SOIRÉES PARISIENNES 1881
LIBRAIRIE E. DENTU, EDITEUR
de MORTIER Arnold

— Mademoiselle Massin cherche un masseur. Elle m'a demandé si je n'en connaissais pas un bon. Je lui ai dit que oui.

— Et ce masseur ?

— Ce sera vous.

SEPTEMBRE

IV

Masseur!

Masseur de Massin !

Quelles idées troublantes ce mot éveillait dans l'esprit du petit Paul. Il se souvenait, pour les avoir lus au lycée derrière son pupitre, des articles faits il y a quelques années, sur un veinard qui avait eu l'agrément de masser une des plus jolies actrices de Paris. Par exemple, saurait-il ?... Si sa maladresse allait le trahir. Il alla chez un maître masseur et passa sa journée à se faire initier aux secrets de l'art qui devait le mettre en présence de celle qu'il aimait et lui révéler tant de jolies choses. Et le soir, au théâtre, quelle émotion à l'entrée de Gervaise! Comme il la détaillait d'un regard ! Il partit avant la fin du spectacle. Il avait la tête en feu ! A dix heures du matin, très simplement vêtu, le cœur battant très fort, il sonnait à la porte de l'artiste.

— Vous désirez ?

— Je suis le masseur qui...

— Ah! bien! entrez. Et on l'introduisit dans un salon. Et au bout d'une demi-heure, il la vit entrer, elle. Elle! Elle lui parlait. — C'est vous le masseur ?

— Oui

_madame.

— Vous êtes bien jeune!

— Oh! mademoi... madame... ça ne fait rien... je suis fort, allez!

— C'est bien ! On pourra essayer.

3 I 2 LES SOIREES PARISIENNES

Déjà, le jeune homme s'avançait, tout heureux et tout ému.

— Et où faudra-t-il masser, mada... mademoiselle? demanda-t-il, en rougissant, et d'une voix mourante. Mademoiselle Massin partit d'un grand éclat de rire.

— Oh! ce n'est pas pour moi que je le cherchais... ce masseur, répliqua-t-elle, c'est pour mon directeur!