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Identification des traces de massage dans la Mythologie grecque
Thématique : Huilage du corps
Nom propre : Nicolas Andry ; Péan ; César ; Mahomet ; Hercule ; Héraclès ; Apollon ; Scévole de Saint-Marthe ;
Noms communs :
Épilepsie ; frotta ; massage ; massant ; huile d'amande ; frotter.
Dossier afférent : Voir
- Et si la fleur des masseurs était la Pivoine ?.

 

Hercule et la Nymphe. selon Scévole de Saint-Marthe

 

Dans la mythologie grecque nous avons quelques traces de massage que nous allons progressivement tenter de révéler comme celle que nous restitue Scévole de Saint-Marthe dans La manière de nourrir les enfans à la mamelle en 1698 Fiche technique. Il s'agit ni plus ni moins d'Hercule victime d'une crise épilepsie, massé par les mains d'une Nymphe, fille de Péan.

Nous vous restituons ce passage de la page 123, 124 ; 127, 128 ; 131 et 132. Les pages intermédiaires sont en latin.

 

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Le grand Hercule même, l'appuy du ciel, & le dompteur des monstres, pendant qu'il vivait sur la terre, & avant qu'il eût purifié son corps mortel par les flammes sur le Mont-Oethe, 8c qu'il eût été reçu dans le Ciel, ne fut pas exempt de ce mal. Un jour qu'il revenait victorieux d'un combat livré proche Cleòne, & que couvert des dépouilles du terrible lion qu'il avait vaincu, il passait par la grande forest de Nemée, sur le chemin qui menait à Corinthe où l'Istme est serré par les deux mers ; il tomba à terre accablé de ce mal detestable, lors qu'il y pensait le moins, La terre gemit sous le poids d'un tel Heros : la forest voisine, & les prochains rivages répondirent au bruit de sa chute, de même que soit sur le Mont-Ida, ou sur le Mont-Pelium un pin abbatu à force de coups de haches pour bâtir des vaisseaux, fait en tombant un bruit épouvantable, auquel répondent la forest, & les roches, & les antres, & les échos du, fond des valées.

Une fille de Peon descendue d'Apollon, la plus considerable des Nymphes de ce lieu, ayant par hazard ses mains pleines d'herbes propres pour la medecine qu'elle venait de cueillir, l'appercevant du haut d'une montagne, ayant pitié lui, (car elle reconnut à des signes certains qu'il était attaqué de ce dangereux mal) & admirant la bonne mine de ce Heros, elle accourus

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à lui pour voir si elle pourrait le secourir, & le délivrer de ce funeste poison : car Peon son pere, fils d'Apollon, & le plus habile de tous les Medecins, lui avait appris tous les secrets de son Art.

 

Elle commença par lui nettoyer avec un linge la vilaine écume qui coûtait de sa bouche, & de lui lever la tesle : elle lui desserra les dents avec un morceau de bois & aprés avec de l'huile d'amande qu'eue avait par hazard sur elle, lui frotta le col, les mains, & toutes les parties de son corps que le mal avait attaquez ; puis elle lui mit sous les narines de la ruë, & de tout ce qui peut sentir encore plus fort, qu'elle y laissa jusqu'à ce que ces odeurs eurent chassé la malignité du mal, & rendu l'usage des sens au malade ; lequel étant soulagé, en même temps qu'il revit le jour, appercevant la Nymphe qui le secourait, aprés avoir témoigné sa surprise il lui dit enfin ces paroles :

 

« fille d'une si excellente beauté, qui est le Dieu qui vous a envoyé pour me délivrer d'un mal si cruel ? Que les Dieux, qui que vous soyez, pour récompense vous ayent en leur protection. Pour moi, s'il est vrai que Jupiter soit mon pere, & qu'il me doive un jour recevoir dans le ciel au nombre de ceux qui l'habitent, & que ces présages ne soient point trompeurs ; j'aurai alors pour vous toute la reconnaissance que je dois. Ce-

[Les deux pages suivantes sont la traduction latine]

 

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pendant
afin que ce terrible mal ne me reprenne pas d'autres fois, & ne m'interrompe point dans les grandes choses que j'ai entreprises ; dites-moi, je vous conjure, ce qu'il faut que je fasse, & m'enseignez les moyens de me preserver de ce mal insupportable ; car vous le pouvez. Et je prie les Dieux que votre gloire soit aussi grande que vous le meritez, & qu'elle croisse de plus en plus jusqu'aux siecles les plus reculez. Je me croirais desormais à couvert d'un si fâcheux accident, s'il était en mon pouvoir de passer heureusement mes jours avec vous dans les nœuds du mariage. Mais les Destins m'en empêchent, & la haine injuste de ma marâtre me presse & m'oblige de courir à de nouveaux travaux. Là il se tut » & attacha ses regards à considerer la Nymphe par l'affection qu'il sentait pour elle.

La Nymphe lui répondit : Certainement Alcide, ( car je vous connais à ce que vous avez dit, à votre massue, & à cette peau de lion que vous portez pour marque de votre victoire ) je ne me repens point &c me tiens tres-bien récompensée de la peine que j'ai prise d'apprendre un art qui me donne occasion ( ce que les Dieux Veillent favoriser ) de secourir un si grand Heros, & de lui conserver la vie. C'est pourquoi écoutez avec attention , & vous souvenez bien de ce que je vais vous dire, & que j'ai appris de Peon mon pere, que personne ne surpassa à guerir les plus dangereuses maladies, & a prolonger la vie.

Premierement, comme cette maladie procede d'une trop grande humidité, les choses qui ont de la chaleur y sont bonnes pour dessecher le corps, & en ôter la cause contre du mal. C'est pourquoi, afin que vous sçachiez le regime que vous devez observer, évitez ce qui est humide &

 

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sans chaleur ; mais de sorte neanmoins que vous ne fassiez point excés de vin. Si vous en prenez trop, cela vous fera du mal. Donnez-vous de garde aussi de regarder une riviere qui court, ou les choses qui vont en tournoyant ; de vous endormir couché sur la terre, & de demeurer dans des lieux on l'air est nebuleux , & sujet aux brouillards.

Evitez aussi tontes les odeurs qui déplaisent, & d'avoir des chagrins facheux, & vous tenez propre sur votre personne. Mais afin que les remedes ne Vous manquent point, vous connaissez ce que l'on appelle du Guy qui croît aux arbres en hyver : prenez de celui qui vient aux chesnes. Rien ne peut vous être plus salutaire, si vous en mêlez dans du vin blanc avec de la Canelle, & si de la liqueur qui s'en fera vous en beuvez en quantité. Ou bien vous reduirez en poudre du crane d'un homme, & de la corne de cerf ; à quoi vous ajouterez des drogues les plus agreables au goût que l'Arabie nous donne, de peur que l'amertume de ces choses ne vous degoûte en les mâchant. Prenez-en de deux jours l'un les matin pendant un mois avant vos repas. Tout ce qui causait votre mal se dissipera aussi-tôt, & vous jouirez d'une parfaite santé en quelque partie de la terre que vous alliez. Pour toute récompense, si les bien-faits en meritent, je vous demande seulement que vous vous souveniez de moi. Aprés lui avoir ainsi parlé, elle s'éloigna.

[Les deux pages suivantes sont la traduction latine]

 

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II la suivit des yeux pendant qu'elle fuyait; 8 touché de la rencontre imprévuë de cette belle Nymphe 8 de l'obligation qu'il lui avait, il se sentit enflammé pour elle ; & délivré d'un mal, il fut attaqué d'un autre bien plus dangereux. Sa violente passion le porta plusieurs fois à courir aprés la Nymphe en quelques lieux qu'elle pût aller. Mais ce même Alcide, qui avait déja vaincu plusieurs monstres, vainquit alors l'amour. Heureux en cela, & qui l'aurait éte entierement, s'il n'eût point changé cette passion pour celle qu'il conçut si violente pour Iole ! Toutefois il ne manqua pas de reconnaissance pour la Nymphe : car long-temps aprés ayant été reçu au nombre des Dieux, la voyant approcher de sa vieillesse, (car les Dieux voyent tout) il rappella dans sa memoire l'amour qu'il avait eu autrefois pout elle ; & ne voulant pas que cette même personne qu'il avait si fort aimée, & qui lui avait été si chere, devînt la pâture des vers, suivant la loi imposée à la nature humaine ; il lui procura un meilleur sort. Soudain de belle femme qu'elle avait été, elle fut changée en une herbe que depuis on appella Pivoine, qui est aussi la plus belle de toutes les herbes, comme elle est encore la plus salutaire. Car ce Dieu, en memoire du secours, qu'il avait reçu de la Nymphe, lui donna cette vertu aprés qu'elle fut changée en cette herbe, qu'elle guerit par son suc ce même mal dont elle l'avait gueri avec des herbes. Il ajoûta encore pour une plus grande marque de sa reconnaissance que quiconque porterait pendu à son col de la racine de cette herbe (chose miraculeuse) ne serait jamais attaqué de ce mal : ce qu'Apollon même

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ratifia. Les hommes s'en sont servis depuis, & en racontent ainsi l'origine. Je n'ai pas fait difficulté de la rapporter ici, d'autant plus que les Poetes aiment à égayer leur sujet par des fictions qui sont agreables aux Muses.

 

Paris leudi 11 septembre 2010.

Cabello Alain

 

 

 

Hercule et la Nymphe.

 

Dans l'Orthopédie de Nicolas Andry de 1741 Fiche technique au premier tome disponible au CFDRM de Paris, cette même histoire issue de La manière de nourrir les enfans à la mamelle de 1584 Fiche technique par Scévole de Saint-Marthe est de-nouveau relayée.

Nous vous restituons ce passage de la page XLII :

"Après ces réfléxions, on remarque que plusieurs grands personages ont été attaqués du mal caduc ; sur quoi on cite César, Mahomet, Hercule. On rapporte au sujet de ce dernier [Hercule], ce que dit la fable, à savoir qu'une fille de Péon descendue d'Apollon, la plus considérable des Nymphes, ayant par hazard ses mains pleines d'herbes médicinales qu'elle venoit de cüeillir, apperçût ce Héros, du haut d'une montagne, lequel frappé d'Epilepsie, étoit étendu par terre sans pouvoir se relever ; Qu'elle accourut aussitôt à son secourt, lui nétoya la bouche, lui dessera les dents, & avec de l'huile d'amandes qu'elle avoit sur elle, lui frotta le col, les mains, la région du coeur ; Qu'enfin elle lui mit sous les narines, des feüilles de rue ; il revint à lui, & qu'ayant alors reconnu la Nymphe, il lui adressa ces paroles :
«O Excellente Fille ! Quel est le Dieu qui vous a envoyé pour me délivrer d'un mal si cruel ? S'il est vrai que Jupiter soit mon , & qu'il me doive un jour recevoir dans le Ciel, j'aurai pour vous, lorsque j'y serai, toute la reconnaissance que je vous dois ; cependant afin que cet horrible mal ne me reprenne pas, dites-moi, je vous conjure, ce qu'il faut que je pratique pour m'en préserver à l'avenir...»
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Hercule est l'équivalent romain de l'Héraclès grec fameux héros qui souffrait aussi d'épilepsie, néanmoins, en l'état actuelle de mes connaissances je ne suis pas en mesure de certifier qu'il y a une équivalence grecque de cette histoire. Andry cite les recommendations de M. de Scévole de Saint-Marthe cette fois sur le mal caduc c'est-à-dire, l'épilepsie, avec cette fameuse histoire d'Hercule, héros romain, frappé d'une crise d'épilepsie qui se retrouve entre les mains d'une Nymphe masseuse... Le texte qui nous est communiqué ne me permet pas d'identifier le nom de la Nymphe mais il nous précise qu'elle était une des filles de Péan, descendue d'Apollon. Cela explique qu'elle ramassait des herbes médicinales "& avec de l'huile d'amandes qu'elle avait sur elle, lui frotta le col, les mains, la région du coeur". Dans cette fable nous avons rien moins qu'une Nymphe massant le cou d'Hercule, ses mains mais aussi son torse avec de l'huile. L'anecdote ne s'arrête pas là puisqu'Hercule reconnaissant demande « cependant afin que cet horrible mal ne me reprenne pas, dites-moi, je vous conjure, ce qu'il faut que je pratique pour m'en préserver à l'avenir...». Hercule demande à apprendre ces frictions et donc de l'auto-massage même si l'histoire dans ces deux illustrations ne nous dit pas si la Nymphe, parmi les conseilles thérapeutiques qu'elle donne, communique à Hercule l'art du massage.

 

Paris le dimanche 25 mai 2009
Alain Cabello-Mosnier

 

Centre de recherche sur les massages