pour ceux qui n'ont
souci que de leur santé et qui ne courent pas
après l'embonpoint que recherchent les athlètes.
Les mets les plus irréprochables sont ceux qui
tiennent le milieu entre les atténuants et les
incrassants, parce qu'ils se trouvent placés
dans une juste mesure, qu'ils sont un terme moyen entre
les extrêmes, et qu'ils produisent un sang d'une
consistance moyenne; voilà donc ce qui constitue
pour notre corps la meilleure nourriture; la plus détestable
est celle qui renferme des humeurs mauvaises ; il faut
s'en abstenir toujours. On est d'avis que la variété
des mets est également très nuisible,
surtout si elle porte sur des mets de propriétés
opposées, parce qu'elle empêche la bonne
digestion des substances ingérées. Telles
sont à peu près les propriétés
générales [du régime atténuant
et du régime incrassant]; maintenant je vais
passer à la matière de ce régime.
2. ALIMENTS ATTENUANTS.
L'ail, les oignons, le cresson,
les poireaux, la moutarde, le poivre, le smyrnium, la
pariétaire d'Espagne, l'origan, la calaminthe,,
la menthe, l'hysope, le sisymbrium, le pouliot, le thym,
le thymbre, si on les mange frais; en effet, à
l'état desséché, ces plantes deviennent
déjà des médicaments et ne sont
plus des aliments; car, en général, tout
ce qui tend à devenir sec est plus efficace que
ce qui est fleuri, et les plantes qui poussent sur les
collines, ou dans des endroits plus ou moins secs, ont
plus de vertu que celles qui croissent dans les plaines,
les jardins ou les marais. C'est donc d'après
cette règle commune qu'il faut porter un jugement
sur toutes les plantes. Après les espèces
susdites viennent les sui-vantes : la roquette, la berle,
le céleri, le persil, le basilic, les radis,
le chou, les bettes, la cardousse, le panicaut, l'ortie,
le fenouil, la coriandre, la rue, l'aneth, le laser
sermontain, le cumin, le fruit du câprier et du
térébenthinier, les graines de carvi,
d'anis, de faux amome, d'ammi, de daucus, de seseli,
de tordyliurn et celles de toutes les plantes odorantes,
âcres et douées d'une chaleur évidente.
Les graines de rue et de chanvre appartiennent aux substances
fortement atténuantes, et rentrent déjà
dans la classe des drogues. Parmi les céréales,
l'orge est la seule qui ne soit pas contraire au régime
atténuant; viennent ensuite les pains de froment
cuits au four chauffé de tous côtés,
mais il faut tâcher de s'abstenir des autres céréales,
à moins qu'on ne veuille, à de longs intervalles,
goûter quelques pois grecs ou quelques lentilles.
On trouvera, si on veut, des ressources abondantes et
inépuisables, pour composer des mets conformes
au régime atténuant, dans les poissons
de roche et dans les petits oiseaux de montagne, car
tous les animaux qui vivent sur les montagnes ont un
tempérament plutôt sec et chaud, et leur
chair est très peu pituiteuse et très
peu visqueuse. On mangera donc des étourneaux,
des grives, des merles et des perdrix, ainsi que les
moineaux appelés moineaux des tours, et ceux
qui habitent les vignes. Parmi les pigeons, ceux des
tours valent mieux que les pigeons domestiques. En général,
il faut préférer les animaux qui prennent
de l'exercice à ceux qui n'en font pas, ceux
qui prennent plutôt des aliments secs à
ceux dont les aliments sont plutôt humides, et
ceux qui respirent un air pur et ténu à
ceux qui vivent dans un milieu contraire. Parmi les
poissons de roche, on doit manger de la girelle, du
boulereau, du merle de mer, du tourd, du scare, et,
en un mot, de tous les poissons dont la chair est à
la fois molle et cassante, mais il faut s'abstenir tout
à fait de ceux dont la chair est dure ou visqueuse.
Or la chair des motelles est molle, il est vrai, mais
elle est moins cassante que celle des poissons de roche;
la chair des rougets, ail contraire, est cassante, mais
elle n'est pas molle. Vous avez donc deux signes pour
apprécier la chair des animaux quels qu'ils soient
: ce sont la mollesse et le cassant ; prenant ces signes
en considération, on mangera jusqu'à satiété
les poissons qui réunissent ces deux qualités;
on s'abstiendra tout à fait de ceux où
elles manquent toutes deux; on mangera aussi de temps
en temps, à défaut d'autres, ceux qui
présentent seulement l'une de ces qualités,
mais on se gardera d'en ingérer jusqu'à
satiété; on pourra donc, si on n'a pas
de poissons de roche, recourir aux motelles, aux rougets,
ainsi qu'aux autres poissons de haute mer, et surtout
à ceux qu'on mange avec de la moutarde, comme
la scorpène. Il existe certaines espèces
d'animaux qui présentent en effet l'une des deux
qualités dont je viens de parler, mais qu'il
faut cependant se garder de manger, parce que l'autre
est en excès ; les anguilles, par exemple, et
la plupart des mollusques, quoiqu'ils aient la chair
molle, sont cependant extrêmement nuisibles à
ceux qui ont besoin du régime atténuant,
à cause de leurs qualités visqueuses et
pituiteuses. Parmi les poissons cartilagineux, il n'y
a que la torpille et la pastenague qui soient convenables,
et dont on puisse quelquefois se servir à défaut
de poissons de roche. La sole et le flet sont doués
des mêmes propriétés. Je ne défends
pas, si ou prend de l'exercice, de manger des poules,
des pigeons et des tourterelles, surtout celles qui
habitent les montagnes. Ce n'est pas seulement la tourterelle
qu'il faut manger non fraîchement tuée,
mais conservée au moins pendant un jour; cette
précaution t'applique également à
la perdrix et à tous les animaux qui ont la chair
modérément dure. Les poissons salés
exercent une action atténuante et incisive très-prononcée
sur les humeurs épaisses et visqueuses; mais
il faut préférer aussi ceux dont la chair
est naturellement molle et se garder de ceux qui ressemblent
aux grands animaux marins. On peut encore sans danger
manger du porc salé. Parmi les fruits de l'arrière-saison,
ceux qui relâchent le ventre causeront le moins
de dommage : il faut donc choisir ceux qui sont un peu
mous plutôt que ceux qui sont un peu durs et qui
passent lente-ment, mais il ne faut user d'aucune espèce
jusqu'à satiété. Ceux qui sont
fortement âpres sont contraires au régime
atténuant. Les meilleurs entre tous sont les
figues sèches, les noix, les pistaches et les
amandes légèrement amères; quant
aux olives, je ne saurais ni les louer ni les blâmer.
De toutes les substances sucrées, non-seulement
parmi les mets, mais aussi parmi les boissons, il n'y
a, pour ainsi dire, que le miel qui produise une humeur'
d'une consistance parfaitement ténue. Les vins
blancs et ténus produisent un effet incisif sur
les humeurs épaisses et purgent [le corps] par
les urines. Le petit-lait appartient aussi aux substances
atténuantes. L'oxymel est particulièrement
très-utile pour le régime atténuant.
3. ALIMENTS CONTENANT DES
HUMEURS ÉPAISSES.
Les pains cuits dans un four
chauffé par le bas , ceux qui sont mal préparés,
le mets appelé tragos, les fritures faites avec
du vin nouveau et de la farine sémidalique, les
lagana, les rhymmata, auxquels on donne le nom d'itria,
et toute friture faite avec du froment sans ferment,
ainsi que les gâteaux préparés avec
ces fritures. La farine sémidalique et l'alica
contiennent des humeurs extrêmement épaisses;
l'amidon en contient qui le sont modérément.
Les haricots renferment également des humeurs
épaisses, ainsi que les lupins, et la chair des
lentilles cuites, car l'écorce de ces dernières
a quelque chose de détersif. Puis viennent les
fèves torréfiées, la graine de
sésame, la graine d'erysimum, les animaux appelés
mollusques, par exemple les calmars, les seiches, les
poulpes, les poissons de la nature des grands animaux
marins, classe à laquelle appartiennent les thons;
toutefois les jeunes thons ont des propriétés
moins prononcées. Les huîtres, les buccins,
les pourpres, les cames, les bernicles, les peignes,
les jambonneaux, et, en un mot, tous les coquillages,
contiennent des humeurs très épaisses.
Puis viennent les anguilles, les escargots, la chair
de cerf, de chèvre, de boeuf, de lièvre,
de porc, le foie, les reins, les testicules, le cerveau,
la moelle épinière, les mamelles, les
glandes, la langue (mais à un degré modéré),
le lait fortement bouilli, tous les fromages (mais les
fromages nouveaux et ceux au lait aigre à un
moindre degré), le lait aigre, l'amouille coagulée
par la chaleur, les oeufs qu'on fait cuire dans l'eau
bouillante jusqu'à ce qu'ils soient entièrement
durs (les oeufs cuits sous la cendre à un degré
plus élevé, et plus encore ceux qu'on
frit dans la poêle), les dattes, les châtaignes,
les glands, les oignons de vaccet, les navets, les champignons,
la racine de gouet, les truffes, les pignons, les figues
qui ne sont pas parfaitement mûres, la pulpe de
citron, le concombre pour ceux qui en mangent abondamment,
les pommes vertes. Les vins d'un goût sucré,
et surtout celui appelé siraeum (vin doux cuit),
produisent un sang épais; il en est de même
pour le vin nouveau et pour les vins épais et
noirs.
4. ALIMENTS TENANT LE MILIEU
ENTRE LES ATTÉNUANTS ET LES INCRASSANTS.
Les pains les mieux préparés,
la chair de poule, de coq et de faisan, de perdrix et
de pigeon, de coq de bruyère et de tourterelle,
de grive, de merle et de tous les petits oiseaux, puis
celle des poissons de roche, de ceux des côtes
aussi bien que de ceux de haute mer, celle des loches
de mer, des murènes, des soles et, en général,
de tous les poissons qui n'ont aucune viscosité,
ni mauvaise odeur, ni mauvais goût quand on les
mange; les figues mûres ; parmi les herbes potagères
sauvages la chicorée (mais c'est là un
genre qui comprend plusieurs espèces particulières,
lesquelles ont reçu chacune un nom propre chez
les Attiques, comme la laitue, le duriou jaune, le gingicidium
et mille autres plantes de ce genre), l'asperge de marais
et l'asperge proprement dite, la tige de houx-frelon
et celle de couleuvrée, le vin d'un goût
sucré, jaune et transparent à la fois,
comme celui d'Ariuse, de Lesbos, de Falerne et du Tmolus;
car toutes ces espèces engendrent un sang qui
est bon et de consistance moyenne.
5. ALIMENTS PRODUISANT DES
HUMEURS VISQUEUSES.
Les froments pesants, denses
et jaunes à l'intérieur sont visqueux;
les froments légers, rares et blancs à
l'intérieur, le sont moins ; la farine sémidalique
et l'alica sont très visqueux. Les tendons et
les aponévroses , les parties qui environnent
les lèvres, la couenne, toute chair de porc,
la chair d'agneau, la graine de sésame, les oignons
de vaccet, les dattes grasses [sont également
visqueux].
6. ALIMENTS PRODUISANT DES
HUMEURS CRUES.
Les dattes vertes remplissent
d'humeurs crues le corps de ceux qui les mangent; il
en résulte des frissons avec difficulté
de se réchauffer. Le navet, quand on en mange
abondamment, les coquillages à chair dure, quand
ils ont perdu leur liquide salé par une coction
prolongée, les animaux appelés mollusques,
comme les poulpes, les seiches et tous les autres du
même genre, tous les animaux marins d'une grandeur
démesurée, l'estomac, les intestins et
la matrice des quadrupèdes, les glandes dures,
si elles ne sont pas digérées, le lait
aigre, les fromages, les gâteaux frits dans la
poêle, les lupins, le raisin, quand il est retenu
[produisent des humeurs crues].
7. ALIMENTS PRODUISANT DES
HUMEURS FROIDES.
Il arrive à ceux qui se
gorgent de concombres d'éprouver une accumulation
d'humeur froide qui subit difficilement la transformation
en sang de bonne qualité. L'estomac, les intestins
et la matrice des quadrupèdes, le lait aigre,
les bolets, les pommes vertes, les oignons de vaccet
[produisent aussi des humeurs froides].
8. ALIMENTS PRODUISANT DE
LA PITUITE.
Les parties nerveuses des animaux
engendrent une humeur simplement pituiteuse; [il en
est de même] du cerveau, du poumon, de la moelle
épinière, des glandes, si elles ne sont
pas digérées, de la chair des agneaux,
des bolets, des amanites, des coquillages à chair
molle, des pommes vertes.
9. ALIMENTS PRODUISANT DE
L'HUMEUR ATRABILAIRE.
La viande de boeuf, de chèvre,
plus encore celle des boucs et des taureaux, et, à
un degré plus fort, celle des ânes, des
chameaux, des renards, des chiens, la viande de lièvre,
de sanglier, la viande salée des animaux terrestres,
la rate des animaux; parmi les animaux marins la chair
des thons, de la baleine, du veau marin, du requin,
du dauphin et de tous les animaux d'une grandeur démesurée,
les escargots, le chou, les jeunes pousses des arbres,
conservées dans de l'eau salée ou dans
de l'eau salée et du vinaigre (je vous parle
de celles du lentisque, du térébenthinier,
de la ronce et de l'églantier), enfin ce qu'on
pourrait appeler la chair de l'artichaut. La lentille
est aussi un mets très atrabilaire; après
elle viennent le pain de son et celui qu'on fait avec
du petit épeautre ou avec les autres mauvaises
graines, ainsi que les fromages vieux, le jarseau et
la vesce, et les vins épais et noirs.
10. ALIMENTS PRODUISANT DE
L'HUMEUR BILIEUSE.
Les caroubes. Le jus de l'artichaut
est ténu et produit de la bile amère;
le mieux donc est de manger l'artichaut après
l'avoir fait bouillir. Le miel se transforme facilement
en bile dans les organismes chauds, car toutes les humeurs
d'un goût sucré fournissent des matériaux
à la bile jaune; il en est de même des
vins d'un goût sucré.
11. ALIMENTS CONTENANT DES
HUMEURS EXCREMENTITIELLES.
Les ramiers, les oies, à
l'exception des ailes, tous les viscères, la
moelle épinière, le cerveau, les oiseaux
des marais, des lacs et des plaines, les pois chiches
et les fèves vertes, la fève d'Égypte,
les jeunes porcs, le mouton, et la chair de tous les
animaux jeunes et de ceux qui mènent une vie
oisive; parmi les poissons, ceux de rivière et
de lac et ceux qui vivent dans la boue; parmi les animaux
marins, tous ceux qui sont d'une grandeur démesurée.
12. ALIMENTS DÉPOURVUS
D'HUMEURS EXCRÉMENTITIELLES.
Le cou et la queue des animaux,
les ailes, la chair des animaux sauvages et de ceux
qui vivent dans les endroits secs.
13. ALIMENTS DONNANT BEAUCOUP
DE NOURRITURE AU CORPS.
La chair des porcs domestiques
est le plus nourrissant de tous les aliments. La cervelle
de bœuf, les testicules, le cœur, la moelle épinière
et l'autre moelle, les ailes des oies et encore plus
celles des poules, ainsi que l'estomac de tous les oiseaux,
les escargots, surtout quand on les a fait bouillir
trois fois, les coquillages à chair dure, comme
les cames, les pourpres, les buccins et tous les autres
animaux semblables donnent beaucoup de nourriture, ainsi
que les homards, les pouparts, les crabes, les salicoques,
les langoustes, tous les autres animaux semblables et
les animaux appelés mollusques, comme la poulpe,
la seiche, le calmar et ceux qui leur ressemblent. Parmi
les poissons cartilagineux, la torpille et la pastenague
nourrissent à un degré moins prononcé,
mais la raie, la raie lisse et le rhinobate nourrissent
plus ; les rougets et les loches de met nourrissent
à un degré moins prononcé. Le lait
plus ou moins épais nourrit à un degré
plus fort, mais celui qui est plutôt humide nourrit
moins. Le pain le plus nourrissant est celui de siligo;
vient ensuite celui de farine sémidalique; le
pain de ménage occupe le troisième rang.
Le froment bouilli; la farine sémidalique, l'alica
[nourrissent fortement]. Les fèves donnent un
embonpoint formé. non de chair serrée
et dense, mais plutôt de chair un peu molle. Les
pois chiches nourrissent plus fortement que les fèves,
les pilasèles et les gesses à fleurs jaunes
plus que le fenugrec. Les haricots, qu'on appelle aussi
gousses ou phaséoles, ne nourrissent pas moins
que les pois grecs. Les lupins, les châtaignes,
les lentilles, les dattes d'un goût sucré,
les raisins secs d'un goût sucré et gras,
les glands, le navet appelé aussi bunias sont
nourrissants; les oignons de vaccet sont très
nourrissants, surtout quand on les a fait bouillir deux
fois. Le miel écumé est favorable à
la distribution des aliments et à la nutrition,
ainsi que l'eau miellée bien cuite. Tout vin
nourrit en raison de son épaisseur; par conséquent,
les vins rouges et épais sont les plus propres
de tous à engendrer du sang; après eux
les vins d'un goût sucré, noirs et épais
à la fois; ensuite ceux qui sont rouges, épais
et astringents; les vins qui sont à la fois blancs,
épais et légèrement âpres,
nourrissent moins que les précédents,
et les vins blancs et ténus sont les moins nourrissants
de tous. Tous les aliments à humeurs épaisses
deviennent fortement nourrissants quand ils sont bien
digérés et bien convertis en sang.
14. ALIMENTS QUI DONNENT PEU
DE NOURRITURE.
Les extrémités
des animaux, la matrice, l'estomac , les intestins,
la queue, les oreilles, la graisse molle et la graisse
solide. Toute la classe des oiseaux, comparée
à la classe des quadrupèdes, nourrit moins.
La chair des animaux âgés nourrit moins
que celle des animaux qui sont encore en croissance.
La nourriture fournie par les poissons engendre un sang
légèrement ténu; elle ne nourrit
donc pas abondamment, et se dissipe rapidement par la
perspiration. Les testacés à chair molle,
comme les huîtres, nourrissent peu. Les pains
d'orge, de quelque manière qu'ils soient préparés,
sont tous peu nourrissants, ainsi que l'alphiton fait
avec de l'orge. De même les pains de son, et tous
les pains grossiers et les pains lavés, l'amidon,
la bouillie faite avec l'orge légèrement
torréfiée, l'avoine, le petit millet et
plus encore le grand, le riz, les fèves vertes,
la graine de pavot, la graine de lin, l'ormin, les mûres,
le fruit de l'églantier, les baies de genévrier,
celles de myrte, les amandes, les pistaches, les prunes,
les pêches, les abricots, les abricotins, les
olives, surtout celles qui mûrissent sur l'arbre,
les noisettes et encore moins les noix, les jujubes,
les cornouilles, les prunes sauvages, les mourons, les
arbouses, les jujubes sauvages, les fruits du plaqueminier
d'Europe, les cerises de juif, la câpre et surtout
la câpre salée, toutes les parties du térébenthinier,
le chou, la bette, la patience, la patience sauvage,
le pourpier, la morelle, le radis, le navet, la moutarde,
le cresson, la pariétaire d'Espagne, toutes les
tiges comestibles, la carotte, le daucus, le carvi [donnent
peu de nourriture]. Les oignons, l'ail, les poireaux
et les poireaux des vignes ne donnent point de nourriture
du tout s'ils sont crus, tandis que, si on les fait
bouillir deux ou trois fois, ils en donnent, mais très-peu.
Les grenades nourrissent peu ; les poires, surtout les
grandes, ont quelque chose de nourrissant. La courge
et les raisins secs âpres et qui ne sont point
gras nourrissent peu. Les phasèles, les gesses
à fleurs jaunes, les gesses ordinaires et les
gesses chiches tiennent pour ainsi dire le milieu entre
les mets qui nourrissent peu et ceux qui nourrissent
fortement. Les figues ne ressemblent pas aux autres
fruits d'arrière-saison, lesquels nourrissent
peu, cependant elles produisent une chair spongieuse
ainsi que les raisins; ces derniers nourrissent moins
que les figues, en produisant une chair lâche
et pétrie d'humidité. Tous les aliments
qui sont doués de quelque qualité médicamenteuse
fortement prononcée ne donnent que peu de nourriture
quand ils ont perdu cette qualité pat la torréfaction,
l'ébullition ou la macération; auparavant
ils n'en donnaient pas du tout.
15. ALIMENTS CONTENANT DE
BONNES HUMEURS.
De tous les aliments, le lait,
quand il est très bon, est à peu près
celui qui contient les meilleures humeurs, et le lait
le plus excellent est celui des animaux de bonne complexion,
quand on le boit aussitôt qu'il a été
trait. Les oeufs à demi mous et mous [contiennent
de bonnes humeurs], mais les meilleurs sont ceux de
poules et de faisans, tandis que ceux des oies et des
autruches sont moins bons. Les oiseaux et les poissons
contiennent presque tous de bonnes humeurs, excepté
ceux qui vivent dans les marais, les lacs et les rivières
bourbeuses et troubles, surtout quand l'eau vient d'une
ville, entraînant les immondices des latrines,
des bains et des cuisines, et les ordures provenant
du lavage des vêtements. On peut donc toujours
manger sans danger les poissons qui viennent de la partie
de la mer où il n'y a pas de mélange d'eau
douce ; à ce genre appartiennent les poissons
de haute mer et les poissons de roche, car ces poissons
l'emportent de beaucoup sur les autres sous les rapports
de la bonté des humeurs et de l'agrément
du goût. S'il s'agit d'un poisson du nombre de
ceux qui vivent dans les deux eaux, comme le muge, le
bar, la motelle, la loche de mer, les murènes,
les crabes et les anguilles, il faut s'informer d'abord
où il a été pris; on jugera ensuite
de sa bonté par l'odorat et par le goût,
car ceux qui passent leur vie dans la mauvaise eau ont
une odeur et une saveur désagréables,
et ils sont muqueux; en second lieu ils ont beaucoup
plus de graisse que les autres et pourrissent rapidement.
Les poissons deviennent aussi meilleurs ou plus mauvais
qu'ils ne le sont habituellement, d'après les
aliments propres à chaque localité, ce
qu'on reconnaît facilement par l'odorat et par
le goût; les rougets sont dans ce cas; en effet,
les plus mauvais sont ceux qui mangent les petits crabes;
quant aux autres, leur chair est un peu dure, il est
vrai, mais elle ne contient pas de mauvaises humeurs.
Le flétan macrolépidote, la barbue, le
merlus noir, la sole, le flet et le lézard de
mer tiennent, pour ainsi dire, le milieu entre les poissons
à chair molle et ceux à chair dure; la
nourriture qu'ils fournissent est excellente pour ceux
qui ne prennent point d'exercice, pour les gens faibles
et pour les convalescents. La nourriture cassante et
molle est ce qu'il y a de meilleur pour la santé,
parce que c'est, de toutes, celle qui contient les meilleures
humeurs. La chair des animaux, quand elle est bien digérée,
produit du très bon sang, surtout celle des animaux
imprégnés de bonnes humeurs; or c'est
à cette classe qu'appartient le genre des cochons;
leur chair est en effet la meilleure, aussi bien sous
le rapport du goût que sous celui de la facilité
de la digestion, surtout celle des cochons d'un âge
moyen; celle du porc très âgé est
moins bonne, ainsi que celle des porcs mangés
immédiatement après leur naissance; car
la chair des cochons de lait est d'une humidité
excessive et produit beaucoup de pituite. Les mamelles
contiennent de bonnes humeurs , ainsi que le foie, les
parties voisines des lèvres, les ailes et les
autres extrémités. Les intestins, la matrice
et la queue produisent des humeurs moins bonnes que
ne sont celles de la chair. Les glandes, quand elles
sont bien digérées, donnent une nourriture
à peu près égale à celle
que fournissent les chairs. Le coeur ne contient pas
de mauvaises humeurs. Les pieds de cochon sont meilleurs
que le museau et les oreilles, car le cartilage des
animaux adultes ne se digère pas du tout, tandis
que celui des animaux qui sont encore en croissance
est susceptible de se digérer, pourvu qu'il soit
bien broyé dans la bouche. Autant la chair des
autres animaux cède le pas à celle des
porcs pour la bonté de la nourriture, autant
leurs extrémités sont inférieures
à celles des porcs. La cervelle des oiseaux est
de beaucoup meilleure que celle des quadrupèdes.
La chair des animaux sauvages contient de meilleures
humeurs que celle des animaux domestiques. Le pain de
fine fleur et bien préparé contient de
bonnes humeurs ainsi que l'alica, l'orge mondée
bien cuite et les fèves; les châtaignes
n'en contiennent pas de mauvaises. Les figues mûres
et le raisin mûr conservé à l'aide
de la suspension sont irréprochables. Les figues
sèches, si elles sont rapidement distribuées
dans le corps, produisent de bonnes humeurs, mais, si
elles restent longtemps dans le canal intestinal, elles
s'imprègnent de mauvaises humeurs et engendrent
des poux ; mangées avec des noix, elles fournissent
un mets excellent; ceux qui mangent les figues, soit
vertes, soit sèches, avec quelque autre aliment,
se font un tort assez considérable. La laitue
produit du sang, autant que peut en produire une herbe
potagère ; après elle viennent les en-dives.
Les vins de bonne odeur contiennent de bonnes humeurs
; or les espèces suivantes sont du nombre de
ceux qui contiennent de très-bonnes humeurs :
le vin de Falerne, surtout celui qui est un peu sucré,
le vin d'Ariuse et le vin paillet sucré du Tmolus.
16. ALIMENTS CONTENANT DE
MAUVAISES HUMEURS.
Il n'y a pas qu'une seule espèce
d'humeurs mauvaises : car les unes sont plutôt
froides et pituiteuses , les autres sont plutôt
chaudes et bilieuses; il en existe qui sont plutôt
aqueuses; de même il en est certaines qui sont
plutôt atrabilaires. Je conseille de s'abstenir
de tous les aliments qui contiennent de mauvaises humeurs,
même quand ils sont faciles à digérer;
car à la longue ils produisent dans les veines,
sans qu'on s'en doute, une accumulation de mauvaises
humeurs qui donnent lieu à des fièvres
de mauvais caractère, si elles rencontrent une
occasion, même insignifiante, de se pourrir. Or
les aliments qui contiennent de mauvaises humeurs sont
les suivants : la chair des moutons et aussi celle des
chèvres qui de plus est âcre; celle des
boucs est la plus mauvaise, ensuite celle des béliers,
puis celle des taureaux: chez tous ces animaux, la chair
des individus châtrés est meilleure, mais
celle des sujets âgés est très mauvaise.
La chair de lièvre produit, il est vrai, du sang
assez épais, mais ce sang est meilleur, sous
le rapport de la bonté des humeurs, que celui
fourni par le boeuf et le mouton. La viande de cerf
contient des humeurs qui ne sont pas moins mauvaises
que celles des viandes dont nous venons de parler. Les
reins contiennent de mauvaises humeurs ainsi que les
testicules des animaux tout à fait adultes, à
l'exception de ceux des coqs. [Il en est de même]
de la cervelle, de la moelle épinière,
de la couenne de lard, de la rate (mais de celle du
porc à un moindre degré), de tous les
viscères des animaux, des oeufs frits dans la
poêle, des fromages vieux, des bolets, des amanites
(car la prudence veut qu'on ne mange pas les autres
champignons), du fenugrec, des lentilles. Le petit épeautre,
l'avoine et le pain qu'on fait avec ces graines, pas
plus que les pois chiches, ne contiennent de bonnes
humeurs; le grand épeautre est d'autant inférieur
au froment, qu'il est supérieur au petit épeautre
et à l'avoine; le grand millet, le petit millet
et les graines qui leur ressemblent ne contiennent pas
de bonnes humeurs. Les vives, les grondins, les gades,
les scorpènes, les maquereaux bâtards,
les rougets, les orphes, les hiboux de mer, les marteaux,
les congres, les pagels et tous les animaux marins d'une
grandeur démesurée sont imprégnés
de mauvaises humeurs. Tous les fruits appelés
fruits d'été contiennent de mauvaises
humeurs, mais les figues à un moindre degré
que les autres. Le sang que produisent les figues sèches
chez ceux qui en usent abondamment n'est pas tout à
fait bon ; c'est pourquoi elles traînent à
leur suite une multitude de poux. Les pommes vertes,
les poires avant d'être mûres, le fruit
du térébenthinier sont imprégnés
de mauvaises humeurs; [il en est de même de] l'artichaut,
surtout quand il est devenu un peu dur, des concombres,
des pastèques; les melons [en sont imprégnés]
à un moindre degré; la courge est en effet
meilleure que les fruits susdits; cependant, si elle
se corrompt clans l'estomac, elle s'imprègne
aussi de très mauvaises humeurs. Aucune herbe
potagère ne contient de bonnes humeurs, mais
la laitue et l'endive tiennent le milieu entre les aliments
imprégnés de bonnes humeurs et ceux imprégnés
de mauvaises; après elles vient la mauve et ensuite
l'arroche, le pourpier, la blite et la patience. Parmi
les racines des herbes potagères, toutes celles
qui sont âcres contiennent de mauvaises humeurs,
comme l'oignon, le poireau, l'ail, le radis, le daucus;
les racines de gouet, celle de navet qu'on appelle aussi
bunias, et celle de la plante appelée carvi tiennent
le milieu entre les aliments qui ont de bonnes humeurs
et ceux qui en ont de mauvaises. Le basilic contient
de très mauvaises humeurs; le navet à
moitié cru, le chou, les oignons de vaccet mal
bouillis [en ont de mauvaises]. Les oignons, l'ail,
les poireaux et les poireaux des vignes perdent leurs
mauvaises humeurs quand on les fait bouillir deux fois.
Tout ce qu'on appelle herbes potagères sauvages,
comme la laitue sauvage, le duriou jaune, l'aiguillette,
le gingidium, la chicorée, l'urosperme, contiennent
des humeurs mauvaises au plus haut degré. Les
vins épais, d'une odeur désagréable,
d'un goût âpre, contiennent des humeurs
mauvaises, comme le mauvais vin de Bithynie qu'on conserve
dans les grandes cruches , car celui qu'on garde dans
les petites contient des humeurs qui ne sont ni bonnes
ni mauvaises, mais de qualité moyenne.
17. ALIMENTS FACILES À
DIGÉRER.
Les pains bien préparés,
tous les poissons de roche, la loche de mer, la torpille,
la pastenague. Dans toute la classe des oiseaux, la
chair, si on la compare à celle des quadrupèdes,
est assez facile à digérer, surtout celle
de la perdrix, du coq de bruyère, du pigeon,
de la poule, du coq et des faisans. Les ailes des oies
sont faciles à digérer, mais celles des
poules le sont encore davantage; et, en général,
les ailes des individus bien nourris et jeunes sont
excellentes, tandis que celles des animaux maigres et
vieux sont très mauvaises; le foie des oies engraissés
avec du petit lait, ainsi que les testicules des coqs
qu'on a nourris de la même manière, sont
très-faciles à digérer. Quant au
porc, la chair des individus adultes convient mieux,
sous le rapport de la digestion, aux gens d'un âge
moyen et qui prennent de l'exercice, tandis que celle
des animaux qui sont encore en croissance va mieux aux
autres individus. Le veau est préférable
au boeuf adulte pour la facilité de la digestion;
les jeunes boucs valent mieux que les chèvres.
La viande de tous les animaux qui sont encore en croissance
est plus facile à digérer que celle des
individus sur le déclin de l'âge, et celle
des animaux qui vivent dans les endroits secs plus que
celle des autres. La noix se digère plus facilement
que la noisette. Les oignons de vaccet se digèrent
plus facilement quand on les a fait bouillir deux fois.
Les œufs demi-mous et les oeufs mous, la laitue, l'endive,
la mauve, la courge bouillie, pourvu qu'elle ne se corrompe
pas [sont faciles à digérer]. Les vins
sucrés se digèrent plus facilement que
les vins âpres. Sachez que parmi les substances
également favorables à la santé,
celle qui est la plus agréable se digère
le plus facilement.
18. ALIMENTS DIFFICILES À
DIGÉRER.
La chèvre, le boeuf, le
cerf. Le bouc est ce qu'il y a de plus mauvais pour
la digestion ; vient ensuite le bélier et après
lui le taureau. La chair des animaux âgés
est aussi très mauvaise et même celle des
vieux porcs. L'estomac est difficile à digérer
ainsi que les intestins, la matrice, la couenne, le
coeur, le foie, les oreilles, la queue, les reins, tous
les viscères, le cerveau, la moelle épinière,
les testicules des animaux arrivés à l'âge
adulte, le sang quel qu'il soit, les oies à l'exception
des ailes. La chair des ramiers, des grives, des merles
et des petits oiseaux est un peu dure; celle de la tourterelle
et du canard l'est encore davantage, et celle du paon
et des outardes l'est encore plus. L'estomac des oiseaux,
quel qu'il soit, est difficile à digérer,
car c'est à tort que quelques-uns recommandent
ceux de l'autruche et du labbe comme un médicament
digestif; car d'abord ces mets ne se digèrent
pas facilement eux-mêmes, et ensuite ils ne constituent
pas un médicament digestif pour d'autres mets.
Les escargots sont difficiles à digérer;
il en est de même du lait aigre, surtout pour
ceux qui ont l'estomac froid, et du fromage vieux; mais
le fromage nouveau et surtout le fromage au lait aigre
sont meilleurs. La chair des pourpres et des buccins,
et, parmi les autres testacés, ceux qui ont la
chair dure, sont difficiles à digérer.
Les homards, les pouparts, les crabes, les langoustes,
les salicoques et tous les animaux semblables, les poulpes,
les seiches, les calmars et tous les animaux appelés
malacodermes, les raies, les raies lisses, les rhinobates,
les vives, les grondins, les gades, les scorpènes,
les maquereaux bâtards, les rougets, les orphes,
les hiboux de mer, les marteaux, les saupes, les congres,
les pagels, les squales-nez, les raies noires, les oeufs
durs, cuits sous la cendre ou frits dans la poêle,
le froment bouilli, le mets appelé tragos [ sont
difficiles à digérer]. La farine grossière
est plus difficile à digérer que l'orge
légèrement torréfiée. Le
petit épeautre, l'avoine et le pain qu'on fait
avec ces graines, les fèves, les gesses à
fleurs jaunes, les haricots, les phasèles, les
gesses ordinaires, les gesses chiches, les pois chiches,
le riz, les lupins, le grand millet, le petit millet,
et toutes les graines qui leur ressemblent, les lentilles,
les vesces, la graine de sésame, l'erysimum,
les châtaignes, les glands, les pommes, les poires,
les figues, les sorbes vertes, les raisins acides et
les raisins âpres, toutes les dattes, les caroubes,
le citron [se digèrent difficilement]; cependant,
si on emploie la partie extérieure du citron
comme médicament, elle favorisera la digestion,
ainsi que plusieurs autres substances âcres. Le
basilic, le navet à moitié cru, les oignons
de vaccet à moitié crus, la carotte, le
daucus, le carvi, toutes les racines des herbes potagères,
et toutes ces herbes elles-mêmes, à l'exception
de la laitue et de l'endive, les vins épais et,
nouveaux sont difficiles à digérer. L'eau
est aussi éminemment difficile à digérer.
19. ALIMENTS FAVORABLES À
L'ORIFICE DE L'ESTOMAC ET RENFORÇANT CETTE PARTIE.
Les dattes âpres, les coings,
les olives salées (mais celles qu'on conserve
dans le vinaigre sont les plus convenables), les raisins
secs légèrement astringents, le raisin
qu'on conserve dans le marc. La noix est plus favorable
à l'orifice de l'estomac que la noisette, et
elle l'est encore beaucoup plus quand on la mange avec
des figues sèches. Toutes les plantes épineuses
sont modérément favorables à l'orifice
de l'estomac : ce sont la cardousse, le carthame laineux,
l'épine blanche, le chardon à foulon,
le carthame des teinturiers, l'astragale, l'atragis
et l'artichaut, qu'on estime plus qu'il ne le mérite;
[il en est de même de] la racine de chervis bouillie.
Le gingidium ressemble à l'aiguillette et il
est très favorable à l'orifice de l'estomac,
qu'on le mange cru ou bouilli; mais il ne supporte pas
une ébullition prolongée. La moutarde,
le radis, le navet, le cresson, la pariétaire
d'Espagne, l'asperge royale et celle des marais, ainsi
que les tiges du houx-frelon, du palmier nain, du buisson
ardent et de la couleuvrée [sont favorables à
l'orifice de l'estomac], ainsi que la câpre salée.
Les oignons de vaccet excitent l'appétit. La
partie extérieure du citron renforce l'orifice
de l'estomac, si on la prend comme médicament.
Le vin âpre renforce l'orifice de l'estomac et
cet organe lui-même, surtout quand il est affecté
d'une intempérie chaude. L'absinthe et l'aloès
[renforcent l'orifice de l'estomac] à titre de
médicaments.
20. ALIMENTS NUISIBLES À
L'ORIFICE DE L'ESTOMAC.
Les baies du genévrier
causent des pincements à l'orifice de l'estomac,
et celles du cèdre en produisent encore de plus
forts. Les arbouses , le bouton d'or, la graine de gattilier
sont nuisibles à l'orifice de l'estomac; la bette
l'est tellement, qu'elle y cause des pincements quand
on en mange trop abondamment; il en est de même
pour la patience. Le basilic, le navet à moitié
cru, la bute, l'arroche, à moins qu'on ne les
mange avec du vinaigre, du garon et de l'huile [nuisent
à l'orifice de l'estomac]. Le fenugrec retourne
l'orifice de l'estomac, et il en est de même pour
le sésame. Le lait s'aigrit chez ceux qui ont
l'estomac froid, et il produit des éructations
nidoreuses quand cet organe est chaud; il est donc tout
simple qu'il nuise aussi aux fébricitants. Si
on prend beaucoup de miel, il tend à produire
des vomissements. Quand la pastèque n'est pas
bien digérée, elle produit habituellement
le choléra; car, même avant qu'elle soit
corrompue, elle favorise le vomissement; si on en mange
beaucoup, elle le produira infailliblement, à
moins qu'on ne mange après quelque mets imprégné
de bonnes humeurs ; le melon produit le même effet,
[mais non] au même degré. Toute cervelle
est nuisible à l'orifice de l'estomac et produit
des nausées, ainsi que la moelle des os. Le vin
noir et âpre s'aigrit facilement et tend à
produire le vomissement, ainsi que le vin épais
et nouveau. À titre de médicaments, l'aurone,
l'armoise maritime et l'aphronitron [nuisent à
l'orifice de l'estomac].
21. ALIMENTS QUI NUISENT À
LA TÊTE.
Les mûres, les mourons.
Tous les mets qui remplissent la tête à
cause de leur chaleur sont sujets à produire
de la céphalalgie, comme le vin, la moutarde,
le persil, le daucus, l'oignon, le smyrnium. Les arbouses,
les baies du genévrier et celles du cèdre,
la graine de chanvre, les racines du cistre, les dattes
quelles qu'elles soient, la roquette, le fenugrec, la
graine de lin [nuisent à la tête]. Le vin
paillet et âpre cause de la céphalalgie,
et affecte l'intelligence plus que le vin noir et âpre
; les vins odoriférants donnent aussi du mai
de tête; le vin aqueux n'affecte ni la tête
ni les nerfs et même le vin faible guérit
la céphalalgie qui provient des humeur: contenues
dans l'estomac. Le lait ne convient pas à la
tête, à moins qu'on ne l'ait extrêmement
forte. La macération du marc de raisin, qu'on
appelle piquette, donne de la céphalalgie, ainsi
que le raisin qu'on conserve dans le mare.
22. ALIMENTS EXEMPTS DE FLATUOSITÉS.
Les pois grecs, les haricots,
le cumin, la racine et la graine du laser sermontain,
la graine de gattilier, celle de chanvre, les fèves
torréfiées, les oignons de vaccet, qu'on
a fait bouillir pendant long-temps ou deux fois et qu'on
mange avec du vinaigre dans de l'huile et du garon,
le miel écumé. L'oxymel fait descendre
rapidement les flatuosités. Le pain d'orge, de
quelque manière qu'il soit préparé,
est très-peu flatulent. Les phasèles,
les gesses à fleur jaune, les gesses communes
et les gesses chiches tiennent le milieu entre les mets
exempts de flatuosités et les mets flatulents.
23. ALIMENTS FLATULENTS.
Les pois chiches, les lupins,
les phasèles, les gesses à fleur jaune,
le grand et le petit millet, et toutes les graines semblables.
Les fèves en purée constituent déjà
un mets flatulent; elles le deviennent encore plus,
quand on les mange bouillies en entier, ou de quelque
autre manière que ce soit. La bouillie faite
avec de l'alphiton est flatulente, mais, quand elle
a été pendant longtemps mélangée
et triturée, elle passe plus facilement par le
bas, surtout si on y a ajouté du miel. La bière,
tous les sucs naturels des plantes et sur-tout le suc
de Cyrène, la fritillaire des Pyrénées,
le suc et la racine de silphium [sont flatulents]. Les
flatuosités produites par les figues ne durent
pas longtemps, parce qu'elles descendent facilement;
peu s'en faut que les figues parfaitement mûres,
à l'exemple des figues sèches , ne causent
pas le moindre dommage. Les dattes vertes sont flatulentes,
ainsi que les figues [et] le navet à moitié
cru. Le lait dégage facilement des vents dans
l'estomac. Les oignons de vaccet à moitié
crus, le miel incomplètement bouilli [sont flatulents].
Les vins d'un goût sucré produisent aussi
des flatuosités qui cheminent lentement; quant
aux vins qui ont à la fois un goût sucré
et âpre, comme ils ne sont pas distribués
dans le corps, qu'ils ne descendent pas non plus [à
travers les intestins], mais qu'ils restent flottants
dans le ventre supérieur, ils développent
des vents dans cette partie; le vin nouveau est flatulent.
24. ALIMENTS DÉTERGENTS,
INCISIFS, DÉSOBSTRUANTS.
L'orge mondée déterge,
ainsi que le fenugrec, le melon, la pastèque,
les raisins secs sucrés, les fèves, les
pois chiches et surtout les pois chiches noirs qui broient
évidemment aussi les calculs dans les reins.
La câpre est formée de molécules
extrêmement ténues; donc, à l'état
salé, elle déterge, fait descendre la
pituite qui se trouve dans l'estomac, et évacue
les obstructions de la rate et du foie; il faut pour
cela la prendre avec du vinaigre miellé ou du
vinaigre et de l'huile, avant tous les autres aliments.
Le suc de bette est détersif et dissout les obstructions
du foie, surtout quand on le prend avec de la moutarde
ou du vinaigre; il en est de même pour la patience.
L'ortie a la vertu des substances à molécules
ténues. Les racines de gouet et d'asphodèle,
ainsi que les oignons de vaccet, ont des propriétés
atténuantes et désobstruantes; voilà
pourquoi quelques-uns donnent la tige verte d'asphodèle
aux gens qui ont la jaunisse comme un remède
très puissant. Les oignons, l'ail, les poireaux
et les poireaux des vignes atténuent et divisent
les humeurs épaisses et visqueuses; cependant,
quand on les fait bouillir deux ou même trois
fois, ils perdent, il est vrai, leur âcreté,
mais ils n'en continuent pas moins à atténuer.
La partie séreuse du lait atténue les
humeurs épaisses. Les figues détergent
: c'est là ce qui produit une expulsion abondante
de graviers chez les néphrétiques, quand
ils en mangent. Les figues sèches atténuent
et divisent, ce qui fait qu'elles purgent les reins.
Les baies de genévrier évacuent ce qui
est contenu dans le foie et dans les reins, et atténuent
les humeurs épaisses et visqueuses. Les amandes
détergent, atténuent et nettoient les
viscères, et donnent lieu à l'expulsion
des liquides de la poitrine et du poumon. Les pistaches
sont utiles pour renforcer le foie et pour évacuer
les humeurs qui causent des obstructions dans ses canaux.
Le radis a la propriété des substances
à molécules ténues. Le miel qui
se forme sur les plantes chaudes et sèches est
composé de molécules très-ténues;
voilà pourquoi l'eau miellée est bonne
pour l'évacuation des crachats. L'oxymel fait
expectorer facilement les matières qui ne sont
pas extrêmement visqueuses et épaisses;
il nettoie les viscères sans causer de dommage
; il est d'une grande utilité dans les affections
de la poitrine et du poumon. Les vins ténus sont
utiles à ceux qui ont une accumulation d'humeurs
épaisses, mais, quand les humeurs sont, en outre,
froides, ce sont les vins ténus, vieux et doués
d'âcreté, qui conviennent; le vin aqueux
est bon pour faire expectorer ce qui est contenu dans
le poumon, parce -qu'il renforce et qu'il humecte et
divise modérément les humeurs; le
vin d'un goût sucré convient aussi dans
les maladies aiguës pour favoriser l'expectoration,
quand la péripneumonie et la pleurésie
sont déjà arrivées à maturité.
25. ALIMENTS CAUSANT DES OBSTRUCTIONS.
Le lait qui contient beaucoup
de sérum est tout à fait exempt de danger,
même pour ceux qui en prennent habituellement;
mais celui qui contient peu de sérum et beaucoup
de matière caséeuse n'est pas sans inconvénient
pour ceux qui en prennent beaucoup, car il nuit aux
reins, du moins à ceux qui ont une tendance à
engendrer des calculs; il donne lieu aussi à
des obstructions du foie chez ceux qui ont de la prédisposition
pour cette affection. Les figues sèches ainsi
que les figues vertes sont nuisibles au foie et à
la rate enflammés, non qu'elles possèdent
quelque propriété particulière,
mais parce qu'elles rentrent dans la règle commune
à toutes les substances d'un goût sucré
(car toutes ces substances font du tort à la
rate et au foie) ; mais , quand ces organes sont affectés
d'obstruction ou de squirrhe, ces fruits n'exercent
par eux-mêmes sur eux aucun effet bien marqué,
ni en bien ni en mal, tandis que, si on les mêle
aux médicaments doués de propriétés
incisives et détersives, ils sont d'une utilité
assez appréciable. L'eau miellée ne convient
pas à ceux qui ont les viscères tuméfiés
par le squirrhe, l'oedème ou l'inflammation,
parce que le miel tend, par sa nature, à se convertir
rapidement en humeur bilieuse. La graine de pavot retient
les matières qui doivent être expulsées
de la poitrine. Les dattes grasses et sucrées
causent des obstructions, surtout quand elles sont vertes.
Tous les mets qu'on prépare avec des itria ou
de la farine sémidalique produisent des obstructions,
grossissent la rate et engendrent des calculs dans les
reins; il en est de même pour la farine de froment
prise avec du lait. L'alica ne convient pas à
ceux dont le foie est sujet à s'engorger facilement,
ni à ceux dont les reins ont de la prédisposition
à engendrer des calculs. Le vin d'un goût
sucré cause des obstructions et augmente les
tumeurs des viscères.
26. ALIMENTS PASSANT LENTEMENT.
Tous les mets préparés
avec des itria et de la farine sémidalique passent
lentement. Les fèves torréfiées,
les pains de fine fleur, les lentilles privées
de leur écorce, la cervelle, la moelle épinière,
le foie, le coeur, l'amouille coagulée, les oeufs
durs [passent lentement]; les oeufs cuits [sous la cendre]
passent plus lentement, et les oeufs frits dans la poêle
plus lentement encore. Les lupins, les haricots, les
pois grecs, le sésame, l'érysimon, les
glands, les pommes et les poires avant leur maturité,
les caroubes, le vin d'un goût sucré, et
encore plus le vin noir, âpre et sans goût
sucré, tout vin épais et nouveau [passent
lentement]. L'eau passe aussi très lentement.
27. ALIMENTS SE CORROMPANT
FACILEMENT.
Les pêches, les abricots,
les abricotins. Tous les fruits d'été
d'un tempérament humide se corrompent dans l'estomac,
à moins que cet inconvénient ne soit prévenu
par leur descente rapide; c'est pour cette raison qu'il
faut les manger avant les autres mets, car de cette
manière ils descendent eux-mêmes rapidement
et leur frayent le chemin; mais, quand on les mange
en dernier lieu, ils se corrompent eux-mêmes et
donnent en même temps lieu à la corruption
des autres mets.
28. ALIMENTS SE CORROMPANT
DIFFICILEMENT.
Les petites cames, les pourpres,
les buccins et tous les autres testacés qui ont
la chair dure; à ceux chez qui les aliments se
cor-rompent sous l'influence de mauvaises humeurs, nous
donnons ces animaux après les avoir fait bouillir
deux ou trois fois dans de l'eau excellente, et les
avoir transvasés dans de l'eau pure lorsque la
première paraît salée. Les homards,
les pouparts, les crabes, les langoustes, les salicoques
et tous les autres animaux semblables ont une chair
qui se corrompt difficilement, comme celle des testacés
à chair dure.
29. ALIMENTS RELÂCHANT
LE VENTRE.
La lentille, le chou, et, parmi
les animaux marins, presque tous ceux qu'on appelle
testacés, ont une nature composée de propriétés
opposées, car la partie solide, qui forme le
corps même de ces aliments, passe lentement et
resserre le ventre, tandis que la partie liquide l'excite
aux excrétions; si donc on fait bouillir des
lentilles, du chou ou quelqu'un des animaux marins susdits,
si on assaisonne ensuite le bouillon avec de l'huile,
du garou et du poivre, et qu'on le donne à boire
à un individu quelconque, on verra que le ventre
se relâchera après cette boisson. Le bouillon
des oursins et de tous les coquillages, ainsi que celui
des vieux coqs, relâche aussi le ventre. Si nous
voulons user du chou pour relâcher le ventre,
nous le retirons du vase qui est placé près
de nous et qui contient l'eau dans laquelle il a bouilli,
pour le jeter immédiatement dans de l'huile et
du garou; dans ce cas, il ne faut pas le faire bouillir
beaucoup. Les pains de son relâchent le ventre
parce qu'ils engendrent beaucoup d'excréments
dans cette cavité, et parce que le son est doué
de propriétés détersives. Le bouillon
de fenugrec cuit avec du miel peut, quand on le prend,
faire évacuer toutes les mauvaises humeurs qui
se trouvent dans les intestins; il peut aussi, par sa
vertu détersive, exciter ces organes à
l'excrétion, mais il faut que le miel qu'on y
mêle soit peu abondant, afin qu'il ne cause pas
de pincements. Les olives salées relâchent
le ventre, prises avec du garou avant le repas. De même
que les testacés, les escargots ont un jus qui
relâche le ventre; voilà pourquoi quelques-uns
les assaisonnent avec de l'huile, du garou et du vin,
et se servent du bouillon ainsi préparé
pour relâcher le ventre. Le lait plus ou moins
aqueux relâche davantage le ventre, tandis que
celui qui est plutôt épais produit cet
effet à un moindre degré. Le petit lait
est fortement laxatif, mais il faut y ajouter du miel
de qualité supérieure en quantité
suffisante pour lui donner un goût agréable
mais non pour retourner l'orifice de l'estomac; de même
on y ajoute aussi autant de sel qu'il faut pour ne pas
affecter désagréablement le goût;
si vous voulez que le petit lait relâche plus
fortement, ajoutez-y beaucoup de sel. La chair des animaux
tout à fait jeunes, ainsi que leurs extrémités,
traversent assez facilement les intestins; parmi les
poissons cartilagineux, la torpille et la pastenague
passent également assez vite. II en est de même
pour la mauve. La bette, la patience, l'ortie, le fromage
récemment coagulé pris avec du miel, l'arroche,
la blite, la courge, les pastèques, les melons,
les figues fraîches, les figues sèches,
les raisins sucrés [relâchent le ventre],
surtout s'ils sont humides. Les mûres, si elles
tombent dans un estomac pur et si on les prend en premier
lieu, passent très rapidement et frayent la route
aux autres aliments; mais, quand on les prend en second
lieu après d'autres mets, ou quand elles trouvent
des humeurs mauvaises dans l'estomac, elles se corrompent
très vite de la même manière que
les courges. Les noix, quand elles sont encore aqueuses,
conviennent pour faire aller à la selle; cependant,
quand elles sont déjà sèches et
qu'on les a fait macérer auparavant dans de l'eau,
elles produisent un effet analogue à celui des
noix vertes. Les prunes font aller à la selle;
mais, quand elles sont sèches et qu'on les fait
macérer dans de l'eau miellée très
chargée de miel, elles relâchent fortement
le ventre; elles produisent cet effet quand on les mange
seules, et, à plus forte raison, quand on boit
après de l'eau miellée; il est clair qu'on
favorise le relâchement du ventre, si, après
les avoir mangées [le matin] on boit du vin d'un
goût sucré, et si on attend ensuite quelque
temps sans déjeuner immédiatement après.
Les mûres, les cerises [relâchent le ventre].
Les abricots, les pêches, et toutes les substances
humides et aqueuses, en un mot toutes celles qui ne
montrent aucune qualité bien prononcée
au goût ou à l'odorat, passent facilement,
si le ventre est bien disposé pour les évacuations
alvines; sinon, elles restent suspendues dans l'estomac
et ne provoquent pas les excrétions, parce qu'elles
ne possèdent aucune propriété âcre
ou nitreuse. Cette classe de mets tient en quelque sorte
le milieu entre les aliments qui relâchent le
ventre et ceux qui le resserrent, en inclinant toutefois
un peu vers l'un des deux côtés, du moins
quand ils ne rencontrent pas un estomac tout à
fait paresseux à expulser les aliments, ou bien
un estomac doué d'une très forte puissance
de distribution : c'est pourquoi l'eau miellée
resserre quelquefois le ventre quand elle est distribuée
rapidement; dans ce cas, en effet, non seulement elle
n'excite pas le ventre à l'excrétion,
mais elle précède aussi les aliments,
auxquels elle est unie, dans les voies par lesquelles
s'opère la distribution [de l'aliment]; si, au
contraire, elle n'est pas avant distribuée rapidement
dans le corps, elle excite à l'excrétion,
parce qu'elle a quelque chose d'âcre. Le miel
aussi, quand il est sans mélange et qu'on le
lèche sans l'avoir fait bouillir, relâche
bien le ventre. L'eau miellée, cuite peu ou point
du tout, traverse les intestins avant d'être distribuée
dans le corps. L'oxymel racle l'intestin quand il est
faible. Le vin d'un goût sucré contribue
un peu à faciliter le passage des aliments à
travers le ventre; le vin nouveau fait aller à
la selle.
30. ALIMENTS RESSERRANT LE
VENTRE.
Les dattes âpres, les raisins
secs âpres, les mûres, les mourons, les
fruits de l'églantier encore plus, les baies
de myrte, les prunes sauvages, appelées en grec
proumna. Les pommes astringentes resserrent le ventre;
les pommes acides, si elles rencontrent dans le ventre
une humeur épaisse, produisent sur cette humeur
un effet incisif, la font descendre, et humectent par
là les excréments; mais, quand elles trouvent
le ventre pur, elles le resserrent plutôt; les
pommes qui ont un goût sucré sans être
âcres se distribuent plus facilement dans le corps,
tandis que celles qui sont en même temps âcres
passent par les selles ; les pommes aqueuses et sans
qualité sont désagréables au goût
et ne produisent aucun effet utile. Admettez que tout
ce que nous venons de dire des pommes se rapporte également
aux grenades et aux poires. Si on fait bouillir d'abord
le lait et qu'on en fasse disparaître le sérum,
il ne relâche pas du tout le ventre; si on y jette
des cailloux rougis au feu en assez grand nombre pour
consumer le sérum, le lait ainsi préparé
resserre, et nous le donnons à ceux qui éprouvent
des pincements dans le ventre par l'effet des excréments
acres; si on y jette des disques de fer rougis au feu,
ils produisent le même effet, non seulement au
même degré que les cailloux, mais encore
à un degré plus fort: cependant le lait
ainsi préparé se convertit facilement
en fromage dans le canal intestinal; pour cette raison
nous y ajoutons du miel et du sel; il est plus sûr
encore d'y verser de l'eau; il ne faut pas vous étonner
qu'après avoir consumé le sérum
nous versions de nouveau de l'eau dans le lait, car
ce n'est pas l'humidité du sérum que nous
redoutons, mais son âcreté, qui lui donne
la propriété de relâcher le ventre.
Les homards, les pouparts, les crabes, les langoustes,
les salicoques et tous les autres crustacés semblables
contiennent, il est vrai, moins d'humeur salée
que les testacés; cependant ils en contiennent
aussi, et, quand ils ont déposé cette
humeur dans l'eau, leur chair, ainsi que celle des huîtres
et des autres testacés, acquiert la propriété
de resserrer le ventre. Les lentilles et le chou, étant
bouillis deux fois et ayant perdu leur suc, acquièrent
la propriété de resserrer le ventre; et,
si nous voulons resserrer le ventre quand il est relâché,
nous rejetterons la première eau, aussitôt
que le chou semblera cuit, puis nous le mettrons de
suite dans de la nouvelle eau chaude, et après
cela nous l'y ferons de nouveau fortement bouillir,
de manière à lui donner une apparence
de gelée ; mais tout ce qu'on fait bouillir deux
fois ne doit être mis en contact ni avec l'air
ni avec l'eau froide, car, dans ce cas, il ne prend
plus une apparence de gelée, même quand
on le fait bouillir très-fortement. Les lentilles
privées de leur écorce perdent leurs propriétés
fortement astringentes et ne tarissent plus de la même
manière les fluxions qui ont lieu vers les intestins
; si donc, après les avoir mondées et
les avoir fait bouillir deux fois, on jette la première
eau, si ensuite, après y avoir mêlé
un peu de sel ou de garon, on y ajoute quelque substance
qui resserre le ventre, en assez petite quantité
pour ne pas offenser le goût, on aura préparé
aussi bien un médicament qu'un aliment très
agréable et très utile. L'alpinton bu
avec du vin âpre dessèche le ventre. Le
riz, le grand millet ou méline, le petit millet,
les gâteaux frits dans la poêle, le lièvre,
le vin noir et âpre sans avoir un goût sucré,
le vin blanc et âpre et le vin paillet et âpre
resserrent le ventre.
31. ALIMENTS ÉCHAUFFANTS.
Le froment bouilli et le pain
qu'on fait avec cette céréale, le petit
épeautre, l'avoine, le fenugrec, les baies de
genévrier, les dattes d'un goût sucré,
les pommes qui ont un goût sucré (mais
modérément), le sésame, l'erysimum
: c'est la raison pour laquelle ils ex-citent aussi
de la soif. La graine de chanvre, les raisins d'un goût-sucré
[échauffent]; voilà pourquoi ces derniers
excitent aussi de la soif. Les raisins secs d'un goût
sucré, la mauve (mais modérément),
le céleri, le smyrnium, la roquette, [la racine]
de radis [échauffent]. [Les tiges] de navet,
de radis, de moutarde, de cresson, de pariétaire
d'Espagne sont acres et chaudes. La carotte, le daucus,
le carvi échauffent manifestement. L'ail, l'oignon,
le poireau et le poireau des vignes sont très
acres; mais, quand on les fait bouillir deux ou trois
fois, ils perdent leur âcreté. Le fromage
vieux est chaud, et pour cette raison il donne de la
soif. Le vin d'un goût sucré est modérément
chaud : voilà pourquoi il excite de la soif;
le vin paillet est plus chaud que le noir; le vin jaune
est chaud au suprême degré; après
lui vient le vin paillet, ensuite le vin rouge, puis
le vin d'un goût sucré , et après
eux le vin blanc échauffe moins que tous les
autres; le vin très-vieux est éminemment
chaud.
32. ALIMENTS REFROIDISSANTS.
L'orge, de quelque manière
qu'on s'en serve, le petit millet, le grand millet,
les truffes, la courge bouillie, les pastèques,
les melons, les concombres, les prunes, les sycomores,
les raisins âpres et les raisins acides, les raisins
secs âpres. Les pommes astringentes contiennent
une humeur froide et terreuse, celle des pommes acides
est froide et subtile, tandis que les pommes tout à
fait exemptes de qualité, et pour ainsi dire
aqueuses, inclinent aussi du côté du froid.
Admettez la même chose pour les poires et les
grenades. Il y a encore un assez grand nombre de fruits
des arbres qui refroidissent, principalement ceux qu'on
ne saurait conserver en magasin. Les dattes astringentes
contiennent une humeur froide; la laitue, l'endive (mais
modérément) , le pourpier, la graine de
pavot [refroidissent] ; la dernière fait aussi
dormir, et, si on en prend beaucoup, elle fait même
tomber dans le cataphora; elle est utile à ceux
qui ont des fluxions tenant à la descente d'humeurs
ténues de la tête; la graine blanchâtre
est la meilleure. Les baies de myrte refroidissent et
resserrent à la fois; elles sont, en outre, douées
d'une certaine âcreté. La-morelle produit
un refroidissement astringent efficace. L'eau [refroidit].
Le vin aqueux ne réchauffe pas manifestement;
voilà pourquoi on le donne aussi sans grand danger
aux fébricitants. Pour du vin, le vin blanc et
âpre réchauffe très peu; mais le
vin qui est à le fois blanc, âpre, épais
et nouveau , refroidit d'une manière appréciable.
Il en est de même du vinaigre, mais il est subtil,
et, pour cette raison , il fait plus de tort aux nerfs
que les autres refroidissants, parce qu'il pénètre
dans la profondeur. Les pains lavés et l'amidon
tiennent, pour ainsi dire, le milieu entre les réchauffants
et les refroidissants, ainsi que les raisins vineux.
33. ALIMENTS DESSÉCHANTS.
La lentille et le chou dessèchent
de la même manière, et, pour cette raison,
elles obscurcissent la vue, à moins que tout
l'oeil ne soit par hasard plus humide que de coutume.
La tige du chou dessèche moins que ce légume
lui-même, tandis que, pour les autres herbes potagères,
la tige est plus sèche ; le contraire a lieu
pour le radis, le navet, la moutarde, le cresson, la
pariétaire d'Espagne et toutes les plantes âcres
dont la tige est plutôt humide. L'alphiton dessèche,
ainsi que la graine de gattilier. L'ers bouilli deux
fois et adouci à plusieurs reprises au moyen
de l'eau devient un aliment desséchant; l'ers
blanc est le meilleur. Tous les mets qu'on mange rôtis
ou frits dans la poêle donnent une nourriture
plutôt sèche, tandis que la nourriture
fournie par les mets qu'on fait bouillir avant de les
manger est plutôt humide ; celle enfin qu'on doit
aux mets préparés dans les plats tient
le milieu entre les deux espèces susdites; parmi
ces derniers ceux qui contiennent beaucoup de vin et
de garou sont plus desséchants que ceux qui n'en
contiennent pas; ceux qui sont moins abondamment pourvus
de ces deux ingrédients, ou qui contiennent une
assez grande quantité de vin nouveau, cuit, ainsi
que ceux qu'on fait bouillir dans la sauce simple, sans
apprêt et blanche, sont ordinairement plus humides
que ceux dont nous venons de parler; ceux qu'on fait
bouillir avec de l'eau seulement le sont
Page 254 encore plus que les derniers.
Une très grande différence dans la préparation
des mets se remarque encore d'après les propriétés
des graines et des plantes potagères qu'on y
ajoute; elles sont, il est vrai, toutes desséchantes,
mais les unes plus, les autres moins.
34. ALIMENTS HUMECTANTS.
L'orge mondée, la courge
bouillie, les pastèques, les melons, les concombres,
la noix verte, les prunes, les sycomores. Quand les
mûres ne se corrompent pas, elles humectent toujours,
mais elles ne refroidissent pas dans tous les cas, à
moins qu'on ne les prenne froides. La laitue humecte,
l'endive à un moindre degré qu'elle. Le
pourpier, la mauve [humectent] ; la blite et l'arroche
sont les plus aqueuses des herbes potagères.
Il existe encore un assez grand
Page 255
nombre de fruits humides provenant
d'autres arbres, surtout ceux qu'on ne saurait conserver
en magasin, La graine de laitue ainsi que celle de pavot
humectent également. Les fèves vertes,
les pois chiches verts [humectent]. L'eau humecte et
refroidit ; chauffée elle humecte et réchauffe.
Fin
du livre 3
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Volume
1 : livre 4 bas du livre
Page 256
1. DE LA PRÉPARATION
DES ALIMENTS.
[Tiré de Galien.]
1. En mondant comme il faut le grand épeautre
de qualité supérieure, on obtient le mets
appelé tragos. 2. On
fait du pain avec cette graine et avec le petit épeautre,
ainsi qu'avec l'orge, après les avoir aussi mondés;
car ils ont une pellicule à l'extérieur.
3. Si, après avoir moulu
le froment, on sépare avec un tamis la partie
la plus fine de la farine et qu'on fasse du pain avec
le reste, on aura les pains appelés pains de
son, tandis que les pains silignites et sémidalites
se font avec la partie la plus pure de la farine. 4. Les pains de farine pure exigent une plus
grande quantité de levure et une manipulation
plus forte; ils ne doivent pas être cuits immédiatement
après l'addition du ferment et après la
manipulation; pour les pains de son, au contraire, il
suffit d'une petite quantité de levure, d'une
manipulation
Page 257
faible et d'un court espace de
temps [entre la manipulation et la cuisson]. 5. De même les pains de farine pure ont
besoin d'une cuisson plus prolongée, tandis que
les pains de son exigent une cuisson plus courte. 6. Entre les pains les plus purs et les pains
les plus impurs, il y a une distance assez considérable
occupée par les degrés intermédiaires
; toutefois, il existe une espèce qui tient exactement
le milieu entre les deux : c'est le pain appelé
autopyre ou pain de ménage, fabriqué avec
de la farine non tamisée, c'est-à-dire
avec celle dont on n'a pas séparé la fleur
du son. 7. L'alphiton le meilleur se fait
avec de l'orge nouvelle modérément torréfiée;
mais, à défaut d'orge semblable, on le
fait aussi quelquefois avec les autres orges. 8. Tout alphiton bien préparé
a une bonne odeur, mais
Page 258
le plus odoriférant est
celui qu'on fait avec de l'orge nouvelle de qualité
supérieure, dont l'épi n'est pas tout
à fait sec. 9. Beaucoup
de gens bien portants sont dans l'habitude de jeter
de l'alphiton dans du vin nouveau cuit, dans du vin
d'un goût sucré ou dans du vin miellé,
quelquefois aussi dans de l'eau, et de boire ce mélange
en été deux ou trois heures avant le bain;
ils prétendent reconnaître que cette boisson
prévient la soif. 10.
On fait aussi la maza avec de l'alphiton qu'on a délayé
dans de l'eau. 11. L'alica appartient au genre
du froment. 12. Il faut prendre des précautions
pour les bouillies qu'on prépare avec [ce qu'on
appelle] l'alica lavé; cet alica lavé
est simplement une gelée obtenue en délayant
l'alica dans de l'eau ; comme cette gelée a besoin
d'une cuisson très prolongée, ceux qui
la préparent sont facilement induits en erreur,
en croyant qu'elle est suffisamment cuite, et [s'il
n'est pas assez cuit] l'alita lavé fait un
Page 259
tort assez grand aux malades,
parce qu'il se caillebote et s'épaissit en peu
de temps, attendu qu'il est glutineux. 13.
Il faut donc faire bouillir longtemps l'alica sur des
charbons, en le mêlant avec une grande quantité
d'eau, et en le remuant avec de l'aneth jusqu'à
ce qu'il soit cuit; c'est seulement alors qu'il faut
y ajouter du sel; vous ne gâterez rien, lors même
que vous ajoutez l'huile de suite. 14.
Quand les pincements vifs à l'estomac, ou le
passage de matières bilieuses, nécessitent
parfois, pour les gens en santé, l'usage de bouillies,
il faut leur donner à manger de l'alita, qu'on
aura fait bouillir pendant très longtemps jusqu'à
ce qu'il se prenne en gelée, et qu'on aura battu
ensuite de manière à le rendre semblable
à la crème de ptisane passée. 15. Il faut se servir de la même préparation
pour l'alica lavé. 16.
La ptisane sera convenablement préparée,
si elle se gonfle considérablement pendant qu'on
la fait bouillir, et si ensuite elle
Page 260
se prend en gelée par
l'action prolongée d'un feu doux. 17. On y mêle du vinaigre au moment où
elle a atteint son plus haut degré de gonflement.
18. Quand elle est complètement
cuite, il faut y ajouter du sel fin peu de temps avant
de la manger; l'huile, au contraire, peut y être
ajoutée de suite, sans que par là on nuise
à la cuisson; mais il ne faut pas y ajouter autre
chose, si ce n'est un peu de poireau et d'aneth; ces
substances doivent y être mises aussi dès
le commencement. 19. On doit d'abord faire macérer
l'orge crue dans de l'eau pendant un court espace de
temps, ensuite on la jette dans un mortier et on la
frotte avec les mains pourvues de quelque
chose de raboteux comme le spart, qui sert à
tisser des chaussures pour les bêtes de somme.
20. On cessera de frotter
dès qu'on aura détaché la pellicule
de l'orge; si toutes les pellicules n'ont pas été
enlevées, la ptisane acquiert par la coction
des propriétés plus ou moins déter-
Page 261
sives, mais elle n'acquiert aucune
autre qualité nuisible. 21.
La manière la plus mauvaise de préparer
la ptisane est la suivante : les cuisiniers triturent
l'orge crue dans un mortier avec de l'eau, et, après
l'avoir fait bouillir pendant quelque temps, ils y ajoutent
ensuite la boisson appelée hepsema ou siraeum
(c'est-à-dire vin nouveau cuit); quelquefois
aussi ils y mêlent en même temps du miel
et du cumin; de cette façon ils font plutôt
un cyceon que de la ptisane. 22.
Le mets appelé phacoptisane est un excellent
aliment, si on mêle les lentilles et l'orge mondée,
non à parties égaies, mais en mettant
moins d'orge mondée [que de lentilles], parce
que l'orge se convertit en gelée et se gonfle
considérablement, tandis que les lentilles se
gonflent peu quand on les fait bouillir. 23. L'assaisonnement est le même pour
ce mets que pour la ptisane, à cette exception
près
Page 262
que, si on y ajoute de la thymbre
ou du pouliot, il devient plus agréable et en
même temps plus facile à digérer,
tandis que la ptisane ne se prête pas à
cet assaisonnement, mais n'admet que l'aneth et le poireau.
24. La plus mauvaise manière
de préparer les lentilles, c'est de les faire
bouillir avec du vin nouveau cuit, comme le font les
cuisiniers pour les gens du peuple. 25.
Si on veut faire bouillir du porc avec ces mets, on
constatera que la viande fraîche et surtout les
pieds vont bien avec l'orge mondée, et le porc
salé avec les lentilles; de même, la viande
qui tient le milieu entre ces deux espèces, c'est-à-dire
la viande récemment salée, va bien avec
la phacoptisane, tant sous le rapport du goût
que sous celui de la facilité de la digestion.
26. C'est aussi un bon aliment
que la bouillie de lentilles et de bette; il faut y
mettre beaucoup de bette et une quantité un peu
considérable de sel ou de garon doux ; car, ainsi
Page 263
préparé, ce mets
relâche mieux le ventre. 27.
La courge aime naturellement à être assaisonnée
avec de l'origan, à cause des propriétés
aqueuses dont elle est douée par nature; car
toutes les substances semblables ont besoin d'être
mélangées à des ingrédients
d'un goût âcre, acide, âpre ou salé,
si on veut qu'elles ne soient pas désagréables
à prendre et qu'elles ne causent pas du dégoût
à ceux qui les mangent. 28.
C'est un mets très appétissant que la
courge préparée dans le plat avec du poisson
salé, surtout si ce poisson est une des salaisons
du Pont qu'on appelle ombrines. 29.
Il faut faire bouillir fortement les navets; ceux qu'on
a fait bouillir deux fois sont les meilleurs. 30. On mange aussi la racine de gouet de la
même manière que le navet. 31. Dans certains pays, cette racine est plus
âcre
Page 264
[que dans d'autres] ; à
Cyrène et dans mon pays, cette plante se comporte
d'une manière opposée, car, à Cyrène,
le gouet est très peu âcre et n'a presque
pas le goût de drogues, de sorte qu'il est même
préférable aux navets. 32.
On donne également à manger la racine
de serpentaire en la faisant bouillir deux ou trois
fois, et la racine d'asphodèle, en la préparant
comme les lupins. 33.
Quand nous faisons bouillir deux fois de semblables
substances, il convient, lorsqu'elles semblent avoir
atteint un degré modéré de cuisson,
de jeter la première eau et de les transvaser
immédiatement dans de l'eau chaude ; il faut
ensuite les faire bouillir fortement une seconde fois
dans cette dernière eau, de façon à
ce qu'elles forment une gelée; car la substance
qu'on fait bouillir deux fois ne doit toucher ni à
l'air ni à l'eau froide, parce que, clans ce
cas, elle ne forme plus une gelée parfaite, lors
même qu'on la ferait bouillir pendant très
longtemps. 34. Quand on a fait bouillir deux
fois les escargots et qu'on les a assaisonnés,
il faut les faire bouillir une troisième fois
jusqu'à ce qu'ils soient devenus gélatineux,
car, de cette façon, ils deviendront nourrissants;
mais, pour relâcher le ventre, on se sert du bouillon
obtenu en les assaisonnant immédiatement avec
de l'huile, du garon et un peu de vin. 35.
Les substances propres à être salées
sont celles dont la chair est à la fois dure
et imprégnée d'humeurs excrémentitielles;
car celles dont la structure solide est ou extrêmement
molle ou extrêmement sèche et dépourvue
d'humeurs excrémentitielles ne se prêtent
pas à cette opération. 36.
Si donc on saupoudre de sel des animaux secs, ils cessent
d'être mangeables parce qu'ils se racornissent
: tel est par exemple le lièvre; mais la chair
des cochons gras et d'un âge moyen est propre
à être salée, parce qu'elle est
à l'abri de ces deux inconvénients : à
savoir, la sécheresse des individus âgés
et l'humidité exagérée des jeunes
pores ; car, tandis que les substances sèches
deviennent semblables à du cuir quand elles sont
salées, les substances démesurément
humides, au contraire, deviennent diffluentes et se
fondent quand elles sont en contact avec le sel. 37. Pour cette raison donc, tous les poissons
qui ont la chair molle et dépourvue d'humeur
excrémentitielle ne se prêtent pas non
plus à cette opération ; tels sont, par
exemple, ceux qu'on appelle poissons de roche et les
motelles de la haute mer; mais les bolty, les ombrines
et les petits thons peuvent être salés,
ainsi que les thons de l'Océan, les sardines
et les poissons appelés Sexitanes. 38. De même les animaux marins de grandeur
démesurée s'améliorent par la salaison,
parce que leur chair est imprégnée d'humeurs
excrémentitielles, tandis que les rougets ne
sont pas propres à être salés, attendu
qu'ils ont la chair sèche et dépourvue
d'humeurs excrémentitielles. 39. Il ressort évidemment de ce que nous
venons de dire que toutes les substances dures, nerveuses
et, pour ainsi dire, coriaces, deviennent difficiles
à digérer quand elles sont salées,
tandis que celles qui ont la disposition contraire prennent
elles-mêmes des particules ténues et atténuent
les humeurs épaisses et glutineuses. 40. Les meilleures salaisons, d'après
mon expérience personnelle, sont celles de Cadix,
qu'on appelle actuellement sarcles, et les ombrines
qu'on apporte du Pont; les bolty, le petit thon et les
salaisons appelées Sexitanes occupent après
elles le second rang. 41.
Toute cervelle s'améliore sous tous les rapports
quand on la prépare avec des ingrédients
incisifs et réchauffants. 42.
Il faut préparer la sauce blanche simple avec
de l'eau seule, de l'huile, de l'aneth et un peu de
poireau, en y ajoutant, après qu'elle a suffisamment
bouilli, une quantité modérée de
sel. 43. Le bouillon de la plupart des
substances, ou même de toutes, se sale toujours
d'autant plus qu'on le fait bouillir plus longtemps
; plus tard il devient même amer, mais la substance
solide qu'on fait bouillir dans l'eau y dépose
les qualités qu'elle avait auparavant et acquiert
à la longue la saveur qu'on appelle sans qualité
et aqueuse, sans contracter aucun goût salé,
amer ou astringent. 44.
Si donc on s'avise de faire bouillir deux ou trois fois
les substances amères, elles perdront entièrement
dans l'eau leur amertume et appartiendront aux substances
sans qualité ; de même les substances âcres
perdront leur âcreté, si on les fait bouillir
de cette manière; la même chose peut se
dire également des substances astringentes. 45. L'eau même, quand on la fait bouillir
toute seule pendant longtemps, devient plus salée
qu'elle ne l'était auparavant.
2. DE LA PRÉPARATION
DES ALIMENTS.
(Tiré de Rufus.)
[Ce chapitre se trouve dans le
traité Du
régime,
dans le premier livre, vers la fin.]
1. Tous les mets que nous mangeons rôtis
dessèchent; tous ceux que nous mangeons bouillis
humectent, même quand par nature ils ne produiraient
pas cet effet. 2. Les mets diffèrent aussi
sous le rapport des assaisonnements qu'on y mêle,
comme le coriandre, l'aneth, le cumin, les poireaux
et tous les autres ingrédients qui servent encore
de condiment à la viande. 3.
Les assaisonnements doivent se révéler
très peu au goût; car les mets trop relevés
font sentir à l'estomac l'excès d'assaisonnement.
4. La meilleure manière
d'assaisonner la viande est de le faire dès le
commencement; celle à laquelle on a ajouté
plus tard quelque chose est moins bonne, car, dans ce
cas, la cuisson est inégale; cette addition conviendra
[seulement] aux viandes fortes; c'est aux mêmes
viandes qu'il importe d'ajouter aussi une grande quantité
de sel pour consumer la graisse, car le gras s'imbibe
de sel; [puis] il faut employer un feu très fort;
si, au contraire, on veut rôtir les viandes maigres
ou contenant peu de sang, on se servira d'un feu plus
doux. 5. Les viandes de chèvre
ou de brebis qu'on fait bouillir doivent toutes être
cuites après le solstice d'été,
car, à cette époque, elles ont une odeur
plus mauvaise que pendant le reste de l'année;
cela est bien plus prononcé pour les béliers
et pour les boucs; et même leur chair rôtie
aura une odeur plus ou moins désagréable.
6. Quand on fait cuire ces viandes,
on doit ôter le couvercle, les faire bouillir
dans une grande masse d'eau et les transformer par les
assaisonnements; tous les os revêtus de viande
ayant une mauvaise odeur doivent aussi être cassés
et écrasés; car la moelle est la partie
qui se pourrit la première; or, si elle n'est
pas pourrie, elle est très grasse et très
agréable. 7. Il faut distinguer les viandes
qui doivent être bouillies fraîchement tuées
de celles qui doivent l'être après avoir
été conservées : d'abord toutes
les viandes des animaux sauvages doivent être
bouillies après avoir été conservées;
parmi les animaux domestiques, le porc, le mouton et
la chèvre exigent une cuisson immédiate;
mais le boeuf doit être bouilli plus tard; parmi
les oiseaux, il faut cuire après quelque temps
les grandes espèces, les oiseaux de marais, les
coqs, le ramier, la perdrix, le paon et le coq de bruyère;
mais la tourterelle, le pigeon et la grive doivent être
cuits de suite; tous les poissons doivent être
bouillis quand ils palpitent encore, car ils ne supportent
pas qu'on les conserve. 8. Toutes
les viandes qu'il convient de laisser vieillir et de
faire bouillir ensuite sont rendues plus cassantes à
l'aide du vinaigre. 9. Quant
aux poules, il faut les fatiguer en les pourchassant,
et de plus verser dessus du vinaigre [quand on les a
tuées]; cependant il peut suffire aussi de les
pourchasser; car, même si vous faites bouillir
immédiatement après la chasse un animal
sauvage quelconque, il n'y aura pas de grand motif de
blâme; cependant n'approuvez pas outre mesure
cette façon d'agir. 10.
On doit admettre que les grêlons (ladrerie), qu'on
trouve dans les chairs, et qui se forment chez les porcs,
rendent, s'ils sont en petit nombre, la viande plus
agréable, mais que, s'ils sont plus nombreux,
ils la rendent plutôt humide et désagréable.
11. Il faut donc tâcher d'éviter
de se servir de viandes pareilles; si on est obligé
parfois de les employer, il faut y ajouter un peu
de cire, ou, lorsqu'on les fait rôtir, graisser
la broche de cire. 12.
On reconnaîtra chez l'animal vivant s'il y a des
grêlons, en inspectant le voisinage de la langue;
car c'est là que se révèle la maladie,
ainsi qu'aux pieds de derrière, parce qu'ils
sont toujours en mouvement. 13.
Ceux qui veulent accélérer la cuisson
ajoutent les uns du natron, d'autres du suc de silphium,
d'autres de la cire, d'autres du suc de figues et surtout
celui des figues sauvages; de cette manière on
accélère aussi la cuisson des viandes
qu'on fait rôtir. 14.
Les sauces comme le myttoton, celle à la menthe
ou au céleri, et celles qu'on prépare
avec du fromage et du vinaigre, ont toutes pour but
principal de faciliter la digestion; mais le myttoton
relâche à cause de l'ail. 15.
Les viandes qui conviennent aux vieillards sont celles
qu'on bat avant l'ébullition et qu'on fait macérer
doucement dans de l'eau contenant du sel et du thym
ou de l'origan de bouc. 16.
Il ne faut pas laisser vieillir les poissons avant de
les cuire, à l'exception des poissons très
durs; il ne faut pas non plus les battre, si ce n'est
les mollusques, mais on doit d'abord les macérer
tous, comme on le fait pour la viande, dans de l'eau
contenant du sel et du thym; quant à la viande
des quadrupèdes, après l'avoir ainsi fait
bouillir, on la soumettra [de nouveau] à une
forte ébullition afin qu'elle s'assimile rapidement;
mais les poissons, on ne doit ni les soumettre à
une ébullition préalable, ni les griller,
mais seulement les couvrir de feu, car, de cette façon,
leur peau se détache complètement, et
ce qu'ils ont de glutineux est absorbé. 17. Il convient de faire bouillir aussi simplement
que possible ceux; qu'on ne peut griller. 18. On traite de la même manière
les oiseaux et la viande, quand on a affaire à
quelqu'un qui aime les choses bouillies. 19. Si, après avoir fait bouillir fortement
les huîtres, on les grille et on les mange ensuite
avec un peu de moutarde et de poivre, on les trouvera
non moins dignes de louange, même pour les malades,
que les testicules de coq bons à manger. 20. Le coing ne se corrompt pas du tout, et
on le prend avec du miel cuit et un peu de vin, après
avoir ôté l'écorce; ou bien on ôte
les graines, on verse dedans du miel, on enduit complètement
le fruit de pâte de farine et on le met dans de
la braise jusqu'à ce que la pâte soit brûlée;
alors on ôte la pâte, le fruit est entièrement
cuit et il a absorbé tout le miel.
3. DE LA PRÉPARATION
DES ALIMENTS.
(Tiré de Dioclès.)
1. Comme la plupart des mets ont besoin de
quelque préparation, et s'améliorent,
les uns par ce que nous y ajoutons, d'autres par ce
que nous leur enlevons, ceux-ci enfin, parce que nous
changeons certaines choses d'une façon ou d'une
autre, il convient peut-être de dire quelques
mots sur ce sujet. 2. Ce
n'est pas la partie la moins importante de ces opérations,
tant sous le rapport de la santé que sous celui
de l'agrément, que le nettoyage des mets quand
ils sont encore crus; il faut, avant tout, s'occuper
d'abord de ce soin, en retranchant ce qui est inutile
et en purifiant les substances qui ont certaines qualités
désagréables. 3.
On purifie toute chose, soit en la faisant bouillir,
soit en la macérant, soit en la lavant à
plusieurs reprises ; on fera donc bouillir ce qui a
quelque amertume ou âpreté dans de l'eau,
et dans du vinaigre coupé les substances qui
ont une âcreté mordante; on enlèvera
le goût salé par la macération,
et on lavera les substances qui ont certaines impuretés.
4. Le feu et aussi les assaisonnements
qui conviennent à chaque mets enlèvent
surtout les mauvaises odeurs et les mauvaises qualités
des sucs des aliments qu'on fait bouillir ou rôtir,
et corrigent le défaut de suc. 5.
Dans ce but il faut jeter sur tous de la rue, du cumin,
de la coriandre, ainsi que les autres assaisonnements
verts, mais aucune substance pulvérisée;
dans les mets qui réclameraient quelque chose
de semblable on mettra le suc des ingrédients
écrasés; il y a encore l'origan, le thymbre,
le thym, le sel, le vinaigre, l'huile, qui tous ont
leurs propriétés spéciales. 6. Le fromage, de quelque espèce qu'il
soit, est moins bon que les ingrédients susdits;
celui qui entraîne le moins d'inconvénients
est le fromage de chèvre fait avec de la présure,
quand il est de bonne odeur, qu'il n'est pas vieux et
qu'on en prend peu, surtout s'il est grillé.
7. S'il est quelquefois nécessaire
d'y mettre du silphium, il faut prendre celui qui est
très blanc, très odoriférant et
très amer; car c'est dans les odeurs que consistent
l'agrément et les propriétés des
assaisonnements. 8. L'épaisseur qu'on obtient
par une grande quantité de fromage, par le sésame,
le silphium, et par la multitude des ingrédients
pulvérisés, n'ajoute rien à l'agrément,
mais elle rebute souvent. 9. Il
convient de faire bouillir les mets secondaires, qui
n'ont pas besoin d'une grande amélioration ou
qui n'en exigent pas du tout, dans de l'eau simple,
pour ainsi dire, et ceux qui ont une mauvaise odeur,
qui sont humides ou peu succulents, dans de l'eau vinaigrée.
10. Il est également bon
de faire bouillir dans de l'eau et du vinaigre les mets
aqueux et fades, et dans du vinaigre doux ceux qui contiennent
plutôt des sucs mauvais ou qui sont un peu âpres.
11. Le point le plus important
est de préparer et de mêler les ingrédients
de la manière qui convient aux saveurs et aux
odeurs de chaque mets sans y mettre rien de pulvérisé;
on atteindra le mieux ce but en tâchant de faire
en sorte que le mélange ne soit imprégné
d'aucune odeur ou d'aucune saveur, et qu'il ne se manifeste
qu'une seule odeur et qu'une seule saveur, celles, bien
entendu, qui conviennent à chacun des mets qu'on
prépare. 12. On fera bouillir tous les mets
sur des charbons d'une manière égale;
lorsqu'ils seront cuits, on les ôtera du vase,
quand les liquides sont encore en ébullition,
et on ne les laissera pas tremper dans le bouillon pendant
qu'il se refroidit, excepté les mets qu'on mange
avec le bouillon. 13.
Il faut rôtir tous les mets sur un feu doux et
égal, et chercher à enlever plutôt
les sucs aux substances qui en ont de mauvais, tandis
qu'il faut plutôt rendre succulents ceux qui contiennent
de bons sucs.
4. DU CHOU.
(Tiré de Mnésithée
de Cyzique.)
1. Il faut hacher le chou avec un fer aussi
tranchant que possible, ensuite le laver et laisser
écouler l'eau; on hachera en même temps
avec lui de la coriandre et de la rue en quantité
suffisante; puis on l'arrosera d'oxymel et on y ajoutera
au moins une petite quantité de silphium râpé.
2. Si vous voulez prendre une
jatte de ce chou, [faites-le, et] il ne se formera rien
de mauvais dans votre corps; et même si préalablement
il existait déjà quelque chose de mauvais,
le chou le poussera dehors; si un obscurcissement survient
aux yeux, il le dissipe; les étouffements, et
de plus les accidents malencontreux qui pourraient exister
clans la région du diaphragme et des hypocondres,
ainsi que les affections de la rate, le chou les enlève
également; quand cet organe est d'un volume exagéré,
il l'affaisse; et, lorsqu'on mange le chou cru, il est
d'un effet admirable chez les gens atrabilaires, car
il purge les veines. 3. Contre
la goutte, il n'y a rien qui soit comparable au chou
ainsi préparé et donné de grand
matin à jeun. 4. Contre
la dysenterie il faut prendre du chou, le faire bien
macérer clans une grande quantité d'eau,
le mettre ensuite dans de l'eau chaude et le faire bouillir,
jusqu'à ce qu'il forme une gelée; après
avoir décanté toute l'eau, on verse de
l'huile dessus, puis on fait bouillir fortement le tout
ensemble; ensuite on met le tout dans un pot et on y
ajoute, en l'émiettant, une préparation
farineuse, ou bien on mange seul le chou, et on le donne
froid. 5. On ne fera pas cela seulement
une seule fois, mais chaque jour de grand matin pendant
plusieurs jours de suite; cependant il ne faut pas en
prendre beaucoup, afin que cela ne devienne pas fâcheux.
5. DE LA PRÉPARATION
DU PAIN
(Tiré de Dieuchès.)
1. Il faut faire le pain avec l'espèce
de froment à farine légère; elle
doit être aussi peu glutineuse que possible, et
très légèrement fermentée
avec de la levure douce, de façon que la pâte
soit très solide ; on la triturera pendant longtemps.
2. La cuisson opérée
dans un four chauffé par le bas me semble mieux
assurée que celle opérée dans un
four chauffé de tous les côtés,
et celle dans la tourtière l'est encore plus,
car elle est douce et prolongée, et le pain n'est
guère exposé à être brûlé
par le feu, pendant qu'on le cuit, parce que l'action
du feu est au dehors. 3. Le
pain cuit dans le four chauffé de tous côtés
est plus sec et plus agréable à manger
que celui qu'on cuit dans le four chauffé par
le bas, mais ce mode de cuisson n'est pas sûr,
parce qu'il peut arriver que la partie extérieure
étant vite brûlée, l'intérieure
reste crue. 4. Le pain cuit sous la cendre
est le plus sec de tous les pains, mais ce mode de cuisson
a encore plus d'inconvénients que le four chauffé
de tous côtés; il faut qu'on ait beaucoup
de charbons ardents, et que sur ces charbons il y ait
une quantité considérable de cendres.
5. La meilleure pâte est
celle qu'on fait avec l'espèce légère
de farine et non avec de la sémidale; il convient
qu'elle soit suffisamment triturée et qu'elle
soit plus molle que celle dont on fait le pain cuit
dans le four chauffé de tous côtés;
ensuite on mettra la pâte sur la cendre placée
sur le feu, on la couvrira d'une nouvelle quantité
de cendres, puis on jettera dessus autant de charbons
ardents que possible, et, pendant qu'on cuit le pain
on fera principalement agir le feu en dessus. 6. Ce pain est le plus sec de tous; il peut
être très utile, quand le ventre est relâché,
que la digestion languit, ou qu'il y a beaucoup de pituite
dans les intestins.
6. DE L'ALPHITON.
(Tiré de Dieuchès.)
1. On peut employer l'alphiton en boisson ou
en bouillie, soit en le jetant, lorsqu'il est aussi
fortement torréfié que possible, dans
du bouillon de poulet en ébullition (dans ce
cas on ne remue pas, mais on le laisse se prendre en
gelée et on le fait arriver doucement à
une température tiède sur le feu ou sur
l'eau chaude, de façon que sa cuisson soit complète),
soit dans du bouillon d'agneau ou de jeune bouc et qui
n'est pas tout à fait exempt de graisse, soit
dans du bouillon de cochon de lait; enfin on fait bouillir
l'alphiton pour les individus affectés de dysenterie.
2. On peut, dans ce cas, se contenter
d'ajouter à un quart de choée du meilleur
alphiton à très gros grains deux cotyles
de lait, le tiers d'eau et trois oboles de têtes
de pavot légèrement torréfiées;
il faut les mêler aux ingrédients triturés,
faire bouillir le tout ensemble et l'administrer après
qu'il a acquis la consistance d'une bouillie; il donne
du repos aux malades en leur procurant une suspension
des selles et du sommeil. 3. On
ne doit pas se servir souvent de cette préparation,
mais seulement trois ou quatre fois, car elle produit
une certaine faiblesse, et les urines deviennent rares
chez ceux qui en prennent beaucoup; il faut en user
surtout chez les gens forts. 4.
On fait aussi de l'alphiton avec l'avoine; on la torréfie
tout entière avec l'enveloppe; on la monde, on
la triture et on l'écrase, comme on le fait pour
l'alphiton d'orge; l'alphiton d'avoine est meilleur
et un peu plus exempt de flatuosités que l'alphiton
d'orge.
7. DE LA PRÉPARATION
DES ALIMENTS.
(Tiré de Dieuchès.)
1. Pour les gens très faibles et qui
ne peuvent pas encore supporter des aliments plus épais
que l'eau, le mieux est de faire macérer ou bouillir
ou de triturer les aliments dans la boisson qu'on leur
destine; car de ce mode d'administration il résulte
qu'une partie de tous les aliments atténuée
et réduite en vapeur se distribue dans le corps,
qu'il ne reste de matière excrémentitielle
ni dans le ventre inférieur, ni dans le supérieur,
enfin que, pendant tout le cours de la journée,
la boisson et l'aliment se distribuent simultanément
dans le corps. 2. Cette manière de donner
de la nourriture conviendra surtout aux gens chez qui
le ventre est resserré et n'est point dérangé
; car ils ont besoin d'une nourriture à la fois
pesante et ténue. 3. On
peut donc faire macérer l'alphiton desséché
et le mets appelé éricides; mais le pain
mis en morceaux aussi chaud que possible et macéré
est la préparation qui a la plus grande efficacité;
on pourra également faire macérer de la
même manière du froment torréfié
et écrasé. 4. Cependant
les boissons [alimentaires] obtenues par la décoction
sont encore meilleures et nourrissent encore plus. 5. Pour ceux donc qui ont la fièvre
et chez qui les crises ne se font pas facilement, il
ne faut pas monder l'orge, mais la faire bouillir dans
de l'eau après l'avoir lavée; on élèvera
d'abord l'eau à une température tiède,
puis on jettera cette première eau pour verser
dessus une nouvelle quantité, dans laquelle on
fait bouillir l'orge ; la décoction sera bonne,
si on verse dix cotyles d'eau sur une mine d'orge on
fait bouillir jusqu'à ce que l'orge crève
; ensuite on décante la partie la plus ténue
de l'eau et on la donne soit seule, soit mêlée
à du miel. 6. Cette
boisson facilite les déjections alvines, pousse
aux urines et nourrit fortement. 7.
On donne encore l'orge changée par la torréfaction
en alphiton, appelée aussi cachrys; avant de
moudre cette orge torréfiée, on ôtera
avec légèreté la glume brûlée,
qui y est restée attachée, et on fera
bouillir l'orge après l'avoir fait macérer.
8. Cette boisson resserre le ventre
plus que celle dont nous avons parlé en premier
lieu; on doit la faire bouillir dans de l'eau ainsi
que l'orge crue. 9. On peut aussi faire bouillir
dans de l'eau ce qu'on appelle éricides, en s'abstenant
de remuer, afin que la décoction soit aussi claire
que possible. 10. On pourra aussi faire bouillir
du pain fermenté sec ou frais, du froment cru
ou torréfié, du petit millet et presque
tous les aliments qu'on supposera convenir au malade,
soit dans la boisson qu'on lui donne, soit dans le bouillon
d'agneau et dans plusieurs autres bouillons. 11. Les boissons alimentaires obtenues par la
trituration sont plus épaisses et plus actives
que celles qu'on obtient par la macération ou
la décoction; on peut triturer aussi dans la
boisson du malade presque tous les aliments dont nous
venons de parler. 12.
Il y a, en outre, plusieurs fruits d'arbre et plusieurs
graines farineuses, dont on peut se servir, chez certains
malades, à titre de nourriture ou pour ranimer
les forces, en les pilant, les triturant, et les passant
pour les mêler à la boisson qu'on doit
administrer. 13. Il faut triturer les pains,
soit secs, soit frais, et les popana, en les délayant
dans de l'eau après les avoir fait macérer;
on doit ensuite les passer à travers un linge.
14. Afin que la blancheur du pain
ne se trahisse pas, on peut mêler à cette
préparation des graines de concombre torréfiées,
des amandes, des pignons ou des sorbes; on ajoute à
chacun de ces ingrédients, ou à plusieurs,
ou à tous à la fois, de la graine d'aneth
ou de fenouil ; on donne le tout dans de l'eau miellée
aux fébricitants, dans de l'eau miellée
et dans du vin à ceux qui ne le sont pas. 15. Le petit millet et le grand millet triturés
conviendront, surtout quand ils sont torréfiés
et mondés, à ceux dont le ventre est surchargé
de bile et qui ont des déjections nombreuses
et ténues. 16.
On triture et on délaye en même temps dans
de l'eau une quantité qui ne soit pas moindre
d'un oxybaphe dans dix oxybaphes d'eau pour chaque malade;
on passe à travers un linge serré et on
ajoute à un cotyle d'eau une quantité
moyenne de vin âpre pour le donner à jeun.
17. Il conviendra de triturer avec
le petit millet des châtaignes en petit nombre
avec leur écorce intérieure; en passant
les châtaignes à travers un tamis conjointement
avec le petit millet, on obtiendra une bouillie pour
les fébricitants. 18.
La plus faible de toutes les bouillies qu'on puisse
donner est celle qu'on fait avec l'orge torréfiée;
on prend un demi-chénice d'orge pour six cotyles
d'eau; quand la bouillie est complètement cuite,
il convient de la remuer comme on fait pour l'orge mondée
et de la passer. 19. Ainsi préparée,
cette bouillie fait moins aller à la selle que
celle d'orge mondée, et elle est plus claire.
20. Le bormos, que quelques uns
appellent bramas (avoine), est, de toutes les graines
farineuses, la plus facile à digérer;
la bouillie qu'on en fait est la meilleure; elle est
plus forte que celle d'orge torréfiée,
et plus faible, mais plus agréable que celle
d'orge mondée ; on la fait bouillir de la même
manière que l'orge mondée, dans la proportion
d'un cotyle d'avoine pour dix cotyles d'eau. 21. On prépare la bouillie de lentilles
après avoir ôté leur écorce
sans les torréfier ; dans ce but, on mêle
aux lentilles une quantité double de cendre très
fine de bois de sapin, puis on frappe doucement jusqu'à
ce que l'écorce soit bien enlevée; on
secoue ensuite le tout sur un crible fin et la cendre
va au fond; quant aux lentilles, on les fait bouillir
après les avoir lavées plusieurs fois,
en y ajoutant un peu d'aneth ou de pouliot sans huile;
on y mettra une quantité moyenne de sel et on
versera dessus un peu de vinaigre, quand la bouillie
est complètement cuite; chez les malades qui
n'ont pas de fièvre, et chez ceux qui ont de
la tendance à la diarrhée, on y ajoute,
au lieu de vinaigre, un cyathe de vin très odoriférant.
22. On soulagera aussi le ventre
en faisant bouillir conjointement avec les lentilles
des poires ou des coings coupés par morceaux
sans y mettre du vin ou du vinaigre; on fera bouillir
un cotyle de lentilles dans sept cotyles d'eau. 23. Chez certains malades, dont il faut rendre
les selles liquides, on peut employer la bouillie de
lentilles en faisant bouillir avec elle les feuilles
du sommet des jeunes pieds de bette ou de la mauve,
ou du concombre ou de la courge, coupés par petits
morceaux. 24. On emploiera l'amidon chez
ceux qui sont atteints de dévoiement pendant
la fièvre ; on peut en mêler aussi aux
lentilles pour resserrer le ventre; on peut s'en servir
également avec du lait, soit qu'on coupe ce liquide
avec de l'eau, soit qu'on l'emploie seul; cette préparation
convient encore mieux à ceux qui ont la dysenterie
ou un catarrhe accompagné de toux; on fera bouillir
dix drachmes d'amidon dans quatre cotyles de liquide.
25. Le petit millet convient très
peu aux fébricitants, il est vrai, mais parfaitement
bien à ceux qui sont incommodés du côté
du ventre; on fera bouillir un oxybaphe de petit millet
dans dix oxyhaphes d'eau ; on le triturera dans un mortier
en versant dessus la quantité susdite d'eau;
après l'avoir délayé et passé
au tamis, on fait bouillir, en y mettant un peu d'aneth
et de sel. 26. On mêlera la bouillie
de petit millet passée au tamis à celle
de lentilles et à celle d'orge mondée;
de même on peut mettre dans une bouillie quelconque,
excepté dans celle de lentilles, des graines
de concombre crues au lieu d'huile. 27.
Mêlez aussi soit la noix de pomme de pin appelée
strobile, soit des noisettes ou des amandes après
les avoir tamisées, à la ptisane et aux
autres bouillies, mais surtout aux bouillies auxquelles
vous voudriez ajouter quelque chose qui tienne lieu
de lait. 28. Vous approprierez le mieux
les bouillies à l'usage des gens qui toussent
en y triturant des amandes; mais, pour ceux qui sont
incommodés du côté du ventre, il
faut, au lieu d'y mettre de l'huile, y triturer du pavot
blanc torréfié légèrement
avec son enveloppe, et dont on exprime le suc dans la
bouillie; cela contribue aussi à faire dormir.
29. Pour resserrer le ventre, il
faut triturer [dans les bouillies] les noix d'Eubée
appelées aussi noix de Sardes (châtaignes)
avec l'écorce interne qui touche à la
noix; après les avoir triturées, on doit
y ajouter en passant au tamis l'eau de pavot. 30. On peut aussi faire bouillir un quart [de
mine ?] de sémidale dans dix cotyles d'eau avec
une quantité modérée d'huile et
d'aneth, après avoir lavé auparavant la
sémidale; on traitera de la même manière
l'alica, si on veut en faire une bouillie. 31. Faites aussi bouillir de la sémidale
ou de l'alica, en y mêlant du lait, quand la bouillie
est déjà complètement cuite; mais
il importe que le lait qu'on verse dedans soit chaud
et qu'il ne bouille pas longtemps avec ces ingrédients;
on doit auparavant faire macérer l'alica dans
de l'eau ; ensuite on y mêle le quart d'une chénice
[de lait]; de chacun de ces deux ingrédients
on met deux cotyles dans sept cotyles de lait; il faut
faire cuire doucement ces bouillies sur des charbons,
en les remuant et en tenant le vase dans la main, afin
que la bouillie ne brûle pas. 32.
On peut aussi mêler du lait à toute espèce
de bouillie. 33. Le popanon, que quelques-uns
appellent itrion, présentera les conditions les
moins défavorables, si, après l'avoir
pilé et réduit en poudre, on y triture
des amandes ou des graines de concombre; sinon, il faut
le faire bouillir avec de l'huile et de l'aneth, comme
c'est la coutume. 34.
On peut l'employer aussi pour resserrer le ventre, soit
seul, soit mêlé aux lentilles; mais, pour
les fébricitants, c'est ce qu'on peut donner
de moins convenable. 35.
Ceux qui le font bouillir dans du bouillon de poulet
ou d'agneau s'y prennent comme il faut, car ils le font
bouillir dans une grande quantité de bouillon
et dans des pots de terre cuite, en n'y touchant pas,
en ne remuant même pas, parce que de cette manière
on parvient le plus facilement à le faire ramollir
et à le pousser à un degré complet
de cuisson. 36. Le pain sec est une bouillie
très légère; pour les fébricitants
on doit le réduire en poudre par la trituration,
après l'avoir fait parvenir à une température
tiède au feu et après l'avoir préalablement
fait macérer; il faut en faire bouillir dix drachmes
dans deux cotyles et lui faire acquérir l'épaisseur
d'une bouillie; on triturera dans cette bouillie des
amandes ou des graines de concombre. 37.
Pour ceux qui n'ont pas de fièvre, il faut, en
le pilant, rendre le pain aussi menu que la sémidale
ou l'alica, ensuite le faire macérer préalablement
pendant quelque temps, jeter l'eau et faire bouillir
dix drachmes avec un cotyle et demi; après y
avoir trituré quelqu'un des ingrédients
susdits et lui avoir donné l'épaisseur
de la bouillie d'alica, on l'administre avec du miel
ou comme cela est agréable au malade. 38. On peut encore l'employer, soit seul, soit
avec des lentilles, quand l'estomac ne digère
pas et quand on est incommodé de flatuosités
ou quand on a des selles liquides; on le donnera aussi
en morceaux plus gros contre la constipation dans du
bouillon de poulet, en le faisant macérer ou
bouillir.
8. DE LA PRÉPARATION
DE L'AMIDON ET DES AUTRES PRÉCIPITÉS.
1. On fait des précipités de
toutes les graines farineuses de la même manière
qu'on fait l'amidon, or l'amidon se fait de la manière
suivante : on prend de la farine sémidalite la
plus pure, on la fait macérer d'abord doucement,
on la lave, on la passe à travers un linge dans
une grande quantité d'eau et on enlève
autant que possible la colle; après avoir donné
au précipité le temps de se former dans
un vase de terre cuite, on laisse écouler l'eau,
on verse de nouveau dessus de la même manière
une nouvelle quantité d'eau, et on continue à
faire ainsi jusqu'à ce que l'eau décantée
soit claire; ensuite on enlève le précipité
et on le dessèche en l'exposant au soleil dans
un vase de terre jusqu'à ce qu'il soit complément
sec. 2. On traitera de la même
manière l'ers, surtout l'ers blanc : l'écraser,
enlever l'écorce par l'ébullition, le
faire macérer, le réduire en poudre par
la trituration, puis le délayer dans une grande
quantité d'eau qu'on jette plusieurs fois par
jour, jusqu'à ce que le liquide décanté
soit clair, enfin le mettre de côté après
l'avoir séché. 3.
On peut donner cette préparation aux gens qui
ont du pus dans la poitrine, en la mêlant à
leur bouillie afin de favoriser l'expectoration, ainsi
qu'aux femmes pour provoquer les règles, ou pour
procurer de l'embonpoint ou un bon teint, en l'administrant
dans du vin miellé ou avec de l'alphiton. 4. Un oxybaphe de cette farine suffit pour
les gens bien portants, que ce soit un homme ou une
femme. 5. On fait aussi un précipité
avec les lentilles, en les écrasant de la même
manière, en les faisant macérer et en
les triturant comme l'ers; on jette l'eau jusqu'à
ce que cette eau décantée soit claire.
6. Ce précipité
étant séché, on peut le mêler
aux bouillies destinées aux gens incommodés
du côté du ventre; on l'emploiera surtout
conjointement avec le petit millet, le pain sec, l'orge
mondée et plusieurs autres bouillies. 7. Les bouillies faites avec des graines impropres
à la panification sont moins utiles aux fébricitants
que celles que nous venons d'énumérer,
car elles sont moins nourrissantes et plus flatulentes;
on peut user des bouillies faites avec ces graines réduites
en farine par l'écrasement quand elles sont crues.
8. Pour ôter à la
farine de fèves ses propriétés
flatulentes, il faut verser dessus beaucoup d'eau et
la faire bouillir; puis, quand la bouillie commence
à se rider et qu'elle est complètement
cuite, on jette toute l'eau et on y ajoute de la nouvelle
eau chaude; il suffira d'ajouter deux cotyles d'eau
et d'huile à un quart de chénice de la
bouillie, arrivée déjà à
un degré complet de cuisson. 9.
On peut employer cette bouillie contre les coryzas et
les catarrhes, en y mêlant un peu de rayons de
miel. 10. On s'en servira aussi contre
la dysenterie et le ténesme, si toutefois on
la rend plus grasse, en ne la soumettant pas à
une ébullition préalable et en ne jetant
pas l'eau. 11. On peut aussi y mettre de la
moelle, de la cire ou du fromage, surtout du fromage
grillé, et beaucoup d'huile pour les malades
dont on veut expulser les excréments. 12. On peut aussi mêler cette farine à
l'orge mondée ou aux lentilles, pour les individus
affectés de ténesme ou de dysenterie.
13. On fera bouillir dans six cotyles
d'eau un quart de chénice de la farine dont on
ne pousse pas la cuisson jusqu'au bout. 14. La purée de pois grecs est moins
flatulente que celle de fèves et on l'assimile
plus facilement : voilà pourquoi on la donnera
surtout aux malades. 15.
On peut s'en servir aussi contre les catarrhes et contre
la toux; on fera bouillir également un quart
de chénice dans six cotyles d'eau. 16. La purée de phasèles est la
plus sucrée de toutes, mais elle est difficile
à cuire; ses autres propriétés
sont semblables à celles des purées susdites.
17. On la cuit aussi dans la même
quantité de liquide. 18.
Les purées de haricots et de gesses chiches sont
les plus mauvaises de toutes les purées, et on
ne saurait en faire une bouillie qui ait quelque avantage,
dans quelque maladie que ce soit.
9. DE LA CUISSON.
1. On doit faire cuire toutes les graines impropres
à la panification, aussi bien que l'orge et le
froment, dans un pot dont on enduit le couvercle de
pâte de farine ; on les fera bouillir très
longtemps et sur un feu aussi doux que possible; car
la bouillie ne saurait brûler, quoiqu'on la fasse
bouillir aussi longtemps qu'on veut sans la remuer;
c'est seulement lorsque les graines sont parvenues à
un degré très avancé de cuisson
qu'on doit remuer avec un petit bâton et tenir
le pot dans sa main en l'agitant afin que la bouillie
ne brûle pas. 2. Il
faut se servir, tant pour les bouillies que pour les
mets secondaires, d'huile qui n'ait pas la moindre odeur
et qui ne trahisse au goût aucune propriété;
l'huile d'olives vertes satisfera à ces conditions.
3. Il faut faire bouillir aussi
bien que griller les poissons de grande taille dans
leurs écailles ; on y mettra quelque assaisonnement
et on y ajoutera beaucoup d'huile, même quand
on les fait bouillir il convient aussi de faire bouillir
préalablement l'eau salée et de n'y mettre
le poisson que lorsqu'elle est en ébullition
; cuit de cette manière, le poisson devient plus
succulent et il garde ses humeurs propres. 4. De même le poisson grillé sera
meilleur, si on le cuit dans ses écailles; alors
aussi il devient très tendre et très nourrissant.
5. On doit y ajouter les assaisonnements
dans l'huile et le saupoudrer d'une quantité
suffisante de sel ainsi que d'alphiton pulvérisé.
10. DE LA PRÉPARATION
DU PETIT MILLET.
(Tiré de Philotime.)
1. Si on triture le petit millet cru et qu'on
le réduise en poudre, si, après y avoir
ajouté l'eau, on le triture de nouveau, si on
décante l'eau et si on fait bouillir le millet
de manière à ce qu'il devienne semblable
à la farine obtenue par la mouture, ce mets est
glutineux et doué d'une âpreté fortement
prononcée; il resserre le ventre et il est susceptible
de s'assimiler. 2. Si, au contraire, on fait bouillir
cette graine en entier, comme c'est la coutume, le petit
millet s'assimilera plus difficilement, il relâchera
quelquefois le ventre, il sera expulsé par les
excréments sans avoir subi de grands changements,
quoiqu'il soit plus glutineux, mais il distribuera dans
le corps une humeur douée d'une douce astringence.
11. NOURRITURE DE CEUX QUI
SONT HABITUELLEMENT MALADES, ET MANIÈRE DE LA
PRÉPARER.
(Tiré d'Antyllus.)
[Ce chapitre se trouve dans l'ouvrage
Sur les moyens de traitement, au chapitre second du
troisième livre, lequel traite de ce qu'on donne
aux malades.]
1. Dans les maladies continues, il faut choisir
un aliment qui se digère très facilement,
qui se distribue très rapidement, qui ne nourrisse
pas trop, et qui s'échappe aisément par
la perspiration; car, si les aliments sont retenus,
ils donnent du corps à la fièvre ; or
le pain lavé pris dans de l'eau a toutes ces
qualités. 2. On doit le faire avec du froment
d'été qui ne soit pas trop pur, car, dans
ce cas, il nourrit trop; il faut qu'il soit très
fortement trituré et fortement cuit, mais on
ne se servira pas de farine sémidalique à
cause de sa puissance [nutritive], que ce soit de la
farine du froment dont il a été parlé
ou d'un autre; le pain doit, de plus, être fermenté
et un peu rassis; on le fera macérer dans de
l'eau chaude qu'on jette à chaque instant pour
la renouveler, non pas tout le pain, mais sa partie
intérieure, car la croûte est impropre
à l'absorption de l'eau ainsi qu'à la
digestion ; on doit interrompre la macération
lorsque le pain non seulement s'est gonflé, mais
qu'il a aussi laissé évaporer le ferment
et qu'il en a perdu tout à fait l'odeur. 3. L'alica lavée appartient au même
genre; on en fait une gelée en la lavant fortement,
et on la donne après l'avoir fait bouillir dans
de l'eau simple ou dans de l'eau miellée. 4. La crème d'orge mondée rentre
égaiement dans ce genre; on fait bouillir une
partie d'orge dans quinze parties d'eau; pendant la
coction on réduit la masse du liquide au cinquième
et on la passe à travers un tamis; on boit cette
crème en y ajoutant un peu d'eau miellée.
5. On peut aussi ranger l'eau
miellée elle-même dans la même classe
de moyens nutritifs, si on la fait bouillir fortement
suivant le mode décrit à propos de la
crème d'orge mondée, c'est-à-dire
en mêlant plusieurs parties d'eau à une
partie de miel et en réduisant de même
la masse au cinquième. 6.
On prépare aussi une boisson avec l'alica de
la manière suivante : prendre de l'alica fortement
lavée, jeter à plusieurs reprises l'eau
employée, faire macérer l'alica de nouveau
pendant une heure dans de l'eau pure, ensuite, avec
les mains, la triturer dans cette eau, jusqu'à
ce qu'elle ait pris l'aspect du lait tant sous le rapport
de la couleur que sous celui de l'épaisseur;
l'alica, ayant été ensuite séparée
par le filtre, ne fait pas partie de la bouillie, mais
on ajoute à l'eau qu'il a rendue laiteuse un
peu de sel, et, en outre, un peu d'aneth pour ceux qui
éprouvera des pincements à l'orifice de
l'estomac et aux intestins, un peu de pouliot ou de
thym pour peux qui ont l'orifice de l'estomac retourné
et qui souffrent de nausées, un peu de cumin
pour ceux qui sont gonflés de flatuosités;
on fait bouillir cette eau jusqu'à ce qu'elle
se prenne et on donne la bouillie avant qu'elle se refroidisse.
7. Quand ce genre d'aliment est
bien préparé, nous le préférons
quelquefois à l'alica et au pain parce qu'il
est facile à administrer, qu'il se digère
aisément et qu'il se distribue rapidement dans
le corps. 8. Ce sont là les aliments
qui conviennent dans les fièvres aiguës;
mais, dans beaucoup de circonstances, soit qu'on n'ait
pas ces aliments sous la main, soit que l'état
des malades ne se prête pas à leur usage,
nous sommes forcés d'en employer d'autres, par
exemple,
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l'itrion, les herbes potagères,
l'alphiton et les oeufs. 9. Il
faut que l'itrion soit fait avec le même froment
que le pain bien cuit; il doit être très
léger, car, s'il est épais, il donne lieu
à une cuisson inégale; il faut qu'il soit
réduit en poudre très fine par la trituration,
de manière à ressembler à de l'alphiton;
ensuite on le fait bouillir très fortement, de
préférence dans de l'eau de pluie, jusqu'à
ce qu'il constitue une masse uniforme : à défaut
de cette eau, on prendra l'eau aussi pure que possible.
10. Il faut y mettre un peu de
sel et point d'huile, si ce n'est une très petite
quantité, qu'on fait bouillir avec l'eau avant
d'y jeter l'itrion réduit en poudre. 11. On fait bouillir aussi de la même
manière l'alica avec les mêmes assaisonnements.
12. De tous les légumes
potagers, celui qui convient le mieux est la mauve,
qu'on mange bouillie dans du garou et de l'huile; il
en est de même de la bouillie faite avec cette
herbe, bouillie qu'on prépare en cuisant les
feuilles tendres de mauve sans les nervures, en les
triturant ensuite dans un mortier et en les faisant
bouillir de nouveau dans de l'eau avec du sel et de
l'huile. 13. Les courges oc-
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cupent le second rang; il faut
les choisir très fraîches; on les fait
bouillir en entier sans les râper, afin qu'elles
ne s'imprègnent pas d'eau pendant l'ébullition;
on les râpe quand elles sont cuites, et on les
donne surtout dans de l'eau faiblement salée,
car, ainsi préparé, ce mets n'est pas
du tout désagréable; on peut donner aussi
la courge dans du garon et de l'huile. 14.
Il convient de faire bouillir les oeufs dans de l'eau,
en remuant continuellement, car, si on les remue, ils
ne se prennent ni ne s'épaississent; il vaut
mieux les faire bouillir dans du vinaigre coupé,
car de cette manière ils restent encore plus
liquides.
Fin
du Livre 4
Entête du livre 4 Entête du livre 3 haute de page |
Volume
1 : livre 5 bas du livre
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LIVRE V.
1. DE L'EAU.
(Tiré de Galien.)
L'eau, pour être excellente,
doit être exempte de toute qualité, non
seulement quant au goût, mais aussi quant à
l'odorat. Une eau semblable sera en même temps
très agréable à boire et complètement
pure, et, si, de plus, elle traverse rapidement les
hypocondres, on en chercherait, vainement une meilleure;
tandis que les eaux pures, limpides et qui ne sont pas
désagréables à boire, mais qui
séjournent longtemps dans les hypocondres en
paralysant et gonflant l'estomac ou le rendant pesant,
doivent être regardées
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comme à moitié
mauvaises; car, assurément, il existe un grand
nombre d'eaux analogues, et c'est surtout, à
mon avis, la différence entre ces dernières
et les meilleures qu'Hippocrate a voulu marquer lorsqu'il
dit : « L'eau qui s'échauffe et se refroidit
vite est la plus légère ; » en effet,
cette distinction est inutile pour les eaux bourbeuses
ou de mauvaise odeur et aussi pour celles qui trahissent
au goût quelque chose de médicamenteux,
parce que tout le monde peut en apprécier la
nature sans chance d'erreur, tandis qu'elle s'applique
aux cas où il n'y a rien de semblable, mais où
il existe dans l'eau soit quelque autre vice tenant
au mélange d'un air mauvais, soit quelque défaut
inhérent à l'eau elle-même et dont
la cause est cachée; car, dans ces cas, la distinction
susdite fournit un critérium excellent, puisque
de pareilles eaux ne s'échauffent ni ne se refroidissent
rapidement ; il existe encore un autre critérium
semblable au premier : c'est celui que donnent les herbes,
les graines, la viande, les fruits ou les racines
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qu'on fait bouillir dans ces
eaux; car ces substances cuisent très rapidement
dans les eaux excellentes, et très lentement
dans les mauvaises. Quelques anciens ont appelé
dures les mauvaises eaux de cette espèce, en
se servant du même mot que pour les graines elles-mêmes
qui cuisent difficilement. Le plus sûr donc est
d'avoir expérimenté de pareilles eaux;
toutefois, si on veut également reconnaître
d'avance ses propriétés à des signes,
[on peut recourir aux suivants] : toutes celles dont
les sources se frayent un chemin vers les constellations
des Ourses et sourdent à travers des rochers,
de façon à avoir le soleil derrière
elles, doivent être regardées comme dures
et sujettes à passer lentement, et ce sont justement
celles-là qui s'échauffent et se refroidissent
lentement; de même on peut s'at-
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tendre à trouver excellentes
celles dont les sources se frayent un chemin vers l'orient,
filtrent à travers quelque pierre molle ou à
travers la terre, et qui s'échauffent et se refroidissent
très rapidement. Les eaux les plus légères
sont les eaux de pluie, parce que le soleil attire et
enlève rapidement les parties les plus légères
et les plus ténues de l'eau ; il exerce cette
action aussi bien sur la mer que sur les autres eaux
et même sur le corps humain; voilà pourquoi,
entre toutes, elles se corrompent aussi le plus vite;
car, en général, les corps qui ne possèdent
qu'une seule qualité se corrompent plus difficilement
que ceux qui en ont plusieurs, à moins que, par
l'effet d'une autre cause, ils ne soient doués
de la propriété de se corrompre difficilement
ou facilement. Il faut se garder de croire que l'eau
qui se corrompt le plus rapidement est la plus détestable,
car elle peut même être excellente, si elle
présente tous les signes caractéristiques
des meilleures eaux précédemment exposés,
puisque la propriété de modifier facilement
ses qualités doit être imputée à
l'eau plutôt comme un avantage que comme un défaut.
Ce qui prouve aussi la bonté des eaux de pluie,
c'est qu'elles sont cuites par la chaleur du soleil,
car toute substance soumise à l'ébullition
devient plus douce qu'elle n'était auparavant.
Quand l'eau a commencé à se corrompre,
elle est tout à fait impropre à la boisson;
ceux donc qui en boivent quand elle commence à
se corrompre sont pris d'enrouement, de toux, et ont
la voix grave. Parmi les eaux de pluie elles-mêmes,
celle qui tombe en été, et qu'Hippocrate
appelle eau de saison, est meilleure que l'eau de tempête,
et l'eau de tonnerre est également meilleure
que l'eau de tempête. Les eaux qui proviennent
de la fonte de la glace et de la neige sont très
mauvaises, car tout ce que contiennent de plus subtil
les substances qui se congèlent par le froid
est poussé au dehors. Ce serait une bonne mesure
de ne donner les eaux bourbeuses ou de mauvaise odeur,
ainsi que celles qui ont des qualités peu convenables,
qu'après les avoir préalablement modifiées
par l'ébullition. Cependant nous trouvons encore
un autre avantage à refroidir l'eau après
l'avoir chauffée, lors même qu'elle n'a
ni odeur ni goût mauvais, qu'elle est complètement
pure, c'est quand l'expérience nous a prouvé
qu'elle reste pendant longtemps dans l'estomac et y
cause quelque dommage; en effet, la chaleur, en désagrégeant
toute l'eau d'une manière égale pendant
l'ébullition, la rend propre à se désunir,
car, pendant le refroidissement, les parties terreuses,
en se précipitant par leur pesanteur innée,
se rendront au fond du vase, tandis que l'eau surnagera
au-dessus d'elles; en versant donc doucement cette eau
dans un autre ustensile nous pourrons nous en servir
sans inconvénient. Si, après l'ébullition,
nous voulons rendre l'eau très froide, et si
nous avons de la neige, nous chauffons d'abord l'eau,
et ensuite nous l'environnons de neige à l'extérieur;
mais, si nous n'en avons pas , nous procurons à
l'eau un refroidissement à l'aide de puits ou
de chutes d'eau, après l'avoir toutefois chauffée
afin qu'elle devienne prompte à se modifier;
car toute chose qu'on a d'abord chauffée admet
plus facilement dans la totalité de sa substance
les modifications que lui impriment les objets avec
lesquels elle est en rapport. Après avoir placé
le vase dans des puits ou sous des chutes d'eau, il
est nécessaire que nous y adaptions un couvercle
et que nous le fermions exactement de tout côté
; on ne remplira pas le vase, mais on le laissera à
moitié vide afin que l'air qui se trouve entre
le couvercle et l'eau contenue dans le vase, en se refroidissant
d'abord, refroidisse à son tour l'eau avec laquelle
il est immédiatement en contact. Là où
on n'a aucune de ces ressources, comme en Égypte,
on suspend le vase et on le laisse sans couvercle afin
qu'il admette l'air. Puisque l'eau n'a rien d'incisif
ni de chaud, il est clair que toute eau doit passer
lentement, se digérer difficilement et céder
avec peine à l'assimilation, lors même
qu'elle excelle sous les autres rapports; elle reste
donc longtemps dans l'estomac et y produit eu général
des fluctuations ; de plus, quand cet organe est imprégné
de bile, elle se corrompt aussi; quand enfin elle est
descendue, non sans effort, de l'estomac dans le jejunum,
elle n'est pas facilement distribuée dans le
corps; voilà pourquoi elle est naturellement
incapable de pousser aux urines ou d'expulser les crachats.
Elle n'étanche pas même la soif parce qu'elle
reste longtemps dans l'estomac, ne pénètre
pas dans toute la profondeur du corps et n'humecte pas
les parties desséchées. Qu'elle ne nourrit
pas non plus, mais qu'elle est seulement un véhicule
de la nourriture, cela a déjà été
dit par Hippocrate et par les plus éminents d'entre
les autres médecins; aussi n'est-elle pas même
capable d'augmenter la force vitale; et ce sont là
les raisons pour lesquelles Hippocrate abandonne l'eau
et se sert de l'eau miellée, de l'oxymel et du
vin chez les malades. Si donc il n'y avait pas autre
chose à considérer, personne ne se servirait
jamais de l'eau; mais la plupart des médecins,
quand ils ont été déçus
par l'emploi des autres boissons, ont recours à
l'eau, qui ne produit pas de grand mécompte,
parce qu'elle n'a pas non plus une grande efficacité
; or l'usage de l'oxymel, du vin et de l'eau miellée,
devient mauvais par les changements subits qu'il cause;
il le devient encore par un mélange trop fort
comme les médecins le font habituellement; car
le vin doit conduire l'eau comme par la main vers les
endroits où elle doit se distribuer, et, pour
atteindre ce but, il faut y mêler une toute petite
quantité de vin afin que l'eau cesse d'être
pure; de la même manière aussi je recommande
l'oxymel aqueux parce que l'oxymel fort, s'il ne relâche
pas tout d'abord le ventre, devient très nuisible,
surtout chez les malades incommodés par la bile
amère ou dont les viscères sont tuméfiés,
et chez lesquels l'eau est nuisible aussi bien que l'oxymel
quand elle se convertit en bile en séjournant
longtemps dans les hypocondres, car, joignant encore
à tous ses autres défauts celui de ne
pas produire de matières alvines, elle ne cause
même aucun relâchement du ventre. C'est
un fait reconnu de tout le inonde, que l'eau est nuisible
quand on la boit au commencement des accès. Quand
clone convient-il de boire de l'eau? lorsque le malade
est exclusivement au régime des boissons et qu'il
ne prend pas encore de la crème d'orge mondée;
en effet, c'est dans cette circonstance qu'on peut donner
à propos de l'eau entre les autres boissons,
surtout quand le malade a de la soif: car, dit Hippocrate,
elle cause une espèce d'inondation, c'est-à-dire
une abondance d'humidité; c'est pourquoi Hippocrate
donne un peu d'eau entre l'eau miellée ou entre
l'oxymel, parce qu'elle est commode pour humecter les
matières qui doivent être rejetées
par les crachats; mais il donne également de
l'eau lorsque le vin est extrêmement nuisible,
et il l'est quand le malade a du délire ou un
violent mal de tête. La nature propre de l'eau
est elle-même humide et froide, mais, quand elle
reçoit une chaleur empruntée, elle échauffe
et humecte ce qui est en rapport avec elle; cependant
elle n'est pas capable de faire tout cela de la même
manière, puisqu'elle humecte au suprême
degré, qu'elle soit d'une température
moyenne ou tiède, ou plus chaude encore; tandis
qu'elle n'échauffe jamais au suprême degré,
à moins qu'elle ne soit au plus fort de l'ébullition.
Appliquons ce que nous venons de dire à une constitution
d'un tempérament moyen : si donc on administre
de l'eau modérément chaude à un
individu de cette constitution, soit qu'on donne un
bain ou qu'on fasse une affusion sur une partie quelconque,
autant que dure l'affusion, on rendra cette partie plus
humide et plus chaude qu'elle n'était 'auparavant;
si on s'arrête après cela et qu'on ne resserre
ni ne condense le corps à l'aide de l'eau froide,
on trouvera bientôt qu'il est devenu plus froid
qu'il ne l'est habituellement, parce que la chaleur
innée. s'est évaporée outre mesure;
bien que, par un effet secondaire, l'usage de l'eau
chaude ait rendu le corps plus froid, il ne l'a cependant
pas rendu pour cela plus sec, ce qui cependant semblera
avoir lieu à cause du relâchement des conduits,
du ramollissement du corps et de la liquéfaction
de sa substance; en effet, pour produire ces divers
états, il se fait nécessairement une évaporation
plus forte que de coutume, et la vapeur est une humidité
atténuée; mais en réalité
cette sécheresse n'existe pas, car toute l'humidité
contenue dans les vaisseaux et dans les autres espaces
vides s'échappe, tandis que le corps même
des vaisseaux et toutes les parties charnues deviennent
plus humides qu'elles n'étaient, et il n'y a,
à ce qu'il paraît, que cette propriété
humectante que l'eau ne perd jamais; car, même
lorsqu'à l'état d'ébullition elle
brûle les corps, les parties brûlées
ne deviennent pas sèches à l'instar de
celles qui ont été brûlées
par le feu; de même, lorsqu'elle est parvenue
au suprême degré de froid et qu'on en fait
des affusions pendant une journée entière
ou pendant plus longtemps encore sur une partie quelconque,
elle ne la rendra pas plus sèche que de coutume,
quoique la partie se montre ridée et tout à
fait atrophiée; cela tient à ce que l'humidité
des vaisseaux et des autres espaces vides s'est échappée,
tandis que les parties fondamentales elles-mêmes
ne deviennent en aucune façon plus sèches
qu'elles n'étaient auparavant.
2. DE L'ADMINISTRATION DE
L'EAU FROIDE ET DE L'OXYMEL FROID CHEZ LES MALADES.
Comme toute affection contre
nature se guérit par les moyens qui lui sont
contraires, ainsi que nous l'avons montré , il
est clair que la fièvre sera entièrement
éteinte par l'eau froide, pourvu qu'elle existe
seule sans accompagnement de quelque affection à
laquelle l'eau froide est préjudiciable; car,
si concurremment avec la fièvre il existe une
autre affection que l'eau froide exaspère, plus
tard, au cas où on aurait éteint à
l'aide de l'eau froide, pour le moment du moins, la
fièvre produite par cette affection, il s'allumera
une autre fièvre plus grave que la première,
parce que l'affection pour laquelle l'eau froide prise
en boisson ne convient pas se sera aggravée;
or les affections auxquelles l'eau froide est préjudiciable
sont celles qui tiennent à l'inflammation des
parties ou à la crudité des humeurs, dont
la crudité des urines est le signe; la considération
des urines, conjointement avec l'absence de l'inflammation
d'un organe important, suffit donc pour nous déterminer
à donner de l'eau froide à boire. Si cependant,
en été, nous sommes pressés par
la violence de la fièvre, et si le malade est
jeune et habitué à boire de l'eau froide,
on ne commettra pas de faute en lui en administrant,
au cas où les urines présentent un énéorème
louable en même temps qu'un bon aspect et une
bonne consistance, lors même qu'il y aurait une
partie enflammée ; car, dans un pareil cas, on
aime mieux arrêter la violence de la fièvre,
au risque d'être dans la nécessité
de consacrer un plus grand nombre de jours au traitement
de ce qui reste de l'inflammation et qui nécessairement
s'est rapproché de la nature du squirrhe et est
devenu plus difficile à résoudre. Si cependant
les fièvres ne sont pas accompagnées d'une
très-grande chaleur et s'il y a des parties enflammées,
on éprouvera de grands mécomptes en donnant
de l'eau froide; car les fièvres accompagnées
d'une vive chaleur indiquent que l'inflammation est
en quelque sorte érésipélateuse,
et c'est justement pour cela que l'eau froide réussit
dans ce cas, comme on le voit aussi pour les parties
extérieures. Chez ceux qui ont des inflammations
commençantes au foie, à l'estomac ou à
d'autres parties semblables, on doit admettre une distinction
plus rigoureuse, car tous ces malades éprouvent
un grand dommage, si la quantité de la boisson
dépasse un peu la mesure, quand même ils
prendraient l'eau en temps opportun ; en effet, les
inflammations commençantes produites sans violence
extérieure et sans plaie résultent ou
de la faiblesse des parties ou d'une certaine chaleur;
or l'eau froide sera toujours nuisible dans les inflammations
qui tiennent à la faiblesse, tandis qu'elle conviendra
pour celles qui dépendent d'une certaine chaleur
ignée, pourvu que la dose soit modérée;
car, si on donne trop d'eau, on s'expose au danger de
voir la partie passer à l'excès con-traire.
L'eau froide, prise en boisson, fera encore plus de
bien dans ce genre d'affections, si les malades en usaient
auparavant dans l'état de santé. Avant
d'administrer l'eau froide, il faut donc préalablement
prendre en considération les maladies graves
de la poitrine, de l'estomac, du foie, du cou et de
toute la tête, car les membres n'en éprouveront
peut-être pas de grand dommage; ils en éprouveront,
il est vrai, quelque peu dans certaines affections dont
je parlerai plus tard; mais un homme étranger
à la médecine n'ose-rait pas même
comparer ce dommage à celui qu'entraîne
l'eau froide, lorsque les parties susdites sont gravement
affectées. Si donc il existe à l'hypocondre
une affection de nature érésipélateuse
ou herpétique, ou s'il y a une inflammation érésipélateuse,
ou une affection éminemment chaude tenant à
une intempérie sans humeurs, l'eau froide soulagera;
de même qu'un abcès, un oedème,
un squirrhe, une plaie ou des intempéries froides
en éprouverons une aggravation considérable.
Mais, puisque j'ai promis de parles aussi des membres,
il faut savoir que l'eau froide prise en boisson est
très nuisible dans les inflammations des parties
nerveuses de ces régions, car ces inflammations,
en l'absence même de l'eau froide menacent du
danger des convulsions; si, au contraire, l'inflammation
a son siège dans les parties charnues des membres,
et que le malade boive de l'eau froide ou qu'il en applique
extérieurement sur la partie enflammée,
cela lui fera du tort, il est vrai, mais ce tort ne
sera ni considérable ni apparent, surtout si
ce malade est habitué à boire de l'eau
froide. Si, donc la fièvre existe seule et sans
autre affection à laquelle l'eau froide puisse
être nuisible, il faut donner autant d'eau froide
que le malade lui-même pourra en avaler d'un seul
trait. Quant à l'oxymel froid, on le donne en
été pour empêcher que la soif du
malade ne s'exaspère; voilà pourquoi nous
nous permettons de donner en été de l'oxymel
froid, même avant que la maladie ne soit arrivée
à coction, tandis que nous ne donnerions pas
de l'eau froide jusqu'à satiété
dans un pareil état, car elle resserrerait les
parties enflammées, si c'est l'inflammation qui
produit la fièvre, et elle maintiendrait à
l'état de crudité les humeurs, si c'est
d'elles que dépend la maladie; mais nous donnons
alors un peu d'oxymel, parce que cette boisson prend
dans l'estomac une température tiède avant
que le refroidissement qu'elle produit n'arrive jusqu'au
côté; et, si même ce refroidissement
s'y faisait un peu sentir, cet inconvénient serait
corrigé par l'oxymel lui-même, qui est
doué de propriétés incisives.
3. DE L'EAU.
(Tiré de Rufus.)
[Il se trouve dans le deuxième
livre du traité
Sur le régime,
c'est-à-dire dans le livre Sur les boissons.]
Les eaux stagnantes (j'appelle
ainsi les eaux de puits) ne sont pas très ténues
parce qu'elles n'ont point de mouvement, et, quand elles
ont pénétré jusqu'à l'intérieur,
elles humectent et dissolvent moins les aliments que
les autres eaux; elles agissent aussi moins bien sur
la digestion et elles ne passent pas non plus facilement
par les urines à cause de leur épaisseur
et parce qu'elles sont froides; elles deviennent meilleures
à boire quand elles éprouvent une espèce
d'écoulement par le puisement ainsi que par le
nettoyage des puits. Les eaux qui coulent sur une pente
sont beaucoup plus ténues et valent mieux pour
humecter et pour favoriser la digestion et l'émission
des urines. Les eaux de lac sont, sans exception, très
mauvaises, car elles ont une odeur peu convenable, comme
si elles étaient corrompues, puis elles sont
chaudes en été et froides en hiver, circonstance
que je regarde comme le principal signe de la mauvaise
qualité des eaux. En été, donc,
elles causent la diarrhée et passent lentement
parla vessie ; souvent aussi on est pris de dysenterie
et d'affection lientérique qui se transforme
en hydropisie. En hiver, les eaux de lacs ne causent
pas beaucoup de diarrhée parce qu'elles sont
froides, mais elles produisent des ruptures, des pleurésies
et de la toux; elles se portent aussi du côté
de la rate et finissent ensuite par engendrer l'hydropisie;
la rate étant affectée, les pieds s'ulcèrent
aussi, et ces ulcères ne veulent pas se fermer
vite. Il n'y a, à ma connaissance, que les marais
de l'Égypte qui soient favorables à la
santé, parce que l'eau, n'étant pas chauffée
outre mesure, ne se corrompt pas en hiver, tandis qu'en
automne le Nil, en remplissant les marais, chasse la
vieille eau et y introduit de l'eau nouvelle. Sur les
eaux de pluie je professe l'opinion suivante : ces eaux
sont légères, ténues, pures et
douces au goût, et, si on veut y faire bouillir
une substance quelconque, elle cuira très rapidement;
si on les soumet au feu, elles s'échauffent très
vite et elles exigent très peu de vin pour former
un bon mélange; elles favorisent donc la digestion
et le cours des urines; elles sont également
favorables au foie, à la rate, aux reins, au
poumon et aux nerfs, car, n'étant pas douées
d'une force refroidissante très prononcée,
elles ne sauraient manquer d'être plus ou moins
propices à ces organes. Les eaux de printemps
et d'hiver étant celles qui arrivent le mieux
à leur temps et qui sont les plus belles, je
les recommande par-dessus toutes. Les eaux d'automne
et d'été sont sans doute meilleures que
certaines autres, mais toutes ne sont pas supérieures
à quelque eau que ce soit, car il y a aussi sous
terre des eaux douées de qualités éminentes;
on ne saurait dire combien les eaux d'automne et d'été
sont inférieures aux eaux de printemps et d'hiver,
car la terre omet des vapeurs plus sèches dans
l'été et dans l'automne, et la pluie se
charge beaucoup d'immondices de la terre; de pareilles
eaux doivent donc être plus sèches que
d'autres et très nitreuses ; elles ont des propriétés
détersives et sont propres à passer à
travers les intestins, mais elles ne conviennent ni
aux reins, ni au poumon, ni à la trachée-artère;
elle doivent donc aussi exiger, en quelque sorte, une
plus grande quantité de vin pour que leurs qualités
nitreuses soient vaincues. Les vents, selon qu'ils viennent
du nord ou du midi, produiront aussi une différence
assez considérable, car la pluie qui tombe pendant
le vent du nord est plus douce, mais aussi plus froide,
tandis que celle qui accompagne les vents du sud est
moins douce, mais plus chaude; et, en général,
les temps pluvieux fournissent plutôt des eaux
douces, tandis que les temps secs et peu pluvieux donnent
plutôt des eaux nitreuses. Toutes les eaux qui
proviennent de la fonte des neiges et des glaces sont
dures et refroidissent outre mesure, mais elles sont
douces au goût, or une eau dure et froide ne convient
ni pour la digestion ni pour l'écoulement des
urines; elle nuit aussi aux nerfs, à la poitrine
et aux côtés, car elle produit des convulsions,
du tétanos et, dans la poitrine, des ruptures
qui ont entraîné chez quelques individus
des crachats sanguinolents et de la suppuration. Quant
aux eaux de source, toutes celles qui sont tour- nées
vers l'orient sont supérieures aux autres par
leur humidité [radicale], leur ténuité,
leur bonne odeur et leur propriété de
refroidir et de réchauffer modérément.
Celles qui sont tournées vers le nord sont douces,
il est vrai, mais refroidissent outre mesure. Celles
qui sont tournées vers l'occident refroidissent
avec force et agissent fortement aussi par leur dureté;
pour ce motif elles causent de l'enrouement, la pleurésie
et des convulsions. Celles qui sont tournées
vers le midi sont plutôt salées et chaudes
; elles ne sont pas propres à passer par les
urines, mais plutôt par les selles. Bien que je
ne loue pas les eaux du midi, je loue cependant le Nil
à un tel degré, qu'à mon avis il
y a peu de fleuves qui lui soient comparables sous le
rapport de la bonté de l'eau; car elle relâche
le ventre, provoque les règles, et on peut l'administrer
pendant les couches. La plupart des eaux du midi sont
stationnaires, ce qui entraîne un double inconvénient,
l'un tenant au sol, et l'autre à ce qu'elles
ne s'écoulent pas. La nature du sol conduit à
la distinction suivante entre les eaux : le sol se compose,
soit de plaines, soit de collines et de montagnes ;
les plaines valent mieux pour le rassemblement des eaux,
et ordinairement il y a dans ces localités des
puits creusés et des sources stationnaires; mais
les collines et les montagnes sont plus favorables,
car elles fournissent des eaux plus pures, plus ténues,
de meilleure odeur et plus agréables par leur
douceur. Quelques plaines présentent des efflorescences
salines et nitreuses pendant l'été et
l'automne ; d'autres n'offrent rien de semblable, et
on appelle ce terrain sol doux : c'est dans cette espèce
de plaines que l'eau est meilleure et plus potable qu'ailleurs,
tandis que, dans les plaines à efflorescences
, elle est salée et nitreuse. Parmi les montagnes,
quelques-unes sont terreuses, d'autres rocheuses; les
[eaux fournies par les] montagnes terreuses sont meilleures,
parce qu'elles sont douces au toucher et qu'elles sont
moins froides [que les suivantes; celles qui coulent]
des montagnes rocheuses sont moins bonnes, à
cause de leur dureté et de leur froideur; mais
elles sont plus pures que les autres et n'ont point
de dépôt. Une différence très-grande
et très remarquable entre les eaux résulte
de la présence des mines ou des plantes qui se
trouvent aux environs des sources : les mines non-seulement
rendent les eaux moins potables, mais elles vicient
même toutes les autres conditions d'habitation;
les plantes sont aussi quelquefois tout à fait
nuisibles à l'eau; mais quelquefois aussi l'eau
est améliorée par la berle, la menthe
sauvage et le capillaire; car ce sont là les
plantes qui croissent le plus fréquemment dans
les canaux; or elles gâtent la bonne eau, tandis
qu'elles corrigent celle qui, sans cela, serait mauvaise,
en jouant pour ainsi dire, en s'y mêlant, le rôle
de médicament : de pareilles eaux deviennent
plus favorables au flux des urines. Il faut veiller
sérieusement à ce que les eaux n'empruntent
aucune mauvaise qualité, soit au sol, soit à
d'autres circonstances; il ne suffit donc pas que les
sources fournissent ici de l'eau bonne et potable, et
là de l'eau salée et nitreuse, si les
canaux ne présentent pas les mêmes conditions.
Les principaux points de mon sujet ont été
traités dans ce qui précède; rapportons
cependant encore quelques autres signes de la bonté
des eaux : ainsi celles qui sont chaudes en hiver et
froides en été me semblent, en quelque
sorte, être les meilleures ; tandis que celles
qui sont dans un rapport exact de froid et de chaleur
avec les saisons sont les plus mauvaises, car en été
la chaleur se rapproche de la surface du sol, tandis
qu'en hiver elle s'enfonce dans la profondeur; et c'est
pour cette raison, je pense, que les sources qui s'écoulent
d'une grande profondeur, ainsi que les cavernes creuses,
sont toutes très chaudes en hiver et très
froides en été; pour la même cause
aussi, tout ce qui est rapproché de la surface
subit, eu égard à la chaleur et au froid;
des changements en rapport avec ceux des saisons. Il
est étonnant de voir l'eau disparaître
en hiver, et reparaître en été,
bien que le contraire fût vraisemblable ; mais
on peut encore admettre que la cause de ce phénomène
est la chaleur qui entraîne avec elle les eaux
profondes, car les eaux sentent aussi la chaleur; en
effet, vous trouverez toutes les sources profondes et
qui n'empruntent pas beaucoup aux pluies de l'extérieur,
très faibles en hiver et pendant les froids les
plus rigoureux, tandis qu'elles sont très abondantes
en été : c'est ainsi que, pour les mêmes
raisons, le lac de Délos et les puits à
Pythopolis présentent ce même phénomène.
Être chaudes en hiver et froides en été
est donc un des signes à l'aide desquels on distingue
les bonnes eaux des mauvaises ; le second est qu'elles
ne présentent au palais aucun goût appréciable
; dans ce cas , elles n'exigeront pas non plus beaucoup
de vin pour un bon mélange, et elles supporteront
toute espèce de vin. Il faut encore, pour être
la meilleure, que l'eau soit pure, qu'elle ne contienne
ni boue ni sédiment, et que nulle autre circonstance
ne gâte sa couleur; puis il est indispensable
que l'eau pure soit en même temps légère
au poids ; car ce qui est léger au poids ne contient
jamais un mélange de terre; si, au contraire,
elle est pesante, c'est à la terre qu'elle doit
ce surcroît de pesanteur. On doit encore prendre
grandement en considération les circonstances
suivantes : examiner si l'eau s'échauffe et se
refroidit vite (car cette eau-là est meilleure
que les autres), savoir comment elle se comporte par
rapport à la digestion et comment elle traverse
le corps; car celles qui accélèrent la
digestion sont meilleures que les autres : il en est
de même de celles qui, dans leur passage à
travers le corps, se procurent une issue par la vessie;
car passer par les intestins est une plus mauvaise note
pour l'eau. Il faut s'enquérir auprès
des gens du pays des eaux dont on ne saurait connaître
l'efficacité par notre art; or il n'est en aucune
façon aisé de connaître ce qui se
produit contre le cours ordinaire de la nature. Ainsi
il y a, chez les Léontins , une eau qui tue ceux
qui en boivent; il en existe une autre semblable, qu'on
appelle eau du Styx, à Phénée en
Arcadie, et encore une autre dans la Thrace; puis il
y a, chez les Sauromates, le lac que les oiseaux même
ne sauraient traverser [sans tomber morts]; il y a encore,
à ce qu'on raconte, chez les Mèdes, un
autre lac sur lequel il surnage une liqueur noire qui
s'enflamme lorsqu'on s'approche du feu après
s'en être enduit le corps : c'est, dit-on, à
l'aide de ce poison que Médée a tué
la fille de Créon. Il y a aussi près de
Suze une eau qui fait tomber les dents de ceux qui en
boivent. Le fleuve Sybaris rend les hommes chastes.
L'eau qu'on appelle rouge, en Éthiopie, produit
la folie. En Égypte, une certaine eau rend
chauves ceux qui en boivent. La science ne sait rien
de ces prodiges ; aussi beaucoup de gens ont-ils déjà
trouvé la mort, après avoir usé
de ces eaux sans précaution, et d'autres ont
éprouvé quelque autre fâcheux accident.
Il existe encore pour les eaux plusieurs autres propriétés
qui s'écartent du cours habituel de la nature
: ainsi une certaine eau, chez les Lyncestes, enivre
ceux qui en boivent; à Clitorium en Arcadie,
une autre produit chez les baigneurs l'aversion de l'odeur
même du vin; l'eau de la fontaine Aréthuse,
à Chalcis, fait du bien aux femmes, tandis qu'elle
donne des maux de pieds aux animaux qui en boivent;
on admet enfin que le Cydnus adoucit la goutte, quoiqu'il
soit d'une froideur excessive. Si l'on séjourne
dans un endroit où l'eau est mauvaise, il faut
s'efforcer de la rendre plus potable; le mieux pour
cela est de la faire bouillir dans des vases de terre
cuite, et de ne la boire qu'après l'avoir refroidie
pendant la nuit et ensuite de nouveau réchauffée.
Si, pour une armée, on est obligé de rendre
potable une mauvaise eau, il faut creuser des fosses
continues du point le plus élevé vers
la partie déclive, et les faire traverser par
l'eau, après y avoir jeté de la terre
douce et grasse, par exemple celle dont on fait de la
poterie; car les eaux laisseront toujours dans les fosses
leurs mauvaises qualités.
4. DE L'AMÉLIORATION
DE L'EAU.
(Tiré de Dioclès.)
On rendra l'eau très peu
active en la réduisant au tiers par l'ébullition;
on fera également bouillir, de la même
manière, les eaux blanchâtres, mais on
jettera dans ces dernières des mottes de terre
glaise sèche, jusqu'à ce qu'elles soient
imbibées d'humidité, dans la mesure d'un
demi-modius pour chaque amphore; on ne boira ces eaux
qu'après les avoir fait bouillir. On peut chasser
de la manière suivante une odeur chaude de l'eau
: on la frappe avec la main contre le vent, on l'expose
au grand air dans un vase à grande ouverture,
et on la transvase peu à peu dans plusieurs [autres]
ustensiles.
5. PURIFICATION DE L'EAU.
(Tiré d'Athénée.)
On passe l'eau, tantôt
à l'aide des vases appelés stactes, comme
à Alexandrie, tantôt à l'aide de
filtres, soit simples, soit doubles ou triples, employés
pour que la partie la plus pure coule à travers.
On creuse aussi des fosses auprès de la mer ou
des lacs; dans le premier cas, quand on veut tirer de
la mer de l'eau potable, et dans le second, quand le
lac est trouble et contient des sangsues ou présente
quelque autre inconvénient, afin que la partie
la plus pure et la moins nuisible, en filtrant à
travers la terre, se rassemble dans les fosses. Lorsqu'il
faut se procurer une grande provision d'eau, par exemple
quand on est en campagne, on revêt les paroi,
des fosses de pierres ou de bois, et on tâche
de conserver l'eau pure en pavant le fond de la même
manière. Les eaux filtrées deviennent
plus ténues et très pures, par cette raison
elles sont aussi plus froides: mais plusieurs conservent,
même après la filtration, les propriétés
des corps visqueux.
6. DES VINS.
(Tiré de Galien.)
On appelle vulgairement vin aqueux
celui qui ressemble à l'eau par la couleur et
par la consistance ; car il est transparent, limpide,
pur et montre une consistance ténue ; et, si
vous le goûtez, vous verrez qu'il n'a aucune qualité
bien prononcée, et que, pour faire un bon mélange,
il ne supporte pas l'addition de beaucoup d'eau voilà
pourquoi les anciens l'appelaient oligophore (qui supporte
peu). Ce vin-là n'est pas tout à fait
dépourvu d'action astringente, mais c'est une
astringence tout à fait affaiblie qu'il possède
car, si vous le comparez à l'eau, vous verrez
clairement, par cette comparaison, qu'il est formé
d'eau ayant pris une légère astringence.
Son action est également semblable à celle
de l'eau, puisqu'il n'affecte ni la tête ni les
nerfs, quand ces parties sont faibles, car il n'échauffe
pas manifestement non plus. On voit qu'il ne possède
aucune âpreté plus ou moins prononcée,
ni goût sucré ou âcre, ni aucune
autre qualité apparente. Ce vin convient pour
expulser les crachats du poumon, parce qu'il donne de
la force et qu'il exerce sur les humeurs une action
modérément humectante et incisive. Administré
aux fébricitants, il est moins dangereux que
tout autre; car il est le seul entre tous qui ait le
privilège d'être exempt à la fois
des inconvénients de l'eau et de ceux du vin.
Outre qu'il ne fatigue jamais la tête, ce vin
lui est souvent même avantageux, en faisant cesser
les petites douleurs qui tiennent aux humeurs renfermées
dans l'estomac; car vous verrez, en effet, que certaines
gens prennent quelquefois de la céphalalgie pour
avoir bu de l'eau, surtout quand cette eau est mauvaise,
parce qu'elle se corrompt et relâche la tension
naturelle de l'estomac ; or, cet organe étant
relâché, des humeurs bilieuses ténues
se rassemblent ordinairement de tous les points du corps
dans sa cavité, comme cela arrive chez les gens
qui ont jeûné; et c'est justement de l'inconvénient
et de l'effet nuisible de ces humeurs que le vin aqueux
délivre les malades, d'abord par son action tempérante
immédiate, et un peu plus tard parce que l'estomac,
s'étant renforcé, repousse vers le bas
ce qui l'incommodait. Pour les sujets d'un tempérament
tout à fait chaud, il vaut mieux boire de l'eau
que du vin ; et, si quelquefois ils ont besoin de vin,
il faut leur en donner qui soit ténu et modérément
âpre. Les vins aqueux et clairs donnent très-peu
de nourriture au corps, parce qu'ils poussent aux urines.
De tous les vins, il n'y a que ceux-là qu'on
puisse boire utilement quand ils sont nouveaux, par
exemple le vin appelé Gaurien, et quelques-uns
de ceux qui se font chez les Sabins. On trouvera facilement
dans chaque contrée des vins pareils ; chez nous,
ceux qui deviennent bons à boire en peu de temps
sont le Tibène, l'Arsyin et, après eux,
le Titacazène. Vous ne verrez jamais du vin d'un
goût sucré qui soit exactement clair ou
limpide; au contraire, il s'écartera plus ou
moins de ces deux qualités, sans être doué
d'aucune d'elles. Tout vin d'un goût sucré
réchauffe, présente une consistance épaisse,
et les propriétés particulières
dont il se montre doué, quand on le boit, sont
les conséquences des deux qualités susdites
; car la couleur n'a par elle-même aucun action
profitable ou nuisible. Ce vin traverse le corps avec
une lenteur proportionnelle au degré de sa consistance
: ainsi non-seulement il ne désobstruera pas
les organes engorgés, mais il aggravera même
l'obstruction, et, pour ce motif, il devient très
nuisible au foie malade, surtout quand cet organe est
affecté d'inflammation ou de squirrhe; tandis
qu'il fait moins de mal quand ce viscère est
obstrué par des humeurs épaisses, ou que
la maladie dépend de la faiblesse, comme dans
les maladies hépatiques proprement dites. Après
le foie, c'est à la raie que les vins d'un goût
sucré font le plus de tort; mais ils ne nuisent
pas au poumon, lorsqu'il contient dans les bronches
une humeur épaisse; car, dans les maladies aiguës,
le vin d'un goût sucré favorise l'expectoration,
quand la péripneumonie et la pleurésie
sont déjà arrivées à coction,
et que les parties ne sont plus enflammées. Les
vins d'un goût sucré causent d'autant moins
de pesanteur de tête et de perversion de l'intelligence,
qu'ils s'écartent davantage de l'extrême
degré de chaleur: ils traversent plutôt
rapidement le corps et augmentent le volume des viscères;
mais ils ne conviennent pas aux gens tourmentés
par la bile amère, car toutes les humeurs d'un
goût sucré fournissent des matériaux
à la bile jaune. Ce n'est pas seulement parce
que l'excès de chaleur rend ces humeurs amères
que le vin d'un goût sucré nuit aux fébricitants,
mais aussi parce qu'étant épais il ne
passe pas vite par les urines, et n'entraîne ni
n'évacue avec lui les humeurs bilieuses. Il ne
présente, par conséquent, qu'un seul avantage,
celui de relâcher le ventre; c'est aussi pour
cette raison qu'on le boit avant le repas : si donc
il ne produit pas cet effet, il nuit de toutes les façons;
car à ses autres inconvénients il joint
celui de produire de la soif, et prouve par cela même
qu'il se transforme facilement en bile. Ces vins sont,
en outre, flatulents, mais ils ne sont pas nuisibles
à la partie inférieure des intestins,
bien que les flatuosités qu'ils produisent marchent
lentement et séjournent longtemps dans l'hypocondre,
jusqu'à ce qu'elles aient atteint un degré
complet de coction et d'atténuation ; car, dès
qu'elles sont une fois parvenues à ce degré
de coction, elles acquièrent en même temps
une nature plus mobile et plus subtile. Le vin âpre
doué en même temps d'un goût sucré,
comme le vin Abate, dans la Cilicie, est mauvais, parce
qu'il réunit des qualités opposées
; il ne se distribue donc pas dans le corps et ne descend
pas, mais il séjourne pendant longtemps dans
le ventre supérieur et le remplit, de flatuosités.
Le vin noir, qui, sans avoir un goût sucré,
présente une âpreté manifeste plus
ou moins prononcée, cause de la plénitude
, marche lentement et supprime les deux excrétions,
celle qui se fait par le ventre, et surtout celle qui
se fait par la vessie; il séjourne longtemps
dans les hypocondres, s'aigrit facilement, et a de la
tendance à produire le vomissement : ce n'est
que dans le cas de flux de ventre qu'il convient, et
même, dans cette circonstance, il ne faut pas
le boire jusqu'à satiété. Le vin
qui est à la fois blanc et âpre ne pousse
cependant pas aux urines, et, s'il est épais,
il séjourne longtemps [dans l'hypocondre]; si,
au contraire, il n'est pas épais, il n'y reste
pas longtemps, comme fait le vin noir. mais il ne passe
pas non plus par les urines, comme les vins à
la fois blancs et modérément âpres.
Le vin paillet et âpre convient aussi contre le
flux de ventre; car il y a aussi deux espèces
de vin paillet, de même que de vin noir, l'un
doué d'un goût sucré, et l'autre
âpre. Mais le vin paillet affecte davantage la
tête et l'intelligence, parce qu'il est plus chaud
que le noir. Le vin jaune est éminemment chaud,
ainsi que le vin paillet qui vient après lui,
puis après eux viennent le vin rouge, et ensuite
le vin d'un goût sucré, tandis que le vin
blanc est le moins échauffant de tous. Aucun
vin blanc n'est doué d'un goût sucré;
mais quelques-uns sont âpres et épais,
d'autres aqueux et ténus; parmi les vins jaunes
et paillets, quelques-uns ont un goût modérément
sucré, comme le vin d'Hippodame et le vin Faustien;
d'autres, au contraire, n'ont pas le moindre goût
sucré. Les vins rouges sont plus épais
que ceux dont il vient d'être question, parce
qu'ils se rapprochent déjà, par la couleur,
des vins noirs. La nourriture que fournissent tous ces
vins est en raison de leur consistance; il faut donc
permettre de boire des vins d'un goût sucré
à ceux qui ont besoin d'être restaurés,
surtout quand leur foie, leur rate et leurs reins sont
dans un état irréprochable, tandis que
les vins d'une consistance ténue conviennent
à ceux qui ont une accumulation d'humeurs épaisses
dans les veines, et, si ces humeurs sont froides, il
faut choisir des vins âcres et vieux; si, au contraire,
ces humeurs ne sont pas froides, on doit s'en tenir
à ceux qui ne pré-sentent aucune de ces
deux qualités. Le vin odorant est plus favorable
que les autres à la bonté des humeurs,
mais il porte à la tête. Nous employons
les vins âpres pour arrêter les flux de
ventre; mais nous ne nous en servirions dans aucun autre
cas, parce qu'ils ne favorisent ni la distribution des
aliments, ni la sanguification, ni la formation de bonnes
humeurs, ni l'écoulement facile des urines, ni
l'excrétion de la sueur, ni l'évacuation
des selles. Ni le vin de Falerne, ni le vin d'un goût
sucré et paillet du Tmolus, ni celui d'Ariuse,
ni le vin odorant et paillet de Lesbos qui leur est
semblable, ne conviennent donc aux constitutions plus
ou moins bilieuses; car tous ces vins-là
sont plus ou moins chauds, et ceux qui les boivent sont
facilement sujets à prendre du mal de tête,
de la fièvre ou quelque affection des nerfs.
Il ne faut donc pas donner du vin semblable aux individus
d'une nature bilieuse, ni à ceux qui on' éprouvé
un échauffement, ou une grande fatigue, ou la
faim, ou des chagrins, ni à ceux qui vivent dans
une saison chaude, dans un pays chaud ou sous une constitution
chaude de l'air; par contré, il convient à
tous ceux qui ont besoin d'être réchauffés,
comme sont les sujets d'un tempérament pituiteux
et froid, à ceux qui souffrent d'une accumulation
d'humeurs froides, qui mènent une vie oisive;
dans un pays froid, en hiver, sous une constitution
froide et humide de l'air. Tous les vins qui ne sont
pas extrêmement épais et doués d'un
goût très-sucré, comme le vin de
Thère et le Scybélite, ont cela de commun,
que, lorsqu'ils ont vieilli, ils prennent une couleur
jaune et présentent quelque chose de brillant
à l'instar du feu; car les vins noirs, comme
chez nous le vin de Perpérine, deviennent d'abord,
en vieillissant, rouges ou paillets, et plus tard d'une
couleur jaune; et il en est de même pour le vin
blanc, comme le vin aminéen de Bithynie : les
Romains appellent Cécube le vin qui est parvenu
à ce degré de vieillesse; or ce vin est
déjà amer, et, pour cette raison, il n'est
pas bon à boire. Il faut donc éviter de
boire des vins aussi vieux, de même que les vins
tout à fait jeunes; il faut surtout s'abstenir
de boire les vins naturellement épais quand ils
sont jeunes, car ils sont si loin de favoriser la digestion,
qu'à peine ils se digèrent eux-mêmes;
en outre, ils ne descendent pas non plus par le ventre,
ne se distribuent pas facilement dans le corps, ne poussent
pas aux urines, et ne contribuent en rien ni à
la sanguification, ni à la nutrition, mais ils
restent long-temps suspendus dans l'estomac de même
que l'eau, et, si l'on en prend un peu trop, ils s'aigrissent
facilement. Le vin très-vieux diffère
tellement du vin à la fois blanc, âpre,
jeune et épais, que le premier réchauffe
très fortement, tandis que l'autre refroidit
d'une manière sensible. Quant au vin doux, tout
le monde sait qu'il est flatulent, qu'il se digère
difficilement, qu'il contient des humeurs épaisses
et qu'il n'a qu'un seul avantage, celui de relâcher
le ventre; et, si quelquefois il ne réussit pas
à produire cet effet, il devient très
nuisible. De tous les vins, les vins blancs et aqueux
vieillissent le plus vite, c'est-à-dire qu'ils
acquièrent promptement les qualités des
vins qui commencent à vieillir; ces qualités
consistent en une certaine âcreté jointe
à la propriété manifeste de réchauffer,
en une amertume qui se développe plus tard, qualité
dont on peut voir quelquefois se revêtir les vins
aqueux après un espace de dix ans, à moins
qu'auparavant, dans les trois ou quatre premières
années, ils ne se soient aigris. Il est arrivé
quelquefois que les vins à la fois forts, âpres,
blancs et épais se sont encore aigris après
un espace de dix ans, quand ils n'étaient pas
bien emmagasinés; ils sont aussi sujets à
prendre les qualités des vins vieux après
un espace de temps très prolongé. À
ce genre de vin appartiennent en Italie celui de Tibur,
celui du pays des Signins et des Marses, et celui de
Sorrente, lequel est à peine arrivé à
l'époque de sa maturité avant vingt ans;
cependant, parvenu à cet âge-là,
il a atteint le suprême degré de bonté,
et il reste longtemps bon à boire, parce qu'il
ne devient pas facilement amer, étant, par ses
vertus, l'émule du vin de Falerne. Les vins aqueux,
comme celui du pays des Sabins, le Gaurien, l'Arsyin,
le Titacazène, le Tibène et tous ceux
qui leur sont semblables, se comportent d'une façon
contraire; car ils prennent facilement des qualités
opposées, c'est-à-dire qu'ils deviennent
ou acides, ou bien amers, s'ils vieillissent [en se
conservant]. Le lieu dans lequel on conserve les vins
contribue beaucoup à leur faire subir l'un ou
l'autre de ces deux changements; car il faut préférer,
au commencement, un endroit froid, et plus tard un endroit
chaud, tandis qu'une localité tiède fait
facilement aigrir le vin. Si, déposés
dans un endroit froid, ils se sont conservés
deux ou trois ans, ils ont besoin, après cela,
d'être fortement réchauffés, mais
ils ne réclament jamais une localité tiède
ou d'une température moyenne. Quelques vins sont
tellement faibles et aqueux, qu'ils ne supportent pas
le froid, même lorsqu'ils sont tout à fait
nouveaux. Les vases qu'on laissera sans couvercle aigriront
facilement le vin; au contraire, parmi ceux qui sont
munis de couvercles, les vases pleins sont les moins
sujets à produire cet accident; car, dans les
vases à moitié remplis, et qui par conséquent
contiennent de l'air à l'intérieur, les
vins subissent plus vite, par l'intermédiaire
de cet air intérieur, les changements que leur
impriment les influences extérieures, mais les
vins renfermés dans des vases remplis jusqu'au
couvercle n'éprouvent que par son intermédiaire
une altération faible, peu sensible, proportionnelle
à la densité du couvercle; car on verra
que le vin contenu dans des vases fermés à
l'aide de poix ou de gypse se conservera mieux que celui
qu'on a mis dans des vases fermés avec du cuir
seulement, ou dans des vases qui ont des feuilles pour
couvercle. Il y a chez nous, en Asie, trois vins paillets
excellents, celui du Tmolus, celui de Lesbos et celui
d'Ariuse qui croît à Chios, lequel était
le plus célèbre chez les anciens et dont
tous se servaient pour la préparation des meilleurs
médicaments, et surtout pour les antidotes.
7. SUR LE VIN.
(Tiré de Rufus.)
[Ce chapitre se, trouve dans
le traité Sur
le régime,
ou Sur les boissons; dans le second livre.]
Je loue le vin comme soutien
de la santé plus que toute autre chose; mais
celui qui en boit a besoin de sagesse, s'il ne veut
pas s'attirer quelque mal irrémédiable;
car le vin peut développer la chaleur, remplir
le corps de force, et digérer les aliments dans
toutes leurs parties ; et il n'y a aucun vin qui soit
si mauvais qu'il ne puisse produire ces effets; mais
il existe, sous ce rapport, comme pour les autres choses,
des qualités inférieures et des qualités
supérieures. Le vin peut aussi placer l'âme
dans un certain état, car il est le remède
de la douleur; et, à mon avis, c'était
du vin qu'Hélène versait dans le cratère.
Celui donc qui en boit modérément peut
être joyeux et accueillant; il peut se porter
parfaitement bien; mais qu'y a-t-il d'agréable
dans l'excès pour celui qui boit du vin outre
mesure? qu'y a-t-il dans cet excès qui ne soit
douloureux? D'ailleurs , comment celui qui en boit plus
qu'il n'en faut pourrait-il être. exempt de désagréments,
quand l'âme est noyée dans une si grande
quantité de vin, qu'elle est refroidie par ce
qu'il y a de plus chaud? Jugez-en par les preuves suivantes
: d'abord le corps de l'homme ivre devient impuissant
à se gouverner, et ensuite enclin au sommeil;
cependant la nourriture se digère aussi par la
chaleur. Voilà ce qu'éprouvent les gens
ivres immédiatement par l'effet du refroidissement;
plus tard il n'y a pas de maux auxquels on ne puisse
s'attendre; car il est à craindre qu'on ne soit
frappé d'apoplexie, qu'on n'éprouve des
douleurs aux articulations, qu'on ne devienne estropié
de quelque membre, et que le vin ne fasse naître
au foie, à la rate et à la tête,
les maladies propres à chacune de ces parties.
Je me surprends quelquefois à m'étonner
comment, dans un cas où les avantages et les
inconvénients sont si évidents, on préfère
ce qu'il y a de plus mauvais, tandis qu'on pouvait obtenir
des résultats excellents de l'usage du vin.
8. DU SIRAEON.
(Tiré de Galien.)
Il faut faire le siraeon (vin
doux cuit) avec du vin doux, non pas celui qui provient
de raisins âpres, mais, autant que possible, avec
celui qu'on tire de raisins doués d'un goût
sucré; on ne doit pas non plus le préparer
avec le vin qui coule le premier, mais avec celui qui
coule le dernier. Si donc le vin est tel que nous venons
de le dire, il faut le faire bouillir jusqu'à
réduction de moitié; si, au contraire,
le vin doux n'est pas de cette espèce, on le
réduira au tiers par
9. DU VIN DOUX CUIT.
(Tiré de Rufus.)
[Du second livre du traité
Sur le régime.]
Le vin doux cuit a la propriété
de réchauffer, mais pas autant que le vin, d'où
quelques-uns sont d'avis qu'il refroidit; mais, à
mon avis, rien de ce qui est d'un goût sucré
ne refroidit véritable-ment, comme on le croit,
parce que toute chose à goût sucré
est nécessairement agréable, et tout ce
qui est agréable cause une liquéfaction
ou dissolution; or c'est justement le chaud qui produit
ces effets-là. Le vin doux cuit ne passe pas
non plus par les urines, et n'a pas de tendance à
se distribuer rapidement dans le corps; mais il reste
dans l'estomac et y cause toujours de plus en plus de
la plénitude, tant il est épais. Il épaissit
aussi le sang; le foie et la rate s'épaississent
également par l'action du vin doux cuit.
10. DU VINAIGRE.
(Tiré de Galien.)
Le vinaigre est formé
du mélange d'une substance froide et d'une substance
chaude, lesquelles sont toutes deux composées
de molécules ténues ; mais l'action du
froid prédomine, bien que le froid reste subtil
: voilà pourquoi le vinaigre a des propriétés
répercussives.
11. DU VINAIGRE.
( Tiré de Rufus. )
[Du second livre du traité
Sur le régime.]
On se sert très fréquemment
du vinaigre dans le régime ordinaire; car c'est
le meilleur assaisonnement pour les mets secondaires,
et plusieurs d'entre eux ne sauraient s'en passer. Si
quel-qu'un avait la force de s'en priver, il en éprouverait
un très grand dommage aussi bien que s'il mangeait
sans sel les mets auxquels cet assaisonnement convient.
Le vinaigre est excellent pour l'orifice de l'estomac
et fournit un très bon aliment; il favorise la
digestion et est ennemi de la pituite. Le meilleur vinaigre
est celui qui provient des vins très forts, c'est-à-dire
de ceux qui ont une âpreté assez prononcée.
12. SUR LA BOISSON FAITE AVEC
DU MARC DE RAISIN (PIQUETTE).
(Tiré de Rufus.)
[Du même livre.]
On use encore de la boisson suivante
: on exprime le vin du raisin, puis on verse de l'eau
sur ce raisin, on le foule avec les pieds et on le pressure,
puis on le fait bouillir jusqu'à ce qu'il ne
reste que le tiers de la masse du liquide. On obtient
ainsi une boisson d'un goût sucré comme
le vin doux cuit, mais qui n'est ni épaisse ni
forte; et, si on la fait bien bouillir, elle convient
et par le plaisir qu'elle donne et parce. qu'elle pousse
aux urines; elle est exempte de flatuosités,
de façon qu'on peut la donner hardiment aux malades,
si cela est parfois nécessaire; si on ne la fait
pas bouillir, elle se change en mauvais vinaigre. Dioscoride ajoute encore deux sextaires
de sel par métrète, et met la liqueur,
après l'hiver, dans un vase de terre cuite; il
conseille de l'employer à un an de là,
parce qu'elle se gâte rapidement.
13. DU VIN FAIBLE.
(Tiré de Dioscoride.)
Il y a encore le vin appelé
faible; [pour le préparer] il faut mêler
ensemble parties égales d'eau et de vin doux;
on les fait bouillir ensuite lentement sur un feu doux,
jusqu'à ce que l'eau se soit épuisée;
après cela, on refroidit le liquide et on le
dépose dans un vase luté avec de la poix.
14. DE L'EAU MIELLÉE.
(Tiré de Galien.)
L'eau miellée n'est pas
très profitable aux gens tourmentés par
la bile amère ; car, chez eux, elle se convertit
en bile, à moins qu'elle ne passe auparavant
par les intestins ou par la vessie, tandis que , si
elle passe, non seulement elle ne nuit en aucune façon,
mais elle procure même un grand avantage, parce
qu'elle entraîne avec elle les superfluités
bilieuses; il convient donc, pour les constitutions
bilieuses, de donner de l'eau miellée qui soit
plutôt aqueuse, afin qu'elle ne donne pas de soif
et ne produise pas de bile. De même que l'eau
miellée ne convient pas aux gens tourmentés
par la bile amère, de même elle ne convient
pas à ceux dont les viscères sont tuméfiés
par l'effet d'un squirrhe , de l'inflammation ou d'un
oedème; car elle est nuisible chez ces individus,
en ce qu'elle ne saurait traverser rapidement ces organes,
tandis qu'elle se change facilement en bile, surtout
dans les inflammations, à cause de l'excès
de chaleur. Le miel, étant de toutes les substances
la plus sucrée, s'il tombe dans un organisme
d'un tempérament chaud, se change et se convertit
en une humeur bilieuse aussitôt qu'il arrive dans
les intestins avant de remonter dans les veines; et,
s'il arrive dans les veines sans subir ce changement,
il s'y transforme certainement lorsqu'il y est parvenu;
les autres substances sucrées subissent ce changement
plus tôt ou plus tard, en raison de l'intensité
de leur goût sucré, en observant la même
proportion que le miel, c'est-à-dire qu'elles
le subissent plus rapidement dans une constitution plus
ou moins chaude , et plus lentement dans une constitution
plutôt froide. Ainsi, puisque le miel se change
en bile dans les maladies aiguës, et que, de cette
façon, il leur est nuisible; que, de son côté,
l'eau passe lentement et séjourne très-longtemps
dans les hypocondres, et que ce dernier inconvénient
doit à son tour être évité,
le mélange de ces substances devient utile, si
on le compose dans les proportions suivantes : il faut
mêler à une grande quantité d'eau
assez de miel pour qu'il lui fraye le chemin et l'amène
à être distribuée dans le corps;
car, si les ingrédients sont mêlés
dans cette proportion, les urines commenceront à
couler plus facilement, et l'évacuation des crachats
devient plus rapide; si, au contraire, on y a mis beaucoup
de miel, il produit de la soif et rend les crachats
visqueux. Si donc on veut produire les effets susdits,
l'eau miellée plus ou moins aqueuse est préférable,
tandis que l'eau miellée plus ou moins chargée
convient pour relâcher le ventre. L'eau miellée
crue est également plutôt propre à
relâcher le ventre, tandis que l'eau miellée
bien cuite est plutôt nourrissante. On doit préparer
l'eau miellée en mêlant d'abord le miel
à une grande quantité d'eau, et en le
faisant bouillir ensuite jusqu'à ce qu'il cesse
de produire de l'écume; mais il faut, bien entendu,
ôter constamment l'écume aussitôt
qu'elle se forme, car cette opération enlève
au miel son âcreté.
15. DE L'EAU DE RAYONS DE
MIEL.
On boit l'eau de rayons de miel
en été, comme une liqueur propre à
rafraîchir et à éteindre la soif,
en la mêlant à de l'eau froide. Cette boisson
convient aussi à ceux qui ont une accumulation
d'humeurs crues , surtout quand elle s'est aigrie; et
cela lui arrive très-souvent à un degré
plus ou moins prononcé, parce qu'on ne la prépare
pas avec de l'eau de pluie, comme l'hydromel. mais avec
la première eau venue. On la prépare de
la manière suivante : on exprime le miel des
rayons, lesquels doivent être de bonne qualité,
et on le jette dans un chaudron contenant de l'eau de
source pure et agréable au goût; ensuite
on fait bouillir jusqu'à ce que les rayons semblent
avoir perdu suffisamment tout le liquide qu'ils contenaient;
on met ce liquide en réserve, on le. con-serve,
et on fait usage de cette boisson, que les anciens appelaient
oxyglyky (aigre-doux).
16. DE L'HYDROMEL USITÉ
CHEZ LES ANCIENS.
Quand l'eau de pluie a perdu
la propriété de se corrompre, elle devient
douce; on se sert de cette eau après y avoir
mêlé du miel qu'on a préalablement
fait bouillir et écumé. On appelle vulgairement
cette boisson hydromélon, mais Dioscoride l'appelle hydromel, et il dit
qu'on la prépare en mêlant à une
partie de miel deux parties de vieille eau de pluie
et en exposant le mélange au soleil; il dit aussi
que certaines gens font le mélange avec l'eau
de source, le réduisent au tiers par l'ébullition
et le mettent en réserve.
17. DE L'EAU DE RAYONS DE
MIEL.
(Tiré de Philagrius.)
[Du traité Sur les boissons agréables.]
Le temps opportun pour boire
de l'eau de rayons de miel est, dans les fièvres,
celui où il se montre quelque signe de coction
dans les urines seulement, et tout à la fois
dans les crachats [et dans les urines], s'il y a, en
outre, au poumon quelque affection qui ait besoin d'arriver
à coction. Il ne serait pas déraisonnable
non plus de donner de l'eau de rayons de miel avant
la coction, parce qu'elle a quelque chose d'incisif
et de détersif, et qui peut contribuer à
amener la coction; cependant l'eau miellée vaut
mieux pour amener la coction. Le temps le plus favorable
pour boire de l'eau de rayons de miel c'est donc après
la coction, parce que cette liqueur a quelque chose
de vineux; or on voit les fièvres s'aggraver,
si l'on boit du vin quand la maladie n'est pas encore
arrivée à son déclin, époque
où les causes sont atténuées et
où les canaux se sont ouverts ; c'est alors que
le vin qu'on boit passe bien, qu'il n'aggrave pas les
symptômes de la fièvre, qu'il attire la
chaleur vers la peau, qu'il tempère immédiatement
les acrimonies, que peu après il provoque quelques
sueurs et pousse aux urines ; l'époque du déclin
est donc celle où il convient de boire du vin
ou quelqu'une des autres boissons vineuses. Mais, comme,
d'un autre côté, l'eau de rayons de miel
a une chaleur plus faible que le vin, qu'elle est douée
de propriétés détersives et incisives,
et que c'est là ce qui prépare la solution
des fièvres produites par des humeurs en putréfaction,
il faut donner également à boire de l'eau
de rayons de miel avant le déclin. On boit l'eau
miellée immédiatement après qu'elle
a été préparée : on peut
quelquefois aussi donner l'oxymel aussitôt après
sa préparation, quoiqu'il vaille mieux l'administrer
quand il y a vieilli; car alors ses propriétés
se sont unies intimement. Mais le miel aux roses, le
miel au verjus et la boisson aux têtes de pavot
ont grand besoin de vieillir; car ces liqueurs contiennent
une partie épaisse de la nature de la lie de
vin, et une autre qui est utile et bonne à boire
: ces deux parties ont besoin de temps pour se séparer,
surtout pour l'eau de rayons de miel ; car, avant que
cette dernière n'ait avec le temps acquis quelque
chose de vineux au goût et à l'odorat,
elle ne semblera différer en rien de l'eau miellée
; si, au contraire, on l'a soumise à l'ébullition
et si on l'a conservée pendant six mois environ,
elle offre non seulement les propriétés
que je viens d'énumérer, mais en outre
elle a celle de fortifier à l'instar du vin,
sans affecter la tête. Il faut donc boire l'eau
de rayons de miel quand elle a vieilli, et la préparer
de la manière suivante : on prend des rayons
remplis de miel de couleur blanche et qui laissent apercevoir
le miel en transparence, on les exprime avec les mains,
et on y mêle quatre mesures de bonne eau de source
si le miel est un peu épais, trois et demie s'il
est de consistance moyenne, et trois s'il est plutôt
ténu et liquide; on exprime fortement avec les
mains le résidu terreux de la cire d'où
le miel est sorti , on casse ce résidu en petits
morceaux qu'on laisse tomber dans l'eau ; ensuite on
recueille le liquide et on y dissout tout le miel; puis
on verse cette liqueur dans un pot neuf où l'on
a préalablement fait bouillir doucement de l'eau,
afin de lui ôter ce qu'il a de terreux ; on fait
bouillir l'eau de rayons de miel en chauffant avec des
charbons ou à l'aide d'une flamme peu intense
produite par du bois qui ne donne pas de fumée;
on ôte constamment les impuretés que le
liquide crache pour ainsi dire pendant l'ébullition.
Après la première ébullition, on
enlève tout ce qu'il y a de terreux, ainsi que
l'écume, bien entendu; on ôte le pot du
feu, puis on le laisse refroidir complètement,
et on enlève ce qui surnage après le refroidissement
(car, vers ce temps, il surnage quelque chose à
la surface); ensuite on chauffe de nouveau le vase,
et, après l'ébullition on le met de côté,
sans oublier d'enlever auparavant, encore une fois,
ce qui se porte à la surface après le
refroidissement; enfin, après avoir soumis le
liquide pour la troisième fois à l'ébullition,
au refroidissement, et après en avoir enlevé
de nouveau les impuretés, on verse l'eau de rayons
de miel préparée dans un vase de terre
cuite (or les vases dits de Philadelphie, de Carye ou
d'Omphace conviennent à cet effet), et on le
met dans une chambre où le vin se conserve habituellement
sans tourner. Il est clair qu'il faut prolonger l'ébullition
pendant longtemps; car, si on ôte le vase du feu
quand elle n'a fait que commencer ou quand elle est
peu avancée, il s'ensuivra que le liquide est
incomplètement cuit, et il y reste des impuretés
terreuses qui peuvent se pourrir et gâter la boisson.
Il y a deux manières de préparer l'eau
de rayons de miel; la première consiste à
faire bouillir seulement dans l'eau les rayons après
en avoir exprimé le miel, et c'est de cette manière
qu'on fait à la campagne une eau de rayons de
miel très vineuse, très épaisse
et plus ou moins noire; l'autre espèce se prépare
comme je viens de le décrire, en considérant
qu'on a un plus grand besoin du miel que des rayons
pour cette boisson; car on lave les rayons dans l'eau
sans les faire bouillir, tandis qu'on soumet à
l'ébullition tout le miel. C'est de cette préparation
que nous nous servons toujours, car nous rejetons habituellement
l'usage de l'eau toute seule, parce que, dans les maladies
fébriles, elle produit des effets mauvais assez
nombreux et assez considérables.
18. DU MÉDICAMENT AUX
TÊTES DE PAVOT.
(Tiré de Galien.)
On jette dans un sextaire d'eau
dix têtes de pavot : il faut les faire macérer
d'abord, si elles sont plutôt humides et molles,
pendant un jour et une nuit; si, au contraire, elles
sont plutôt dures et sèches, pendant un
espace de temps qui va au delà d'une journée;
cependant il est préférable de prendre
celles qui ne sont pas encore dures; il est clair qu'on
rejettera aussi celles qui sont tout à fait molles;
car celles qui sont trop sèches contiennent peu
de suc, tandis que les têtes de pavot trop humides
en contiennent beaucoup, il est vrai, mais ce suc est
encore mal élaboré, aqueux et faible :
voilà pourquoi on doit aussi éviter de
se servir de celles qui viennent d'un pays humide ou
marécageux. Ce que j'ai dit du nombre proportionnel
de têtes de pavot, eu égard à la
quantité d'eau, doit s'entendre de celles de
grandeur moyenne; si cependant quelques-unes dépassent
la moyenne, tandis que d'autres restent en deçà
et d'autres encore tiennent le milieu entre les deux
extrêmes, comme cela arrive habituellement, on
ajoute le nombre susdit pour chaque sextaire. Prenez
pour terme de la cuisson non pas le moment où
il ne reste plus que le tiers , le quart ou en général
une proportion plus ou moins grande d'eau, mais celui
où les têtes de pavot ont commencé
à se ramollir; car il est évident que
nous voulons en exprimer le suc, et cette opération
se fait quand elles sont entièrement ramollies.
Je conseille de mêler à ce médicament
la moitié de sa quantité de miel, de le
faire bouillir sur du feu qui ne fume pas, jusqu'à
ce qu'il ait atteint la consistance du miel d'Attique
: mais c'est dans l'eau de pluie qu'il faut le faire
bouillir, ou bien dans l'eau de source. On l'emploie
chez les gens qui manquent de sommeil, et auxquels nous
sommes souvent aussi obligés de donner des médicaments
faits avec l'opium; mais ceux qui ont le plus besoin
de ce genre de médicaments sont les malades qui
ont une fluxion ténue descendant de la tète
à la trachée-artère, fluxion qui
ne leur permet pas de dormir, par suite de la toux qu'elle
occasionne. Pour ces malades, j'ai aussi l'habitude
de préparer le médicament avec le vin
doux cuit. Dans ce cas, il suffit de cuire le médicament
en faisant bouillir les têtes de pavot jusqu'à
réduction de moitié. Si la fluxion est
très ténue, il vaut mieux encore les faire
bouillir dans du vin de Théra ou de Crète,
qui ont un goût sucré, que dans du miel;
car le miel a des propriétés atténuantes,
et, dans ces cas, il faut l'éviter, parce qu'il
aggrave les catarrhes ténus, Il faut encore mêler
à ce médicament, pendant qu'il est en
ébullition, de la racine de réglisse,
de façon qu'elle soit cuite avec les autres ingrédients
; et, si l'on n'a pas la racine sous la main, on en
met le suc importé de Crète. Si le poumon
contient en abondance des humeurs descendues de la tête,
la préparation faite avec du miel devient préférable;
car, de même que le médicament au vin doux
cuit vaut mieux pour ceux qui ont besoin de sommeil,
de même celui qu'on fait avec du miel mérite
la préférence pour favoriser l'expectoration.
On s'attaquera donc à ce qui est le plus pressé;
et, quand le malade va se cou-cher pour dormir, on lui
donnera, soit le médicament au miel, soit celui
qui n'en contient pas : quelquefois aussi on mêlera
tous les deux ensemble, en se proposant pour but de
faire prédominer dans le mélange celui
des deux dont l'usage est le plus pressé. Que
la dose moyenne soit de deux grandes cuillerées;
vous l'augmenterez ou vous la diminuerez en raison de
la complexion du malade auquel vous donnez le médicament,
de son âge, de la saison de l'année et
du pays; car, si toutes ces circonstances se rapprochent
plutôt du froid, vous donnerez une très-petite
dose, tandis que, si elles se rapprochent plutôt
du chaud, vous donnerez une dose plus forte. Il est
clair qu'on donnera aussi une quantité plus ou
moins considérable du médicament, en raison
de la quantité et de la qualité de la
fluxion; car c'est là une règle commune
pour tous les moyens de traitement.
19. DE LA BOISSON AUX TÊTES
DE PAVOT.
(Tiré de Philagrius.)
[Du livre Sur les boissons agréables.]
Moi je ne donne pas seulement
la boisson faite avec les têtes de pavot aux gens
qui vont se coucher pour dormir, ou qui manquent de
sommeil, ou pour combattre une toux, cas pour lesquels
Galien a bien déterminé le temps de
l'administration et la dose du médicament, mais
j'en donne également à ceux qui ont une
fièvre violente, qui éprouvent une chaleur
insupportable, qui ont de l'ardeur à l'orifice
de l'estomac ; je le prescris dans l'érésipèle
et en général dans les maladies chaudes,
et, dans ces cas, j'augmente de beaucoup la dose, en
donnant cinq ou six cuillerées, et non pas seulement
une fois, mais deux, trois et plusieurs fois par jour;
non seulement à l'acmé des maladies fébriles,
mais aussi avant cette époque, et quand il n'y
a pas encore des signes évidents de coction ;
si le malade est abattu par l'insomnie, ou par quelque
chaleur âcre ou vive; voilà pourquoi ceux
qui veulent donner la boisson aux têtes de pavot
avant le point culminant des maladies fébriles
ont raison, à mon avis, de verser dedans de l'oxymel;
car ce liquide atténue la densité de la
substance du médicament et lui conserve sa vertu
refroidissante sans porter obstacle à la rapidité
de la digestion. Ce n'est pas seulement dans les fièvres
excitées par la putréfaction d'humeurs
épaisses, qu'il faut ajouter de l'oxymel à
la boisson susdite, surtout quand nous la donnons avant
l'acmé, mais aussi dans les cas où l'obstruction
des viscères, par exemple du foie, de la rate,
du poumon et des autres organes semblables, est accompagnée
de fièvres ardentes; on donne alors cinq ou six
cuillerées pleines, sans craindre l'excès
du refroidissement, comme on le craint chez les malades
affectés de toux sans fièvre; car nous
réprimons la chaleur contre nature, et c'est
en vue de ce résultat que nous réglons
la quantité du remède, qui, dans ce cas,
ne s'attaque pas à la chaleur naturelle. Il est
clair que, quand on veut administrer ce remède
comme moyen héroïque, il faut que non seulement
la maladie, mais aussi l'accès, soient arrivés
à leur acmé, de sorte que les deux points
culminants, celui de l'accès partiel et celui
de la maladie elle-même, coïncident; or je
me sers de l'expression héroïque, quand
les doses sont fortement augmentées dans le cas
où nous espérons résoudre la maladie
par une crise; car, avant l'acmé de la maladie,
quand nous sommes convaincus que nous ne pouvons pas
produire de crise, nous employons cette boisson pour
refroidir, en en prescrivant une dose modérée.
Nous donnerons cette boisson, à l'acmé
de la maladie, quelquefois toute seule, d'autres fois
avec de l'oxymel, ou bien nous y ajoutons une quantité
modérée de miel au verjus, quelquefois
aussi de miel aux roses , ou un peu de vin du genre
de ceux qui passent vite, surtout si la boisson a été
préparée avec de l'eau; car c'est une
propriété inhérente à l'eau
de passer lentement. Il vaut encore un peu mieux administrer
du vin un peu clair et transparent que de l'eau, pour
y faire bouillir les têtes de pavot; car, ainsi
préparée, la boisson passe plus vite et
a en même temps des propriétés fortifiantes.
Mais l'emploi d'un vin semblable agit également
assez bien dans le cas d'un resserrement de la peau
plus ou moins prononcé; de même le miel
au verjus est préférable pour les organismes
un peu lâches, ou lorsqu'il y a une faiblesse
plus ou moins grande de l'orifice de l'estomac, surtout
quand cette partie pèche par défaut d'appétit;
il en est de même pour les gens habitués
à boire du vin d'un goût sucré,
ou pour les malades qui ressentent à l'estomac
quelque afflux d'humeurs délétères
ou bilieuses ; on pourra aussi mêler du miel rosat
à la boisson pour les individus qui présentent
ces conditions. Voilà ce qu'il suffit de considérer
préalablement dans les fièvres; il faut
maintenant parler des autres maladies; car ce n'est
pas seulement quand le poumon est échauffé
ou affecté de fluxion, ou qu'il excite de la
toux que cette boisson est utile, mais elle l'est également
pour les autres viscères ; voilà pourquoi
nous n'en donnons pas seulement aux malades qui souffrent
du foie ou de la rate, mais aussi à ceux qui
ont les reins et la vessie affectés, quand la
maladie est chaude. Ainsi elle dompte merveilleusement
les stranguries causées par l'âcreté
des urines, surtout quand on la donne en grande quantité
dans le bain, ou avant, lorsqu'on est sur le point d'y
entrer; dans ce cas, nous prescrivons aussi un régime
plus ou moins substantiel et propre à produire
de bonnes humeurs. Cette boisson convient encore chez
les sujets affectés de maladies des reins, et
dont les flancs et les lombes sont plus ou moins chauds,
ainsi que pour ceux que le diabète ou le choléra
ont mis en danger; mais, dans ces deux derniers cas,
il est éminemment utile, si rien ne s'y oppose,
de mêler de l'eau très froide à
cette boisson, car l'eau froide est le suprême
médicament du choléra. Cependant, chez
ces malades, il faut fortifier d'abord tout le ventre,
à l'aide d'[embrocations faites avec] l'huile
de pommes ou de mastic, le suc de raisins verts et un
peu d'alun scissile, ou avec d'autres ingrédients
semblables; on frottera aussi toute la peau du malade,
pendant longtemps, avec les mains non graissées
ou avec des linges doux, on appliquera des ventouses
à la partie inférieure et supérieure
du dos et à la poitrine, et on donnera ensuite
notre boisson mêlée à du miel au
verjus chaud. Après avoir agi de cette façon
, si les évacuations restent exagérées,
et qu'on soupçonne ou qu'on craigne une défaillance
et des convulsions, on est obligé d'avoir recours
à l'eau froide prise en boisson. Si l'on veut
décharger la poitrine et qu'on s'aperçoive
que cela est nécessaire à cause de l'insomnie
ou de l'excès de chaleur, il faut administrer,
quand la maladie a besoin d'être amenée
à coction, du beurre, de la résine de
térébenthine, et avec cela de l'iris;
si, au contraire, la maladie est chronique, on prescrit
du miel et des remèdes semblables, après
quoi on donne la boisson quand les malades vont se coucher;
s'il est besoin d'exercer une action incisive et détersive
sur ce que contient le poumon, il faut donner non seulement
les remèdes susdits, mais encore un peu de feuilles
de pouliot, d'hyssope, de capillaire, d'opopanax, le
tout cuit dans l'eau, ainsi qu'un peu d'oxymel, soit
seul, soit avec la décoction des plantes qui
viennent d'être énumérées,
puis, au moment où le malade va se coucher, on
y ajoute la boisson aux têtes de pavot; et quelque-fois,
s'il est nécessaire, on l'ajoute aussi pendant
le jour ou à quelque autre époque de la
nuit, dans le cas où nous sommes pressés
par quelque lièvre ardente ou par l'insomnie.
20. DE LA BOISSON AUX COINGS
ET DE CELLE AUX CORNOUILLES.
[Du même livre.]
La boisson aux coings se fait
de la manière suivante : après avoir enlevé
l'écorce et la partie centrale de ces fruits,
on les fait bouillir avec de la bonne eau de source,
jusqu'à ce qu'un tiers en soit évaporé,
et on verse avec soin les deux tiers qui restent dans
les vases de terre cuite dont j'ai parlé plus
haut (p. 370) , pour les mettre en réserve dans
une pièce convenable, car cette boisson devient
vineuse et âpre. Son usage est favorable aux gens
affectés du flux céliaque, et elle fortifie
quelquefois l'orifice de l'estomac, quand il est affaibli,
ainsi que le foie, dans les circonstances où
ces parties sont plus humides que dans l'état
habituel. Quand l'ébullition est presque achevée,
on ajoute quelquefois aussi à cette boisson du
bon miel, ingrédient qu'on ne mêle pas
aux diverses préparations seulement pour l'agrément
du goût, mais aussi pour les empêcher de
se décomposer; car le liquide dans lequel on
aura mis du miel ne se gâtera pas facilement.
Il est clair qu'une telle boisson conviendra aux maladies
qui réclament une action à la fois détersive
et astringente, comme celles qui tiennent à l'ulcération
des parties internes, telles que les intestins, l'orifice
de l'estomac, l'oesophage. On fait encore avec certains
autres ingrédients, mais surtout avec les fruits
appelés cornouilles, une boisson semblable à
la boisson aux coings, dont il vient d'être question,
ayant la même composition qu'elle et se prêtant
aux mêmes usages.
21. DU MIEL AU VERJUS.
[Du même livre.]
On prend des raisins verts quand
ils vont commencer à mûrir, époque
à laquelle ils conservent encore au suprême
degré leurs propriétés acides,
ans avoir perdu leur astringence; on les place ensuite,
pendant trois ou quatre jours, dans une pièce
d'une température moyenne, surtout si l'air extérieur
est un peu humide; puis, après les avoir mis
de côté, il faut les exprimer et recueillir
le liquide dans un vase en verre, puis ajouter une partie
de bon miel écumé à trois parties
du liquide, et chauffer le tout au soleil pendant plusieurs
jours, jusqu'à ce que le suc des raisins verts
ait cessé de fermenter (mais il faut beaucoup
de temps pour cela) ; ensuite on le met dans une pièce
d'un étage supérieur, et on con-serve
la boisson exempte de corruption. En composant ce médicament
dans ces proportions-là, je l'emploie dans les
maladies dont je viens de parler (ch. 19), ainsi que
chez ceux qui ont vers les intestins des flux ténus
et de longue durée, lesquels, par l'effet d'une
disproportion chaude des éléments, produisent
continuellement des évacuations. Aux individus
chez lesquels l'orifice de l'estomac, à cause
d'une disposition à la fois chaude et humide,
n'excite pas l'appétit, je l'administre également,
après avoir toutefois, à l'aide de certains
autres moyens, balayé les liquides malfaisants
qui sont poussés vers l'orifice de l'estomac
et qui y causent le défaut d'appétit.
Je donne aussi cette boisson sans opérer de détersion
préalable, si l'humeur n'a pas été
absorbée; car le miel au verjus agit bien pour
faire ces-série défaut d'appétit,
surtout si on le boit sans trop le couper. Il agit encore
assez bien chez les malades en proie à des défaillances
qui tiennent à la raréfaction du corps,
produite par un écoulement d'humeurs ténues,
et surtout dans les fièvres dans lesquelles un
abattement soudain et très prononcé, qui
a lieu sans évacuation palpable, révèle
la nature de la maladie. Le principal moyen de traitement,
dans cet état, est un vin qui passe bien et qui,
en même temps, a une certaine astringence; si
on n'en a pas de semblable, on peut mêler à
notre boisson du vin de couleur jaune et d'une consistance
ténue, et la donner avec du pain, en la coupant,
en été, avec de l'eau froide, pourvu qu'il
n'existe pas d'inflammation d'une partie importante;
tandis qu'en hiver, il est indispensable de la couper
avec de l'eau chaude, et même, quand les défaillances
dont j'ai parlé sont très fortes, il faut,
en tout temps, la couper avec de l'eau chaude. Dans
les défaillances très rapides, il importe
quelquefois que les aliments se distribuent très
promptement; car le remède qui convient aux malades
chez qui s'opère une telle évaporation
doit en même temps accélérer la
distribution des molécules et produire sûrement
leur rétention; or on considérera, avec
raison, comme telles les boissons qui ont à la
fois des propriétés chaudes et astringentes,
parce que la chaleur dont elles sont douées leur
donne la faculté d'arriver vite au but, et leur
astringence celle de demeurer en place [quand elles
sont arrivées]. Il suit donc de ce raisonnement
que le miel de verjus convient [dans les cas qui exigent
de telles substances] ; car le miel qu'il contient,
et son acidité lui impriment un mouvement rapide,
tandis que son astringence, qui, par nature, arrive
lentement, le fait demeurer en place [quand il est parvenu
au but]. Toutefois il sera meilleur d'ajouter du vin
dans le miel au verjus, afin d'affaiblir ses propriétés
acides, qui exercent une action atténuante sur
les humeurs ; pour cette même raison, il est préférable
de choisir du vin paillet d'un goût légèrement
sucré et qui ne soit pas trop ténu. On
s'apercevra donc que les deux boissons, celle aux têtes
de pavot et le miel au verjus, conviennent dans les
maladies chaudes et les intempéries chaudes des
éléments : il en est encore de même
pour le miel aux roses, qui cependant a des propriétés
tempérantes plus prononcées que le miel
au verjus, et qui, pour cette raison même, est
éminemment utile aux malades en proie à
l'ardeur causée par des humeurs mordicantes et
chaudes, qu'elles produisent cette ardeur par une fièvre
très aiguë ou de toute autre façon,
pourvu qu'il n'y ait pas de relâchement fâcheux
du ventre; car, dans ce cas, la première des
boissons mentionnées convient mieux. Il faut
que la cause [matérielle] des fièvres
soit déjà en voie de parvenir à
coction, pour qu'on puisse donner ensuite l'une et l'autre.
22. DU MIEL AUX ROSES.
[Du même livre.]
Le miel aux roses se fait avec
trois parties de suc de roses passé au tamis
et une partie de miel; on le laisse fermenter au soleil
de la même manière que le miel au verjus.
Cette boisson est doucement astringente; elle refroidit,
a quelque chose de détersif, et est douée
d'une certaine âcreté ; pour cette raison,
c'est aussi un bon moyen de traitement pour la bouche,
quand cette partie devient le siège d'une inflammation
chaude par l'afflux d'humeurs de même qualité
; car le miel aux roses réprime doucement ce
qui afflue, refroidit modérément ce qui
est en ébullition, et peut aussi amortir une
partie de l'âcreté, mode d'action semblable
à celle de la boisson aux têtes de pavot.
Le miel aux roses agit donc aussi de la même façon
sur les organes profonds ; il enlève en lavant,
grâce à sa vertu détersive, les
humeurs mordicantes, il procure un refroidissement aux
parties incommodées par la chaleur et la qualité
mordicante des humeurs, et il soutient les forces naturelles
par son astringence : aussi donnons-nous cette boisson
mêlée à l'eau, et aux malades affectés
de fièvre, et à certains autres, quand
l'accès aussi bien que la maladie elle-même
sont déjà arrivés à leur
acmé. À ceux qui n'ont point de surabondance
d'humeurs, il faut donner le miel aux roses, sans provoquer
aucune évacuation ; mais à ceux dont le
mal est accompagné d'humeurs brûlantes,
il ne faut le donner qu'après les avoir fait
vomir, ou après que les superfluités qui
les incommodaient ont passé par le bas. On doit
quelquefois aussi administrer cette boisson d'une manière
persistante chez les malades qui éprouvent des
ardeurs, lorsqu'il tombe une humeur délétère
des parties supérieures sur l'orifice de l'estomac
; car, dans les maladies fébriles, une seule
dose abondante, administrée en temps opportun,
suffira pour résoudre la maladie soit par des
sueurs, soit par un flux de ventre, soit par des vomissements,
symptômes qui suivent habituellement l'administration
des autres boissons données à l'époque
de l'acmé.
23. DE L'EAU DE CÉLERI.
[Du même livre.]
La décoction de céleri
triomphe des flatuosités crues et mal digérées
, et évacue la surabondance des humeurs par l'urine.
Il faut la donner à ceux qui ont la fièvre,
surtout quand cette fièvre est du genre des aiguës,
et que la solution ne s'opère pas par des crises
soudaines, mais par le procédé appelé
cochon lente. Le meilleur moyen de préparer cette
boisson, c'est de soumettre les racines à une
ébullition modérée, de façon
qu'elle ne devienne pas plus forte qu'il ne le faut,
et de ne pas donner l'eau de céleri avant la
désagrégation des humeurs qui allumaient
la fièvre.
24. DE L'OXYMEL.
(Tiré de Galien.)
Tandis que les propriétés
de l'eau miellée répondent, connue je
l'ai déjà dit, à tous les besoins
dans les maladies aiguës, et qu'elles ne leur sont
contraires que dans un seul cas, celui où, s'étant
échauffée outre mesure, elle se change
en bile, l'addition de vinaigre, en empêchant
ce changement, en fait un médicament excellent.
Il faut mêler à l'eau miellée le
vinaigre en assez grande quantité pour corriger
ce qu'elle a de bilieux; car [ainsi préparé]
l'oxymel chassera la soif et évacuera rapidement
les crachats qui ne sont pas tout à fait épais
et visqueux. Le résultat de ces deux actions
de l'oxymel est l'humectation de la bouche et du pharynx;
et, par cette même propriété humectante,
il est éminemment utile à la rate et au
foie, parce qu'il nettoie sans faire du mal. L'oxymel
est encore d'un usage très-étendu et d'une
utilité très considérable dans
les maladies du poumon et de la poitrine, à cause
du mélange bien proportionné de l'eau,
du vinaigre et du miel ; car l'oxymel ainsi préparé,
en exerçant une action incisive sur les gaz épais
et flatulents qui se trouvent dans l'hypocondre, en
chassant par le bas les flatuosités et en nettoyant
tous les conduits, fraye aux superfluités séreuses
et bilieuses la route des urines. Tandis donc que l'oxymel
modérément coupé est à l'abri
de tous les inconvénients que produisent l'eau
miellée, et de ceux que causent le vin et l'eau
, il n'y a qu'une circonstance nit il nuit quelquefois
en raclant l'intestin; or il produit cet effet chez
les gens qui ont les intestins naturellement faibles
et prédisposés à être malades.
Le miel donc a des propriétés chaudes
et il se change aisément en bile dans les organismes
chauds; aussi c'est un mets qui convient aux natures
plus ou moins pituiteuses, à la vieillesse, ainsi
que dans les maladies froides; mais l'oxymel est éminemment
utile à tout âge et à toute constitution
pour raffermir la santé, parce qu'il désobstrue
tous les canaux étroits, de façon que
nulle part des humeurs épaisses ou glutineuses
n'y sont retenues ; c'est justement pour cette raison
même que les médicaments appelés
hygiéniques par les médecins son du genre
de ceux qui ont des vertus atténuantes. Si donc
vous examinez la chose aussi bien par le raisonnement
que par l'expérience vous vous apercevrez que
l'oxymel est la plus convenable de toute; les substances
qui constituent le régime atténuant, puisqu'il
ne contient pas d'humeurs mauvaises, qu'il ne nuit pas
à l'orifice de l'estomac, et qu'il ne possède
aucune autre propriété incommode. Mais
si c'est du vinaigre scillitique qu'on emploie [pour
le préparer], l'oxymel produira l'action incisive
la plus forte, non seulement de tous les: ingrédients
du ressort du régime, mais aussi de tous les
médicaments; et ceux qui veulent exercer une
action incisive et atténuante très prononcée
sur toutes les superfluités épaisses ,
visqueuses et pituiteuses qui se forment peu à
peu dans leur corps, doivent se servir du vin et du
vinaigre scillitique; en effet, j'ai connu un grand
nombre de gens qui ont été exempts de
maladies jusqu'à leur mort en prenant du vinaigre
et du vin scillitique. On doit préparer l'oxymel
de la manière suivante ; on écume sur
des charbons du miel de qualité supérieure,
on y met du vinaigre autant qu'il en faut pour que le
mélange ne se montre ni trop acide ni trop sucré
au goût, et on le fait bouillir de nouveau sur
des charbons, de façon que les propriétés
des ingrédients s'unissent intimement, et que
la crudité du vinaigre ne se trahisse pas au
goût; ensuite on met le mélange en réserve
dans un endroit quelconque, et, lorsqu'on veut s'en
servir, on y verse de l'eau, en le coupant dans la même
pro-portion que le vin. Il vaut mieux déterminer
la proportion des ingrédients par les sensations
de ceux auxquels l'oxymel est destiné, que par
les nôtres, et admettre que l'oxymel le plus agréable
au goût est celui qui s'adapte le mieux à
la nature de l'individu , et que par conséquent
il lui sera utile, tandis que l'oxymel très désagréable
au goût lui sera très contraire. La première
préparation de l'oxymel, pour convenir autant
que possible à la plupart des gens, doit se faire
ainsi : on mêle à une partie de vinaigre
le double de miel écumé. Si on veut y
mettre l'eau dès le commencement, on s'y prend
de cette façon : mêler à l'oxymel
le quadruple d'eau de qualité supérieure,
ensuite faire bouillir le tout modérément
aussi longtemps qu'il monte de l'écume à
la surface. Le mauvais miel rejette beaucoup d'écume;
on doit donc prolonger son ébullition pendant
plus longtemps; le meilleur miel, au contraire, en rejette
très peu, et pendant un très court espace
de temps ; c'est pourquoi il n'a pas besoin d'une ébullition
aussi prolongée : or l'ébullition la plus
prolongée réduit à un quart le
liquide primitif. On prépare aussi l'oxymel en
mêlant de suite ensemble les trois ingrédients;
on mettra une partie de vinaigre, deux de miel et quatre
d'eau, et on les réduira, par l'ébullition,
au tiers ou au quart, en ôtant l'écume.
Si on veut faire de l'oxymel plus fort, on y mettra
autant de vinaigre que de miel.
25. PRÉPARATION DU
VINAIGRE SCILLITIQUE ET DE [QUELQUES] VINS.
(Tiré de Dioscoride.)
Le vinaigre scillitique se fait
de la manière suivante : on coupe par morceaux
une mine de scille blanche mondée, on la jette
dans six sextaires de bon vinaigre, on ferme soigneusement
le vase avec un couvercle, et on l'abandonne à
lui-même pendant six mois; ensuite on ôte
la scille, on l'exprime et on la jette; on met le vinaigre
dans un pot, après l'avoir passé au tamis.
On le donne journellement à boire à jeun,
d'abord en petite quantité, mais ensuite on augmente
peu à peu la dose, jusqu'à un cyathe :
quelques-uns donnent deux cyathes , et plus encore.
Le vin scillitique se fait de la manière suivante
; on prend trois mines de scille mondée et coupée
par morceaux, on la met dans un métrète
italien de bon vin doux ; on met le couvercle dessus,
et on abandonne le mélange à lui-même
pendant six mois; ensuite on passe au tamis, on transvase
et on met le liquide de côté. Le vin scillitique
devenu vieux est le meilleur. Il faut éviter
de s'en servir en cas de fièvre ou d'ulcération
des parties internes. On donne le vin appelé
melitite dans les fièvres de longue durée,
parce qu'il relâche légèrement le
ventre et qu'il pousse aux urines. Il convient encore
aux goutteux, ainsi qu'à ceux qui ont la tête
faible. On le prépare en jetant un choée
de miel et un cyathe de sel dans cinq choées
de vin nouveau âpre. Il faut le préparer
dans un grand pot, afin qu'il ait de l'espace pour fermenter,
et y saupoudrer peu à peu la quantité
susdite de sel, aussi longtemps qu'il est en fermentation;
quand la fermentation est finie, on le transvase dans
un autre pot de terre cuite.
[Préparation du vin miellé.]
Le meilleur, vin miellé est celui qu'on prépare
avec du vin vieux âpre et du bon miel; car il
cause moins de flatulence que les autres. On le prépare
ordinairement en mêlant une mesure de miel à
deux mesures de vin. D'autres, afin de pouvoir se servir
plus tôt de cette boisson, font bouillir ensemble
le miel avec le vin, et le mettent ensuite dans un pot.
Quelques-uns mêlent, par économie, six
sextaires de vin doux en fermentation à un sextaire
de miel, et mettent le liquide dans un pot quand la
fermentation est finie. Cette liqueur conserve son goût
sucré.
[Du vin aux coings.] Le vin aux
coings, que quelques-uns appellent vin aux pommes, se
fait de la manière suivante : on ôte les
pépins des coings, on les coupe comme des navets,
et on en fait tremper douze mines pendant trente jours
dans un métrète de vin doux; puis on filtre
le liquide et on le met de côté. On prépare
encore le miel aux pommes, que quelques-uns appellent
miel aux coings, en jetant dans du miel, et en si grande
quantité qu'ils y soient en-tassés, des
coings dont on a ôté les pépins.
Cette boisson devient douce :après un an, et
ressemble alors au vin miellé. Le vin aux coings
et le miel aux coings ont des propriétés
astringentes, sont favorables à l'orifice de
l'estomac, et conviennent contre les dysenteries, ainsi
qu'aux sujets affectés de maladie du foie ou
des reins, et à ceux qui urinent difficilement.
[Préparation de l'hydromélon.]
L'hydromélon se prépare en mêlant
quatre sextaires de suc de coings à huit sextaires
de miel et douze sextaires d'eau, qu'on expose au soleil
vers la canicule. Ses propriétés
sont encore les mêmes que celles des boissons
précédentes.
[Autre manière de faire
de l'hydromélon.] Coupez par petits morceaux,
avec un roseau, trente-deux coings de qualité
supérieure dont on a ôté les pépins;
jetez-les dans huit sextaires du meilleur miel; abandonnez
le mélange à lui-même pendant huit
mois, mêlez-y douze sextaires de vieille eau de
pluie, et exposez le tout au soleil pendant les chaleurs
voisines de la canicule, en évitant la pluie
et la rosée.
[Préparation du vin de
grenades.] Le vin de grenades se prépare de la
manière suivante : on prend des grenades mûres
sans pépins, on exprime le suc des grains, et
on le met de côté après l'avoir
réduit au tiers par l'ébullition. Il agit
contre les fluxions internes et contre les lièvres
qui tiennent au flux. II est favorable à l'orifice
de l'estomac et resserre le ventre.
[Préparation du vin aux
roses.] Le vin aux roses se fait de la manière
suivante : on lie une mine de roses de l'année
sèches et pilées dans un linge, on le
met dans vingt sextaires de vin doux et on presse le
sachet; trois mois plus tard, on filtre, on transvase
et on met en réserve. Ce vin convient à
ceux qui n'ont pas de fièvre, pour favoriser
la digestion de l'estomac et pour apaiser ses douleurs,
si on le prend après le repas; il est également
utile contre les selles liquides et contre la dysenterie.
[Préparation du miel aux
roses. ] On prépare encore la boisson appelée
miel aux roses, en mêlant ensemble du suc de roses
et du miel.
[Préparation du vin aux
baies de myrte.] Le vin aux baies de myrte se fait de
la manière suivante : on prend des baies de myrte
noires qui commencent déjà à se
gâter; on les sèche d'abord au soleil,
et, après les avoir séchées, on
en pile une chénice qu'on mêle à
trois cotyles d'eau et à la même quantité
de vin âpre; ensuite on exprime et on met en réserve.
Ce vin est fortement astringent et très favorable
à l'orifice de l'estomac; il Convient contre
les fluxions qui se font vers cet orifice, ainsi que
vers l'estomac lui-même, contre les ulcérations
intérieures et contre le flux, Il noircit aussi
les cheveux.
[Préparation du vin de
raisins verts.] On prépare la boisson appelée
vin aux raisins verts, en faisant sécher au soleil,
pendant trois ou quatre jours, du raisin qui n'est pas
encore tout à fait mûr, mais qui est encore
à l'état vert, jusqu'à ce que les
grains se soient ridés. Après avoir exprimé
le vin, on l'expose au soleil dans des vases de terre
cuite; il a des propriétés astringentes
et est favorable à l'orifice de l'estomac. On
prétend aussi qu'il est utile contre les constitutions
pestilentielles. Il lui faut plusieurs années
pour devenir bon à boire.
[Préparation du vin au
goudron.] On prépare le vin au goudron avec du
goudron et du vin doux. Il faut d'abord laver fortement
le goudron avec de l'eau de mer ou de l'eau salée,
jusqu'à ce qu'il devienne blanc et que l'eau
de mer en découle pure; ensuite on le lave avec
de l'eau douce, on mêle une once de goudron à
huit choées de vin, et on abandonne le mélange
à lui-même; quand il a fermenté
et qu'il s'est clarifié, on le transvase. Ce
vin réchauffe et favorise la digestion; il est
détersif, expectorant, et convient contre les
douleurs de la poitrine, de l'estomac, du foie, de la
rate et de la matrice non accompagnées de fièvre,
ainsi que contre les fluxions de longue durée
et les ulcérations des organes profondément
situés. Il agit aussi contre la toux, la lenteur
de la digestion, les accumulations de gaz et l'asthme.
[Préparation du vin d'absinthe.]
Le vin d'absinthe se prépare de la manière
suivante : on mêle, dans un vase de terre cuite,
une livre d'absinthe du Pont à quarante-huit
sextaires italiques [de vin doux], on les réduit,
par l'ébullition, au tiers; ensuite on verse
dessus six sextaires de vin doux et une demi-livre d'absinthe,
on les mêle avec soin, on les transvase et on
les met de côté. Ce vin est favorable à
l'orifice de l'estomac et pousse aux urines ; il convient
aux malades affectés de maladies du foie ou des
reins, ainsi que contre la jaunisse, la lenteur de la
digestion, le défaut d'appétit, la tension
prolongée des hypocondres, les accumulations
de gaz, les vers ronds et la rétention des règles.
[Préparation du vin à
l'ellébore.] Le vin à l'ellébore
se prépare de la manière suivante : on
fait tremper ensemble, pendant quinze jours, douze onces
d'ellébore noir, quatre onces d'aphronitron et
douze cotyles de vin doux; on décante et on s'en
sert six mois plus tard. Ce vin provoque aussi l'avortement.
Donnez-en un cyathe.
[Préparation du vin à
la scammonée.] On jette, contenue dans un linge,
dans un choée de vin doux , où on la laisse
trente jours , quinze onces de racine de scammonée
pulvérisée, racine qu'on récolte
au temps de la moisson. Ce vin purge la bile et la pituite
par les selles.
[Préparation du vin au
thym.] Mettez, dans soixante-douze livres de vin doux,
cent drachmes de thym pilé, criblé et
lié dans un linge. Ce vin convient contre la
mauvaise digestion, le défaut d'appétit,
la torpeur des nerfs, les douleurs des hypocondres,
les frissons d'hiver et les animaux vénéneux
qui refroidissent et causent de la putréfaction.
26. VIN DE DIOCLÈS
POUR CONSERVER LA SANTÉ.
Quand on a mis le vin doux dans
les cruches , jetez dans dix métrètes
une mine de marrube.
27. DE LA MANIÈRE D'ADMINISTRER
LE VIN.
(Tiré d'Hérodote.)
Comme il existe deux manières
d'administrer du vin, et que la nécessité
exige son emploi, soit pour résoudre une fièvre,
soit pour arrêter la liquéfaction de la
composition élémentaire du corps, il faut
savoir que, dans le dernier cas, on doit donner du vin
en tout état de cause pour restaurer les forces,
tandis que, pour les malades auxquels on pourrait donner
du vin dans le but de guérir la fièvre,
on peut employer ce traitement pour les uns, et le rejeter
pour les autres; car il n'y a rien qui presse. Les circonstances
qui se prêtent à l'usage du vin sont :
l'âge viril ou une époque de la vie qui
n'en est pas trop loin, le sexe masculin, plus que le
sexe féminin, le printemps et l'été,
les natures humides et modérément chaudes,
les fièvres de courte durée et non accompagnées
de symptômes graves; enfin celles dont le déclin
est confirmé se prêtent mieux à
l'administration du vin que celles qui ne sont qu'au
commencement de cette période. Ce traitement,
au contraire, ne convient pas, en général,
aux malades qui ont de la dureté ou de l'inflammation
à la région moyenne du corps, qui sont
d'un tempérament sec, et chez lesquels la perspiration
se fait difficilement, ni à ceux qui ont des
fièvres continues ou chez lesquels le système
nerveux est affecté. Il faut donner le vin à
jeun, en y ajoutant un cinquième d'eau très-chaude;
et, si le vin est très-fort, on y met un quart.
On l'affaiblira encore plus en le filtrant; car, dans
ce cas, il se fait beaucoup d'évaporation à
ses dépens. On administre la première
dose de vin affaiblie en se guidant d'après l'habitude
du malade et d'après l'effet agréable
que produit chez lui tel ou tel mélange. Il faut
en donner aussi une seconde fois, et même, si
on le désire, une troisième. On peut permettre
d'aller jusqu'à six cotyles à ceux qui
ont l'habitude de prendre du vin avant le repas, ou
qui, du reste, boivent habituellement beaucoup. Ceux
qui vivent à la manière des athlètes
ou qui ont l'habitude de ce qu'on appelle apocoltabismne
(c'est-à-dire de vomir avant dîner), peuvent,
s'ils le veulent, boire d'abord le double de la quantité
susdite et vomir ensuite; car, [de cette manière],
le liquide âcre et pituiteux qui se rassemble
habituellement, chez eux, [dans l'estomac,] sera évacué.
Il faut permettre également, à ceux qui
le veulent, de boire au milieu du repas, et leur faire
prendre ensuite, après le repas, la dose déterminée;
mais, en tout cas, l'administration du vin ne doit pas
s'éloigner de plus de deux heures de la fin du
repas; si plus tard on a de la soif, il faut boire de
l'eau. À ceux qui ont l'intention de manger quelque
chose de froid, il faut donner le vin au milieu du repas
ou après. Si nous avons besoin de faire agir
le vin sur les surfaces libres du corps, et s'il s'agit
d'individus qui ne sont pas accoutumés à
boire à jeun, ou bien qui ont des préjugés
contre l'habitude de boire sans manger, on leur donnera
quelques morceaux de pain qu'on aura trempés
dans du vin coupé d'eau chaude, et on leur ordonnera
de boire le mélange qui reste ; car cela fera
le même effet que s'ils buvaient à jeun.
Il faut s'y prendre de la même manière
chez les vieillards, les enfants et la plupart des femmes
; il en est de même pour ceux qui boivent habituellement
peu, ou auxquels le vin est naturellement nuisible.
Quant à ceux qui ne commencent à prendre
du vin qu'à l'occasion de notre traitement, il
faudra leur en donner en petite quantité pendant
le repas; on leur donnera, avant et après, l'eau
à laquelle ils sont accoutumés. Quand
les choses marchent à souhait, il faut forcer
tous ceux à qui on donne du vin pour guérir
quelque fièvre ou quelque maladie, de rester
en deçà de ce qui leur convient [dans
l'état de santé]. Comme, parmi les malades
qui doivent prendre du vin, il y a des différences
nombreuses, et qu'il est presque impossible de réunir
sous un seul point de vue, il n'est pas facile de déterminer
une dose commune pour tous ; cependant il faut bien
fixer des limites qui restent en deçà
du trop et du trop peu : que les malades ne boivent
donc pas plus de trois et pas moins d'un cotyle de vin
; en effet, chez ceux qui rejettent par le vomissement
ce qu'ils ont bu à jeun, il faut qu'un tiers
[du liquide avalé] reste [dans le corps] ; puis
il faut abandonner à leur habitude ceux qui ne
prennent un bain qu'après être restés
longtemps [dans la première chambre] : il en
est de même pour ceux qui ont l'habitude de prendre
du vin immédiatement avant le bain. Si les malades
qu'on traite par le vin veulent boire quelque chose
le lendemain, on leur ordonnera à tous de boire
de l'eau; et si on ne peut pas obtenir cela, il faut
leur permettre de prendre un peu de vin : on doit aussi
diminuer la quantité des aliments. Ceux qui prennent
un bain pour guérir la fièvre doivent,
quand ils sont arrivés à la seconde partie
du bain, s'en tenir à la même espèce
de vin qu'ils ont bue au commencement ; mais ceux qui
le font pour se restaurer doivent, à cette seconde
partie, passer à des vins plus forts; cependant
ce passage ne doit pas se faire brusquement, mais peu
à peu. Il est temps d'énumérer
les signes que doivent présenter ceux auxquels
on administre le vin avec succès; car, par cette
énumération, on comprendra du même
coup quels sont les mauvais signes. Les bons signes
sont les suivants : rougeur de la face accompagnée
d'une belle couleur naturelle [de tout le corps], facilité
de la respiration, sueurs chaudes générales,
légèreté de la tête, facilité
à mouvoir les membres, gaieté d'esprit,
oeil humide, sentiment de bien-être retiré
du bain et d'une bonne disposition à boire du
vin ; après que les malades ont bu, l'envie de
prendre des aliments, sensation agréable pendant
qu'on les prend, éructations qui soulagent; enfin,
après le repas, envie modérée de
boire, sueurs qui durent peu, évacuation d'urine,
souplesse, et bonne coloration du corps. Voici, au contraire,
les accidents qui arrivent à ceux auxquels on
a donné du vin à contre-temps : décoloration
de la face, sécheresse de toutes ou de la plupart
des parties du corps, et, s'il se montre quelque part
de la sueur, on verra qu'elle est froide et qu'il y
a en même temps de la pesanteur de tête,
symptôme qui est toujours accompagné d'une
difficulté de mouvement dans tous les membres
; puis on observera de la mauvaise humeur, de l'indifférence
pour les aliments, une soif qui ne s'étanche
pas par la boisson, de l'ardeur à l'hypocondre,
de l'absence d'éructation, accompagnée
d'envie de rendre des vents; ou, s'il y a des éructations,
elles ne soulageront pas du tout; enfin la vessie restera
souvent sans remplir ses fonctions, ou n'évacuera
l'urine que peu à peu, et il est inévitable
que ces malades aient le pouls fréquent. Si donc
soit tous, soit la plupart de ces signes se présentent,
et que les malades aient des nausées, on leur
ordonnera de vomir immédiatement; mais, si les
nausées manquent, et si les malades vomissent,
du reste, facilement, on leur ordonnera également
de vomir; à ceux, au contraire, qui vomissent
difficilement, on prescrira de prendre de l'eau chaude
après le vin, et de se reposer. Si, après
l'administration du vin, les malades sont pris de fièvre,
il faut, quand ils ont vomi et que l'accès est
long, les nourrir, après l'accès, avec
des aliments en petite quantité ; si, au contraire,
l'accès est court, il ne faut les nourrir qu'après
le sommeil qui suit le second accès; si enfin
ils n'ont pas vomi, il faut faire attention au ternaire
qui suit l'accès, et leur donner continuellement
de l'eau pendant les jours moyens, aux temps [du jour]
que nous avons déterminés, parce que,
si l'administration du vin est suivie de fièvre,
il est nuisible d'employer la méthode desséchante:
voilà pourquoi il convient d'affaiblir les corps
desséchés outre mesure par l'administration
du vin, en les humectant par l'usage continuel de l'eau.
28. DES COLLUTOIRES.
(Tiré d'Antyllus.)
[De son ouvrage Sur les moyens de traitement, du IIIe livre, qui comprend
les choses administrées aux malades.]
Les collutoires apaisent la soif,
humectent la bouche sèche, effacent les aspérités
de la langue, diminuent l'abattement des forces et enlèvent
la viscosité des dents. Ce n'est pas seulement
dans la rémittence qu'il faut administrer les
collutoires ; mais on doit en permettre un usage modéré
à toutes les époques de la maladie, excepté
au début. Le gargarisme, au contraire, produit
à la vérité un peu de bien, en
humectant les parties supérieures de l'oesophage;
mais cet effet est plus que compensé par le tort
qu'il fait en fermant les issues de la tête, et
en imprimant aux humeurs une tendance vers le haut.
29. DE LA BOISSON.
[Du même livre.]
À l'époque convenable,
il faut donner de l'eau chaude à tous les malades,
quelle que soit leur maladie; tandis que nous donnons
principalement de l'eau froide pour éteindre
la chaleur qui ne tient pas à une autre affection,
par exemple à l'inflammation, mais qui existe
et incommode par elle-même, comme dans les fièvres
ardentes accompagnées d'une chaleur extrême.
En outre, nous donnons accidentellement de l'eau froide
à ceux qui sont habitués à la prendre,
et qui sont mal prédisposés pour boire
de l'eau chaude, ainsi qu'à ceux dont l'orifice
de l'estomac se soulève quand ils boivent de
l'eau chaude étant malades. Si on prend de l'eau
froide à cause de l'ardeur de la fièvre,
il faut en boire largement et beaucoup si c'est pour
quelque autre cause, nous prescrirons d'en prendre peu
et de la humer pour ainsi dire. On défendra de
boire aussitôt après avoir mangé,
si ce n'est du vin ou de l'eau froide. Nous ne donnons
pas du vinaigre tout seul, pas plus que du vin, si ce
n'est quelquefois en petite quantité, à
titre de médicament; mais nous administrons de
l'eau vinaigrée à ceux qui crachent du
sang, surtout quand ce sang vient de l'oesophage ou
de l'estomac; nous le donnons encore à ceux qui
ont de fortes nausées, ainsi qu'à ceux
qui éprouvent des évacuations exagérées
pendant un voyage sur mer, et quelquefois aussi aux
gens pituiteux, pour exercer un effet incisif sur leur
pituite. Nous employons l'oxymel contre les maladies
qui se forment dans la poitrine, ainsi que dans les
cas où l'on aurait mangé des champignons
[vénéneux], ou bu du gypse, ou, à
plus forte raison encore, du sang de taureau. Je ne
sais pas s'il existe des malades auxquels il convient
de donner du vin miellé, mais nous donnons de
l'eau miellée à ceux dont le système
nerveux est affecté, que ce soit dans une maladie
fébrile ou non fébrile. L'hydromel, l'eau
de rayons de miel et le miel aux pommes ne sont pas
par eux-mêmes des boissons convenables, car elles
se gâtent et s'aigrissent facilement; mais ces
liqueurs ont un goût très-agréable
pour ceux qui manquent d'appétit dans les fièvres
bénignes ; et ce n'est pas à tort qu'on
les donne comme aliment dans les maladies qui traînent
en longueur et dans celles qui sont sans fièvre.
Dans les cas où nous employons de l'eau froide
ou du vin, nous sommes d'avis de donner ces boissons
aussitôt après l'ingestion des aliments;
car le corps, et surtout l'estomac et son orifice, n'éprouveront
aucun dommage ni du contact de l'eau froide, ni des
propriétés actives du vin , quand ils
sont remplis ; pour cette raison, nous ne donnons ces
boissons ni à jeun ni longtemps après
l'ingestion des aliments, puisqu'il revient au même
qu'on boive longtemps après le repas ou à
jeun. Donner des aliments immédiatement après
qu'en a bu ne convient ni aux gens qui boivent à
jeun immédiatement avant leur repas, parce que
le vin et l'eau froide auront produit leur effet nuisible
avant que les aliments soient entrés dans le
corps, ni à ceux qui boivent longtemps après
qu'ils ont mangé, car il est difficile de se
figurer comment ces aliments pourraient combattre les
effets du contact de l'eau froide ou énerver
les propriétés actives du vin, quand les
effets de ces boissons' se sont déjà propagés
dans le corps.
30. DE L'EAU; À QUELLE
ÉPOQUE DE L'ACCÈS IL FAUT L'ADMINISTRER.
(Tiré d'Hérodote.)
Quand la division de l'accès
est en quelque sorte complète, on reconnaît,
dans toute la durée de l'accès, un commencement,
un augment, un acmé et un déclin, et on
trouve que, pour chacune de ces périodes, l'administration
des boissons peut être nécessaire. Si,
par exemple, on juge devoir faire vomir ceux qui sont
pris de fièvre à la suite d'un repas,
ou parce que les aliments se sont corrompus, ou ceux
qui ont mangé au commencement de l'accès,
ou enfin ceux qu'on soupçonne d'avoir usé
de mauvais aliments, il ne faut le faire qu'après
leur avoir donné à boire. À ces
malades, nous donnerons aussi à boire une seconde
fois, s'il le faut, pour expulser complètement
ce qui reste [dans l'estomac], souvent aussi pour tempérer
et pour faire descendre la cause matérielle de
la maladie. On trouvera encore d'autres circonstances
qui exigent l'emploi des boissons au commencement de
l'accès, par exemple la première enfance;
car, dans ce cas, nous regarderons le désir de
boire comme une indication, et nous ne donnerons pas
de boissons avant [que ce désir ne se manifeste],
tandis que nous ne tarderons pas non plus après.
Si les malades ont de l'aversion pour les boissons,
et que, par là même, ils soient dans un
état dangereux, comme cela a habituellement lieu
dans les obstructions graves des canaux, il ne faut
pas les empêcher de boire, au cas où ils
en manifesteraient le désir au commencement de
l'accès. À l'époque de l'augment,
les raisons pour donner à boire sont plus nombreuses
: si, par exemple, certains malades sont pris, en même
temps que de l'accès, d'une soif violente, difficile
à supporter, et qui ne tient pas à la
malignité ou à l'aggravation de la maladie,
mais à quelque chose de spécial propre
à leur affection, il est de toute nécessité
d'apaiser cette soif par un traitement de symptômes;
on jugera qu'il en est ainsi, si la soif s'aggrave plus
que ne le comporte la gravité de la fièvre.
Il faut, en outre, faire attention à la nature
du malade ; car, si, du reste, il supporte habituellement
bien ses souffrances, et s'il ne tolère pas la
soif, c'est là le cas où il convient de
donner à boire dans l'augment de l'accès.
Ceux qui ont une accumulation considérable de
matières bilieuses à l'orifice de l'estomac
, qui en rejettent avec beaucoup de peine, sans en éprouver
un grand soulagement, qui ont les extrémités
refroidies, qui présentent de la pâleur
et de l'anxiété, qui ne supportent pas
même de rester couchés, qui éprouvent
une soif ardente, quoiqu'ils vomissent avec facilité,
subissent ces accidents périodiquement, avec
des retours réguliers ; ils n'ont pas de repos,
et la fièvre n'arrive pas jusqu'aux extrémités,
à moins que nous ne les submergions, pour ainsi
dire, en leur donnant une grande quantité de
liquide. Si l'on fait vomir ces malades , on verra qu'immédiatement
après l'administration des boissons et le vomissement,
la chaleur revient tout d'un coup, et que l'état
du malade prend les signes caractéristiques de
l'acmé. Si, au contraire, l'accès se divise
en périodes inégales, de façon
que la plus grande partie est formée par l'augment,
tandis que l'acmé est court, l'époque
de l'augment sera celle où il faut donner à
boire; car cette époque est l'équivalent
de l'acmé, parce qu'à l'une aussi bien
qu'à l'autre époque la cause de la maladie
prédomine, et le malade éprouve des souffrances.
Ceux dont les forces s'abattent facilement ont aussi
besoin qu'on leur administre assez vite des boissons;
et, chez eux, ce n'est pas seulement par l'usage des
boissons qu'il faut se mettre en garde contre les accidents,
longtemps auparavant, mais aussi en donnant des aliments.
Si l'on n'humecte pas, en leur donnant presque constamment
à boire, ceux qui, dans les fièvres, avalent
difficilement, parce que l'oesophage est desséché,
que ce soit par sa chaleur propre ou par l'intensité
de la fièvre, on ne pourra, sans beaucoup d'inconvénients,
rétablir ces malades [par l'humectation] même
au temps où l'on donne des aliments. Quelques-uns
d'entre eux présentent des symptômes qui
simulent l'étouffement, et chez ceux-là
nous donnerons à boire, même avant l'acmé,
pour combattre un danger pressant. Chez les malades
qui manquent naturellement d'appétit et qui mangent
péniblement, on doit donner constamment à
boire, surtout s'il y a de plus de la sécheresse
à la bouche; car il résultera de l'emploi
des boissons un avantage assez considérable pour
l'avenir. Quand il se présente des défaillances
tenant à une faim exagérée , nous
donnons aussi assez vite à boire, comme traitement
palliatif de ce symptôme. Telles sont les époques
où il faut donner de l'eau chaude; et, si nous
avons oublié quelque chose, il sera facile d'y
suppléer au moyen de ce que nous avons déjà
dit. On emploie, au contraire, l'eau froide dans le
commencement de l'accès, quand il y a hémorragie;
tandis que, pendant l'augment, il faut la donner aux
malades qui, par quelque circonstance particulière,
ne peuvent prendre de l'eau chaude; enfin on donne l'eau
froide, comme moyen curatif, aux gens affectés
de fièvre ardente à l'époque de
l'acmé, avant la rémission. Les temps
opportuns sont les mêmes pour donner de l'eau
tiède, ou celle qui est au degré de chaleur
pareille à celle du lait, ou celle qui est au
degré nécessaire pour faire fondre la
glace. La manière de donner de l'eau chaude n'est
pas toujours identique; car, si on la donne au commencement
de l'accès pour provoquer des vomissements, il
faut qu'elle soit tiède et en grande quantité;
il en est de même si nous voulons étancher
une soif violente et brûlante, ou si, dans les
maladies fluxionnaires, il se rassemble une grande quantité
de matières acres et bilieuses à l'orifice
de l'estomac: car, dans ces cas, l'eau qu'on a prise
n'est pas retenue, mais elle est rejetée. Puis,
lorsque les malades prennent de l'eau chaude pour étancher
une soif intense, il faut l'administrer peu à
peu, en leur enjoignant de se reposer de temps en temps
et d'avaler lentement; à ceux, au contraire,
qui boivent pour provoquer des vomissements, on doit
donner beaucoup de liquide à la fois, et il doit
être avalé d'un seul trait. Si, à
l'époque de l'augment ou de l'acmé, nous
donnons de l'eau chaude à cause de la longueur
de l'accès , de la prostration des forces, ou
des circonstances que nous avons déjà
énumérées plus haut, il faut en
donner une quantité moyenne, c'est-à-dire
ne pas se contenter d'en faire goûter seulement
aux malades, ni les gorger de liquide; car il est bon,
dans les fièvres, de conserver le ventre lâche
et non tendu. Aux malades qui prennent de l'eau chaude
pour cause de sécheresse ou de l'étouffement
que cet état produit, ou chez lesquels on veut
préserver les organes de la déglutition,
il faut en donner constamment et à petites doses.
Si les malades pris de fièvre ont en même
temps des fluxions à l'estomac ou à son
orifice, c'est encore une raison pour défendre
de boire beaucoup à la fois; car cette méthode
aggrave les accidents : le mieux, dans ce cas, c'est
de boire à petites doses, dans des vases à
ouverture étroite. Si on donne à boire
pendant la rémission, il ne faut jamais en donner
une grande quantité, ni beaucoup à la
fois, aux gens affectés de maladies fluxionnaires;
cependant on ne se servira pas de la méthode
susdite. Les autres malades doivent boire jusqu'à
satiété; et à ceux qui sont très-secs
et dont la chair a ses canaux fermés et est resserrée
de tous côtés, on doit en donner plus qu'il
n'en faut pour étancher la soif, et, s'ils le
demandent, il faut leur en permettre aussi une seconde
fois ; car l'indication pour donner à boire est
la même, qu'on en donne une fois ou plu-sieurs;
cependant il faut tâcher de saisir le moment où
ce que le malade a pris d'abord a déjà
été consumé par la chaleur, et
où le désir qu'il exprime tient à
l'état des parties, et non à son caprice.
Si les sueurs qui se montrent après l'administration
de la boisson procurent du soulagement, il faut les
entretenir, en donnant à boire une seconde fois.
Si la maladie exige une plus grande quantité
de sueurs, ou si les sueurs se sont arrêtées,
on les provoquera. Les malades sont-ils incommodés
de hoquet ou d'une toux sèche intense, il faut
leur faire humer un peu d'eau chaude. Si on donne de
l'eau froide, ou au degré nécessaire pour
fondre la glace, au lieu d'eau chaude , on réglera
son usage d'après les mêmes indications
et les mêmes méthodes ; mais , si on en
donne pour arrêter les sueurs ou pour amender
les autres symptômes dont nous avons déjà
fait l'énumération, on doit en donner
à petites doses, et à des intervalles
assez longs. L'eau froide qu'on donne après le
repas doit être également en petite quantité.
Quant à l'eau froide, ou à la température
naturelle du lait, ou à celle qui fait fondre
la glace, et qu'on donne comme moyen héroïque
à ceux qui ont des fièvres ardentes, nous
en parlerons en traitant de la thérapeutique.
L'eau qu'on boit doit être aussi bonne que possible,
et il faut la faire bouillir sur des charbons, dans
un vase de terre cuite; quant à nous, nous la
versons dans un vase de verre soufflé, que nous
plaçons dans de l'eau bouillante, car cette méthode
est à l'abri de tout reproche. Si l'eau est mauvaise,
il faut l'exposer au grand air après l'ébullition.
L'eau froide doit être tout à fait froide
et non dure. Si les malades ont de la propension pour
l'eau tiède, ou à la température
naturelle du lait, ou à celle qui fait fondre
la glace, il faut employer ces eaux-là en faisant
le mélange avec l'eau chaude dans des proportions
différentes. Le mélange de l'eau tiède
doit se faire dans la proportion suivante : cinq cyathes
d'eau potable chaude et un d'eau froide. Pour l'eau
à la température exigée pour la
fonte de la glace, il faut prendre la proportion inverse;
qu'elle contienne donc une partie d'eau chaude et cinq
d'eau froide. Le mélange qui constitue l'eau
à la température naturelle du lait doit
se faire à proportions égales. La froideur
de l'eau froide doit être intense; si elle est
faible, il faut augmenter la quantité de cette
eau.
31. DES BOISSONS QUI CONVIENNENT
AUX FÉBRICITANTS.
La meilleure boisson pour les
fébricitants est l'eau miellée, ainsi
que l'oxymel pour ceux dont il n'affecte pas l'orifice
de l'estomac; l'eau n'a pas la moindre tendance à
produire des picotements chez les fébricitants;
mais elle n'agit pas du tout sur les excrétions.
C'est surtout contre les flux de ventre que les boissons
préparées par macération et douées
d'astringence ne sont pas trop mal placées, ainsi
que contre les vomissements, et chez les malades auxquels
l'usage du miel et de l'oxymel est contraire. On fera
macérer, au plus fort de l'été,
des pommes du printemps douées d'un goût
sucré, râpées très-menu,
jusqu'à ce que l'eau soit fortement colorée;
ou bien il faut couper et faire macérer de la
même manière des coings parfaitement mûrs.
On doit surtout donner la boisson aux pommes à
ceux qui vomissent de la bile, ainsi que pour resserrer
le ventre; mais il faut faire attention à ce
que les pommes n'aient aucune acidité. On doit
faire macérer de la même manière
les poires d'un goût sucré et d'une âpreté
très-prononcée. i Toute boisson aux poires
préparée par macération est fortement
vineuse; après elle, celle de coings occupe le
second rang, tandis que celle de dattes vertes est très
peu vineuse; celle, au contraire, de dattes à
moitié mûres est meilleure. Si on fait
macérer des baies de myrte fraîches, on
obtient, il est vrai, un liquide vineux d'un goût
sucré; cette boisson coule aisément et
ne produit pas de picotements. Le suc de grenades par
macération est aussi fortement vineux que les
boissons susdites ; il coule facilement aussi et n'a
rien de chaud. On emploiera ces macérations d'une
âpreté fortement prononcée contre
les fièvres, sans trouble et sans danger, et
lorsque le ventre est tout à fait relâché.
Les macérations de sorbes, de poires sèches,
de baies de myrte et de dattes, toutes ces macérations,
dis-je, fournissent peu de substance analogue au marc;
on les emploiera également chez les malades auxquels
il ne faut pas donner du vin. On fait macérer
aussi les pépins de raisin, après les
avoir écrasés; mais la décoction
de ces pépins est préférable à
la macération , parce qu'elle possède
une astringence très-efficace, sans avoir, du
reste, aucune âcreté ou acidité.
Les vins qu'on fait avec des baies de myrte, des rayons
de miel, du froment ou de l'orge, ne sont, en aucune
façon, plus faibles que le vin de raisin, mais
ils passent beaucoup plus lentement et sont beaucoup
plus mauvais; les vins de dattes et de figues, si on
les boit récemment préparés, deviennent
semblables, quant au goût, au vin d'un goût
sucré; mais, sous le rapport de leurs propriétés,
ils sont beaucoup plus mauvais, plus lourds et plus
difficiles à assimiler; cependant, en vieillissant,
ils deviennent semblables au vin âpre, tant sous
le rapport de la chaleur que sous celui de leur action
sur l'économie.
32. DE L'HABITUDE DE BOIRE
APRÈS OU AVANT LE REPAS.
(Tiré de Philotime.)
Si, après le repas, on
boit beaucoup à la fois, il arrive que l'oesophage,
et surtout sa partie supérieure, s'élargit
et que le ventre se distend, tandis que cette surabondance
de boisson prépare l'humectation et la diffusion
des aliments, et réchauffe la bouche, la tête
la trachée-artère et le ventre. Quand
on boit de l'eau froide la nuit cette eau refroidit
toutes les parties susdites; elle refroidit aussi la
nourriture, qui est précisément alors
au plus fort de son échauffement; elle empêche
la digestion, réprime et affaisse l'aliment eu
ébullition ainsi que les bulles qui s'y forment,
en épaissit la partie dissoute et liquéfiée.
Si on boit de l'eau froide à jeun, les parties
susdites se refroidiront, et il remontera rapidement
du ventre dam le corps une grande quantité de
liquide peu échauffé; cette eau prise
à jeun épaissit également la pituite
contenue dans le ventre, Si on boit après des
fatigues, des bains ou des fièvres, la distribution
des liquides dans le corps se fait très rapidement,
et ils se mêlent moins exactement même à
la nourriture contenue dans les veines; tandis que cette
manière d'agir refroidit surtout la bouche, la
face, l'oesophage et le ventre, et refroidit et épaissit
pour quelque temps les humeurs contenues dans les veines.
33. PRÉPARATION DES
BOISSONS USUELLES.
[Vin aux roses.] Soyez pur de
souillure; ôtez les onglets des roses, jetez-en
autant que vous voudrez dans du vin très-vieux;
cependant pas toutes à la fois, mais par parties;
remuez le mélange chaque jour avec la pointe
d'un roseau, de sorte qu'il parvienne jusqu'au fond
du vase; fermez ensuite exactement le pot avec un couvercle,
afin que le mélange ne s'évapore pas ;
abandonnez-le à lui-même pendant trente
jours ; filtrez ensuite le vin, et ajoutez, sur cinq
sextaires, un sextaire de miel bien trituré,
et servez-vous de la boisson, après l'avoir abandonnée
à elle-même pendant trente jours, afin
qu'elle se clarifie.
[Autre manière de préparer
du vin aux roses mis en réserve.] Après
avoir ôté les onglets des roses, jetez
dessus six sextaires de miel, et abandonnez le tout
à lui-même pendant un an ; prenez ensuite
une livre des roses mises de côté et cinq
livres de miel pur; triturez ce mélange et versez
dessus dix sextaires de bon vin.
[Hydro-rosat.] Trente livres
du meilleur miel, dix livres de feuilles de roses, soixante
livres d'eau de source; chauffez l'eau jusqu'à
ce qu'elle bouille, ôtez le pot [du feu] et mettez-y
les roses; tenez le pot bien fermé avec un couvercle,
jusqu'à ce que le mélange soit complètement
infusé ; faites bouillir à part et écumez
le miel, séparez les roses avec un tamis, et
ajoutez le miel à la décoction de roses.
[Autre vin aux roses.] Vin de
première qualité, vingt et une livres;
miel, huit livres; feuilles de roses, trois livres :
faites macérer les roses dans le vin pendant
quinze jours, séparez-les du vin avec un tamis,
faites bouillir le miel et écumez-le, ajoutez-le
au vin, et abandonnez le tout à lui-même,
après l'avoir bouché en le liant comme
il faut avec un lacet.
[Autre vin frais aux roses.]
Miel, sept livres ; vin, vingt et une
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livres ; feuilles de roses, deux
livres : triturez les roses comme il faut, et mettez-les
ensemble avec le vin pendant deux jours; séparez
ensuite les feuilles avec un tamis, faites bouillir
le miel, réunissez les deux liquides, et abandonnez
le mélange à lui-même, après
l'avoir bouché en le liant comme il faut.
6 [Vin aux violettes.] Miel,
sept livres; vin, vingt et une livres; violettes, deux
cent quarante bottes : effeuillez les violettes, et
faites-les macérer dans le vin pendant trente
jours; séparez les violettes avec un tamis, faites
bouillir le miel, réunissez ensuite les deux
liquides, et abandonnez le mélange à lui-même
après l'avoir bouché en le liant comme
il faut.
7 [Vin aux camomilles.] Vin d'Ascalon,
vingt et une livres ; miel, sept livres, boules de camomille,
six onces : faites macérer les boules avec le
vin pendant vingt jours, séparez-les avec un
tamis ; faites bouillir le miel et écumez-le;
unissez le miel aux autres ingrédients, et abandonnez
le mélange à lui-même, après
l'avoir bouché en le liant.
8 [Vin poivré très-bon
contre les calculs dans la vessie.] Miel, un sex-
Page 434
taire; vin, cinq sextaires ;
poivre, une once; saxifrage, quatre onces ; épi
de nard, quatre onces ; caspesium, gingembre, cistre,
cabaret, fausse cannelle, faux amome, persil, acore,
gentiane, daucus, de chaque quatre onces; mêlez
les poudres au miel écumé et au vin, et
abandonnez le vase à lui-même pendant dix
jours, afin que le mélange se digère.
[Vin poivré.] Miel, dix
livres ; vin de première qualité, trente
livres; poivre, une once : triturez le poivre et mêlez-le
au vin; ajoutez le miel au vin après l'avoir
écumé, et abandonez le mélange
à lui-même, après l'avoir bouché
en le liant.
[Vin à l'anis.] Miel,
dix livres ; vin blanc de première qualité,
trente livres; anis, cinq onces.
[Vin aux fleurs de jonc odorant.]
Mêlez à seize onces de jonc odorant douze
onces de safran et seize onces de mastic : triturez
ces ingrédients ensemble et unissez-les au vin
; écumez le miel, mettez
Page 435
tout ensemble, et abandonnez
le mélange à lui-même après
l'avoir bouché en le liant.
12 [Vin eu styrax.] Miel, trente livres; styrax, une livre;
vin, quatre-vingt-dix livres : mêlez le miel et
le styrax ensemble, après avoir écumé
le premier et trituré le second; ajoutez le vin
au miel écumé pendant qu'il est encore
dans le mortier, et servez-vous-en, après l'avoir
enlevé avec la main.
13 [Vin à l'absinthe.]
Ajoutez à cinquante sextaires de vin une demi-once de costus, une demi-once de feuilles de faux
cannellier, une demi-once d'amome, une demi-once de
fausse cannelle et dix sextaires de miel ; macérez
la plante appelée absinthe dans un peu de vin,
et versez sur les ingrédients susdits une quantité
du liquide, fait par macération suffisante pour
que la liqueur vous semble agréable au goût.
Fin
du livre 5
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1 : livre 6 bas du livre
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dans ce livre 6ème qui traite de massage. L'abréviation "TDM" Traite
de massage est
mentionné devant chaque Titre de l'index et en
tête de chapitre.
Nom propres cités : Antyllus ; Galien ; Hippocrate ; Hérodote ;
Noms communs cités : friction ; massent ; frotter
LIVRE VI.
[DES EXERCICES.]
1. Du coucher, tiré d'Antyllus 2. Du repos (Hipp. Vict.
rat. II, §
6o, t. VI, p. 574.) 3. De l'abstinence (Cels. II, 16) 4. Du sommeil et de la veille, tiré de Galien, (Hipp. Vict.
rat. II, §
6o,t. VI, p. 570; Paul. I, 97 et 98; Act. Spir. anim. II, 6) 5. De l'utilité du sommeil, tiré d'Antyllus 6. Des veilles TDM 7. De la conversation 8. De la déclamation 9. Quelle est la meilleure méthode
de déclamation
(Aët. III, 5) TDM
10. De la déclamation salutaire (Synops. I, 5; Aët. III, 5; Paul.
I, 19) 11. Des exercices, tiré de Galien (Synops. I, 2; Aët. III, 2; Paul. I, 16;Act.
Spir. anim. II, 11 ; Meth, med. III, 11 ) 12. Quel est le temps convenable
pour les exercices
13. De la friction préparatoire (Synops. I, 1; Aët. III, 1; Paul.
I, 15) TDM 14. Des diverses espèces
d'exercices et de leur efficacité (Synops. I, 3;Aët. III, 3; Paul.
I, 17) TDM 15. Comment il faut s'exercer TDM 16. De la friction apothérapeutique TDM 17. De la friction considérée
en elle-même (Hipp.
Vict. rat. II, § 64 et 65, t. VI,
p. 580-82 ; Cels. II, 14; Synops. I, 4; Aët. III, 4 ; Paul.
I, 18) TDM 18. De la friction du matin (Ath. IV, 48 [Ét. 49]) TDM 19. De la friction du soir (Aët. IV, 49) TDM 20. De la friction comme moyen curatif, tiré d'Hérodote,
(Cels. 11, 14) TDM 21. De la promenade, tiré d'Antyllus (Hipp. Vict. rat.
II, § 62, t. VI, p. 576; Cels. II, 2) 22. De la course (Hipp. Vict. rat.
II, § 63, t. VI, p. 578) 23. Du mouvement passif (Cels. II, 15; Aët. III,
6) 24. De l'équitation (Aët. III, 7) 25. Du mouvement passif qui convient dans les fièvres, tiré d'Hérodote
(Cels.II, 15) 26. De l'exercice du cerceau, tiré d'Antyllus (Hipp. Vict. rat.
II, § 63, t. VI, p. 578-80) 27. De la natation TDM 28. De la lutte (Hipp. Vict. rat.
II, § 64, t. VI, p. 580) 29. Du combat simulé 30. De la gesticulation 31. Du saut simple et du saut
progressif
32. Du jeu de paume 33. Du corycos (Hipp. Vict. rat.
II, § 64, t. VI, p. 580) 34. De la manière de lancer
des haltères
35. De la marche sur un terrain
accidenté 36.
Du combat en armes (Athen. IV, 39-41) 37. Du coït, tiré de Galien (Hipp. Vict.
rat. II, §
58, t. VI, p. 572;
Ad Eun. I, 13
38. Sur le même sujet, tiré de Rufus ; ce chapitre contient aussi le régime
(Synops. I, 6; Ad Eun.
I, 13; Aët. III, 8, et XI, 35; Paul. I, 35)
Page 436
LIVRE
VI.
1.
DU COUCHER.
(Tiré d'Antyllus.)
[Du quatrième livre, lequel
traite De ce qu'on
fait soi-même en vue de la santé.] Volume 1er, Livre 6, chap.
1 d'Oribase tiré d'Antyllus.
Il convient de faire coucher
ceux qui sont affectés de maladies aiguës,
car ceux qui sont dans cet état ne doivent pas
se fatiguer; quant à ceux qui ont des affections
chroniques, ils doivent se coucher seulement pendant
les exacerbations ; dans les intervalles, rien ne les
empêche de prendre du mouvement, car ils ont besoin
de quelque chose qui les remue et d'excitations variées.
Quant à la position que les malades doivent tenir
dans le lit, celle où la tête est plus
élevée que le reste du corps convient
aux malades qui souf-
N.B. Pour ce livre, nous avons
opéré dans les variantes une réforme
dont nous rendons compte dans notre préface.
Page 437
frent de la tête, excepté
aux frénétiques ; car, chez eux, nous
préférons la position horizontale sur
le dos, parce que la position élevée pourrait
occasionner du trouble. De même, dans les affections
de la poitrine, la position élevée doit
être recommandée. La position horizontale
sur le dos convient aux dysentériques, aux malades
qui souffrent de l'estomac, de l'utérus ou des
flancs. Dans la gonorrhée, le satyriasis et l'affection
des reins, il est bon de se coucher sur l'un des deux
côtés, car ces maladies s'aggravent par
la position horizontale sur le dos : la gonorrhée
et le satyriasis, parce que cette position échauffe
les parties malades; l'affection des reins, parce que
les lombes sont comprimés dans cette position.
Ceux qui se nourrissent mal et digèrent lentement
font bien de se coucher sur le côté gauche,
parce que, dans cette position, le foie enveloppe l'estomac
et le réchauffe ; cependant, dans les affections
squirrheuses, les gonflements et les dépôts
inflammatoires du foie, la position sur le côté
droit
Page 438
est la meilleure; de même,
si la rate est atteinte d'affections semblables, il
vaut mieux se coucher sur ce viscère. Dans les
douleurs de ventre, dans l'iléus et dans les
affections du colon, il faut préférer
la position moyenne entre la position horizontale sur
le dos et le coucher sur le côté gauche
; mais il faut remarquer que ceux dont le colon est
affecté sont soulagés par la position
où les pieds sont plus élevés que
le reste du corps. Le coucher sur le ventre remplit
la tête et les organes des sens, mais cette position
n'est pas sans avantage pour ceux qui ont le ventre
lui-même douloureux ou refroidi.
2. DU REPOS.
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 2 d'Oribase tiré d'Antyllus.
La tranquillité et le
repos conviennent aux mêmes malades que le décubitus,
mais ils conviennent surtout soit au commencement,
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soit pendant l'accroissement
des accès et quand on vient de prendre de la
nourriture. Le repos est également convenable
immédiatement avant le sommeil.
3 DE L'ABSTINENCE.
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 3 d'Oribase tiré d'Antyllus.
Réprimer la surabondance
de chair et de sang, cuire les aliments non digérés,
évacuer la pléthore, dessécher
les fluxions, surtout celles qui tiennent à la
pléthore, [tels sont les effets de l'abstinence].
Elle diminue aussi l'excès d'humidité,
elle apaise encore les douleurs, non pas celles qui
tiennent à l'acrimonie, mais celles qui viennent
d'un arrêt de la pléthore dans les pores.
4. DU SOMMEIL ET DE LA VEILLE.
(Tiré de Galien.) Volume
1er, Livre 6, chap. 4 d'Oribase tiré de Galien.
Le sommeil humecte toujours,
de même que les veilles dessèchent
Page 440
toujours, tandis que par sa nature
le sommeil ne réchauffe ou ne refroidit pas toujours;
mais, quand les malades n'ont pas de fièvre,
et que, trouvant dans le corps des humeurs pituiteuses,
crues, ou enfin froides de telle ou telle façon,
il les élabore et les amène à maturité
en les changeant en bon sang, il réchauffe le
malade en augmentant sa chaleur innée ; si, au
contraire, la putréfaction de ces humeurs a déjà
causé la fièvre, il refroidira, en éteignant
la chaleur fébrile, tandis qu'il augmente la
chaleur propre. Si donc le sommeil augmente et renforce
la chaleur propre et naturelle, et qu'il détruise
et épuise la chaleur acquise et contre nature,
on aura raison de dire que notre corps est devenu en
même temps plus chaud et plus froid par le sommeil.
Les inconvénients du sommeil étant de
deux espèces, les uns communs, quand les malades
dorment au commencement des accès, les autres
propres à certaines maladies,
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quand ils dorment à une
autre période, il faut admettre que ces derniers
inconvénients sont dangereux ; car les premiers
n'indiquent ni la mort, ni quelque autre chose, puisqu'ils
tiennent à la nature de la période ; en
effet, au commencement des accès, la chaleur
et les humeurs convergent vers le centre du corps, et,
s'il y a quelque inflammation d'un viscère, il
est naturel qu'elle s'augmente, et, si quelques humeurs
se rassemblent dans le ventre, elles ne sont pas élaborées
comme dans tout autre sommeil, mais elles deviennent
beaucoup plus abondantes. Voilà pourquoi nous
exhortons les malades à veiller dans cette période
afin d'opposer la tendance qu'ont le pneuma, le sang
et la chaleur qui les accompagne à se porter
vers l'extérieur par suite de la veille, comme
un remède efficace, à celle qui les pousse
vers la profondeur du corps à l'époque
de l'invasion.
Page 442
Quant au sommeil qui arrive aux
autres périodes de l'accès, il est généralement
suivi d'un avantage évident, surtout s'il arrive
au déclin; car celui qui arrive à l'acmé
même, ou même quelquefois vers la dernière
partie de l'augment qui touche à l'acmé,
fait quelquefois aussi un bien manifeste, il est vrai,
mais de tous les avantages, le plus évident se
montre pendant le déclin. De même, le sommeil,
s'il nuit, est moins pernicieux pendant l'acmé
et l'augment de l'accès, tandis que celui qui
a lieu au déclin l'est beaucoup, car, si une
chose quelconque, à l'époque où
elle est habituellement très-avantageuse, non
seulement ne fait aucun bien, mais même cause
encore du dommage, il est probable qu'elle présage
la mort. Les inconvénients du sommeil sont l'opposé
de ses avantages ; ces inconvénients sont d'empêcher
la fièvre de se résoudre ou de l'aug-
Page 443
menter, d'aiguiser les douleurs,
de rendre les fluxions plus abondantes et d'accroître
l'inflammation. Le sommeil est utile aux humeurs qui
doivent être élaborées, la veille
l'est à celles qui doivent être enlevées
par la perspiration. Le sommeil augmente la tendance
des humeurs vers l'estomac, les intestins et le foie
; la veille, au contraire, opère sur elles une
révulsion. Quand il existe une hémorragie
produite par une plaie, le sommeil l'arrête, la
veille la rappelle. Quand il faut atténuer les
humeurs épaisses ou visqueuses, la veille est
utile, pourvu qu'elle ne soit pas prolongée outre
mesure, car il faut que ces humeurs soient élaborées
à leur tour, ce qui se fait parle sommeil. Il
est très-nuisible aux humeurs éminemment
froides qu'on permette aux malades de dormir autant
qu'ils veulent, car, à cause du refroidissement,
ils ont de la tendance au sommeil, quoi-qu'il ne leur
soit pas utile, mais, dans tous les cas semblables,
on dormira autant qu'il faut pour rétablir les
forces qui s'épuisent pen-
Page 444
dant la veille et pour opérer
quelque coction ; car le sommeil est produit soit parce
que la chaleur innée, par quelque fatigue ou
par un excès de sécheresse, se porte là
où s'élabore la nourriture, soit parce
que l'excès d'humidité la rend impuissante
à rayonner vers l'extérieur ; or le sommeil
dont nous avons parlé en premier lieu est salubre
et naturel, et celui que nous avons mentionné
en second lieu est semblable au sommeil du coma et du
léthargus.
5. SUR L'UTILITÉ DU
SOMMEIL.
(Tiré d'Antyllus.)
[Du quatrième livre, lequel
traite De ce qu'on
fait soi-même en vue de la santé.] Volume 1er, Livre 6, chap.
5 d'Oribase tiré d'Antyllus.
Le sommeil relâche ce qui
est tendu, ramollit ce qui est dur, fond ce qui est
coagulé, rend lisse ce qui est raboteux; en outre
il apaise les secousses du corps et les troubles de
l'âme, rend la respiration uniforme, arrête
les flux, en épaississant les humeurs dans le
Page 445
corps. Le temps favorable pour
le sommeil dans les maladies intermittentes est l'intervalle
des accès ; si l'accès est long, la période
de l'acmé et celle du déclin sont les
plus convenables, celle du début est la moins
avantageuse ; le temps qui précède l'accès
est également peu convenable. Si la durée
de l'augment est courte, il ne faut pas permettre de
dormir pendant cette période; si, au contraire,
elle est longue, et que l'augment arrive après
le milieu du jour, il faut empêcher les malades
de dormir, car tout sommeil du soir est naturellement
mauvais mais, si le milieu de l'augment vient après
minuit et coïncide à peu près avec
le lever du soleil, il faut permettre de dormir. Dans
les maladies continues, la nuit est plus propre au sommeil
que le jour, et, parmi les diverses parties de la nuit,
celle qui vient après la troisième heure,
surtout la dernière partie, est plus propice
que celle qui la précède; parmi les diverses
parties du jour, celle du lever du soleil est préférable
jusqu'à midi.
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6. DES VEILLES. TDM
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 6 d'Oribase tiré d'Antyllus.
Les veilles dissipent la pléthore,
font descendre les matières con-tenues dans le
ventre et les préparent à être évacuées
par en bas: elles dissipent la torpeur, chassent la
pesanteur, excitent les parties épuisées,
donnent du ton à la nature et à l'âme,
et répriment les sueurs. On doit conseiller à
ceux qui prennent un médicament purgatif de veiller
jusqu'à ce que la purgation soit entièrement
terminée. Il faut aussi veiller quand on vient
de prendre des aliments ou des boissons ainsi que pendant
et avant l'invasion des accès, comme nous l'avons
dit dans la chapitre sur le sommeil. Les moyens qui
produisent la veille sont les suivants : friction un peu rude et sans graisse, surtout si elle
se fait avec du linge grossier et nouveau (il faut surtout
frotter les jambes); liniments plus
ou moins âcres, comme ceux qui contiennent de
la soude brute, de l'euphorbe, de
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l'adarce, de l'armarinte, du
cresson, de la pariétaire d'Espagne, de la dauphinelle,
des baies de Guide ou de la moutarde; il faut aussi
placer des cataplasmes de moutarde sur les jambes. Les
moyens suivants produisent également la veille
: prurit violent, arrachement des poils, tiraillement
des doigts, titillation de l'oesophage au moyen de l'introduction
des doigts, suppositoires appliqués au siège,
desquels nous avons décrit la composition; parmi
les médicaments qu'on fait flairer, ceux qui
sont de mauvaise odeur et provoquent des éternuements,
médicaments âcres appliqués aux
yeux, ainsi que l'huile elle-même qu'on verse
dedans, ventouses appliquées aux aines, cris
continuels poussés à l'oreille, nouvelles
qui troublent, exhortations pressantes, choses terribles
à voir ou dures à entendre. Et, si ces
moyens de traitement ne produisent pas seulement la
veille, mais dissipent aussi le cataphora, qu'y aurait-il
à cela d'extraordinaire?
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7. DE LA CONVERSATION.
(Tiré du quatrième
livre.) Volume
1er, Livre 6, chap. 7 d'Oribase.
La conversation a, jusqu'à
un certain point, la faculté de remplir la tête
et de causer de la pesanteur; elle épuise aussi
les forces, surtout dans les fièvres, et à
plus forte raison pendant l'invasion ; elle donne de
la soif, dessèche la langue et provoque des vomissements.
Elle ne convient pas non plus à ceux qui ont
des ophtalmies ou des hémorragies nasales, et
bien moins encore à ceux qui ont des hémoptysies
; mais elle est utile à ceux qui ont une tendance
démesurée à s'endormir.
8. DE LA DÉCLAMATION.
(Tiré du quatrième
livre.) Volume
1er, Livre 6, chap. 8 d'Oribase.
La déclamation est un
exercice de la poitrine et des organes de la voix, et
encore plus de la chaleur naturelle, puisqu'elle aug-
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mente, purifie, renforce et atténue
la chaleur, et qu'elle rend les parties solides du corps
fortes, pures et résistantes. Nous employons
la déclamation tantôt pour guérir
une maladie, que la voix soit fatiguée ou que
ce soit tout le corps, tantôt pour améliorer
la voix, qu'elle soit affectée accidentellement
ou congénialement. La déclamation convient
dans les cas de vomissements qui tiennent à une
affection de l'orifice de l'estomac, aux gens qui ont
des renvois acides ou qui sont sujets aux mauvaises
digestions ; elle est également utile à
ceux qui abondent en pituite et aux femmes qui ont des
appétits contre nature ; mais elle ne convient
pas aux affections de la tête parce qu'elle a,
jusqu'à un certain point, la propriété
de causer de la plénitude dans cette partie et
dans les organes des sens qui y sont logés. Elle
est encore utile à ceux qui n'ont point d'appétit
ou qui profitent mal de la nourriture, et bien plus
encore aux paralytiques, aux hydropiques et aux asthmatiques
; elle est aussi très avantageuse dans la convalescence
des maladies. La voix souffre
Page 450
tantôt d'une conversation
démesurément prolongée, tantôt
parce qu'on a crié trop fort, tantôt à
cause de l'acuité et de l'intensité des
sons proférés, et enfin elle souffre aussi
du silence, oubliant pour ainsi dire ses propres fonctions;
dans tous les cas énumérés, le
traitement par la déclamation est utile, car
il dissipe [les inconvénients causés par]
la conversation trop longtemps prolongée, il
guérit le mal produit par les cris trop forts
en le détruisant doucement, et il remédie
[au dommage causé par] les sons aigus en faisant
descendre la voix aux tons graves. Quoiqu'on ne puisse
pas appeler proprement fatigue de la voix le mal qui
résulte du silence, il a cependant quelque chose
de semblable à la fatigue, et la déclamation
est également utile dans cette espèce
d'affection, puisqu'elle exerce la voix ; elle est encore
utile comme traitement secondaire quand les organes
de la voix sont fatigués ou que tout le corps
est affaibli ou en proie à la lassitude.
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9. QUELLE EST LA MEILLEURE
MÉTHODE DE DÉCLAMATION. TDM
(Tiré du quatrième
livre.) Volume
1er, Livre 6, chap. 9 d'Oribase.
Quand on veut déclamer,
on doit auparavant aller à la selle, subir une
friction douce, surtout aux parties inférieures,
essuyer sa figure avec une éponge ou la laver,
causer auparavant doucement et attendre ensuite quelques
instants, ou, ce qui vaut mieux encore, se promener
auparavant et passer ensuite à la déclamation.
Celui qui ne manque pas d'éducation littéraire
doit réciter un morceau qu'il sait par coeur,
qui lui paraît beau et qui passe fréquemment
du langage doux au langage âpre. Si on ne sait
pas de vers épiques, on récitera des ïambes
; les élégies occupent le troisième
rang, et la poésie lyrique le quatrième.
Il vaut mieux, pour celui qui déclame, réciter
par coeur que de lire. Il faut d'abord déclamer,
en se tenant dans les notes les plus basses, faisant
descendre la voix autant que
Page 452
possible, ensuite on montera
aux notes les plus élevées, et, après
cela, ne s'arrêtant pas longtemps à ces
notes élevées, on reviendra au point de
départ, en faisant descendre peu à peu
la voix, jusqu'à ce qu'on arrive à la
note la plus basse, par laquelle on avait commencé.
La durée de la déclamation se détermine
d'après les forces, le plaisir qu'on y trouve
et l'habitude.
10. DE LA DÉCLAMATION
SALUTAIRE.
Volume
1er, Livre 6, chap. 10 d'Oribase.
Ayant appris par l'expérience
que l'exercice de la voix, exécuté selon
la règle, est le plus efficace de tous les moyens
qu'on ordonne pour raffermir et pour conserver la santé,
je me suis efforcé, autant qu'il m'était
possible, de décrire la nature de ce mode de
traitement et les diverses manières de l'employer.
Il est temps maintenant de dire quelle est la véritable
méthode d'exercer la voix pour raffermir la santé
du corps et prolonger la vie. Toute voix doit son origine
à l'air qui se répartit pendant l'inspiration
et l'expiration et qui est façonné (articulation
et timbre) par le moyen des organes que la nature a
construits à cet effet; ainsi la matière
de la voix est l'air qu'on respire, et l'art (moyens
expressifs) de la voix, s'il faut s'exprimer de cette
façon, réside dans les parties du corps
qui donnent une forme à
Page 453
l'air. Les bonnes ou les mauvaises
qualités de la voix tiennent donc indispensablement
soit à l'air soit aux organes qui lui donnent
sa forme ; or ces organes sont la partie supérieure
de la trachée, celle qu'on appelle épiglotte,
et les diverses parties de la bouche, la langue, le
palais, les dents, les lèvres, toutes parties
qui sont, construites dans une harmonie et une proportion
parfaites avec les fonctions. Il faut donc examiner
dans quel état et dans quelles conditions de
distribution l'air produit la meilleure voix. Pendant
les tons très aigus, il arrive que le cou et
la région hyoïdienne sont comprimés
et rétrécis, la partie postérieure
de la langue étant appuyée fortement vers
le haut contre les parties qui envi-
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ronnent la luette, que le reste
du tronc éprouve un resserrement proportionné
à celui des parties susdites, et que le volume
de l'air qui parcourt les organes de la voix est en
raison du degré de dilatation de ces parties;
au contraire, si on émet ou si on chante les
notes les plus graves, le cou se dilate et s'aplatit
autant que possible, les parties postérieures
de la langue s'éloignent fortement des parties
voisines de la luette, beaucoup d'air est poussé
à travers ces parties pendant la production de
la voix, et tout le reste du corps est détendu
et relâché par l'effet de la raréfaction.
Il faut donc renoncer sans hésiter à l'émission
des notes aiguës, à l'exercice inutile qui
consiste à remonter peu à peu depuis les
notes les plus graves, et de lutter en forçant
sa voix sur les notes aiguës ; sous quel rapport,
en effet, la beauté du chant et de la voix contribuera-t-elle
Page 455
à raffermir la santé
du corps ? mais ce sont les notes graves qu'il faut
cultiver, car la source principale et la plus importante
des bienfaits de la voix, c'est l'air attiré
à l'intérieur par l'inspiration en aussi
grande quantité que possible, à travers
la trachée et les conduits imperceptibles qui
s'ouvrent à la surface du corps; on y arrivera
surtout par une dilatation considérable des canaux
qui attirent l'air; or cette dilatation est opérée
par un exercice fait avec soin, qui consiste à
faire des efforts pour élargir et pour dilater
ces conduits, et à les forcer peu à peu
à admettre [par l'inspiration], et à rejeter
de nouveau [par l'expiration] autant d'air que possible
; car on trouvera que presque tous les bienfaits de
la voix viennent de l'abondance de l'air; en effet,
on n'émettra jamais une voix forte sans un air
puissant par sa quantité, jamais de voix étendue
sans disposer d'un air abondant; jamais on ne soutiendra
sa voix pendant un long espace de temps, si la quantité
de l'air ne suffit pas à la
Page 456
durée de la voix ; il
n'y aura pas de voix corsée, claire ou pleine,
si l'air par la petitesse et la faiblesse de son émission
ne produit qu'un son creux, sourd et mat; les mots ne
seront ni entiers ni clairs, s'ils sont dérobés
et coupés à cause de la petite quantité
d'air qui ne peut suffire à leur émission;
[en un mot] ou ne tirera jamais rien de bon de la voix,
à moins de mettre en mouvement un air abondant
et copieux. Ainsi, puisque la quantité de l'air
qu'on respire paraît être le point le plus
important sous le rapport des bonnes qualités
de la voix, c'est à cela que doivent, avant tout,
s'appliquer ceux qui exercent leur voix ; mais quelle
est la manière de s'exercer fructueusement? c'est
ce qui reste à dire. Or, comme l'attraction de
l'air dans l'intérieur du corps se fait par la
dilatation de la poitrine, du ventre et des conduits
disséminés partout dans la chair (car
l'air est poussé forcément dans l'espace
vide formé par la dilatation, en vertu de la
nécessité qu'impose la nature de remplir
le vide),
Page 457
nous admettrons des flots d'air
par la bouche, le nez, et aussi une grande quantité
par les conduits répandus sur toute la surface,
et nous introduirons dans notre intérieur une
quantité d'autant plus grande de l'air ambiant,
que nous aurons agrandi davantage l'espace vide des
parties qui doivent l'attirer. Voilà pourquoi
les gens dont la chair est dense et pourvue de pores
étroits ont la voix grêle et produisent
des sons faibles, tandis que ceux qui ont la chair rare
et les pores dilatés ont la voix forte; par conséquent,
à cause de l'étroitesse des pores, les
enfants, les femmes et les eunuques ont la voix plus
faible que les hommes, et les malades plus faible que
ceux qui se portent bien. Puisque nous avons prouvé
que l'utilité des exercices de la voix dépend
de l'abondance de l'air attiré par la respiration
et que cette abondance tient à son tour à
la dilatation et à l'élargissement des
pores, il nous reste à rechercher comment ce
dernier effet se produit. Comme tout espace vide et
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toute cavité dans le corps
s'étendent et se dilatent de deux manières,
soit que les membranes qui limitent les cavités
soient refoulées peu à peu [de l'intérieur]
dans l'espace qui les environne de tous côtés,
soit que les parties qui enveloppent ces cavités
en augmentant peu à peu de volume [augmentent
en même temps le leur], nous devons, avec un soin
égal, dilater les conduits à l'aide de
ces deux moyens. Il faut donc éviter tout resserrement
et tout ce qui peut le produire, relâcher autant
que possible en maintenant le corps, non pas étendu
en longueur, mais ramassé en largeur. On doit,
en outre, augmenter la quantité d'air, en s'efforçant
tour à tour d'en attirer peu à peu, pendant
l'inspiration, plus que de coutume, par la dilatation
préalable et volontaire des cavités qui
doivent l'admettre, et d'en expulser graduellement autant
d'air qu'il est possible à l'extérieur,
d'exprimer et d'évacuer avec plus ou moins de
force celui qui était entré auparavant;
car le relâchement et la diffluence
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de la chair élargiront
les conduits, l'inspiration forcée d'une plus
grande quantité d'air les dilatera toujours de
plus en plus, et les efforts qu'on fait pendant l'expiration
pour rejeter autant d'air que possible, élargissent
considérablement les conduits; en effet, la quantité
d'air dont on aura besoin pour remplacer celui dont
on a usé est d'autant plus grande, qu'un se sera
efforcé de vider plus exactement la poitrine
d'air pendant l'expiration. Par conséquent, l'exercice
de la voix raréfie le corps par la dilatation
des conduits, tandis que tous les autres exercices foulent
les chairs, les condensent et les épaississent;
il rend le corps léger par la dilatation des
conduits qui sont au milieu des chairs, les autres le
rendent lourd, pesant et épais. On peut voir
que la chair façonnée par l'exercice de
la voix, au moyen de la raréfaction qu'elle entraîne,
cède et prête facilement à toutes
les fonctions possibles, tandis que, par les autres
exercices,
Page 460
elle devient résistante,
dure et insensible ; voilà pourquoi la plupart
des athlètes ont l'intelligence plus stupide
que le commun des hommes. Il faut donc donner la préférence
à l'exercice de la voix, car d'abord elle amène,
pendant la lecture et la prononciation même une
excrétion manifeste d'humeurs surabondantes;
pour ceux qui lisent avec effort, cette excrétion
est plus considérable et se fait par là
sueur; pour ceux qui y mettent moins d'action, elle
se fait par la perspiration insensible, laquelle s'effectue
par tout le corps; pour les uns et les autres, elle
est produite par les humeurs abondantes rejetées
en soufflant pendant l'expiration qui accompagne l'émission
des mots, et par les superfluités abondantes
expulsées en raclant pendant l'atténuation
et l'éréthisme causés par l'émission
de la voix aussi bien que par les crachats, le mucus
et la pituite qui s'évacuent [ en même
temps]. Il se fait aussi, pendant la respiration intense
produite à dessein par l'exercice de la voix,
à la
Page 461
suite de la dilatation des canaux,
une grande dépense d'humeurs, soit qu'elles s'échappent
imperceptiblement à la surface du corps, soit
qu'on les rejette en soufflant par le nez et par la
bouche. Quel autre remède serait plus utile que
l'activité produite pendant l'exercice intelligent
de la respiration à ceux qui demandent à
être échauffés pour cause de froideur
? car le souffle, au moyen de son mouvement de progression
très varié, excite et allume en nous,
pendant le frottement, la chaleur interne, et cause,
par la continuité de son action, un tel incendie
dans notre corps, que, si nous ne nous rafraîchissions
pas à chaque instant par le refroidissement inhérent
à l'inspiration, il nous arriverait, sans que
nous nous en fussions aperçus, la même
chose qu'a ceux qui sont surpris par un accès
de chaleur. Nous venons de démontrer que ceux
qui exercent convenablement la voix dépensent
l'excès d'humidité qui est en eux et corrigent
Page 462
l'excès de refroidissement.
Quand, au contraire, le sec ou le chaud semble prédominer
outre mesure dans le corps, la grande quantité
d'air qui entre pendant l'inspiration, par suite de
la dilatation des conduits, humectera fortement les
parties desséchées, et ramollira la dureté
causée par la sécheresse, car l'air est
plus subtil et plus humide que toute espèce d'eau.
Est-il encore besoin de dire que rien ne refroidira
et n'éteindra mieux la chaleur démesurée
du corps que l'air attiré incessamment pendant
l'inspiration? Il faut, par conséquent, lire
et déclamer souvent, en relâchant tout
le corps, et, quand la chair est devenue assez diffluente
pour se raréfier, on doit, en s'efforçant
de dilater la trachée et les autres conduits
de l'air, déclamer dans les notes les plus graves
de la voix et renoncer sans hésiter aux sons
qui montent graduellement, avec une recherche artistique,
à la note de la dernière corde, car l'acuité
de la voix est ce qu'il y a de plus contraire à
la force, à la puissance et à la di-
Page 463
latation des conduits, tandis
qu'elle est favorable à la beauté du chant,
à la variété des sons ainsi qu'aux
modulations bien ménagées dans le chant,
mais on trouvera qu'aucune de ces choses n'est bonne
pour raffermir la santé du corps ; il faut étendre,
autant que possible, l'émission de la voix dans
les notes graves en forçant le son ; car il se
fait une dépense très évidente
de l'humidité intérieure chez ceux qui
lisent ou qui parlent tout haut. Ceci se reconnaît
par la vapeur abondante qu'on voit sortir de la bouche
chez ceux qui lisent, par l'excrétion des superfluités
retenues depuis longtemps et qui s'échappent
à travers les conduits qui leur sont respectivement
destinés, non seulement par ce, qu'on appelle
l'expiration, mais aussi, immédiatement, d'une
manière perceptible aux sens, par les crachats,
le mucus et la pituite pendant l'expuition ; et par
tous ces moyens le corps se débarrasse des causes
morbifiques. Il ne faut pas employer au hasard et imprudemment
les exercices de
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la voix dont nous venons de parler,
recommandation qui s'applique surtout à ceux
qui se livrent à cet exercice sans y être
accoutumés ; on ne doit donc pas s'y livrer ni
quand on est rempli d'humeurs mauvaises et corrompues,
ni quand on souffre d'une indigestion considérable
et évidente, de peur qu'il ne se fasse dans le
corps une distribution trop forte de vapeurs corrompues
causée par l'activité de l'inspiration
et de l'expiration devenue plus intense et plus forcée
pendant qu'augmentent la grandeur et l'étendue
de la voix.
11. DES EXERCICES.
(Tiré de Galien) Volume
1er, Livre 6, chap. 11 d'Oribase tiré de Galien.
Tout mouvement n'est pas un exercice,
mais seulement les mouvements plus ou moins forts, or
la force est quelque chose de relatif; par conséquent
le même mouvement sera pour tel homme un exercice,
tandis qu'il ne l'est pas pour tel autre. La limite
de la
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force de l'exercice est le changement
de la respiration, en sorte que, pour les mouvements
qui ne changent pas la respiration, on ne se sert pas
encore du nom d'exercice. Ainsi, puisque l'exercice
est un mouvement fort, les trois premières conséquences
suivantes en résulteront indispensablement pour
tout corps qui s'exerce : les organes deviennent plus
durs en se frottant l'un contre l'autre, la chaleur
innée est augmentée et le mouvement du
pneuma devient plus violent ; ces conséquences
donnent lieu, à leur tour, à tous les
autres avantages partiels que les corps retirent des
exercices ; la dureté des organes amène
leur résistance aux causes morbifiques et la
force pour l'exécution des fonctions, la chaleur
[augmentée], une attraction plus forte des matières
à distribuer, une transformation plus facile,
une nutrition meilleure et une fonte des parties
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elles-mêmes, fonte par
laquelle les parties solides deviennent plus molles,
les fluides plus ténus et les conduits plus larges
[qu'auparavant] ; par le mouvement violent du pneuma
indispensablement les conduits seront purgés
et les superfluités seront évacuées.
Les exercices donc échauffent et dessèchent,
en dissipant les fluides superflus ; mais, accidentellement,
ils causent des maladies froides ou humides ; chez ceux
donc qui ont une accumulation de pituite, les exercices
fondent la partie coagulée de cette humeur et
la forcent à couler vers quelqu'un des organes
principaux ; de cette manière une partie capitale
étant refroidie ou humectée, tout le corps
est atteint d'une maladie froide ou humide. L'oisiveté
engendre ordinairement une pléthore froide, mais,
dans quelques cas rares, elle réchauffe aussi,
quand la nature du corps est si mal tempérée,
qu'il devient le siège de sécrétions
âcres ; en effet, comme ces sécrétions
sont re-
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tenues pendant l'oisiveté
absolue, ils vont même jusqu'à allumer
une chaleur fébrile. Cependant l'oisiveté
dessèche aussi par accident, en affaiblissant
les forces qui président à la distribution
de la nourriture [et à la nutrition des parties
elles-mêmes, de la même manière que
le défaut d'aliments] dessèche les solides.
On ne doit pas du tout négliger les mouvements
du corps, comme le font quelques-uns de ceux qui cultivent
les sciences avec ardeur ; il faut, au contraire, autant
que possible, le mouvoir tout entier aussi bien que
ses parties par des mouvements de force égale,
en se livrant à toutes les espèces d'exercices,
au moyen desquels chaque partie exécutera sa
fonction propre. Les mouvements que nous faisons par
nous-mêmes sont les plus utiles, parce qu'ils
ont leur point de départ dans la profondeur du
corps et que ce sont nos actions propres.
12. QUEL EST LE TEMPS CONVENABLE
POUR LES EXERCICES. Volume 1er, Livre 6, chap. 12 d'Oribase
tiré de Galien.
Puisque les exercices peuvent
produire ces effets, il n'est pas dif-
Page 468
ficile de déterminer le
temps où ils conviennent ; en effet, comme ils
sont favorables à la distribution de la nourriture,
il faut que l'estomac ou les intestins ne contiennent
pas une surabondance d'aliments mal digérés
ou d'humeurs crues, car alors il y aurait danger que
ces matières ne fussent attirées vers
toutes les parties du corps avant que la coction ne
les eût rendues propres à la nutrition.
Les exercices détergeant les conduits et évacuant
les superfluités, il vaut mieux les employer
avant le repas ; car, plus vous nourrirez un corps impur,
plus vous lui nuirez ; de ce que nous venons de dire
il ressort par conséquent que le meilleur temps
pour les exercices est le moment où le repas
de la veille est parfaitement élaboré,
et a subi les deux coctions, celle qui se fait dans
l'estomac et celle qui se fait dans les vaisseaux, et
où le temps de prendre un
Page 469
nouveau repas s'approche. Si
vous permettez à quelqu'un de s'exercer avant
ou après ce temps, vous remplirez son corps d'humeurs
mal digérées, ou vous donnerez lieu à
la formation d'une quantité trop grande de bile
pâle. Le moyen de déterminer ce temps est
fourni par la couleur de l'urine ; ainsi l'urine aqueuse
signifie que les vaisseaux contiennent encore les humeurs
mal digérées qu'ils ont reçues
du ventre, l'urine jaune et bilieuse indique que ces
humeurs sont élaborées depuis longtemps,
et l'urine légèrement teinte de jaune
est un signe que la seconde coction vient d'être
achevée ; c'est alors par conséquent qu'il
faut permettre les exercices après que toutes
les superfluités contenues dans la vessie et
dans la partie inférieure des intestins ont été
évacuées; car il y a danger qu'une certaine
quantité de ces superfluités ne se porte
vers les parties solides du corps, entraînée
par le mouvement de la chaleur qui se développe
pendant les exercices.
Page
470
13. DE LA FRICTION PRÉPARATOIRE. TDM Volume 1er, Livre 6, chap. 13 d'Oribase
tiré de Galien.
Si, après s'être
déshabillé, on passe immédiatement
aux mouvements très forts avant que tout le corps
se soit ramolli, que les superfluités soient
atténuées et que les conduits soient dilatés,
il y a danger de rupture ou de tiraillement de quelqu'une
des parties solides, il y a danger aussi que les superfluités
n'obstruent les conduits par la rapidité du pneuma
qui les met en mouvement. Afin donc que cela n'arrive
pas, il faut auparavant réchauffer le corps en
le frottant modérément avec
un linge de coton, ensuite avec de l'huile ; car je
ne conseille pas d'employer l'huile avant que la peau
ne soit réchauffée, que les conduits ne
soient dilatés et, pour le dire en un mot, que
le corps ne soit préparé à recevoir
l'huile ; pour obtenir ces conditions il suffit de passer,
un très petit nombre
Page 471
de fois, avec une vitesse modérée,
les mains sur le corps sans le comprimer, en ayant pour
but de le réchauffer sans le froisser. Après
avoir agi de la sorte vous verrez une belle rougeur
s'étendre sur toute la surface de la peau; alors
il est temps d'appliquer l'huile et de faire frotter avec les mains nues ; elles ne doivent être
ni trop dures ni trop molles, afin que le corps ne soit
ni condensé et resserré, ni affaibli et
relâché plus qu'il ne faut, mais qu'il
reste dans son état naturel. On doit frotter doucement pendant les premières passes,
ensuite on augmentera peu à peu et on se rapprochera
de la friction rude, en l'arrêtant au
point on le corps est évidemment comprimé,
mais où il ne subit pas encore de contusion.
Il ne faut pas faire pendant longtemps une friction aussi forte, mais seulement une ou deux fois
sur chaque partie ; car nous ne frottons
pas ainsi pour endurcir le corps, quand nous faisons
passer un
Page 472
jeune garçon aux exercices,
mais pour exciter son activité, pour condenser
la tonicité, et pour compenser la raréfaction
produite par la friction molle ; il convient en effet
de conserver son corps dans un état moyen et
de ne le rendre en aucune façon ni trop dur ni
trop sec, de peur d'empêcher en quelque chose
son accroissement naturel. Quand il avance en âge
et qu'il va devenir jeune homme, nous nous servirons
aussi d'une friction plus rude et des bains froids
après les exercices. Il faut, dans les frictions, appliquer et passer les mains de plusieurs
façons, et les mouvoir non seulement de haut
en bas et de bas en haut, mais aussi suivant une ligne
qui se rapproche de la perpendiculaire, obliquement,
horizontalement, enfin suivant une ligne qui se rapproche
de l'horizontale (voyez la figure dans les notes), afin
que toutes les fibres des muscles soient, autant que
possible, frottées de tous côtés.
La pièce dans laquelle il va s'exercer ne doit
être ni trop chaude ni
Page
473
trop froide, afin que le corps
prenne une température exactement tempérée
durant la friction ; car, si la chambre était
plus chaude ou plus froide qu'il ne le faut, on commencerait
à suer dans la chambre chaude avant que le corps
ne fut suffisamment ramolli, et dans la chambre froide
le corps n'arriverait pas même à être
réchauffé ni bien ramolli [sous l'influence
des exercices], il ne s'élèverait pas
de belle rougeur et le corps ne se tuméfierait
pas; en effet ce sont là les signes d'une friction modérée pratiquée dans
un air tempéré chez un individu d'une
complexion tempérée.
14. DES DIVERSES ESPÈCES
D'EXERCICES ET DE LEUR EFFICACITÉ. TDM Volume 1er, Livre 6, chap. 14 d'Oribase
tiré de Galien.
Ce qui est commun à tous
les exercices c'est qu'ils procurent à l'économie
une augmentation de chaleur propre ; quant aux pro-
Page
474
priétés spéciales
des exercices particuliers, l'exercice qui exige de
la force, c'est-à-dire qui fatigue efficacement
sans que les mouvements soient rapides, tend fortement
les muscles et les parties fibreuses. Bêcher,
retenir quatre chevaux à la fois, soulever un
poids considérable en restant en place ou en
avançant un peu, appartiennent à ce genre
d'exercice. Se promener sur un terrain montant, grimper
le long d'une corde, tenir les poings serrés
en étendant ou en soulevant les bras et rester
pendant longtemps dans cette position, résister
aux efforts d'une personne qu'on a engagée à
vous faire baisser le bras étendu, surtout si
on porte dans ses mains quelques poids comme sont les
haltères, et qu'on les tienne immobiles en étendant
ou en soulevant les bras, rentrent dans la même
catégorie. Il y a dans la palestre des milliers d'autres exercices analogues
qui exigent de la force ; l'expérience et l'habitude
de tous ces exercices se trouvent chez le pédotribe, personnage aussi différent
du gymnaste que le cuisinier l'est du médecin.
Nous venons donc d'énumérer les exercices
qui
Page
475
exigent de la force ; il est
temps maintenant de passer aux exercices rapides sans
intensité ni violence ; à ce genre appartiennent
les courses, le combat simulé, la gesticulation,
l'exercice du corycos et celui de la petite balle. Ceux
qu'on appelle ecplethriser et pityliser sont également de la même espèce
: ecpléthriser, c'est courir à diverses
reprises tour à tour en avant et en arrière,
en se restreignant dans un espace de cent pieds, en
ne se retournant pas et en diminuant un peu à
chaque course la longueur de l'espace parcouru, jusqu'à
ce qu'on s'arrête à la fin à un
point fixe ; pityliser, c'est marcher sur la pointe
des pieds, soulever les bras et les faire mouvoir très
rapidement, l'un en arrière, l'autre en avant.
Page 476
D'autres exercices rapides, mais
n'exigeant point de force, sont ceux qu'on fait dans
la palestre en se roulant rapidement soit plusieurs ensemble,
soit tout seul. On peut aussi s'entrelacer étant
debout, et exécuter un exercice du genre rapide
en saisissant vivement tour à tour ceux qui sont
près de vous. On peut encore exécuter
debout un exercice du même genre pour les jambes
seulement, en restant à la même place,
en sautant plusieurs fois non seulement en arrière,
mais quelquefois aussi en avant et en soulevant tour
à tour chacune des jambes. On peut aussi exécuter
de la même manière un exercice du même
genre pour les bras, si l'on s'évertue à
les mouvoir à la fois fréquemment et rapidement
sans tenir des haltères, soit qu'on tienne le
poing serré, soit qu'on se contente de lever
vivement le bras sans fermer le poing. Tel est l'exercice
rapide, borné aux espèces que nous venons
d'énumérer ; il est temps de
Page 477
passer à l'exercice violent,
qui est composé de l'exercice qui réclame
de la force et de l'exercice rapide ; car on peut se
servir comme d'exercices violents de tous ceux que nous
venons de ranger dans la classe des exercices qui réclament
de la force, pourvu qu'on y ajoute la rapidité
du mouvement. Les exercices suivants sont certainement
aussi du nombre des exercices violents : bêcher,
lancer des disques, sauter constamment sans se reposer,
de même lancer un projectile lourd quel qu'il
soit en rassemblant ses forces, ou travailler rapidement
étant couvert d'une armure pesante. Par conséquent
tous ces exercices sont des espèces qui diffèrent
par les points dont nous venons de parler, et, en outre,
parce que les uns fatiguent davantage les lombes, les
bras ou les jambes, d'autres l'épine du dos,
ou la poitrine seulement, ou le poumon. La marche et
la course sont des exercices propres des jambes ; la
gesticulation et le combat simulé, des exercices
propres des bras; se baisser et se relever continuellement
est un exercice propre aux
Page 478
lombes. Les respirations très
grandes sont des exercices propres de la poitrine et
du poumon, de même que les vociférations
très fortes sont en même temps des exercices
propres des parties susdites et de tous les organes
de la voix. Nous tenons de nous-mêmes les mouvements
dont nous venons de parler ; les suivants, au contraire,
nous viennent de l'extérieur : la navigation,
l'équitation et les déplacements qui se
font dans les voitures et les lits suspendus ou dans
les berceaux qu'on remue, ou pour les petits enfants
dans les bras de leurs nourrices ; on peut aussi ranger
la friction dans la classe des mouvements
qui viennent de l'extérieur. Quelques mouvements
sont mixtes, par exemple, l'équitation ; car
il n'en est pas pour ce mouvement comme pour le transport
en voiture, pendant lequel on est uniquement secoué
par son véhicule sans rien faire par soi-même,
mais, dans l'équitation, il faut tenir l'épine
droite, serrer
Page 479
exactement avec les deux cuisses
les côtés du cheval, tenir les jambes tendues
et regarder en avant ; et par là on exerce aussi
la vue et on fatigue le cou. Les viscères ne
sont pas moins secoués, quand on va à
cheval, mais moins quand on se promène en voiture
; si, par conséquent, on veut mettre en mouvement
avec une certaine force les viscères au-dessous
du diaphragme, il faut passer aux exercices susdits,
en outre aux frictions qu'on pratique à l'aide
de bandes qui entourent le corps. Respirer et vociférer
très largement et souffler fortement secouent
aussi les viscères situés au-dessous du
diaphragme; enfin la rétention du souffle elle-même
n'est pas moins un exercice des muscles du ventre que
de ceux de la poitrine. Tels sont les mouvements qui
viennent de l'extérieur.
Page 480
15. COMMENT IL FAUT S'EXERCER. TDM Volume 1er, Livre 6, chap. 15 d'Oribase
tiré de Galien.
Que le jeune homme se déshabille,
comme je l'ai déjà dit auparavant, quand
les urines sont arrivées à une maturité
complète, qu'il soit ensuite frotté modérément ; on reconnaîtra
le degré modéré de la friction à la rougeur fleurie qui se répand,
à la facilité de croiser les bras et les
jambes et à la promptitude pour toute sorte de
mouvement. Qu'il s'exerce alors jusqu'à ce que
son corps se tuméfie, prenne une rougeur fleurie,
et que les mouvements soient faciles, égaux et
bien cadencés ; durant ce temps vous verrez aussi
apparaître de la sueur chaude mêlée
à de la vapeur. Mais il faut s'arrêter
aussitôt qu'un des signes énumérés
vient à se modifier, comme par exemple si on
voit que la tuméfaction du corps s'affaisse,
on fera de suite cesser l'exercice ; car, si vous laissez
Page 481
le jeune homme s'exercer davantage,
vous donnerez lieu aussi à l'évacuation
de quelque chose d'utile, en sorte que vous rendrez
par là son corps plus maigre et plus sec, et
que vous en empêcherez la croissance. On doit
s'arrêter de même, quand la fraîcheur
de la couleur se fane; car vous refroidirez le corps
et vous dissiperez ses particules par la perspiration,
si vous continuez à l'exercer. Puis, quand la
facilité, la cadence et l'égalité
des mouvements paraissent compromises et anéanties,
on fera aussitôt reposer le jeune homme; de même,
s'il s'opère quelque changement dans la sueur,
par rapport à la quantité ou à
la qualité ; car elle doit de-venir toujours
de plus en plus abondante, plus forte et plus chaude
à mesure que les mouvements augmentent d'intensité.
Si elle de-vient moindre ou plus froide, le corps s'évapore
déjà, se refroidit et se sèche
plus qu'il ne convient. Par conséquent on donnera
une attention suivie à celui qui s'exerce, et
on le fera reposer immé-
Page
482
diatement dès qu'un des
symptômes susdits se montre; cependant. on ne
l'enverra pas de suite au bain, mais on modérera
la force des exercices et on lui ordonnera de s'arrêter,
et, si on veut, on pourra remplir les lombes par la
rétention du souffle, et passer à l'apothérapie
en versant de l'huile sur le corps. Or l'apothérapie
est de deux sortes, l'une est une partie de l'exercice
et l'autre en est une espèce; nous parlerons
dans la suite de celle qui est une espèce d'exercice.
16. DE LA FRICTION APOTRÉRAPEUTIQUE. TDM Volume 1er, Livre 6, chap. 16 d'Oribase
tiré de Galien.
Traitons maintenant de l'apothérapie
qui est une partie de l'exercice. La dernière
partie de tout exercice qui se fait comme il faut s'appelle
apothérapie ; elle a deux buts, celui d'évacuer
les superfluités et de préserver le corps
de la fatigue. Le premier lui est commun avec l'exercice
considéré comme un tout ; car nous disions
Page 483
que l'exercice avait en tout
deux buts, celui de renforcer les parties solides du
corps et celui d'évacuer les superfluités.
Le but propre de l'apothérapie est de combattre et d'empêcher
la fatigue qui suit habituellement les exercices plus
ou moins immodérés, et la nature du but
nous indiquera comment il faut faire l'apothérapie
; car, comme on se propose d'évacuer exactement
les superfluités des parties solides de l'économie
qui, après avoir été échauffées
et atténuées par les exercices, restent
encore dans l'organisme, il faut employer la friction qui se fait par un grand nombre de mains
étrangères avec rapidité, afin
qu'autant que possible aucune partie de l'individu que
l'on frictionne ne soit à découvert;
on doit tendre pendant la friction les parties qu'on frotte, et, en outre, on prescrira ce qu'on appelle
la rétention du souffle. Il faut verser beaucoup
d'huile sur le corps de celui qu'on frotte,
car cette huile aide à la rapidité et
à la douceur de la friction, et en même temps elle
procure
Page
484
un autre avantage très-considérable,
celui d'affaiblir la tension et de ramollir les parties
qui se sont fatiguées pendant les exercices un
peu forts. Que la friction tienne le milieu entre la friction molle et la friction rude, ce qui constitue en effet
la friction moyenne. Ceci aura lieu si les
mains de celui qui frotte sont fortement appliquées,
de sorte que la pression qu'elles causent se rapproche
en quelque sorte de la friction rude. Il faut modérer
la quantité de l'huile et la rapidité
du mouvement des mains, jusqu'à ce que la friction tienne exactement le milieu. Nous sommes
d'avis de tendre alors les parties qu'on frotte afin d'évacuer à travers la
peau toutes les superfluités qui se trouvent
entre elle et la chair sous-jacente. C'est pour la même
raison qu'une partie importante de l'apothérapie consiste dans la suspension
et la rétention du souffle (fig. 1) qui se fait par la tension de tous les muscles
de la poitrine et par le relâchement de tous ceux
du ventre et du diaphragme ; ainsi les excréments
se-
Page 485
ront poussés vers le bas.
En second lieu il faut, pour soumettre à l'apothérapie les viscères sous-diaphragmatiques,
recourir à l'espèce de rétention
du souffle qui tend modérément les muscles
du ventre. C'est pour obtenir le même effet qu'il
convient d'employer les frictions opérées par des
enroulements de bandes autour du corps ; celui qu'on
frotte doit se roidir contre tous les
mouvements des bandes, mais il ne sera pas entraîné
par tous, car, pendant l'apothérapie, il ne doit
plus se livrer ni à des mouvements continuels
ni à des mouvements forts, mais il en fera quelques-uns
qui seront interrompus par des frictions
; voilà pourquoi il doit être souvent enroulé
dans les bandes, souvent repoussé ; souvent aussi,
vers ce temps, il doit changer de place avec le progymnaste, souvent enfin, étant
placé derrière lui, il enlacera ses jambes,
tantôt l'une, tantôt l'autre, autour du
progymnaste, avec une certaine tension qui ne
Page 486
doit pas être trop forte
; dans cette position il doit être frotté par des gens qui le massent convenablement ; car c'est là la meilleure
manière de conserver l'augmentation de chaleur
qu'il doit à ses: exercices, et en même
temps d'évacuer les superfluités par ses
tensions et ses mouvements propres ; il semble aussi
que la rétention du souffle aide assez efficacement
à produire cet effet. Les meilleurs gymnastes
emploient donc aussi entre les exercices la rétention
du souffle ainsi que la friction apothérapeutique, que
nous venons de décrire; par là ils font
reposer du même coup, quand ils commencent à
être fatigués, ceux qu'on exerce, et ils
détergent peu à peu les conduits, afin
de rendre le corps pur et en même temps propre
à la perspiration pour les exercices qui vont
suivre; en effet. si le gymnaste ne prenait pas de pareils
soins, il encourrait le danger de voir plutôt
les conduits s'obstruer que se nettoyer; car les mouvements
un peu forts des matières sont de nature à
causer des
Page 487
effets opposés, s'ils
se produisent dans des circonstances dissemblables et
d'une manière différente ; ils produisent
des obstructions, si la matière mise en mouvement
est épaisse et abondante et si elle se précipite
en grande quantité à la fois ; ils produisent,
au contraire, des détersions, si elle est peu
abondante, subtile, si elle ne marche pas très
rapidement, et si elle ne fait pas. des efforts pour
être évacuée d'un seul coup. Voilà
pourquoi j'approuve ceux qui emploient l'apothérapie
au milieu des exercices, surtout chez ceux qui s'occupent
des combats d'athlètes appelés lourds.
17. DE LA FRICTION CONSIDÉRÉE
EN ELLE-MÊME. TDM
Volume
1er, Livre 6, chap. 17 d'Oribase tiré de Galien.
Quelquefois la friction
est de nature à produire par elle-même
quelque chose d'utile pour le corps, quelquefois aussi
elle est l'auxiliaire des moyens qui agissent dans le
même sens ; elle est auxiliaire quand il s'agit
d'exercices, aussi bien quand elle y prépare
Page 488
que quand on l'emploie après
eux; dans le premier cas, elle est appelée préparatoire,
dans le second apothérapeutique ; nous en avons déjà
parlé précédemment. La friction qui produit par elle-même un effet
utile peut relâcher, resserrer, donner de l'embonpoint
et amaigrir : resserrer, si elle est rude, relâcher,
si elle est molle, amaigrir, si elle est prolongée,
donner de l'embonpoint, si elle est modérée;
car ce sont là les quatre différences,
eu égard au genre, dans lesquelles rentrent toutes
les frictions, établies sur leurs quatre
propriétés et sur leur quadruple utilité.
Si nous y ajoutons encore les espèces moyennes
dont nous saisissons la nature par la considération
des espèces fondamentales, nous aurons en tout
six espèces; car, si la friction
rude peut resserrer, et la friction
molle relâcher, il faut frictionner rudement les corps qui sont affaiblis outre
mesure et mollement ceux qui sont resserrés ;
mais, s'il y a un corps qui se trouve dans une situation
moyenne, il est clair qu'il ne faut le
Page
489
frotter ni rudement ni mollement, mais en évitant
autant que possible les deux extrêmes. De même
que, dans ces différences qui tiennent à
la qualité, il n'y a pas seulement une friction rude et une friction molle, mais encore une friction modérée, de même, dans
les différences selon la quantité, il
n'y a pas seulement une friction prolongée et une friction de courte durée, mais aussi une friction moyenne ; en effet, comme il y a deux choses
qui diffèrent entièrement en genre, c'est-à-dire
l'actif qui diffère en genre du passif, les frictions appartiennent au genre actif et les modifications qu'elles produisent
dans notre corps, au genre passif; voilà pourquoi
il existe indispensablement des séries de qualités
opposées qui tiennent aux frictions
elles-mêmes, et d'autres qui tiennent aux modifications
qu'elles produisent ; celles qui tiennent aux frictions sont la friction molle et la friction
rude, la friction prolongée et la friction de courte durée, tandis que l'acte
qui consiste à resserrer et à relâcher
les corps, ainsi que celui d'amaigrir et de
Page 490
donner de l'embonpoint tiennent
aux modifications. La première série d'effets
opposés quant aux modifications est produite
par la première série de qualités
opposées quant à la friction,
mais il n'en est plus ainsi pour la seconde ; car, dans
cette série, l'amaigrissement est produit par
la friction prolongée, et l'embonpoint
par la friction modérée ; en effet
la friction de courte durée ne saurait
donner de l'embonpoint, parce que la partie dans laquelle
nous voulons produire cet effet a besoin d'un appel
modéré de sang et d'une force réelle,
et que ces deux conditions sont remplies comme il faut
par la friction modérée, tandis que ni
l'une ni l'autre ne l'est complètement et suffisamment
par la friction de courte durée. Par
conséquent, en ramenant, pour ainsi dire, à
leurs éléments les différences
simples entre les frictions, Hippocrate a exposé toute la doctrine
qui s'y rapporte, enseignant comment on nourrira, on
amaigrira, on ramollira ou on resserrera suffisamment
le corps. Les effets moyens et ceux qui sont produits
par les combinaisons se comprennent tout de suite aussitôt
qu'on connaît les effets principaux ; il y
Page 491
a un effet moyen, par exemple,
si nous ne voulons ni relâcher, ni resserrer le
corps, ni lui donner de l'embonpoint, ni l'amaigrir;
il y a une combinaison, si nous voulons en même
temps resserrer le corps et lui donner de l'embonpoint
; qui ne comprendra pas en effet que, si nous voulons
donner au corps de l'embonpoint constitué par
une chair dure, il faut employer une friction
rude qui soit en même temps moyenne eu égard
à la quantité de même, si nous voulons
procurer au corps un embonpoint constitué par
une chair molle, il faut employer une friction
molle mais moyenne par rapport à la quantité
; il en est de même pour les autres combinaisons
; car, si on combine alternativement les trois différences
de frictions selon la qualité avec
leurs trois différences selon la quantité,
on obtiendra neuf combinaisons. Je vais les exposer
dans un diagramme, dans lequel il faut comprendre que
la première série de haut en bas se rapporte
aux qualités, et la seconde aux quantités.
Page 492
QUALITÉS.
QUANTITÉS.
____ ____
Rude................... Prolongée.
Rude .................. Courte. Rude ..................
Moyenne. Molle .................. Prolongée.
Molle .................. Courte. Molle ..................
Moyenne. Moyenne ..............Prolongée.
Moyenne ..............Courte. Moyenne ..............Moyenne.
18. DE LA FRICTION DU MATIN. TDM Volume 1er, Livre 6, chap. 18 d'Oribase
tiré de Galien.
Voici à peu près
l'opinion qu'il faut se former sur la friction
du matin, du moins quand il s'agit d'un individu dont
le corps est bien tempéré : si l'individu
est dans un état irréprochable, il est
superflu de le frictionner, à moins qu'il ne soit
parfois dans la né-
Page 493
cessité de résister
à un froid intense ; car, dans ce cas, nous préparons
cet individu par la friction de la même manière
que ceux qui vont prendre un bain froid ; s'il y a quelque
sentiment de fatigue, alors il faut oindre et frictionner doucement. De même, s'il existe une
sécheresse exagérée, on doit oindre avec de l'huile douce (car cette pratique humecte
le corps quand il est sec), mais on frottera
très peu, et la friction ne sera ni rude ni molle ; car
il nous faut seulement activer la distribution de l'aliment
et non pas changer la complexion ou dissiper par la
perspiration quelque matière contenue dans le
corps ; or la friction molle produit ces deux effets
et la friction rude seulement l'un des deux,
puisque la dernière resserre et durcit la peau,
tandis que la friction molle favorise la perspiration,
raréfie le corps et le ramollit. Si nous voulons
remédier à un resserrement du corps produit
par des frictions rudes accom-
Page 494
pagnées de pincements,
ou par des exercices violents, ou par ceux pour l'exécution
desquels on a employé beaucoup de poussière,
nous frictionnerons mollement en usant abondamment
d'huile douce ; quant aux parties resserrées
par suite de refroidissement, nous les ramènerons
à l'état normal en réchauffant
d'abord par des frictions sèches et rapides, en
second lieu, par des frictions faites avec de l'huile. La raréfaction qui tient à
des bains fréquents, à des frictions molles ou aux rapprochements sexuels, se
guérira par des frictions sèches et peu nombreuses,
suivies de frictions également peu nombreuses,
mais pratiquées avec quelque huile
astringente. Quant à l'humidité produite
par les excès de boisson, il n'y a que les frictions sèches avec des linges de coton ou
des gants qui la gué-rissent, quelquefois aussi
celles qui se font avec les mains toutes seules sans
huile ou avec très-peu d'huile,
mais il faut que cette huile favorise la perspiration
et soit privée de toute qualité refroidissante.
Page 495
19. DE LA FRICTION DU SOIR. TDM Volume 1er, Livre 6, chap. 19 d'Oribase
tiré de Galien.
Voilà pour la friction du matin ; quant à la friction du soir, elle convient à ceux qui
sont très fatigués, ou desséchés
ou atrophiés. Mais ne parlons pas pour le moment
du défaut de nutrition, symptôme que nous
traiterons ailleurs avec tous les autres symptômes
morbides; au contraire, chez un individu d'une nature
bien tempérée, s'il existe une fatigue
très-prononcée ou une sécheresse
démesurée du corps, il faut que le déjeuner
soit léger, qu'il y ait un intervalle assez long
entre ce repas et le dîner, que la majeure partie
de cet intervalle se .passe dans le repos ; il doit
néanmoins se promener un peu aussi pour faire
descendre les aliments qui sont secoués et poussés
vers le bas par les mouvements qui se font de-bout;
le résultat sera encore meilleur, si on peut
aller à la selle ; car, après tout cela,
on peut frictionner sans danger avec de l'huile
Page
496
douce, pourvu qu'on ne malaxe
pas trop le ventre ; si on ne prend pas cette précaution,
on court risque. de rendre plus difficile la digestion
des aliments, de faire remonter de ces aliments dans
le corps une humeur à demi digérée,
de voir la tête se troubler et l'orifice de l'estomac
se retourner. Le mieux par conséquent est de
ne pas frictionner du tout au ventre ; mais, s'il
existe quelquefois un sentiment de fatigue ou s'il survient
une sécheresse trop grande dans les muscles qui
forment ses parois, il faut oindre modérément, en
malaxant doucement.
20. DE LA FRICTION COMME MOYEN
CURATIF.
TDM
(Tiré d'Hérodote.)
[Du livre Sur ce que les malades doivent faire pour
se traiter.]
Volume
1er, Livre 6, chap. 20 d'Oribase tiré d'Hérodote.
Les frictions
qu'on emploie pour guérir les fièvres
doivent se
Page
497
faire aux époques suivantes
: elles conviennent pendant l'acmé de la maladie,
mais non pendant toutes les parties de cette période,
mais seulement vers la fin, de sorte qu'elles soient
assez rapprochées du déclin. Quant aux
diverses époques de l'accès, il faut préférer
le commencement du déclin. On doit se défier
des inflammations des parties centrales, car, dès
que ces inflammations existent, il est impossible de
faire cesser la fièvre. On se défiera
aussi des respirations difficiles et des sueurs qui
se montrent irrégulièrement soit sur tout
le corps, soit à la figure et au cou. Quant à
ceux donc qui ont eu une crise au commencement du déclin,
il faut les coucher, en été et en automne,
dans un endroit tempéré ; et on aura tout
prêt un mélange chaud d'huile et d'eau
auquel on a ajouté de l'aphronitre grillé. La friction doit être pratiquée, chez les
sujets jeunes et de petite taille, par quatre hommes,
et par six hommes chez ceux qui ont atteint l'âge
viril et qui ont une taille plus élevée.
Les uns frotteront les membres supérieurs
jusqu'aux doigts,
Page
498
d'autres le tronc jusqu'aux aines,
d'autres enfin les membres inférieurs jusqu'aux
pieds. Après avoir versé sur le corps
le mélange gras, on doit frictionner chaque partie en passant les mains de haut
en bas, ensuite on couchera le malade sur le ventre
et on le frictionnera de la même manière.
Au commencement, la friction devra être légère
et lente, ensuite elle deviendra rapide et accompagnée
de pression, tandis que, vers la fin, la
friction redeviendra douce et en tout
semblable à celle du commencement. Ceux qui frottent doivent aussi malaxer la tête et le cou après
avoir versé dessus le mélange gras. Chaque
partie doit être frictionnée environ cent fois chez les jeune
; gens, deux cents fois chez les adultes ; chez ceux
qui mènent une vie d'athlète, il faut
doubler le nombre des frictions. S'il se développe, durant
les frictions, une sensation très appréciable
de bien-être, si la fièvre cesse en même
temps, si la respiration est facile, si les malades
ont une bonne couleur, si l'ampleur du pouls ne diminue
pas beaucoup, s'il ne devient pas plus fréquent
et si la chair
Page 499
se tuméfie et rougit,
il faut augmenter le nombre des frictions.
Si, pendant les frictions, il survient une sueur qui n'existait
pas auparavant, il faut savoir que la friction
a été employée à propos,
qu'elle a fait du bien au malade, que cependant il a
encore besoin d'une répétition de ce traitement.
Si les accès restent les mêmes et qu'il
ne se montre aucun symptôme ni bon ni mauvais
qui soit appréciable aux sens, il faut que le
médecin, trouvant ses raisons d'agir dans soi-même,
s'en tienne au traitement qu'il a jugé bon d'abord
; car l'utilité de ce traitement se manifestera
par la seconde application. Après les frictions il faut administrer à tous les malades
une quantité suffisante d'eau chaude, et, s'il
y a coïncidence de rémission, on les nourrira
quand l'ébullition et le trouble causés
par le traitement sont apaisés ; quant à
ceux qui n'éprouvent pas encore de rémission,
nous les nourrirons après avoir attendu la rémission
complète, et en attendant nous leur donnerons
à boire abondamment, surtout à ceux qui
restent dans un état de sécheresse. Il
faut
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donner des aliments humides et
chauds. Si c'est en hiver, on emploiera ce traitement
dans un lieu suffisamment chaud ; on mêlera à
l'huile de l'aphronitre et un dixième de vin.
Si, pendant la répétition du traitement
par les frictions, les malades ne sont pas relâchés,
si les forces restent intactes, si le pouls conserve
son ampleur et si la respiration ne montre aucune apparence
de trouble, il faut les restaurer après les frictions, leur donner un bain de siège et faire
des affusions, car les parties se relâcheront
par ce traitement, et la sueur produira par sa chaleur
quelque chose de semblable à la métasyncrise.
Les bons effets des frictions se révèlent de
diverses manières ; d'abord les malades peuvent
présenter les mêmes symptômes qu'avant,
comme je l'ai déjà dit, et n'éprouver
de l'amélioration que par rapport à leur
situation générale; ensuite les types
de la maladie peuvent se changer en formes d'une autre
espèce, ou revêtir le caractère
intermittent, ou bien la maladie s'arrête après
s'être aggravée le jour même; souvent
les frictions amènent une persistance
de la maladie exempte de danger,
Page 501
cas dans lequel on renoncera
à l'application héroïque de ce traitement,
car alors il faut s'en tenir au traitement adopté
auparavant et s'attendre à ce que son efficacité
ne se montre qu'après un long espace de temps.
Si les malades ne supportent pas l'application des mains,
parce qu'elle leur donne la même sensation que
lorsqu'on touche une plaie, il faut arrêter la
friction. Si, pendant la friction, les malades sentent une chaleur plus forte
dans leur intérieur, que ce symptôme aille
toujours en augmentant, et qu'il y ait encore quelque
autre signe de malaise, il faut, dans ce cas aussi,
renoncer à ce traitement, administrer de l'eau
bouillie refroidie, et attendre le temps de la rémission
pour appliquer les. autres moyens de traitement. S'il
arrivait que l'emploi de la friction
dans des fièvres intermittentes de longue durée
fût suivi d'une fièvre continue et intense,
il ne faut pas s'en effrayer, comme s'il était
survenu quelque chose de mauvais ; car, plus tard, cet
accident disparaît en peu de temps. On emploiera
les frictions pour guérir les fièvres
chez ceux où la fièvre,
Page 502
ayant été faible
et sans grande chaleur dès son origine, est restée
toujours dans le même état, ou chez ceux
dont les fièvres, d'abord fortes et graves, se
sont transformées, à leur déclin,
en des fièvres égales en intensité
aux premières. Si nous avons prescrit les frictions à ceux qui n'en avaient pas besoin,
ou si non seulement nous n'avons pas su saisir avec
sûreté le temps opportun, mais si, de plus,
nous les avons employées en opposition avec l'idiosyncrasie,
il faut admettre que cela leur a fait beaucoup de tort;
par conséquent il est nécessaire de considérer
les inconvénients qui résultent de cette
manière d'agir : si la fièvre qui suit
les frictions est forte et ne se transforme
pas, il faut savoir que le traitement a été
employé à tort; de même, si les
malades deviennent lourds et plus ou moins somnolents
durant toute la période de chaleur, s'ils ont
le corps fatigué, la respiration plus rapide
qu'auparavant, le pouls petit, faible et, de plus, fréquent,
il faut juger également que la
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friction a été appliquée à
tort; il peut se produire aussi des tremblements et
des convulsions par des frictions inopportunes et répétées
; il en est de même s'il survient quelque douleur
ou quelque inflammation pendant que la chair de tout
le corps se tuméfie. On fera soigneusement attention
à ces symptômes, et on leur opposera immédiatement
le traitement convenable.
21. DE LA PROMENADE.
(Tiré d'Antyllus.)
[Du quatrième livre ;
Sur ce que les
malades font eux-mêmes pour se traiter.] Volume 1er, Livre 6, chap.
21 d'Oribase tiré d'Antyllus.
Il faut distinguer deux espèces
de promenades; celle qu'on emploie comme moyen de traitement
et celle qu'on emploie pour restaurer le corps. Nous
prescrivons donc la promenade comme moyen de traitement
dans les affections de la tête, des yeux, de la
luette, et dans celles de la poitrine, en exceptant
le crachement de sang ;
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elle est éminemment utile
quand l'orifice de l'estomac est saturé d'humidité
ou douloureux, qu'il rend acides ou corrompt les aliments
; elle convient aussi quand les femmes ont une rétention
des règles, quand le ventre est resserré,
quand les aliments surnagent dans l'estomac, quand il
y a rétention d'urine. Elle fait beaucoup de
bien aussi à ceux qui ont la sciatique, et, en
général, à tous ceux chez qui quelque
humeur doit couler d'en haut vers les parties inférieures,
ou chez qui les matières, bien qu'elles aient
une tendance vers le bas, ont néanmoins besoin
d'excitation pour être excrétées.
Nous employons la promenade apothérapeutique après les exercices lourds,
les purgations produites par les médicaments,
l'onction des yeux, les vomissements abondants; en un
mot la promenade apothérapeutique peut détendre
l'âme, déplacer le pneuma et le ramener
à l'état normal, relâcher les parties
tendues, purger la poitrine, faciliter la respiration,
renforcer les organes des sens et l'estomac, et, ce
qui est le plus important, dissiper tout état
pénible
Page 505
qui ressemble à la fatigue.
La promenade, employée comme moyen de traitement,
doit être longue et accompagnée de déploiement
de force; elle doit se faire en appuyant fortement les
pieds et en marchant plutôt sur les talons que
sur la plante des pieds et en tendant le jarret; au
début elle doit être douce, ensuite plus
forte, et après cela elle doit de nouveau se
ralentir ; on calculera la durée d'après
les forces ; la promenade apothérapeutique, au
contraire, doit être courte, douce, sans tension,
modérée et accompagnée de distractions
de l'âme et du corps. Les promenades douces conviennent
aux gens faibles, à ceux qui font usage de la
promenade après le repas, à ceux qui viennent
de se lever après le sommeil, à ceux qui
en usent pour se préparer à de grands
exercices, à ceux qui y ont recours à
cause d'une douleur quelconque ; les promenades dans
lesquelles on emploie de la force conviennent aux gens
Page 506
vigoureux, à ceux qui
sont refroidis, à ceux chez qui le pneuma est
difficile et long à mettre en mouvement, bien
qu'ils conservent leurs forces, à ceux qui ont
le corps un peu paresseux, et aux convalescents qui
ont un faux embonpoint. Celles qui sont accompagnées
d'une forte tension des jambes et dans lesquelles on
appuie sur les talons sont très avantageuses,
si la tête souffre d'une maladie quelconque, si
la poitrine est trop humide, si l'utérus est
rétracté vers le haut, si les règles
sont arrêtées, si les parties inférieures
sont mal nourries, en un mot dans tous les cas où
la matière tend à se porter en haut. Les
promenades qui ne sont pas accompagnées de tension
étant semblables aux marches modérées,
conviennent dans les mêmes cas. On a observé
que la marche qui se fait sur la pointe des pieds est
spécialement utile contre les ophtalmies et la
constipation, et que la promenade qui se fait en montant
convient quand la respiration est courte, ainsi qu'avant
le repas, et quand cette promenade
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remplace quelque grand exercice.
Se promener en descendant fatigue les jambes, mais est
plus propre que les autres promenades à faire
descendre les matières en les entraînant
de la tête vers le bas. La promenade irrégulière
convient à ceux que cet exercice ennuie promptement.
Les promenades dans la plaine sont plus fatigantes que
ces dernières, mais elles ramènent plus
facilement à leur état naturel le pneuma
aussi bien que le corps. Celles qui se font sur une
pente rapide remplissent la tête. Celles qui se
font dans le sable, surtout s'il est épais, constituent
un des exercices les plus lourds et ont une grande efficacité
pour renforcer toute partie du corps et pour faire descendre
les matières des parties supérieures.
Celles qui se font dans de la terre molle se rapprochent
en quelque sorte de celles qui se font dans le sable.
Celles qui se font dans une prairie sont très-douces,
ne frappent point fortement [la tête] et ne produisent
pas de trouble, mais elles remplissent la tête
à cause des odeurs parfumées et de l'humidité
propre aux prairies. Les promenades sur les routes sont
moins fatigantes que les promenades
Page 508
dans les promenoirs. Celles où
on fait beaucoup de détours nuisent à
la tête. Les promenades dans lesquelles on va
toujours en ligne droite sont semblables à celles
qui se font sur les routes. Les promenades qui se font
dans les étages supérieurs du promenoir
sont préférables à toutes les autres,
car on est à l'abri de l'évaporation de
la terre, et on jouit d'un air plus pur que dans les
autres; celles de cette espèce qui se font sur
un plancher sont les plus convenables, car les planches,
en cédant, rendent la tête légère
et attirent la matière vers le bas. Se promener
peu convient quand on est fatigué, quand on ne
prend pas de bain après les exercices, quand
on a besoin de se promener après le repas et
quand on se sent le corps pesant. Se promener beaucoup
profite à ceux qui ont une affection de la tête
ou de la poitrine, à ceux dont les parties inférieures
du corps sont mal nourries et à ceux qui ont
besoin d'un exercice un peu lourd. Les promenades le
long de la mer dessèchent et atténuent
les matières. Les promenades près des
rivières ou des lacs humectent, mais
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celles qui se font au bord des
lacs sont les plus mauvaises. Les promenades au centre
du pays sont meilleures que les autres dont nous venons
de parler, mais elles sont inférieures aux promenades
le long de la mer. Les promenades dans la rosée
sont semblables à celles qui se font près
des lacs. Dans des plaines ouvertes, elles sont plus
propres à favoriser la perspiration et à
rendre légers que toutes les autres ; il en est
de même pour celles qui se font dans les endroits
élevés. Les promenades dans les vallées
profondes et les précipices [sont mauvaises],
car l'air dans ces endroits est mal tempéré
et vicieux. De même, les promenades sous un toit
sont pires que celles qui se font en plein air, car
elles remplissent la tête, surtout si le toit
est bas. Les promenades par un temps calme favorisent
la perspiration, dissipent les superfluités,
relâchent et ne frappent pas [la tête].
Quant aux promenades qu'on fait au vent, celles qui
se font au vent du nord produisent de la toux et nuisent
à la poitrine, mais
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elles renforcent l'orifice de
l'estomac quand il est affaibli, rassemblent les forces
qui se dissipent et rendent les sens plus subtils ;
au vent du sud elles remplissent la tête, obscurcissent
les organes des sens, mais elles relâchent le
ventre et elles affaiblissent; au vent d'ouest, elles
sont les meilleures de toutes celles qui se font au
vent, car elles n'ont pas les désavantages des
promenades au vent du nord, et de plus elles sont douces
et donnent de la distraction; les promenades au vent
d'est sont mauvaises et frappent [la tête]. Les
promenades au soleil donnent de la distraction, remplissent
la tête et produisent du malaise. Sous les arbres,
elles sont meilleures que sous un toit, (car l'air y
est renouvelé et devient plus salubre) ; elles
font du bien ou du mal au corps, selon la nature des
arbres. Les promenades, quand le ciel est pur, rendent
léger, favorisent la perspiration, atténuent et rendent la respiration
et les mouvements faciles. Quand le ciel est couvert,
elles remplissent la tête, produisent de la pe-
Page 511
santeur, mais favorisent moins
la perspiration. Les promenades du matin relâchent
le ventre, dissipent la lourdeur produite par le sommeil
et atténuent le pneuma. Celles du soir préparent
au sommeil et dissipent les accumulations de gaz.
22. DE LA COURSE.
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 22 d'Oribase tiré d'Antyllus.
La course, étant une promenade
violente, se range parmi les exercices violents; elle
convient bien en hiver et aussi au milieu de l'été.
Elle sert à réchauffer le corps, à
rappeler l'appétit, à fortifier l'activité
naturelle, à renforcer l'orifice de l'estomac
et à arrêter les fluxions, car, quoiqu'elle
semble aggraver les fluxions le premier jour, elle les
réprimera dans la suite, mais elle remplit la
tête. Dans les maladies des reins et dans la gonorrhée
nous employons la course comme un moyen de traitement
éprouvé par l'expérience. La course
Page 512
est utile aux gens affectés
de sciatique, qui ont de la peine, il est vrai, à
commencer à courir, mais qui oublient pour ainsi
dire leur maladie quand ils sont en train. Nous avons
observé nous-même que la course profite
à ceux qui ont des coliques, qui ont mangé
des champignons [vénéneux] et à
ceux qui ont été piqués par un
scorpion. Quant aux diverses espèces de courses,
d'après la qualité, la quantité
et de semblables points de vue, nous les déduirons
de ce que nous avons dit auparavant sur les promenades,
et nous parlerons actuellement de celles dont il n'a
pas encore été question, et qui sont peu
nombreuses. Il y a donc d'abord une espèce de
course qui consiste à marcher en avant en ligne
droite et qu'on a appelée du nom générique
de course; il y en a une autre qui consiste à
marcher en arrière et qu'on appelle anatrochasme
; enfin il y en a une troisième espèce
qui consiste à marcher en cercle et qu'on nomme
péritrochasme. La course en avant a les propriétés
que nous avons déjà énumérées.
L'anatrochasme fait du bien à la tête,
aux yeux, à la
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nuque, à l'orifice de
l'estomac et aux lombes, parce qu'elle n'est pas rapide
(pour cette raison elle ne remplit pas non plus la tête)
et que la rétrogression, en forçant d'appuyer
plus fortement et de marcher sur la pointe des pieds
de peur de tomber, attire les matières vers le
haut. Le péritrochasme est favorable à
la poitrine et aux jambes, mais il ne convient pas aux
affections de la tête. Les courses avec des vêtements
échauffent la chair et produisent de la sueur.
Les courses sans vêtements ne produisent pas beaucoup
de sueurs, mais elles dissipent efficacement [les humeurs]
par la perspiration insensible et elles durcissent et
dessèchent le corps.
23. DU MOUVEMENT PASSIF.
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 23 d'Oribase tiré d'Antyllus.
Les autres exercices consistent
dans le mouvement du corps; mais le mouvement passif
a pour éléments le mouvement et la position
qu'on observe, les parties du corps étant en
repos, tandis
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que le tout est mu par impulsion
; voilà pourquoi c'est un exercice très
utile et très doux, qui ne fatigue pas les parties,
quoiqu'il ne les mette pas moins en mouvement que les
grands exercices. Tout mouvement passif peut exciter
la chaleur innée, disperser la surabondance des
matières, renforcer les parties solides et exciter
les fonctions engourdies; en outre il chasse la lourdeur,
apaise le trouble du corps, procure du sommeil aux gens
frappés d'insomnie ; il excite, au contraire,
l'attention et produit la veille chez ceux qui sont
lourds ou affaiblis, car il amène le sommeil
en dissipant les superfluités de la tête
et de l'orifice de l'estomac, puisque ce sont justement
ces parties qui ont le plus d'influence pour la production
de l'insomnie, tandis qu'il devient une cause de veille
parce qu'il
Page 515
excite et renforce la tension
des parties. Outre les différences communes dont
nous avons déjà parlé dans le chapitre
[21] Sur la promenade, le mouvement passif présente
encore les espèces suivantes, qui lui sont propres
: le mouvement dans un lit, qui est de deux sortes,
selon que le lit est suspendu ou qu'il a des supports
aux pieds qui sont diagonalement opposés ; le
mouvement dans une litière, qui est double aussi,
puisque, dans quelques litières, ceux qu'on transporte
sont assis, et que, dans d'autres, ils sont couchés;
le mouvement dans une voiture, le mouvement dans un
navire qui diffère aussi selon qu'il s'agit d'un
navire à voiles ou à rames. Il faut encore
ranger l'équitation parmi les mouvements passifs,
quoique quelques auteurs en traitent séparément.
On emploiera le mouvement dans le lit chez les fébricitants
ou chez ceux qui
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sont affectés d'une maladie
chronique, ainsi que chez les individus traités
par l'ellébore ; il est utile aussi pendant la
convalescence à ceux qui sont encore faibles,
à ceux qui souffrent d'insomnie, qui ont une
disposition à la paresse, qui ont la faim canine
(car il fait cesser la tension), chez qui les aliments
se distribuent lentement dans le corps, enfin qui sont
trop faibles pour supporter les autres exercices ; c'est
de la même manière qu'il soulage ceux qui
sont depuis longtemps malades. Mais l'une des espèces
de mouvement dans le lit, celui qui se fait dans le
lit suspendu est également bonne avant le repas
et après, tandis que l'autre ne saurait s'employer
après le repas ; quant à la manière
de l'employer, nous l'avons expliquée dans le
chapitre Sur l'ellébore (VIII, 6 ). Nous donnons un
mouvement passif aux fébricitants dans une litière
où ils sont couchés, surtout à
ceux qui ont du léthargus ou de l'assoupissement,
et à ceux qui sont affectés d'une fièvre
simple, enracinée et longue. Si les forces ne
font pas défaut, on doit prolonger la durée
du mouvement
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passif ; car celui qui meut le
corps pendant un court espace de temps rend quelquefois
la fièvre plus forte. S'il s'agit de fébricitants,
on donnera un mouvement passif, dans une litière
où on s'assied, à ceux qui arrivent à
une rémission complète, ou qui ont au
moins une rémission de longue durée, et
aussi dans les fièvres qui durent long-temps,
même quand les intervalles ne sont pas de longue
durée; s'il s'agit d'individus apyrétiques
[aux ....... ]. Une litière découverte
est préférable à une litière
fermée. Quant au temps approprié au mouvement
passif, aux endroits où on le met en usage et
à la manière dont on l'emploie, nous les
déduirons de ce que nous avons dit dans le chapitre
[21] Sur la promenade. Le mouvement passif dans une
voiture agit, en quelque sorte, comme un levier : il
met en mouvement les maladies enracinées. De
tous les mouvements passifs produits par un vaisseau,
celui qu'on fait dans un navire à rames est ordinairement
peu considérable ; on le fait près de
la
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terre et dans une mer sans vagues;
par conséquent il ne produit pas beaucoup de
trouble, ni de ballottement ; aussi convient-il à
peu près dans les mêmes cas que le mouvement
en voiture ; seulement il a l'avantage de se faire dans
un air pur qui contient des évaporations sèches,
âcres et non pas humides ; pour cette raison il
est préférable. Le mouvement passif dans
un navire mu par le vent dans la haute mer est très
varié et composé d'éléments
diamétralement opposés ; car il se fait
avec un mouvement incessant très rapide et très-intense
par suite de la marche du navire ; il est accompagné
à la fois de quiétude et de peur, puisqu'il
amène des changements très faciles et
très rapides ; or, de pareils changements guérissent
de toute disposition invétérée
aux maladies. Le ballottement pendant la navigation
a la même efficacité qu'un traitement léger
par l'ellébore blanc.
Page 519
24. DE L'ÉQUITATION.
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 24 d'Oribase tiré d'Antyllus.
L'équitation est peu employée
chez les malades ; car, si le cheval marche doucement,
l'équitation ne produira d'autre effet que de
la fatigue, surtout aux aines; si, au contraire, il
marche avec véhémence, l'équitation
secoue tout le corps d'une manière pénible;
cependant elle a quelque chose d'utile, car elle renforce
le corps et surtout l'orifice de l'estomac plus que
tous les autres exercices; elle purge les organes des
sens et les rend plus déliés, mais c'est
un exercice très-nuisible à la poitrine.
25. DU MOUVEMENT PASSIF QUI
CONVIENT DANS LES FIÈVRES.
(Tiré d'Hérodote.)
[Du livre Sur ce que les malades font pour se traiter.] Volume 1er, Livre 6, chap.
25 d'Oribase tiré d'Hérodote.
La mesure du mouvement passif
dans une litière ou dans une
Page 520
chaise, qu'on prescrit en cas
de fièvre, doit ne pas rester d'abord au-dessous
de cinq stades, et ne pas dépasser non plus dix
stades; le second jour il faut s'en tenir également
à la même distance, mais, à partir
du troisième jour, on ajoutera, chaque jour,
cinq stades, jusqu'à ce qu'on arrive à
trente stades. Ceux qui ont besoin d'un mouvement passif
plus prolongé doivent se servir d'un char à
bras ; on commencera en leur faisant faire trente stades,
et on ira jusqu'à soixante. Ceux qui ont de l'insomnie
dans les fièvres doivent être soumis au
mouvement passif jusqu'à ce que le sommeil les
prenne ; de même les individus qui éprouvent
une douleur, ou quelque autre accident semblable, doivent
continuer le mouvement passif jusqu'à la suppression
de l'accident qui les incommodait. Il n'est pas facile
d'exprimer en nombres la mesure du mouvement passif
qui se fait dans le lit suspendu, mais on calculera
le temps dans lequel on ferait quarante stades, si on
était porté dans une litière. Ceux
qui se font
Page 521
transporter par un attelage doivent
faire, au commencement, trente ou quarante stades et
aller jusqu'au double. Ceux qui ont l'habitude de monter
à cheval ont besoin d'un mouvement passif plus
prolongé; on le détermine d'après
leur nature et leurs habitudes. Ceux qui font usage
du mouvement passif dans un navire doivent faire, au
commencement, soixante stades, et s'arrêter au
double.
26. DE L'EXERCICE DU CERCEAU.
(Tiré d'Antyllus.)
[Du quatrième livre, Sur ce que les malades doivent
faire eux-mêmes pour se traiter.] Volume 1er, Livre 6, chap.
26 d'Oribase tiré d'Antyllus.
L'exercice du cerceau (fig. 2) peut ramollir les parties tendues et rendre
flexibles celles qui sont desséchées,
par les mouvements qu'on fait pour éviter le
cerceau et par la multiplicité des positions
du corps ; il peut renforcer et relâcher les nerfs
affaiblis, exciter la chaleur, et rétablir une
intelligence stupéfiée ou dérangée
par l'effet de la bile
Page 522
noire. Que le diamètre
du cerceau soit moindre que la taille de l'homme [qui
s'en sert], de sorte qu'il lui vienne jusqu'aux mamelles.
Il ne faut pas pousser le cerceau [seulement] en ligne
droite, mais aussi en zig-zag. La baguette doit être
en fer et avoir un manche de bois. Les petits anneaux
qui sont à l'intérieur du cerceau ont
été regardés par quelques-uns comme
superflus, mais il n'en est pas ainsi, car le bruit
qu'ils font donne de la distraction et du plaisir à
l'âme. Au début, on poussera le cerceau
en se tenant droit, mais, quand le corps est devenu
chaud et humide [de sueur], alors il faut sauter et
courir çà et là; vers la fin on
poussera de nouveau le cerceau en se tenant droit afin
d'apaiser le trouble produit par l'exercice. Le temps
convenable pour le cerceau comme pour les autres exercices,
c'est-à-dire pour les grands, est celui qui précède
le repas ou le bain.
Page 523
27. DE LA NATATION. TDM
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 27 d'Oribase tiré d'Antyllus.
La natation ne convient que rarement
et dans un nombre restreint de maladies chroniques ;
on n'y a recours qu'en été; elle peut
amaigrir, favoriser la perspiration, renforcer, réchauffer,
atténuer et donner la faculté de résister
aux causes morbifiques. Si elle se fait dans la mer,
elle convient aux hydropiques, à ceux qui ont
la psore ou des dartres ; elle convient aussi aux malades
affectés d'éléphantiasis et à
ceux qui ont des fluxions aux jambes ou à quelque
[autre] partie du corps ; elle est également
favorable aux individus émaciés et à
ceux qui ont de l'enflure à la suite d'une maladie
; mais la natation est nuisible à la tête,
qu'elle se fasse dans la mer ou partout ailleurs. La
natation dans l'eau douce produit les mêmes effets
à un degré faible et peu intense ; voilà
pourquoi il faut la défendre ordinairement, car
elle est nuisible au tissu nerveux à
Page 524
cause du froid et de l'humidité
qu'elle produit chez ceux qui restent longtemps dans
l'eau. La natation dans les eaux minérales chaudes
ne convient pas parce qu'elle remplit [la tête]
; il faut rejeter, à plus forte raison, la natation
dans de l'eau chauffée artificielle-ment. Mais,
que l'on nage dans la mer ou dans quelque autre eau,
on doit toujours auparavant s'oindre modérément,
réchauffer le corps par la friction
et ensuite se précipiter brusquement dans l'eau.
28. DE LA LUTTE. Volume 1er, Livre 6, chap.
28 d'Oribase.
La lutte violente donne au pneuma
de l'activité et de la force d'expansion, rend
le corps ferme et musculeux, renforce les nerfs, aiguise
les sens et augmente l'activité des fonctions
naturelles ; elle donne de la chair dense et serrée,
mais très peu abondante ; elle détruit
la graisse, les oedèmes, les tumeurs et toutes
sortes d'hydropisies, mais elle convient peu à
la poitrine. La lutte modérée, au
Page 525
contraire, produit beaucoup de
chair ; voilà pourquoi elle est plus utile que
l'autre à ceux qui commencent à se rétablir.
Ensuite la lutte qui se fait debout est favorable à
la tête et à la poitrine, et renforce les
nerfs. Celle qui se fait à terre est avantageuse
pour les lombes, les genoux, les hypocondres et les
intestins, s'ils sont malades, mais elle convient moins
bien à la tête. (V. fig. 5, 6, 7 et 8.)
29. DU COMBAT SIMULÉ.
[Tiré du quatrième
livre.] Volume
1er, Livre 6, chap. 29 d'Oribase.
Le combat simulé sert
à dissiper un état qui tient de la fatigue,
à renforcer les épaules et à guérir
le désordre des nerfs et le tremblement. Il fait
aussi descendre les matières, surtout chez ceux
qui imitent les pugilateurs, en marchant sur la pointe
des pieds; il est encore bon pour les reins et pour
le colon ainsi que pour les accidents de la poitrine.
Il faut simuler le combat, non seulement avec
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les bras, mais aussi avec les
jambes, en faisant semblant tantôt de sauter,
tantôt de donner des coups de talon.
30. DE LA GESTICULATION.
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 30 d'Oribase tiré d'Antyllus..
La gesticulation tient le milieu
entre la danse et le combat simulé, mais elle
se rapproche davantage du dernier. Elle convient dans
les mêmes cas que le combat simulé, mais
elle mérite la préférence chez
les enfants, les femmes, les vieillards et ceux qui
ont le corps très maigre ou très faible;
car cet exercice leur est spécialement utile.
31. DU SAUT SIMPLE ET DU SAUT
PROGRESSIF.
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 31 d'Oribase tiré d'Antyllus.
Le saut simple diffère
du saut progressif, car le saut simple ressemble à
une course où le corps reste dans le même
endroit en fléchissant le jarret ; le saut progressif,
au contraire, est un mouve-
Page 527
ment continu de progression des
jambes. Le saut contre les fesses, dont les Lacédémoniennes
se servaient anciennement, se rapproche de ces exercices
; c'est un saut simple où l'on fléchissait
les jambes à un degré tel, que les talons
touchaient aux fesses en frappant du talon, tantôt
alternativement avec une seule jambe, tantôt avec
les deux jambes à la fois. Le saut simple convient
aux maladies chroniques de la tête, à la
poitrine, aux individus chez qui les matières
ont de la tendance vers le haut, et à ceux dont
les jambes sont faibles, mal nourries, décharnées,
engourdies ou tremblantes. Le saut progressif fait descendre
les matières plus efficacement que le saut simple,
mais, comme il secoue la poitrine, il ne convient pas
aux affections de cette partie ; cependant il procure
au corps la faculté de se mouvoir très
facilement et le rend très apte aux occupations
journalières. Le saut contre les fesses purge
et dessèche la tête, provoque les règles
chez les femmes, et fait avorter les embryons qui ne
sont pas encore formés, comme Hippocrate nous
l'a rapporté dans le livre Sur la nature de l'enfant. Ce saut fait sortir
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aussi l'arrière-faix,
quand il est retenu ; il fait redescendre l'utérus
quand il est remonté et provoque les hémorroïdes.
32. DU JEU DE PAUME.
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 32 d'Oribase tiré d'Antyllus.
Le jeu de paume facilite les
mouvements de ceux qui s'y livrent, et fortifie les
fonctions vitales. Ses diverses espèces tiennent
à la différence des balles dont on se
sert, car il y a une petite balle, une grande balle,
une balle moyenne, une très grande balle et une
balle creuse. Il y a trois espèces de petites
balles qui diffèrent selon la grandeur, et qui
servent chacune à un exercice spécial
: il y a d'abord une balle qui est très petite,
avec laquelle les joueurs s'exercent en appuyant fortement
le corps l'un contre l'autre, et en tenant les mains
très rapprochées pour lancer la balle;
cet exercice est très profitable aux jambes,
puisqu'il est accompagné de tension de ces parties
; il l'est aussi au dos et aux côtés, ainsi
qu'aux bras eux-mêmes, quand ces
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parties sont affaiblies ; enfin
il rend la chair ferme. Il y a une autre espèce
de balle un peu plus grande que la première ;
on s'en sert en appliquant l'avant-bras contre l'avant-bras
des autres joueurs, mais sans que les corps se touchent
et sans s'incliner les uns vers les autres tandis qu'on
exécute des mouvements variés et qu'on
change de place à cause du passage de la balle
d'un des joueurs à l'autre. Cette espèce
de jeu de paume est le plus beau des exercices qu'on
fait avec la balle, parce qu'il rend le corps sain,
qu'il facilite ses mouvements, en lui donnant en même
temps de la force, qu'il fortifie la vue et qu'il ne
remplit pas la tête. Il y a une troisième
espèce de petite balle, qui est plus grande que
la dernière, et avec laquelle on joue en se plaçant
à une certaine distance ; ce jeu est de deux
espèces, selon qu'un le fait en restant en place
ou en courant ; quand on reste debout en place, on lance
la balle avec force et en la suivant de la main; on
en retire de l'avantage pour les bras et pour les yeux.
Le jeu de paume qu'on fait en cour-
Page 530
ant est tout aussi avantageux
aux bras et aux yeux que le précédent,
mais, en outre, il est utile aux jambes à cause
de la course, et à l'épine du dos à
cause des flexions qui ont lieu pendant la course. Voilà
ce que nous avons à dire de la petite balle;
quant à l'exercice avec la grande balle, il ne
diffère pas seulement des précédents
par la grandeur de l'instrument, mais aussi par la pose
des bras; car, dans toutes les espèces dont nous
avons parlé, les mains sont toujours placées
plus bas que les épaules, tandis que, dans celui-ci,
elles sont au-dessus de la tête, et par là
la partie charnue des lombes est portée en arrière
pendant cet exercice. Quelquefois aussi on marche sur
la pointe des pieds en tâchant d'élever
le bras, d'autres fois on saute, quand la balle passe
par-dessus la tête. Cet exercice renforce tout
le corps, et il convient à la tête parce
qu'il fait descendre la matière. La très-grosse
balle renforce les bras, pendant qu'on la lance (on
la lance des deux mains, à cause de sa grandeur),
mais, comme elle donne des coups rudes, elle est nuisible
non-seulement aux malades
Page 531
et aux convalescents, mais aussi,
sous quelques rapports, aux gens bien portants. La balle
creuse, qu'on appelle aussi sac, produit, comme exercice,
le même effet que le jeu de paume qui a lieu en
courant ; mais il n'est ni très facile, ni très
élégant; c'est pourquoi il faut le rejeter.
33. DU CORYCOS.
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 33 d'Oribase tiré d'Antyllus.
On remplit le corycos de graines
de figues ou de farine pour les gens faibles, et de
sable pour les gens forts. La grandeur doit être
appropriée aux forces et à l'âge.
On le suspend en haut au plafond des gymnases à
une distance du sol telle que le fond est à la
hauteur du nombril de celui qui s'exerce. Ceux qui s'en
servent le tiennent avec les mains et le font balancer
avec les deux à la fois, d'abord doucement et
ensuite plus fortement, de façon à courir
Page 532
après quand il s'en va,
et à l'éviter quand il revient, pour ne
pas être repoussés avec force; ensuite
ils le lancent hors de leurs mains, en le poussant,
de sorte qu'en revenant il frappe plus fortement le
corps lorsqu'il le touche; enfin ils le lancent en le
frappant très fortement, de manière à
être repoussés quand il revient, s'ils
ne sont pas très attentifs. Quelquefois ils vont
à sa rencontre pour le recevoir dans les mains,
d'autres fois ils le reçoivent sur la poitrine
les bras étendus, d'autres fois enfin ils se
retournent et le reçoivent sur le dos. Le corycos
peut rendre le corps musculeux et donner de la force
; c'est un exercice efficace pour les épaules
et pour tout le corps, et il est profitable à
tous les viscères â cause des coups qu'on
reçoit.
34. DE LA MANIÈRE DE
LANCER LES HALTÈRES.
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 34 d'Oribase tiré d'Antyllus.
Le jeu des haltères (fig. 3 et 4) est un exercice rude ; il convient
Page 533
à l'orifice de l'estomac
affecté de fluxion, de faiblesse ou d'aigreur,
et à l'estomac quand il digère difficilement
; il exerce aussi fortement les épaules et les
rend charnues, mais il ne convient ni à la tête
ni à la poitrine. Il y a une différence
quant à la manière de lancer les haltères
eux-mêmes; tantôt on les lance en étendant
et en fléchissant tour à tour les bras
; tantôt on les tient seulement [dans les mains]
en étendant les bras au-devant de soi sans les
mouvoir ; ordinairement on fait aussi subir aux bras
un petit mouvement, et ceux qui s'exercent marchent
et les secouent à la manière des pugilateurs
; quelquefois on fléchit l'épine du dos
en faisant accorder ce mouvement avec une flexion légère
des bras. Le premier genre d'exercice produit les effets
énumérés ; le second fortifie les
jambes et les nerfs et fait descendre les matières
; le troisième fait profiter l'épine du
dos et les lombes, mais il met la tête dans un
état très fâcheux.
Page 534
35. DE LA MARCHE SUR UN TERRAIN
ACCIDENTÉ.
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 35 d'Oribase tiré d'Antyllus.
Cet exercice fortifie le pneuma,
rend le corps, et surtout les jambes, flexibles, en
même temps qu'il donne de la force aux parties
mises en mouvement; il donne aussi une fermeté
durable et force à employer alternativement toutes
les parties fibreuses; il déplace les matières
et pousse les superfluités turgescentes vers
les conduits excréteurs. Si on fait, en outre,
porter des haltères à ceux qui marchent
sur un terrain inégal, cet exercice devient un
des plus lourds, parce qu'il met également en
activité les parties supérieures et les
parties inférieures du corps.
36. DU COMBAT EN ARMES.
(Tiré du même livre.)
Volume
1er, Livre 6, chap. 36 d'Oribase tiré d'Antyllus.
Le combat en armes ne fait pas
partie des exercices anciens, je
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veux dire de ceux qu'on prescrivait
aux malades; car, du reste, le maniement des armes est
ancien. Mais les Romains inventèrent l'espèce
de combat en armes dont il s'agit ici ; d'abord on s'en
servit pour se préparer à la guerre; actuellement
on y a recours pour mettre le corps en activité,
du moins pour les soldats, car ils se battent armés
à la manière des gladiateurs, soit contre
des adversaires, soit contre une colonne, comme si c'était
un adversaire. Cet exercice peut faciliter les mouvements
du corps et procurer de l'embonpoint, mais la chair
qu'il donne est pétrie d'humidité; il
est nuisible à la tête, parce qu'elle est
fortement couverte par les feutres et le casque, et
qu'elle souffre sous ce poids. Ce qu'on vante surtout
dans cet exercice, c'est qu'il renforce le corps et
qu'il agrandit le champ de la respiration, raison pour
laquelle ceux qui s'y sent d'abord accoutumés
sont capables de supporter toute autre expulsion rapide
du souffle.
Page 536
37. Du COÏT.
(Tiré de Galien.) Volume
1er, Livre 6, chap. 37 d'Oribase tiré de Galien.
Selon Épicure le coït
n'est jamais favorable à la santé ; mais,
en vérité, il l'est, lorsqu'on y a recours
à des intervalles assez longs pour qu'on ne sente
aucun affaiblissement et qu'on semble être devenu
plus léger et avoir la respiration plus facile
que de coutume. Le temps le plus favorable pour le coït
est celui où le corps, étant dans un état
exactement moyen par rapport à toutes les influences
extérieures, n'est ni trop chargé de nourriture,
ni sous l'empire du besoin, ni trop refroidi, ni trop
échauffé, ni desséché, ni
imbibé d'humidité outre mesure. Si, par
fois, on s'écarte en quelque chose de cet état
moyen, cet écart doit être peu considérable,
et il vaut mieux recourir au coït quand le corps
est échauffé que quand il est
Page 537
refroidi, quand il est chargé
de nourriture que quand il éprouve du besoin,
quand il est imbibé d'humidité que quand
il est desséché. Le coït amène
au comble de la faiblesse ceux dont les forces sont
peu considérables, tandis que ceux dont les forces
sont intactes et qui sont malades par l'effet de la
pituite n'en seront point abattus; l'excès de
pituite sera desséché par un surcroît
d'évaporation d'humeurs, car le coït est
sans inconvénient pour les individus humides
et chauds, et pour tous ceux qui ont naturellement beau-coup
de sperme. Mais le coït réchauffe aussi
le corps de ceux dont les forces sont intactes ; les
gens faibles, au contraire, il les réchauffe
aussi au moment même, mais il les refroidit ensuite
considérablement. Quelques-uns, dès leur
jeune âge, deviennent faibles après le
coït ;
Page 538
d'autres, s'ils n'en usent pas
habituellement, ont la tête lourde, sont pris
d'anxiété et de fièvre, perdent
l'appétit et digèrent moins bien; nous
avons donc observé que quelques-uns de ceux qui
avaient une nature semblable, après s'être
abstenus du coït, sont devenus engourdis et paresseux,
que d'autres sont devenus bourrus sans aucune raison,
et découragés comme ceux qui souffrent
de la bile noire, et que tous ces accidents cessent
rapidement parle coït. En réfléchissant
à ce fait, il me paraît que la rétention
du sperme nuit considérablement aux individus
forts et jeunes, chez qui le sperme est naturellement
abondant et formé d'humeurs non entièrement
irréprochables, qui mènent une vie tant
soit peu oisive, qui usaient auparavant très
fréquemment du coït, et qui, tout d'un coup,
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gardent ensuite la continence;
chez ces individus, le changement qu'éprouve
la complexion du corps en se raréfiant prédomine
sur celui qu'éprouvent les forces en s'affaiblissant;
aussi se restaurent-ils par les moyens qui contractent
et resserrent ; à cette classe appartient l'exercice
préparatoire. Dans le cas où le coït
amène du refroidissement, il faut également
avoir recours à l'exercice préparatoire,
car il excite la chaleur. Si la saison le permet, il
ne faut pas s'abstenir non plus du bain froid. On donnera
des aliments humides en petite quantité, afin
qu'on les digère bien et qu'on guérisse
la sécheresse causée par le colt. Quant
au tempérament de ces aliments, ils ne doivent
pas être trop froids non plus, mais modérément
chauds ;
Page 540
car, puisque le coït raréfie,
affaiblit, refroidit et dessèche à la
fois le corps, il faut, en effet, donner des aliments
qui condensent, réchauffent, humectent et renforcent,
et c'est là ce qu'il faut se proposer comme but
chez ces sujets.
38. DU COÏT. T. 1. Livre 6
(Tiré de Rufus.
[Ce chapitre contient aussi le
régime.] Volume 1er, Livre 6, chap. 37 d'Oribase
tiré de Rufus d'Ephèse.
En général le coït
refroidit le corps. Toutefois le coït avec une
femme est moins violent : voilà pourquoi il est
aussi moins pénible ; le coït avec un homme,
au contraire, est violent : il oblige à faire
de plus grands efforts. De même le coït qui
se fait debout est assez fatigant, ainsi que celui qu'on
exerce après un repas abondant ou un excès
de boisson, tandis que le coït avant le repas est
le plus facile et le plus rapide, mais il n'est pas
très vigoureux.
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La rétention du sperme
au milieu de l'acte lui-même est très pernicieuse
aux reins et à la vessie. Le coït, en vérité,
n'est pas absolument mauvais sous tous les rapports,
pourvu qu'on fasse attention aussi bien au temps qu'a
la mesure; les avantages qu'il procure sont les suivants
: il évacue la pléthore, il rend le corps
léger, provoque la croissance et augmente la
virilité; en outre, il dissipe les idées
fixes de l'âme et adoucit les passions indomptables
: voilà pourquoi il n'existe aucun autre remède
aussi éminemment utile contre la mélancolie.
Il ramène aussi à un état d'esprit
plus sensé ceux qui délirent d'une autre
manière ; je sais qu'il a suspendu l'épilepsie
chez quelques sujets au moment de la puberté;
chez d'autres il a dissipé la
Page 542
pesanteur et les maux de tête.
Hippocrate a dit en un seul mot : « Le coït
est excellent contre les maladies qui tiennent à
la pituite. » Plusieurs individus, qui étaient
émaciés à la suite de maladies,
se restaurèrent aussi plus facilement (par le
coït), d'autres acquirent une respiration facile,
tandis qu'elle était auparavant gênée;
chez eux l'appétit succéda au dégoût
pour les aliments, d'autres enfin furent délivrés
de pollutions nocturnes continuelles ; on admet, il
est vrai, que ces pertes de semence sont moins pénibles,
mais je ne suis pas de cet avis, car les pollutions
relâchent encore davantage le corps, qui est déjà
relâché pendant le sommeil. Ce sont là
les points essentiels de mon sujet; quant aux natures
aptes au coït, ce sont les natures plus ou moins
chaudes et humides ; il en est de même pour le
régime, la saison, ainsi que pour l'âge
; pour la saison, c'est le printemps ; pour l'âge,
c'est la jeunesse; pour le régime plus ou moins
propre, celui qui s'y prête mieux que les autres
doit
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être un peu chaud et humide
; les circonstances les moins favorables sont le régime
desséchant et refroidissant, la vieillesse et
l'automne, ainsi que les natures qui se rapprochent
le plus des conditions énumérées.
Me voilà déjà amené par
la suite de mon raisonnement au point où je voulais
arriver dès le commencement; car le régime
approprié au coït, et le traitement de ceux
qui ne peuvent pas en user se révèlent
maintenant clairement à nous; en effet, le régime
dont il s'agit doit être humide et chaud, et les
éléments de ce régime seront la
modération dans les exercices et l'abondance
des aliments. C'est là, en résumé,
ce qui regarde le régime ; quant aux détails,
les exercices consisteront en promenades violentes à
pied, en courses douces et en promenades à cheval
ni trop violentes ni trop prolongées, car inévitablement
les lombes et les testicules se fatiguent considérablement
dans ce cas. Celui qui a une constitution froide ou
humide doit se livrer à tons ces exercices plus
fréquemment et plus rapidement, tandis qu'il
suffira,
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quand on a affaire à un
individu d'une constitution plutôt sèche,
de le faire reposer pour le mettre dans la disposition
requise. Ce ne sont pas seulement les exercices susdits
qui conviennent, mais il en est ainsi du coït lui-même
; car il excite aux rapprochements sexuels, et il devient
un peu plus facile par l'habitude ; en effet, plusieurs
gens qui en avaient perdu la coutume devinrent, les
uns, tout à fait incapables de l'exercer, tandis
que d'autres ne s'y livrèrent de nouveau qu'en
se fatiguant beaucoup; seulement il faut ramener le
corps à son état propre et normal par
le régime qu'on suit après. La lutte et
les frictions répétées,
la gesticulation et le lancement du javelot sont des
exercices moins convenables dans le cas dont il s'agit;
elles favorisent, il est vrai, le développement
des forces, mais elles détournent le cours circulaire
de la matière nutritive, et on a besoin, avant
tout, de matière nutritive abondante. Voilà
comment on se servira avec avantage des exercices; quant
aux aliments et aux boissons, on prendra pour
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boisson des vins paillets, car
ces vins-là tiennent le plus exactement le milieu
entre les autres vins; ils ne passent pas trop vite
par la vessie, comme les vins blancs, et ils ne sont
pas secs ou épais non plus comme les vins noirs,
tandis qu'ils sont très bien supportés
par la tête et digérés très
facilement; or ce sont justement là des effets
qu'on doit obtenir; quant aux aliments, on prendra du
pain exempt de son, cuit au four chauffé de tous
côtés, car ces pains-là sont plus
humides que les autres; pour mets secondaires on prendra
de la chair de jeune bouc, d'agneau, de jeune porc,
et, en fait de volailles, des poules, des coqs de bruyère,
des perdrix, des oies et des canards, car toutes ces
choses sont très nourrissantes. On prendra, en
fait de poissons, des poulpes (on admet en effet que
ces animaux ont de plus une vertu excitante) et toutes
les espèces de mollusques ; en fait d'herbages,
de l'ormin, de l'erysimum, de la roquette et des navets,
mets qui peuvent aussi servir comme mé-
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dicaments ; en fait de légumes
secs, des fèves, des pois chiches, des gesses
à fleurs jaunes, des haricots, des pois grecs,
qui sont utiles, non seulement parce qu'ils fournissent
une nourriture abondante, mais aussi parce qu'ils remplissent
de flatuosités, de même que la rue amortit
les désirs vénériens, en amenant
les flatuosités à coction et en les faisant
disparaître. Je recommande fortement aussi les
raisins pour le régime dont il s'agit maintenant,
car ils sont abondamment remplis d'humidité ;
comme, en outre, ils passent plus facilement par le
bas que la plupart des autres aliments, ils nourrissent
très bien aussi et remplissent le sang de flatuosités,
circonstance qui produit une excitation efficace. Pour
traiter complètement mon sujet, il convient de
considérer aussi le temps propre au coït
; dans toutes les circonstances le temps varie beaucoup,
il est vrai, selon la disposition où on se trouve,
mais, pour le cas actuel, le point principal, c'est
d'éviter les repas copieux et les excès
de boisson peu de temps auparavant, car, dans ces circonstances,
tout autre exer-
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cice ne convient pas. On évitera
aussi l'insuffisance d'alimentation ; on se débarrasse,
il est vrai, plus facilement de cet inconvénient
que de celui des repas copieux ; cependant cette insuffisance
est un peu affaiblissante. Il faut éviter aussi
les digestions incomplètes ; voilà pourquoi
le coït au milieu de la nuit est trompeur, parce
qu'alors les aliments ne sont pas encore élaborés
; il en est de même pour le coït qu'on exerce
de grand matin, parce qu'il pourrait se faire qu'il
y eût encore des aliments mal digérés
dans l'estomac, et parce que toutes les superfluités
n'ont pas encore été évacuées
par l'urine et par les selles, car il est mauvais d'exercer
le coït avec des superfluités dans le corps
; il est moins dangereux d'exercer le coït avant
les exercices et le bain, et celui qu'on accomplit avant
de se livrer à ses occupations habituelles est
peu vigoureux. Le mieux, par conséquent, c'est
d'exercer le coït après le repas, pourvu
qu'il n'ait pas été trop copieux, car
cela favorise le développement des forces, puis
le refroidissement qui vient habituellement après
est moindre; si donc
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on veut exercer le coït
après le déjeuner, il faut se reposer
jusqu'à ce qu'on ait entièrement réparé
les fatigues multipliées; si on veut le faire
après dîner, il est nécessaire d'aller
dormir, car c'est là le repos le plus complet.
Il semble ici que la nature est d'accord avec le raisonnement,
car d'abord c'est dans cette circonstance qu'elle excite
le plus fortement, et ensuite, quand elle a des matériaux
en abondance, elle opère plus facilement la sécrétion
que si elle n'a justement que ce qu'il lui faut. C'est
pour avoir pris cela en considération que les
médecins recommandent, quand on veut avoir des
enfants, que l'homme se livre aux rapprochements sexuels
après avoir mangé et bien bu, tandis que
la femme doit suivre un régime moins fortifiant,
parce qu'il faut que l'un donne et que l'autre reçoive.
Outre les circonstances dont nous venons de parler,
on doit faire attention aussi aux autres états
du corps, car il ne convient pas non plus de se livrer
au coït après les exercices, quoiqu'on admette
qu'il dissipe la fatigue, mais c'est à tort,
car la faiblesse ne
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guérit pas la fatigue,
seulement la fatigue excite certains désirs par
la chaleur des nerfs des lombes. Il faut, par conséquent,
éviter la fatigue et les vomissements, aussi
bien ceux qu'on prévoit que ceux qui viennent
d'avoir lieu; il en est de même pour les purgations
et pour la diarrhée qui survient subitement,
car le coït tarit la diarrhée chronique;
il en est encore de même pour les maladies de
la poitrine, qu'elles existent ou qu'on les attende,
et pour les affections des nerfs : voilà pourquoi
je n'approuve pas les désirs intenses, et que
je recommande de résister plus, dans ce cas que
dans tout autre, surtout à ceux qui ont une maladie
de la vessie ou des reins, ou qui sont sujets à
l'épilepsie ou à la manie, car, si les
maladies sont sur le point de venir, il survient des
désirs intenses. Le mieux est que l'homme s'adonne
aux rapprochements sexuels, quand il est pressé
en même temps par le désir de l'âme
et par le besoin
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du corps, mais le désir
de l'âme doit avoir le dessous et obéir
au corps, car ce ne sont pas là de pures chimères,
mais ce sont des préludes de la nature qui a
besoin d'évacuation, préludes tels que
les autres animaux en éprouvent de même
habituellement. Tel est, par conséquent le régime;
il est facile d'en déduire un traitement pour
ceux qui ne peuvent pas exercer le coït ; par exemple,
l'homme qui vint nous voir de Corinthe disait qu'il
désirait beaucoup exercer le coït, mais
que, quand il s'y adonnait, il n'éjaculait pas
de sperme, mais rendait [seulement] beaucoup de vent.
Je soupçonnai que son affection résidait
dans la sécheresse, ce qui fut confirmé
par la guérison, car, aussitôt qu'il fit
usage d'un régime humide, il éjacula du
sperme. Le jeune homme de Milet avait environ vingt-deux
ans ; il disait que, quand il se livrait au coït,
il ne pouvait éjaculer du sperme, tandis qu'il
en perdait beaucoup pendant le sommeil. Il me semblait
qu'a cause d'un fort refroidissement humide
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ce jeune homme n'était
pas très échauffé pendant le coït,
tandis qu'il était échauffé davantage
pendant le sommeil, car on sait que le sommeil a la
faculté de réchauffer l'intérieur
et de refroidir l'extérieur; aussi n'eut-il pas
besoin d'autre traitement, en fait d'exercice, que de
se promener à cheval, et, pour médicament,
de boire du castoréum, tandis que tout le reste
du régime était sec et chaud.
Fin
du livre 6 et
du 6ème livre page 551. Vient ensuite les
notes pour chaque Livre de la page 551 à la 669,
puis l'explication de planche présente à
droite en pleine page.
Entête du livre 6 Entête du livre 5 Haut de page
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